Ne cherchez pas à joindre le directeur de l’Ecole Centrale de Lyon. Il a discrètement fait ses valises la semaine dernière. Ce départ est d’autant plus surprenant que Jacques Labeyrie avait été nommé récemment. Très exactement le 7 février dernier.
A l’époque, l’école n’était pas peu fière de son nouveau directeur. Il avait été élu à l’unanimité par le conseil d’administration ce qui, pour reprendre les termes exacts du communiqué de presse de l’époque «témoigne du soutien des milieux académiques, des entreprises et des collectivités territoriale».
Tout le monde en était persuadé, le directeur était là pour de nombreuses années. A 51 ans, il avait du travail sur la planche. Cela ne devait pas poser de problèmes à un homme dont le CV pour le moins impressionnant était long comme une semaine sans Potins d’Angèle.
Neuf mois plus tard, point de communiqué pour annoncer que l’ère Labeyrie est déjà terminée. Officiellement, l’intéressé a démissionné. En réalité, il n’aurait fait qu’anticiper une décision que s’apprêtait à prendre le conseil d’administration. En cause : monsieur le directeur avait tout simplement bidonné son CV comme un vulgaire étudiant raté. Ce qui n’est pas du meilleur goût dans une école aussi prestigieuse.
Se présentant comme normalien, Jacques Labeyrie laissait ainsi entendre qu’il était un ancien de la grande Ecole Normale Supérieure dont sont issus tant de beaux cerveaux. Renseignements pris, c’est beaucoup plus modestement les bancs de l’école normale d’instituteurs (aujourd’hui IUFM, Institut universitaire de formation des maîtres) qu’il avait fréquentés. Il affirmait également être titulaire d’une agrégation et d’un doctorat de mathématiques.
Or, là encore, il se serait sérieusement poussé du col et n’aurait eu au mieux que l’un des deux diplômes. Mauvaise pioche également à propos des responsabilités qu’il prétend avoir exercées à Ifremer.
S’il a effectivement travaillé dans cet organisme, c’est en réalité comme simple cadre de recherche. « Il n’a exercé aucune responsabilité particulière » précise encore le service du personnel. On l’imagine aisément, l’affaire fait grand bruit dans les milieux universitaires où l’on cultive le culte des diplômes. Du coup, certains se retournent aujourd’hui vers le recteur Alain Morvan qui est aussi chancelier des universités. C’est à lui que revient la charge de vérifier les titres universitaires des enseignants. Pour Jacques Labeyrie, c’est raté.

Jean Delion
Les Potins n°12 (24/11/05)