On attendait ça avec un peu d’impatience : Georges Képénékian inaugurant l’humour lyonnais. Ca doit être tout terrain, un adjoint à la culture. Bien sûr on se doutait bien qu’il n’y aurait pas de champagne et de petits fours, mais des fours au théâtre...
Vers 15 h 30 dimanche, une foule bigarrée s’étirait devant la salle Rameau pour la finale de la Semaine de l’Humour, deuxième du nom. Dans la salle, deux fauteuils avaient été réservés, l’un pour Képénékian, et l’autre ? Et bien on ne sait pas. Peut-être pour un élu de dernière minute qui n’arrive plus à rire aux réunions socialistes. Le parterre était chaud-bouillant, ça bavardait dans tous les sens, les filles à jet continu, un peu comme les TV dans les magasins de bricolage qui déversent en boucle des conseils sur des sujets dont personne n’a rien à carrer.
Ça allait du : « Et tu crois qu’après 50 ans on peut continuer de se faire appeler Mademoiselle ? ». Chais pas. Faudrait demander à Deneuve. Au : « Alors tu le télécharges, ça coûte 20 euros et tu peux t’en servir autant que tu veux... ». On ne saura jamais ce que c’était. Mais comme le dit la pipelette on line : « alors y’avait un couple, la femme elle était au téléphone, elle arrêtait pas de parler, c’est abusé, non ? Question de respect ».
Bon on écoute un peu, ça passe le temps en attendant le retard. Le spectacle commence enfin et Képé n’est toujours pas là. Les finalistes ont dix minutes chacun pour séduire le public. Fabienne Durand est une grande bringue brune qui se lance dans un strip-tease ton-sur-ton avant de se risquer à un domptage de guitare en bois, au moment où Képénékian se glisse jusqu’à sa place discrètement. Puis Jérémy Charbonnel. Un Lyonnais d’origine qui avait commencé des études à l’Idrac, où il a croisé des tas de raisons de se tirer au plus vite. Il s’épanouit maintenant sur les scènes parisiennes.
Ainsi en est-il de nos meilleurs artistes : Gérard Collomb, Jean-Jack Queyranne, André Gerin, (Dominique Perben ?), ils sont beaucoup plus amusants à Paris qu’à Lyon. Mais Jérémy Charbonnel, on lui pardonne tout. Le garçon est drôle, insolent et pétillant de malice. Le jour où il revient à l’affiche il ne faudra pas le rater.
Les candidats ont terminé, c’est le tour de Didier Bénureau dans son nouveau spectacle. Tout le talent d’un grand du music-hall. Plus d’une heure d’humour grinçant et bousculant, derrière un sourire gentil à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession. Car Didier Bénureau incarne avec perfection l’homme de foi : la mauvaise.
Après les levers de rideaux, les vedettes anglaises, américaines (voire : les travestis belges), on attend le clou du spectacle. Et ce fut Képénékian. Il monte sur scène, portant dans ses mains un machin, présenté comme le trophée qu’il devait remettre au lauréat. Il en profite pour saluer le « pari de l’émergence ». Et « Lyon, ville de l’humour et du café-théâtre depuis longtemps ». Effectivement, il y a bien longtemps que la municipalité ne s’en était pas aperçue, mais voilà qui est réparé.
A un moment, il a dû tenter de faire une blague, mais on n’est pas sûr. On l’a vu à sa concentration inhabituelle. Alors on a évité de rire. Dans le doute. « The winner is » : Jerémy Charbonnel. Les gens sont contents, lui aussi. Képénékian aussi, mais on n’est pas sûr, car ce qui se passe à l’intérieur ne se voit pas à l’extérieur. Thierry Buenafuente exulte. Tout s’est bien passé. Aucune personnalité vivante n’a été maltraitée pendant le spectacle. Ou alors, c’était pour rire. Et on recommencera l’année prochaine, même si « Le petit pantin », n’est plus là.
Timéo Danaos
