26juin 2008
Lyon : des dérives financières (déjà) inquiétantes à la Ville
03:29 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Près de six millions d’euros ! A la mairie de Lyon, il est des chiffres qui ne font pas plaisir. C’est le cas de la forte dérive qu’enregistrent actuellement les dépenses de personnel depuis le début de l’année. D’autant que le chiffre augmente à chaque fois qu’il est évoqué. Pour l’instant, l’information est encore restée relativement confidentielle. Ça ne devrait toutefois pas durer. La situation est d’ailleurs suffisamment inquiétante pour que des mesures d’économies aient d’ores et déjà été mises en place.
Il est vrai que six millions d’euros de dérive, cela représente un peu plus de 2% de la totalité de la masse salariale de la ville. Ces 2% sont à rapprocher des 3,5% d’augmentation qui avaient déjà été prévus au budget primitif 2008. Au rythme actuel, cela signifie que les dépenses de personnel risquent de s’envoler de 5,5% cette année. Soit nettement plus que les quelque 4% enregistrés l’année dernière.
En 2007 déjà, les dépenses de fonctionnement (+2,9%) ont progressé plus vite que les recettes (+2,6%). Si rien n’est fait pour redresser la barre, l’écart va se creuser très fortement au cours de cet exercice. Et des suivants. Résultat, la capacité d’investissement de la ville risque de s’en ressentir douloureusement.
S’il veut respecter ses engagements, Gérard Collomb n’aura donc d’autre choix que d’augmenter fortement les impôts. Nettement plus que les 4% pour toute la durée du mandat qu’il a évoqués pendant la campagne. Ou les 5% appliqués lors du premier mandat. A moins qu’il ne fasse en sorte de faire peser certaines charges sur la communauté urbaine et sur sa fiscalité (voir ci-contre).
Reste à comprendre les raisons de ce dérapage. Quand on évoque ce sujet, le directeur général des services Jean-Baptiste Fauroux se retranche derrière « les mesures nationales » qui seraient à l’origine de cette dérive des dépenses de personnel. Et de citer pêle-mêle diverses décisions prises ces derniers mois par le gouvernement, qu’il s’agisse de l’augmentation de 25% du coût des heures supplémentaires, de la possibilité de racheter ses RTT ou de la « revalorisation du point d’indice » des fonctionnaires. Ces mesures nationales existent bel et bien. Nul ne peut nier qu’elles entraînent une charge financière supplémentaire pour les collectivités. N’étaient-elles toutefois pas chiffrables au moment de l’élaboration du budget ?
Quoi qu’il en soit, elles représentent au total un coût supplémentaire que Jean-Baptiste Fauroux chiffre à 3,3 millions d’euros. Le gouvernement n’est donc pas « responsable » de la totalité de ce dérapage, loin s’en faut.
D’ailleurs, tous les spécialistes vous le diront. Un tel écart entre le prévu et le réalisé ne peut trouver son origine que dans des décisions strictement locales, soit une augmentation des rémunérations plus forte que prévu, soit une augmentation des effectifs. Soit pour les deux raisons à la fois.
Certains murmurent dans les couloirs de l’Hôtel-de-Ville de Lyon que pour éviter toute tension sociale au cours du premier trimestre - c’est-à-dire à l’approche des élections municipales - on a peut-être un peu trop laissé filer les choses. On aurait notamment procéder à de nombreux recrutements.
« Faux » s’insurge Fauroux qui insiste au contraire sur la rigueur de la gestion avec seulement 23 créations nettes de postes.
Il affirme au passage que des décisions ont d’ores et déjà été prises pour compenser l’envol des dépenses ; elles devraient permettre d’économiser 2,5 millions d’euros.
Reste qu’à la fin de l’année, on risque bel et bien d’avoir des dépenses de personnel qui auront progressé nettement plus que prévu.
Voilà qui tombera particulièrement mal au moment où Gérard Collomb devra justifier une augmentation de la fiscalité.
Passe encore s’il s’agit de financer des réalisations futures. Mais attention. Si les Lyonnais ont le sentiment que leurs impôts servent essentiellement à couvrir les dérives d’une gestion trop laxiste, ils risquent de ne pas apprécier.
Un premier élément de réponse pourrait intervenir dès la rentrée avec la présentation du plan de mandat en septembre.
Soit celui-ci sera détaillé avec un chiffrage précis pour chaque mesure envisagée, soit l’ensemble ne « bénéficiera » que d’un chiffrage global et donc vague.
Là, toutes les interprétations budgétaires seront possibles. Notamment sur les engagements de campagne qui pourront être tenus.
D. Reeve et D. Rapage
Les Potins n°134 (26/6/08)

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