Jouez hautbois, résonnez musette ! L’ordre est venu de l’Elysée. Le déplacement de Sarkozy à Lyon ce vendredi a un objectif prioritaire. Il doit permettre de prouver que les nouvelles mesures concernant les heures supplémentaires constituent une grande avancée sociale. Qu’elles s’inscrivent parfaitement dans ce souci de filer un coup de pouce au pouvoir d’achat. Du coup, voilà le préfet Jacques Gérault en quête d’une petite entreprise (les conseillers du Président y tiennent) où les nouvelles dispositions sont déjà entrées en vigueur.
On imagine d’ici les belles images que pourraient diffuser les chaînes de télé sur le bonheur de ces salariés tout heureux de travailler plus pour gagner plus. « On veut une société de moins de 20 salariés », ont fait savoir les hommes de l’Elysée.
Pour eux, la chose est entendue. Le public se sentira d’autant plus concerné que le président ira visiter une de ces PME qui, à l’inverse des grands groupes, ont à cœur de maintenir - et souvent même d’accroître - leurs effectifs.
Pendant quinze jours, Jacques Gérault a vainement cherché l’oiseau rare susceptible de plaire à son pote Sarko. Il lui a fallu se rendre à l’évidence : il n’existe dans l’agglomération aucune société de moins de 20 salariés où l’on applique les nouvelles dispositions concernant l’exonération de charges pour les heures supplémentaires.
La raison ? La circulaire du ministre du Travail fait près de 30 pages. Pour reprendre l’expression du patron de la CGPME, c’est une véritable « usine à gaz ».
Pour appliquer les nouvelles dispositions, il faut faire appel à des cabinets spécialisés. Lesquels reconnaissent en privé qu’ils se sont littéralement arraché les cheveux à décortiquer le texte « sorti tout droit de la tête d’une armée d’énarques dépressifs ».
Les plus petites entreprises n’ont en réalité aucun intérêt à tenter de bénéficier de ces nouveaux avantages. Pour gagner quelques dizaines d’euros par mois et par salarié, il faut commencer par ouvrir tout grand le porte-monnaie et dépenser plusieurs milliers d’euros au minimum. Il convient en effet changer le logiciel de paie, sans parler des honoraires qu’il faudra payer à son expert-comptable pour mettre la machine en route.
Au final, pour le chef d’entreprise, c’est travailler plus pour gagner moins.

O. Bouleau
Les Potins n°107 (6/12/07)