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Souvenirs souvenirs

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13oct.

Pince sans rire

On attendait ça avec un peu d’impatience :  Georges Képénékian inaugurant l’humour lyonnais. Ca doit être tout terrain, un adjoint à la culture. Bien sûr on se doutait bien qu’il n’y aurait pas de champagne et de petits fours, mais des fours au théâtre...

Vers 15 h 30 dimanche, une foule bigarrée s’étirait devant la salle Rameau pour la finale de la Semaine de l’Humour, deuxième du nom. Dans la salle, deux fauteuils avaient été réservés, l’un pour Képénékian, et l’autre ? Et bien on ne sait pas. Peut-être pour un élu de dernière minute qui n’arrive plus à rire aux réunions socialistes. Le parterre était chaud-bouillant, ça bavardait dans tous les sens, les filles à jet continu, un peu comme les TV dans les magasins de bricolage qui déversent en boucle des conseils sur des sujets dont personne n’a rien à carrer.

Ça allait du : « Et tu crois qu’après 50 ans on peut continuer de se faire appeler Mademoiselle ? ». Chais pas. Faudrait demander à Deneuve. Au : « Alors tu le télécharges, ça coûte 20 euros et tu peux t’en servir autant que tu veux... ». On ne saura jamais ce que c’était. Mais comme le dit la pipelette on line : « alors y’avait un couple, la femme elle était au téléphone, elle arrêtait pas de parler, c’est abusé, non ? Question de respect ».

Bon on écoute un peu, ça passe le temps en attendant le retard. Le spectacle commence enfin et Képé n’est toujours pas là. Les finalistes ont dix minutes chacun pour séduire le public. Fabienne Durand est une grande bringue brune qui se lance dans un strip-tease ton-sur-ton avant de se risquer à un domptage de guitare en bois, au moment où Képénékian se glisse jusqu’à sa place discrètement. Puis Jérémy Charbonnel. Un Lyonnais d’origine qui avait commencé des études à l’Idrac, où il a croisé des tas de raisons de se tirer au plus vite. Il s’épanouit maintenant sur les scènes parisiennes.

Ainsi en est-il de nos meilleurs artistes : Gérard Collomb, Jean-Jack Queyranne, André Gerin, (Dominique Perben ?), ils sont beaucoup plus amusants à Paris qu’à Lyon. Mais Jérémy Charbonnel, on lui pardonne tout. Le garçon est drôle, insolent et pétillant de malice. Le jour où il revient à l’affiche il ne faudra pas le rater.

Les candidats ont terminé, c’est le tour de Didier Bénureau dans son nouveau spectacle. Tout le talent d’un grand du music-hall. Plus d’une heure d’humour grinçant et bousculant, derrière un sourire gentil à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession. Car Didier Bénureau incarne avec perfection l’homme de foi : la mauvaise.

Après les levers de rideaux, les vedettes anglaises, américaines (voire : les travestis belges), on attend le clou du spectacle. Et ce fut Képénékian. Il monte sur scène, portant dans ses mains un machin, présenté comme le trophée qu’il devait remettre au lauréat. Il en profite pour saluer le « pari de l’émergence ». Et « Lyon, ville de l’humour et du café-théâtre depuis longtemps ». Effectivement, il y a bien longtemps que la municipalité ne s’en était pas aperçue, mais voilà qui est réparé.

A un moment, il a dû tenter de faire une blague, mais on n’est pas sûr. On l’a vu à sa concentration inhabituelle. Alors on a évité de rire. Dans le doute. « The winner is » : Jerémy Charbonnel. Les gens sont contents, lui aussi. Képénékian aussi, mais on n’est pas sûr, car ce qui se passe à l’intérieur ne se voit pas à l’extérieur. Thierry Buenafuente exulte. Tout s’est bien passé. Aucune personnalité vivante n’a été maltraitée pendant le spectacle. Ou alors, c’était pour rire. Et on recommencera l’année prochaine, même si « Le petit pantin », n’est plus là.

Timéo Danaos

13oct.

« On marche sur des œufs »

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06oct.

La Grand Messe de Grillot

A la soirée de clôture des Etats généraux de l’entreprise mercredi soir, les élus ne tenaient pas la vedette. Huit cent entrepreneurs garnissaient le parterre de la salle de la Corbeille, au Palais de la Bourse. La plus grosse concentration de costumes Dormeuil de toute la ville. Il y eut un temps pour tout. Un où tout le monde se précipita pour dire bonjour à tout le monde. Un où chacun voulut changer de place pour se retrouver à côté d’un copain, avant d’en repérer un autre et de changer encore...

On prend du retard. Collomb remonte les travées lentement, il n’est pas venu servir la soupe, mais il ne rate pas une louche, il les serre toutes. Enfin Philippe Grillot prend la parole. C’est sa soirée. Il devrait exulter, danser sur les tables, frapper dans ses mains. Mais non, il exulte à la manière dont on enterre une belle-mère : avec beaucoup de retenue et sans enthousiasme excessif.

Avant de présenter son « carnet de route », qui doit guider les entreprises emportées par la houle, il cède la place à une table ronde qui s’étire en longueur. Huit participants viennent partager leurs impressions sur ces états généraux qui s’achèvent. Mais tout d’abord, comment voient-ils les services de la CCI ? « Mon entreprise les utilise très peu », commence l’un. « Je ne savais pas trop ce que c’était jusqu’en 2006 », reprend un second. « En fait on connaît surtout la taxe qu’on lui paie », termine le dernier, impitoyable. Pendant ce temps, sur l’écran géant, le cadreur explore toutes les ressources du dogme danois, la caméra tangue d’un invité à l’autre, on se croit sur une mer démontée. S’il ne se calme pas, les spectateurs vont finir par se vomir les uns sur les autres...

