On attend Frigide Barjot. Le local de l’UMP samedi s’est peu à peu rempli, mais elle reste remisée dans une pièce à côté du vestiaire. On a vu Laurent Argelier s’en échapper furtivement. L’interviewer qui buzze a-t-il réussi à lui arracher un lourd secret ? La salle est pleine de dames en fourrure, vraies ou fausses, des brunes et des blondes, vraies ou fausses. Des messieurs en costume et des jeunes gens bien mis, si l’on ose dire, vu le thème de la rencontre.
Emmanuel Hamelin papillonne, il rassemble ses troupes équitablement dans l’espace, et tout d’un coup ça y est elle est là, elle traverse la salle en croquant une bugne, rose comme un malabar en pleine machouille, dans une minijupe à se faire verbaliser sur le trottoir. « Je vous demande d’applaudir Emmanuel Hamelin », annonce-t-elle sous les acclamations de son public.
Alors le toujours-futur maire de Lyon remercie Virginie Merle (puisque c’est ainsi que ses parents A et B l’ont nommée), et il se lance. Tous les griefs contre Collomb y passent : la Confluence, l’Hôtel-Dieu, le Grand stade, pour un peu on pourrait croire que son groupe s’y était opposé. A ses côtés Frigide essaie encore d’attirer l’attention : « oui, nous étions 1 million 200 000, ça y est les chiffres sont tombés ! ». Du ciel ? Ceux de la préfecture de Paris affichent un résultat consolidé de 320 000.
En tous cas elle n’arrête pas de lui couper la parole. Oui elle a vu le Président, elle expliquera tout à l’heure. C’est bon, il peut parler maintenant Emmanuel ? Il développe son programme : faire venir le métro jusqu’à Montrochet, favoriser le développement de l’agglomération vers l’Est... Les gens l’écoutent. Frigide a compris. Assise un peu à l’écart, elle attend que ça passe, elle s’est éteinte, elle se frotte le nez, elle s’emmerde.
Ca y est. Emmanuel a fini. « C’est à moi ! C’était très intéressant ! », affirme-t-elle sans rire. Mais c’est à elle maintenant. Elle va pouvoir pourfendre le mariage gay dont les défenseurs défilent à deux pas de là, clairsemés, elle en est sûre. Hamelin a été un des premiers opposants, lui rappelle-t-elle : « Merci, Emmanuel, tu as eu le courage de résister à la vague avant même qu’elle n’arrive ». Et à la pluie avant qu’elle tombe.
C’est ici, dans cette ville à Lyon que le mouvement a commencé « encore une fois c’est de Lyon que la Résistance est partie ». Frigide porte d’ailleurs un T-shirt, très F.F.fille : « Les Français parlent au François ». Mais son mouvement est apolitique, la preuve : il y a des gens de gauche, voici Michel, il vient de chez Jean-Pierre Chevènement. Le problème de Michel, c’est qu’il cause. Plus moyen de l’arrêter. Il croit bien faire : « on est comme en 40 quand De Gaulle est parti à Londres, il y a une ligne de démarcation entre les pour et les contre ». Bon...
Alors lui il va falloir le faire taire dès que possible. Frigide a déjà viré le gay de service Xavier Bongibault pour moins que ça. Et puis elle n’a pas passé tout ce temps à manger des bugnes en attendant son tour pour se faire voler la vedette !
Elle reprend la main. Elle déroule tout le plan de bataille qui mènera son camp jusqu’à la victoire, mais on n’en dira rien, secret-défense. Petit florilège quand même. Une nouvelle manif est prévue : « je vous laisse le choix dans la date ». Une petite contrepèterie, c’est frais, ça détend. « Ils n’ont pas de prise sur nous, ils peuvent toujours s’accrocher à ma minijupe ! ». Ce qu’à Dieu ne plaise. Enfin : « ce n’est pas le mariage pour tous, c’est de la poudre aux yeux avec des paillettes... dans l’autre sens ». Tant que ce ne sont pas des plumes. Bref, c’était Frigide Barjot.
Et, si on ne craignait pas de faire la pub d’une chanson enregistrée en 2006*, et qu’on se garderait bien de qualifier de tube, car on pourrait confondre avec de la vaseline, on était à deux doigts de trouver ça amusant.
Timéo Danaos
* Fais-moi l’amour avec deux doigts,
de Frigide Barjot, 2006.