19juin 2008
Affaire Guyot : à Lyon 3, la faim (de l’épouse) justifie les moyens
08:24 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
A Lyon 3, c’est motus et bouche cousue. Personne ne sait rien. Enfin, officiellement. Car il s’agit de tout faire pour ne pas ébruiter une affaire qui confine en effet au ridicule. Pourtant, la vie d’une femme a (très brièvement) été en jeu. Les Potins ont donc refusé de laisser s’installer l’omerta.
Vous l’avez certainement lu, mardi 10 juin, la section disciplinaire du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) a mis à la retraite d’office l’ancien président de l’université, Gilles Guyot (1997-2002). Celui qui dirige encore l’Institut d’administration des entreprises (IAE) se voit sanctionné suite à sa condamnation par la cour d’appel de Lyon en février dernier. Il lui était alors reproché d’avoir illégalement embauché sa sœur et omis de passer un appel d’offres pour des frais de réception. Bien qu’il se soit pourvu en cassation, cette condamnation pour favoritisme et prise illégale d’intérêt est à l’origine de la sanction disciplinaire.
Dans cette histoire de famille, c’en était trop pour sa femme, Nadine Girard, elle aussi en poste à l’IAE. Mercredi dernier, au lendemain de la sanction touchant son mari, elle s’est enfermée dans son bureau de l’université en affichant ce petit mot sur la porte : « Pour une justice équitable, en grève de la faim ». Si, si, vous avez bien lu. Vous trouvez le geste quelque peu disproportionné ? Insensible que vous êtes devant l’amour d’une épouse pour son mari. Tout comme les perfides qui trouvent que faire une grève de la faim pour défendre un époux sanctionné pour ses frais de bouche, ça ne manque pas... de sel.
Rassurez-vous, notre gréviste de Lyon 3 a bien vite été secourue. « On a certainement dû lui poser une flûte de champagne et des petits fours devant la porte pour qu’elle retrouve ses esprits et consente à sortir », persifle une mauvaise langue. Détrompez-vous. Le service de sécurité de la fac a été obligé d’enfoncer la porte pour libérer la « forcenée alimentaire ». Bilan de cette mise à la retraite d’office : une serrure fracturée.
Pendant ce temps-là, les manifestations de sympathie à l’égard du banni se poursuivent. Même si l’on n’a pas encore vu fleurir les t-shirts de soutien que ses fidèles ont promis à Gilles Guyot. Ça faisait peut-être un peu beaucoup pour des fonctionnaires soumis au devoir de réserve.
En revanche, mardi, certains n’ont pas hésité à venir serrer la main (ou poser la leur sur l’épaule) du retraité, présent à la Manufacture des Tabacs, qui siège au conseil d’administration de la fac depuis sa création en 1973. C’est la fin d’une époque. « On aurait dit un parrain, s’il avait eu un anneau, ils l’auraient baisé », ricane un étudiant qui a vu les mêmes faire allégeance au nouveau président de l’université, Hugues Fulchiron, qui appliquera « scrupuleusement » la sanction. Avant d’ajouter goguenard : « c’est bien simple, quand j’ai vu tout ce monde devant la Manu, j’ai cru que c’était le comité de soutien de Guyot ». Il s’agissait en fait du départ de la manif intersyndicale pour les 35 heures... et les retraites.
A.B.
Les Potins n°133 (19/06/08)

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