Une heure et demie plus tard, quand Grillot reprend la parole, il est accueilli comme un sauveur. Mais voilà que, face à des élus qui affichent plusieurs décennies d’enfumage électoral et un préfet bercé par la léthargie administrative depuis sa plus tendre enfance, Grillot se permet une chose d’une incongruité folle. Il explique qu’après quatre mois à examiner les besoins et les attentes de ceux qu’il représente, il entend y répondre. Et il décline une série d’actions concrètes qui seraient même fichues d’être efficaces si on n’y prend pas garde. Tout y passe : le suivi personnalisé des entreprises, la décentralisation des services, la création d’un fonds de financement pour les PME, l’invention d’un « capitalisme patient ».

Au début surpris, les invités s’enflamment peu à peu et finissent par applaudir debout, ce qui n’a pas dû leur arriver depuis le dernier concert de Michel Sardou. On se calme ! Il faut maintenant prendre soin des huiles. Grillot ouvre le verbiage aux personnalités. Gérard Collomb vante une nouvelle fois son modèle lyonnais et la « capacité à progresser ensemble au-delà de nos divergences ». Un peu comme dans sa majorité.

Le préfet Carenco se lance dans une digression sur les atomes. Et Jean-Paul Mauduy, le président de la CRCI, tutoie les cieux. Quand il prend la parole dans la nef centrale du Palais de la Bourse, c’est Bossuet dans la cathédrale de Meaux, les plus protestants s’y convertissent. « Je suis en train de vivre un moment de bonheur », s’extasie-t-il. Et il béatifie à tour de bras. Le président Grillot : « Philippe,  bravo ! Je vous demande de l’applaudir ». Et même, dans un accès d’œcuménisme, Gérard Collomb qui vient d’annoncer l’installation du siège mondial de Sanofi-Aventis à Lyon. « Monsieur le maire, vous n’y êtes peut-être pour rien... », mais il le fait acclamer quand même.

Il ne manquait qu’une petite chanson pour terminer la soirée en beauté. Un petit gospel par exemple ? Sur l’air d’Oh When the Saints : « Tout le monde le sait, dans la chimie, dans le commerce et l’industrie, tout le monde le sait, c’est Jean-Paul Mauduy qui nous guidera dans la nuit ». Amen.

Timéo Danaos

06oct.

C’est un scandale ! Mais lequel  ?

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05oct.

Un Ministre presque parfait

On l’a appris par sa participation à l’émission Un dîner presque parfait, le ministre de la Culture l’est également de la gastronomie. Ben : pas de la mode masculine ! Frédéric Mitterrand à Lyon, c’est vintage 50’s, un costume qu’il a du emprunter à Vincent Auriol, une chemise de chef de bureau à la SNCF. Il était très attendu à l’inauguration de la Biennale d’art contemporain, ce mercredi à la Sucrière. Et très photographié. On l’aurait surpris rajustant le nœud de cravate d’un officiel pour la photo, avec un doigté qui dénote une longue expérience.

Frédéric Mitterrand est cool. A son aise dans un aréopage composé de cultureux, reconnaissables à leurs lunettes aux formes compliquées, leurs écharpes chamarrées même en plein soleil, et chez certains hommes, ces curieuses coiffures en oreilles de cocker.

Ca y est, la tribune aux palabres s’éclaire. Gérard Collomb s’avance vers le lutrin en plexiglas. Sans notes. Et peu importe, le roi  du hors sujet dit toujours à peu près la même chose. Il commence par les projets de la Confluence et finit par la réhabilitation de l’usine Tase. Si le ministre s’en bat l’œil, il se débrouille pour que ça ne se voit pas. Il cligne les paupières.

Jean-Jack Queyranne lui succède. Il dépose devant lui un petit bristol, c’est qu’il ne sera pas long. « Une biennale belle et terrible est née ! », clame-t-il en paraphrasant le titre. On le sent prêt à se jeter dans la tragédie grecque, et puis non, il fait un détour par la grotte Chauvet, il y croise le cinéaste Werner Herzog qui vient d’y tourner un film 3D. Ah ! l’art est bien le seul qui se dresse face au chaos, le seul qui vienne « fourailler aux entrailles des choses ». Fin de bristol. Magnifique.

Et le voilà, le Frédo, avec son costume de conservateur de la Culture. Il est accompagné d’une liasse de huit feuillets. On n’y échappera pas. Il salue chacun par son titre : « Monsieur le maire » aussitôt suivi d’une adresse plus familière, « Cher Gérard Collomb ». Il semble sincèrement heureux d’être là, comme soulagé d’échapper un instant au microcosme. Bah, plus que huit mois ! Il part en free style sur la biennale, puis sur l’accueil lyonnais, avant de revenir au discours tracé par les fonctionnaires de la Culture, où il ne manque pas un bouton de guêtre. Un petit mot de Thierry Raspail  pour finir ? Oups, on est placé trop près, on voit des choses qu’on ne devrait pas (quand même, il aurait pu faire ses racines).

