« Papa, comment on devient autodidacte ? Tais-toi et rame ! ». Mercredi, le palais Saint-Pierre couronnait l’entrepreneur autodidacte de l’année en Rhône-Alpes. En attendant la cérémonie, les nominés devisaient calmement avec la presse, dans le café Les Terrasses de Saint-Pierre, mais à l’intérieur.
Autodidacte, pourquoi ça marche ? « Parce qu’on ne sort pas des écoles, on a moins d’automatismes », propose l’un. « Parce qu’on n’est pas prisonnier de ce qu’on a appris », renchérit l’autre. Et le coup fatal vient du troisième : « parce qu’on n’écoute pas ce que dit la presse ! ». Bon, si ça commence comme ça...
Les Victoires des Autodidactes, c’est un peu comme celles de la musique, mais sans Obispo. Dans l’auditorium du Musée la cérémonie démarre. David Kimelfeld est venu représenter le maire de Lyon, le quatrième arrondissement, l’entreprise et aussi l’autodidaxie à laquelle il a pas biberonné lui aussi. Les hommes sont en costume sombre, cravate à rayures tombantes, épingles de cravate vintage. Les femmes sont... en fait on ne sait pas très bien où sont les femmes, il semble que la victoire soit surtout une boisson d’hommes.
Max Dumoulin, du cabinet Mazars, se félicite que dans ce lieu, un club d’entrepreneurs ait fait l’acquisition et le don de trois tableaux de Pierre Soulage, le maître de l’ultra-noir. S’ils comptent là-dessus pour se remonter le moral !
Il est temps maintenant de féliciter les autres. Denis Florès reçoit le Prix de la Croissance, en pleine récession, il fallait le faire. Son profil décrit ce pdg de GPI comme « marié, des enfants ». On ne sait pas combien, le décompte final est en cours. Le Prix Spécial du Jury revient à Michel Djréranian. Il a repris l’entreprise de son père à qui il doit cette formule : « il faut que tu respectes le pays qui t’as reçu ». Il fait monter sur scène sa mère, qui lui a transmis cet aphorisme : « on ne donne jamais le biberon à un bébé qui ne pleure pas ». « Ca m’a été bien utile avec les fournisseurs », reconnaît-il. Tout le monde trouve l’idée excellente.
Enfin on aurait bien roulé les tambours pour François Berry, le pdg de Top Clean Packaging, le roi de l’emballage médical. THE lauréat Rhône-Alpes-Auvergne, celui qui défendra les couleurs régionales au titre de Miss France des Autodidactes. Un parcours étonnant, au sens strict. Il a fait le tour du monde en moto, 25 pays, avec sa femme et deux enfants dans un side-car. On ne sait pas comment ils se sont débrouillés pour les bagages, peut-être avaient-ils juste une brosse à dents pour quatre. Aujourd’hui, il travaille dans six pays, emploie 250 personnes « et pas de syndicat » ! Le public en a les larmes aux yeux. Photos, congratulations. On lui colle entre les mains un diplôme large comme une carte d’état-major et, si tout va bien il peut s’attendre aussi à un « chèque symbolique ». Du moins : si le bébé pleure.
Au rez-de-chaussée se tient le cocktail, dans l’ancien réfectoire des bénédictines, entre les tableaux de la Cène et de la Multiplication des Pains. Tout le monde se jette sur des petites hallebardes de crevettes et Saint-Jacques, et des coupes à bulles.
On retrouve Carole Dufour en amazone des RP, bustier rehaussé de cuir noir, sac à mains en crocodile des faubourgs. Erick Roux de Bézieux vaque de ci de là, comme s’il passait par hasard. David Kimelfeld se souvient qu’il n’y a pas besoin de servir la soupe pour serrer des louches. Et dans un coin les organisateurs, Oséo, Harvard Business School et Mazars, jouent les trois Grâces : la joie, l’abondance et la splendeur. Mais avec des costumes sombres et des cravates tristes. Il ne faudrait pas donner l’impression qu’on s’amuse.
Timéo Danaos