Voici le moment de remettre le Prix de l’artiste francophone avec la Maison de la Francophonie. Mais là, au lieu de tendre la cuillère à Erick Roux de Bézieux, Frédéric Mitterrand repasse le plat à Gérard Collomb. Bon, le maire ne renonce jamais à parler même s’il n’a rien à dire. Il se met à lire ce qu’il a trouvé devant lui : la liste des membres du jury. Sinon il y avait aussi l’étiquette de sa cravate : soie naturelle, ne pas laver, dégraissage only. Et donc le gagnant est... Dominique Petitgand. Il est là. Il monte sur scène. Il ne comprend pas très bien ce qu’il y fait : « j’aimerais bien connaître les raisons de ce choix ». Panique à bord, personne ne sait. Sauf : Erick Roux de Bézieux, vous voyez bien qu’il fallait lui donner la parole. Le président de la Maison de la Francophonie explique : le travail avec les mots, une langue ouverte qui fait dialoguer en permanence le français avec l’anglais. En l’écoutant ébahi, l’artiste arrive à se convaincre que oui, c’est bien lui qui a fait tout ça. Il accepte le prix. Qu’il en soit remercié.

On va pouvoir se jeter sur le buffet. Faudra faire vite. En dehors d’une excellente bière Duvel, on ne trouvera guère à croquer que des tranches de pains aux noix, avec deux grains de raisin.

Haguenauer et Gelas sont habituées à mieux. Elles vont noyer leur désespoir un peu plus loin emportant au passage un exemplaire du Progrès. Si c’était pour les pages saumon, il fallait prendre Le Figaro.

Timéo Danaos

05oct.

Un débat presque pas fait

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22sept.

Au bout du chemin, la fête de la rose

La fête de la rose, ça se mérite. Certes, les baffes aussi, mais c’est au contraire dans une atmosphère apaisée que s’ouvrait le grand raout socialiste rhodanien ce samedi au Fort de Saint-Priest. On était venu par le tram T2, jusqu’au terminus, ce qui en soi est déjà une promenade. Ensuite, il suffisait de suivre les affichettes fléchantes, du moins : celles qui n’avaient pas été arrachées ou retournées par le vent pour indiquer le contraire de la bonne direction.

Au bout d’un quart d’heure de jeu de piste on croyait être arrivé au bout, enfin une grille, enfin une entrée indiquant « Fort de Saint-Priest ». Nenni. Après la chicane, il fallait suivre d’autres flèches qui cheminaient par d’autres sentiers, ça n’en finissait plus, mais si quand même, ouf. Le fort est en vue. La conférence de presse est annoncée. On trouve Jacky Darne, premier secrétaire, assis à l’ombre, au bout d’une table où quelques dignitaires et quelques journalistes se côtoient. On pique-nique d’un poulet froid, de légumes crus et de taboulé, qu’on essaie d’apprivoiser avec des couverts en plastique tendre. Au moindre effort la fourchette pète une dent. Au moins si ça tourne au vinaigre, ils ne vont pas se blesser avec ça ! Ni avec le reste : les propos de Darne sont ronds.

Que la primaire s’annonce belle, sous la ferme tutelle de la Haute autorité idoine composée de 300 casques bleus. On attend, qui sait ?, « peut-être quatre millions d’électeurs ! », s’enthousiasme Jean-Pierre Mignard, le porte-parole du machin. Après avoir frayé avec Royal sans défrayer avec Hollande, il se réfugie dans une position suisse : neutre. Il veut veiller à l’équilibre de la balance entre les candidats, sans être pris pour un fléau. Oui, reprend Franck Heurtrey, autre dignitaire de l’ordre, ces primaires sont un moment historique, « le paysage politique en sera à jamais bouleversé ». Du moins : si la gauche gagne. Dans le cas contraire c’est surtout les socialistes qui seront bouleversés. Il suffit.

Les festivités doivent commencer sur la terrasse. La « terrasse ». Une sorte de parking goudronné, chauffé à blanc par le soleil ; on y a disposé des chaises en métal noir, il y règne déjà une ambiance de plancha sur le point de grésiller. Ici et là des stands, des panneaux d’expo en forme de grille, des tables avec des piles de tracts que le vent s’amuse à disperser. Chaque candidat aux primaires a son kiosque. Tiens, l’ambassade de Martine vient de s’effondrer, soufflée par une rafale. « Pas grave, Martine rebondit toujours », se rassure un militant. No comment.

Les chaises sont vides, tout le monde est resté à l’abri sous les arbres quand Martine David, prend le micro pour souhaiter la bienvenue à la centaine de militants hélioproof plantés comme des pâquerettes sur le gazon. « Le soleil brille, et il chauffe ! », se plaint-elle. Ben oui, mais il ne fallait pas s’habiller en noir ! Scrongneugneu, l’enjeu est de taille, car « il faut mettre fin à la duperie sarkozyste ».

Les militants comprennent, ils savent que c’est là qu’il faut applaudir. Puis Jean-Pierre Mignard se ré-enthousiasme, la primaire se passera bien car « nous saurons traiter nos électeurs mieux que nous ne nous traitons entre nous ». Rassurant. « Et si nous réussissons la primaire, la moitié de la colline présidentielle sera acquise ». Pour autant que cette colline soit mieux fléchée que le Fort de Saint-Priest, c’est jouable. Ensuite tout le monde se retrouva en ateliers où on ne sait pas bien ce qui se passa, à part qu’il y faisait plus frais. C’était la fête de la rose, à vous les studios. On n’y a pas vu beaucoup de fête et encore moins de roses. Une soirée dansante était prévue, mais on n’est pas resté. Trop de festivités d’un coup...

Timéo Danaos

22sept.

Emilio et la suprématie du nawak

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18sept.

Speed dating post mortem

Cinq minutes par personne. Tout le monde voulait se faire entendre à l’inauguration de la Maison des Deux Rives, à la Confluence, ce lundi. Rendez-vous à 18 heures au Monolithe, ce cube de béton doré de la rue Denuzière. Une maison-relais pour personnes en déshérence.

Tout le monde non, car un certain nombre de personnalités étaient au contraire venues là pour se taire, ce qui mérite le respect. Michel Havard, qui n’en pense pas moins. Et le préfet Carenco, celui qui ressemble à John Cleese des Monthy Python, un préfet nommé Wanda.

Mais Daniel Saillant parle. Il est le président d’Habitat et Humanisme Rhône, maison fondée en 1985 par Bernard Devert pour fonder des maisons. Et par Jacques Moulinier, disparu en 2010. « Il est là-haut, il nous regarde, il est content ». On aimerait bien qu’il n’en profite pas pour jouer avec les nuages, on est dans la cour.

Raphaël Appert, du Crédit Agricole, lui succède au micro. Certes, avec tout ce chahut boursier « ce n’est pas facile en ce moment de prendre la parole pour un banquier ». Il la prend quand même et il n’a pas l’intention de démissionner non plus. Bien au contraire. « Longue vie au projet ! ». La banque continue.

Denis Broliquier compte 33 logements là où une vingtaine seulement ont suffi aux autres, mais les autres n’ont pas besoin de se faire élire dans cet arrondissement, lui si. On n’a jamais trop d’électeurs. Il se souvient de Jacques Moulinier à l’époque où ils étaient tous les deux centristes. Comme le temps passe.

Puis c’est le tour de Philippe Barbarin : oui Jacques Moulinier est avec nous ce soir, et aussi Mère Térésa, « car c’est l’anniversaire de sa mort en ce 5 septembre ». Décidément le ciel commence à être chargé !

Gérard Collomb s’avance. Il salue le catholicisme social, grande tradition de la ville, il cite Henri Lacordaire, rend un hommage vibrant à Jacques Moulinier, mais n’en doutons pas, la politique menée en ce moment par la ville de Lyon se situe exactement dans la droite ligne des convictions défendues par Jacques Mouliner à son époque. Au centre droit, donc.

Ah, reprend Jean-Jack Queyranne, on peut dire que Jacques Moulinier était passionnément Lyonnais. C’est grâce à des gens comme lui qu’au cœur de la Confluence aujourd’hui, « il n’y a pas que des bâtiments prestigieux, du commercial et des immeubles de standing », il y a aussi... (euh... l’immeuble du Progrès ?). Non ! Il y a aussi « du logement pour tous, le droit au logement effectif ». Effectivement.

Allez Michel ! Le Garde des Sceaux va fermer le banc. Il se souvient de Jacques Moulinier et de tout le parcours politique qu’ils ont suivi ensemble sur les chemins du centre : « Jacques avec qui nous avons mené des combats politiques et nous en avons perdus autant que nous en avons menés ». Toute une carrière. Quand on pense à tous les combats que Michel Mercier va maintenant devoir perdre tout seul !

Coupons le ruban avant que ça ne refroidisse. Le coup de ciseau inaugural sonne le tocsin pour les bouchons de champagne qui dépotent un peu partout. Du moins : du crémant de Bourgogne, le même que Michel Mercier sert à sa table du Département, ça sent le déstockage massif.

Une ambiance très cathosphère. Dress code : s’habiller de couleur terne et toujours donner l’impression de s’ennuyer un peu, mais pas trop.

Si d’aventure on croque un canapé (ceux au fromage de chèvre par exemple) le faire comme par inadvertance et en ne donnant  pas l’impression d’y prendre du plaisir. Manquerait plus que ça !

Timéo Danaos

15sept.

Bientôt à la TV

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20juil.

Evelyne cordon bleu

Mercredi on allait inaugurer Haguenauer. Il était temps. Voilà quelques lustres déjà qu’elle inaugure un peut tout ce qui passe, elle félicite, elle décore, elle congratule, elle encourage. Là c’est son tour. Elle le mérite. Tiens justement : le Mérite ! Dans un instant, elle va nous prouver qu’on peut être cordon bleu sans être fourré au fromage.

Dans le salon doré de l’Hôtel-de-Ville, tout le monde s’évente avec les cartons d’invitation, il fait une chaleur à cuire des haricots verts. D’ailleurs ça ne manque pas de grosses légumes, des élus, des officiels, des représentants de la communauté juive, de déportés, de résistants, on ne va pas en dresser la liste, quelqu’un s’en chargera sûrement.

Gérard Collomb prend la parole. Il salue la gauche et la droite, signe de la popularité d’Evelyne Haguenauer. Et puis le grand rabbin, le gouverneur militaire, les associations... la voilà, la liste. Son vidéaste personnel ne le quitte pas d’une caméra, on va retrouver les images sur son blog avant que les glaçons aient fondu. Il cite Camus, il faut toujours citer un écrivain, surtout s’il ne vous a rien demandé. Ensuite apparaît Régine, la vraie, l’authentique, entièrement restaurée par les monuments historiques, inscrite au patrimoine mondial de l’Humanité pour l’ensemble de son œuvre, ses chansons, ses night-clubs... et son boa.

Régine - Haguenauer ? Mais pourquoi ? Régine raconte. Petite fille, elle fut recueillie pendant la guerre par la famille Haguenauer, à Lyon. Destins croisés. Puis elle retrace le parcours de l’impétrante, comme assistante de direction dans les revêtements de sol, puis dans un Hôtel Crown Plaza, puis à la Compagnie Lyonnaise du Cinéma, puis la rencontre décisive avec Gérard Collomb, par l’entremise de Jean-Louis Touraine. Et ses engagements parmi les associations, auprès des personnes âgées, tout ce qui lui vaut d’être là-ici-ce-soir, étuvée jusqu’à la moelle.

Haguenauer est assise dans un fauteuil, c’est elle la reine, elle mijote. Et Régine enchaîne aussi sec, en meneuse de revue à qui on ne la fait pas : « Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés... ».

Personne n’a rien vu venir, le coussin et la broche ne sont même pas prêts, Haguenauer bondit de son siège, mais tout ce qui devait être planté finit par l’être. La foule exulte. Haguenauer va parler. Elle est émue. Sa voix tremble. On est avec elle. On a envie de lui tenir la main. Elle dit que la politique lui a appris la modestie et l’humilité (apparemment ce n’est pas tombé sur tout le monde). Elle remercie. Ses amis, sa famille, les associations. Finalement tous les gens qui sont là. On a l’impression que c’est eux qui sont décorés. Et c’est un peu vrai.

Emotion, émotion. Il faut que tout finisse en chanson. On a distribué aux invités le texte de la chanson Les Petits Papiers, sur des petits papiers. Quelqu’un a eu la bonne idée de projeter en même temps un karaoké avec défilement des paroles, mais sur un autre tempo. Alors, entre l’écran, la feuille de pompe, Régine qui chante, Collomb qui essaie de suivre, et Haguenauer qui compte les points, le public ne sait plus où donner de la croche, ce ne sont plus les petits papiers mais les feuilles mortes et ça vole dans tous les sens.

Finalement Régine prend les choses en main, on saute trois couplets à pieds joints, rendez-vous au bac à sable, tout le monde se retrouve sur un dernier : « La-la-la les petits papiers ». On couvre Haguenauer d’applaudissements. On la photographie sous toutes les coutures. Un confrère interviewe Régine comme si c’était Cléopâtre en personne. Et le buffet ouvre. Champagne. Rosé. Petits légumes bien sages. Amuse-bouches rigolos. L’occasion de vérifier une fois de plus cette vérité affligeante : les maîtres d’hôtel hétérosexuels sont une calamité. Impossible de se faire servir équitablement quand on est un homme.

Timéo Danaos

20juil.

Sarko surfe sur la marée verte

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12juil.

La Région accouche par le siège

Jeudi soir on inaugurait le nouveau siège de la région Rhône-Alpes à la Confluence. Le hall est immense. Il plonge en pente douce jusqu’à la salle du conseil. Au sol, des marquages indiquent le chemin. Des pas, pied gauche, pied droit, l’un bleu, l’autre jaune. D’après l’espacement entre eux, l’homme qui a servi de modèle doit mesurer dans les 3,40 mètres. On est heureux de ne pas l’avoir croisé.

Pour l’heure Gérard Collomb, Jean-Jack Queyranne et François Turcas sont installés sur une sorte de rampe de lancement qui leur sert de promontoire. On crachote un peu dans le micro et le maire prend la parole. Ah la Confluence ! La « fluidité du nouveau quartier ». Les 45 000 m² du Marché Gare qui vont prochainement servir de bac à sable des architectes Herzog et de Meuron. Le pôle de loisirs avec ses restaurants que les élus régionaux vont bientôt pouvoir découvrir, en espérant qu’ils n’en profitent pas pour « passer trois heures à table » (on espère surtout que la présence de Turcas n’est pour rien dans cette insinuation malveillante).

Rendez-vous à 18 h 30 dans la salle du conseil, JJQ fera un discours. Chic ! A l’heure dite, on lance une vidéo. L’architecte Christian de Portzamparc, accoudé sur un mange-debout, dans un hall encore désert, regarde refroidir une tasse de café. « Ce bâtiment est un serpent, explique-t-il. Et sous ce serpent, il y a la salle du conseil ». La salle des sornettes, quoi.

Ensuite, le président monte à la tribune, flanqué de part et d’autre d’une trentaine d’élus qui jouent les glaïeuls : « Charbonnières ne répondait plus aux besoins de notre temps ». Mais ce nouveau bâtiment oui , car c’est « un grand vaisseau arrimé à la Darse ».

Un vaisseau ? Qu’a-t-il fait du serpent ? « Nous voulions du beau, pas du toc », et donc « la façade est en terre cuite ». Un peu comme une cruche. Victor Hugo ne disait-il pas : « l’architecture est le grand livre de l’humanité » ? Alors que Daniel Pennac déclarait : « l’architecture est l’art de la suggestion ». En attendant qu’ils se mettent d’accord on pourrait peut-être ouvrir le buffet ? L’hôtel de région est « une vitrine et un outil ». En cas d’urgence, brisez la glace !

« Bienvenue à tous et à toutes. Les buffets sont à votre disposition, avec des spécialités de la région ». Bravo. Pour qui doit installer des tables sur un pan incliné, les choses ne sont pas faciles. Toutefois, le traiteur s’appelle La Potinière, il bénéfice dans ce journal d’un préjugé favorable.

On croise Denis Broliquier, en repérage, Roland Bernard, en voisin, Etienne Tête, en conciliabule, Jean-François Debat, en grande pompe. Ainsi qu’une Miss 2e Dauphine Le Progrès ondoyant sur ses talons.

Suivant les consignes du président, on entreprend de se régaler de spécialités régionales : du saumon fumé (de Grenoble ?), de la feta (de Valence ?), des verrines de Saint-Jacques (de Miribel ?) et puis du foie gras, du rouget, des feuilles de vignes, du chorizo. Certes, si on n’était pas d’une totale mauvaise foi, on aurait souligné aussi la charcuterie lyonnaise ou les petites quenelles. Mais voilà, on l’est.

« Monsieur est un tentateur ! », glousse une dame à un jeune serveur qui lui présente un plateau de sucré. Ne nous emballons, pas, il s’agit seulement de pâtisseries, pas de fruits de la passion !

« Il y a aussi des buffets à l’intérieur ». Et c’est vrai, on les voit à travers la vitre. Déserts. Avec trois pauvres maîtres d’hôtel perdus comme trois poissons dans un aquarium trop grand. Ce n’est pas qu’on ne voudrait pas y aller, mais personne n’a réussi à trouver l’entrée !

Avant de partir, une touchante attention. On remet à chaque invité une mallette toute en carton et ficelle, pour faire développement durable. Elle contient une mine de renseignements sur la région, ses compétences, ses réalisations, le travail des élus. Bref tout ce qu’ils auraient dû savoir avant de se présenter aux élections. Une bien belle soirée.

Timéo Danaos

12juil.

Programme médias : tenue d’été exigée

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04juil.

Fallait pas m’inviter

« Vous êtes invité à vos frais... ». Le carton semblait pourtant honnête « Carte d’embarquement « Invité ». Lancement des Planches ». On connaissait le lancement de nains, de noyaux d’olives, de chaussures, mais de planches, c’était nouveau. Le flyer numérique était tombé directement à la rédaction, l’évènement devait être d’importance. Arrivé à Albigny, on trouve sans peine l’entrée, il y plus d’agents de sécurité dans les environs que pour la visite d’un ministre subalterne. L’hôtesse récupère le sésame et dirige vers la table où sont distribués gracieusement les « cocktails de bienvenue ». Aïe, ça veut dire que le reste ne le sera pas ! Savourons cette sangria au champagne en attendant l’évènement. Entre les coins loundge, les baraques de plages, les toiles blanches et les marabouts, Les Planches se veulent le Saint-Tropez de Lyon, on fait avec ce qu’on a.

Sur les tables le premier numéro de News Les Planches qui annonce en titre : « Opening Big Beach Party », ce qui veut certainement dire quelque chose. Comme cette phrase prise dans le rédactionnel : « 25 ans d’expérience au sein d’établissements comme le Ritz ou le Martinez avec des chefs renommés font de lui un véritable virtuose ». Le décryptage sans doute dans le N°2. S’il y en a un.

Près des bars, des musiciens assurent l’animation, une chanteuse en robette noire, un trompettiste bouché à chapeau, une violoniste électrique. En fait ils se contentent de contre-chanter sur les disques que passe le DJ. A peu près aussi intéressant que de gribouiller sur des poèmes de Rimbaud, mais ça distrait.

Les serveuses portent des robes noires à volants. Les serveurs des plateaux. Il y a là toute la faune s’lapète des soirées hype lyonnaises. Les messieurs portent du casual chic. Du Ralph Lauren, du Kaporal. Les mêmes marques que les lascars, sans la casquette. On croise un baroudeur de comptoir, en saharienne de lin sable, le chèche artistiquement tressé autour du cou. Un autre, nostalgique de ses années bohème, a voulu se donner un look : nouveau philosophe. Dommage qu’il ait pris pour modèle Luc Ferry. Les dames sont plus habillées. Tenues de soirées légères, robes courtes. Trop parfois (il faudrait que quelqu’un explique à celle-ci qu’elle n’a plus 16 ans et que le ras-la-touffe, arrivé à un certain âge, ça fait des rimes qui ne vont pas à son avantage).

La terrasse s’est remplie maintenant, et on ne voit toujours pas où est l’évènement. On feuillette la carte du bar. Ici on propose un jéroboam Dom Pérignon à 2 400 euros la bouteille... comme on n’est pas sûr qu’il soit frais, on va prendre autre chose.

Jeunesse dorée, parents friqués, qu’est-ce que tout ce monde-là est venu faire ici ? Apparemment, pas grand chose à part essayer de se reconnaître entre eux. Dès qu’ils y parviennent, ils se constituent en grappe et commandent une bouteille. On surprend un « invité » goûtant avec componction le vin qu’il vient de commander : un rosé ordinaire. Tout est dans le geste. Ils n’arrêtent pas de se faire prendre en photos en changeant de grappe mais sans la lâcher. Une cadreuse a même été affrétée pour immortaliser l’instant en vidéo. Tout cela va se retrouver dans les Lyon People, Lyon Clubbing... à chacun son Facebook.

Et c’est tout ? Oui. Il ne se passe rien. Certains établissements s’imaginent que chaque fois qu’ils impriment une nouvelle carte ou qu’ils changent l’eau des poissons, cela représente un évènement digne d’intéresser la presse. N’étant pas assez blonde pour constituer une attachée de presse présentable, on s’esquive en loucedé. Le parking s’est bien rempli. Surtout le petit enclos privatif où dorment Porsche, Maseratti, Ferrari, jalousement gardées par des Men In Black.

Timéo Danaos

04juil.

Revue de pubs

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23juin

Et au milieu coule une rivière

Que s’est-il passé jeudi dernier au Parti socialiste, à la mairie de Lyon ou à la communauté urbaine ? En tous cas, Collomb était d’humeur massacrante. Un bus attendait une trentaine de journalistes rue du Lac, vers 11 h 15. Les élus étaient venus accompagner leur président : Gilles Buna, Nadine Gelas, Gérard Claisse. La visite des futurs chantiers des bords de Saône s’annonçait sous les auspices d’un déjeuner sur l’herbe.

Oui mais voilà, Collomb était de mauvais poil quand il entra dans le bus. On nous l’avait contrarié. Un défenseur de l’Hôtel-Dieu ? Un adversaire du Grand stade ? Un opposant politique ? Pire : un ami ? Un proche collaborateur pas encore remercié ? En tous cas la presse lyonnaise ne lui dit pas merci.

Finalement on était trop en retard, au lieu de faire le tour complet en commençant par la Confluence pour remonter jusqu’à l’Île Barbe et redescendre jusqu’aux Sub’*, on fila direct aux Sub’*, arrêt-pipi, tout le monde descend. C’est dans ce petit coin de verdure... bon pour l’instant on voit surtout un quai caillouteux, mais bientôt une plage de 13 mètres de large, des méridiennes, des planches en bois. Nicolas Magalon explique.

Scrongneugneu, ça énerve Collomb, il lui pique le micro : « Je vais faire une présentation globale, si on commence par les pointillés, on ne va rien comprendre ». Il repart de la Confluence et remonte la rivière, tel le saumon en période de frai. Le parking Saint-Antoine, qui sera démoli lors du prochain mandat (avant, il ne faudra pas oublier de démolir l’adversaire qui se présentera aux municipales en 2014), la nouvelle esplanade devant le Palais de Justice, le Pont Schuman. Et l’intervention tout au long du parcours de l’artiste japonais Tadashi Kawamata, dont le nom est une nouvelle épreuve pour le maire. Il finit par refiler le crachottoir à Nicolas Magalon. Pour les pointillés.

Ainsi les nouvelles berges vont se construire autour d’un ruban bleu, d’un ruban vert et d’un fil rouge, une sorte de scoubidou urbain tricoté avec de la nature, du minéral et de l’artistique. Ici des jardins aquatiques, là des planches, comme à Deauville, et là « on va habiller la niche ».

Collomb commence à se détendre. Il se fait photographier au bord de l’eau, nonchalamment assis sur une rambarde, très « sirène de Copenhague ». Il a retrouvé son « sourire Gégé » qui fait la joie des dentifrices. Il donne des interviews aux TV et aux radios. Pendant ce temps là on a installé sur des murets, de larges photographies de ce que devraient devenir ces lieux, et les journalistes présents les mitraillent abondamment. On se dit qu’il ne doit rien y avoir de plus idiot que de photographier des photographies, mais si. Car les confères de France 3 s’approchent pour les filmer !

Le reste sera présenté pendant le déjeuner, allez ouste ! Direction : le restaurant des Sub’. Pendant que les convives se lèvent pour aller remplir leurs assiettes au buffet (tiens le concombre est revenu !), les présentateurs se succèdent au micro. De grands panneaux photographiques sont montrés l’un après l’autre sur des chevalets et, il faut bien le reconnaître, c’est la première fois qu’on assiste à un diaporama en dur.

Ici, il y aura 13 marelles « et le sol sera antidérapant ! », se félicite le présentateur. Une marelle antidérapante ? C’est un coup à se casser la figure. Et là « un arbre à poissons réalisé par Gentil Garçon ». Tiens. Un ami de Gentil Gana et Gentil Beri ?

Vers 14 h 20, Collomb est obligé de s’arracher pour passer l’après-midi avec Rivalta au Sytral. VDM ! On est déjà rendu à Rochetaillée, il va falloir penser à conclure, on ne va pas remonter jusqu’à la source ! Si on pouvait finir avant la nuit...

Timéo Danaos

 

* Contrairement à une idée répandue, “Sub” n’est pas l’abréviation de subventions mais de Subsistances.

16juin

Vishnu est arrivé !

Touraine a failli ne pas venir. En ce week-end de l’Ascension, c’est pourtant lui qui était de garde à la mairie centrale. On l’attendait à 19 h 30. On l’attendait encore un quart d’heure plus tard. Etait-il retardé par l’averse qui tombait dru sur la ville ? Terrassé par un concombre teuton sournois et insaisissable ? Tant pis, le Nouvel An tamoul allait commencer sans lui. Il aurait du être fêté à la mi-avril il avait assez attendu.

Le président Nandagobalou lança les festivités. Les presque 150 invités tamouls et amis s’impatientaient, les enfants couraient partout. Alors sur l’espace de scène six jeunes filles s’avancèrent, en sari rouge, noir et bleu, et ce fut Bollywood en plein cœur de Lyon, boulevard des Etats-Unis, Espace 101. Une danse mutine et espiègle dans un curieux mélange de modernité et de tradition, sur des rythmes puissants.

Les numéros se succèdent jusqu’à ce gamin de 7 ans à peine qui joue autant qu’il danse, une sorte de Roméo pris dans les affres de l’amour. Il se poignarde le cœur à deux mains en secouant la tête, bat du blé au sol, bondit en l’air, chasse des serpents du pied, et passe par toutes les émotions dans lesquelles ces épreuves le plongent. Le public croule sous les applaudissements. Mickaël Jackson peut aller se remixer la galette, ici à Lyon, un enfant tamoul a mis le feu au dancefloor. Et incendier le carrelage, ce n’est pas à la portée de tout le monde. La fête continue et toujours pas de Touraine. Voici la danse du voile, huit danseuses ondulent sur scène. Dans le public, les bambins ne se tiennent plus, ils veulent aller danser. Le spectacle est fini, alors tant pis on ouvre le banquet. De grandes tablées nappées de papier blanc.

A peine a-t-on commencé à servir que Touraine arrive. Mais comment arrêter des mandibules quand elles ont commencé à claquer dans le plat ? On n’aura pas le silence. Le président Nandagobalou rend un vibrant hommage à l’élu rescapé des averses et des concombres suspects : « Monsieur Touraine, bien connu à Lyon et même au-delà ». Dans la tradition d’Antoine Gailleton, à la fois médecin et maire. Il parle d’inquiétudes, de la montée de la xénophobie « qui menace des minorités comme nous », de l’importance de la République et donc de Monsieur Touraine, car avec toutes ses activités, n’est-il pas « un peu comme l’incarnation de Vishnu » aux quatre bras ? On allait le dire. D’ailleurs « il a participé au défilé de Ganesh » en septembre. Sans compter qu’au PS, des défilés d’éléphants il y en a tous les jours.

« Grand merci », répond Touraine-Vishnu. Ralala, ce que « l’addition des cultures permet d’enrichissement » ! Il salue la mémoire de Gandhi qui a montré le chemin des luttes non-violentes. Bon, il n’était peut-être pas tamoul Gandhi, mais il ne faut pas trop en demander non plus. En tous cas « la fête est encore plus agréable quand on la partage avec des amis venus d’horizon divers ». La fête est plus folle, on a eu peur, on a cru qu’il voulait nous vendre du Palermo.

La tradition du Varush Pirappu veut que le repas se fasse aux six saveurs : sucré, salé, aigre-doux, amer, piquant, astringent. Les plats seront servis dans une assiette en carton, dommage, on aurait mieux aimé la feuille de bananier ! Poulet tandoori, carry de riz, légumes râpés en salade, accras, les mets sont dignes des meilleurs restaurants indiens de la ville. Et ça ne manque pas, le piment fait pleurer les cheveux !

Pendant ce temps-là Jean-Louis Touraine essaie de taper l’esquive. Il a serré encore une fois toutes les mains qui se présentaient. Et même plusieurs fois, si besoin. Un mot aimable à chacun. Il glisse subrepticement vers la porte. Emportant sous le bras son cadeau de bonne année : une plante en pot. Avec ses quatre bras il pourra l’arroser. Salut Vishnu et bonne année 5133 !

Timéo Danaos

16juin

Coup de balai chez France TV

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09juin

Terra Mundi, une gaufrette et trois mémés

Ca commence bien ! Quand on arrive, le président de Grand Lyon Habitat Yvon Deschamps trousse une anecdote sur le pharaon Imhotep. On n’est pas rendu ! D’ici à ce qu’il arrive à notre époque, jusqu’à ce jeudi 26 mai, le jour de l’inauguration de l’immeuble Terra Mundi... S’il pouvait griller un peu les étapes, nous épargner le gothique, la Renaissance et le néo-classique, on aurait peut-être fini avant la nuit. Ah, il termine sur un retentissant « nous voulons une architecture jubilatoire ». Décidément, pas besoin de champagne, il pétille tout seul. La suite moins.

La suite, c’est Marie-Odile Novelli qui glisse sur sa propre peau de banane, avant de se récupérer par un double salto arrière : « Jamais la Région n’aura eu aussi peu de raisons de soutenir un projet », qu’elle commence, avant d’expliquer justement pourquoi la Région le soutient quand même, et plutôt deux fois qu’une. Quand on entend les écolos s’exprimer, on comprend mieux comment ils votent.

Collomb va devoir remonter les blancs d’œufs, l’ambiance s’est effondrée. Il attaque en pleine force : « Oui la fracture sociale est une fracture spatiale ». A chaque envolée lyrique, pour ceux qui sont près des enceintes, c’est un Airbus qui décolle. Il faut une vision « d’une ville globale » et il mélange allégrement : habitat, transports, créativité culturelle. Un coup de shaker, c’est lui qui fait le cocktail. Mais gronde-t-il : « j’entends quelques fois des raisonnements simplistes ! ». Ça, en général, c’est pour les Verts. Bingo ! Le voilà qui défend les 300 Smarts en libre service qui vont arriver. Car la voiture n’est pas l’ennemie du vélo qui n’est pas l’ennemi du piéton, qui sans doute, n’est pas l’ennemi du bulletin de vote. Rendez-vous en 2014. Car « c’est le bonheur quotidien des habitants d’une ville qu’on façonne ».

On aurait pu en rester là. Mais l’Etat veille, en la personne du préfet délégué Alain Marc. Equipé d’un véritable générateur de langue de bois, il régale l’assistance d’un festival de gourmandises administratives. Celui-là par exemple, on peut le resservir à chaque fois : « ce projet n’a été rendu possible que par la mobilisation de tous les acteurs et je veux leur rendre hommage ». Voilà qu’il en dresse la liste complète, il y en a pour un moment, si vous avez quelque chose sur le feu, éteignez. Et il y retourne : « Je veux rendre hommage aussi à tous les services, qu’il s’agisse de la ville, du Grand Lyon... ». C’est reparti. Mais soudain il fronce le sourcil : « quelques points de vigilance demeurent ». Rien de grave. De toutes façons il y a toujours des points de vigilance qui demeurent. Il ne reste plus qu’à conclure par un vibrant : « On est toujours plus fort lorsqu’on n’est pas tout seul ». Bravo ! Celui-là non plus ne risque pas d’être contredit.

Il ne reste plus qu’a dévoiler la plaque commémorative au cœur de l’atrium de ce qui est maintenant un des plus beaux bâtiments de la Part-Dieu, à la fois siège social de Grand Lyon Habitat, résidence sociale, cafétéria, crèche inter-entreprise, le tout en HQE (haute qualité environnementale) et sans le secours des écolos.

Cocktail. Il y a un monde fou. Les organisateurs ont dû inviter une partie de leurs clients et de leur personnel, en plus des peoples habituels quelques fois amputés d’un double (Haguenauer sans Gelas c’est une pêche melba sans gaufrette). Quatre buffets se répartissent les invités selon une logique géographique inconnue. Celui du fond est le plus désert. Mais aussi le plus tranquille. Trois mémés qui y ont pris leurs quartiers, sûres de pouvoir se restaurer sans être bousculées. Les serveurs sont aux petits soins avec elles. On ne dira jamais assez l’instinct infaillible des mémés.

Timéo Danaos

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