Il hurle, il tempête, il laisse éclater sa furie. Depuis son écrasante victoire sur l’ancien ministre Alexandre Piron, Choiseul est devenu aussi colérique qu’irascible. Ses proches secrétaires n’ont d’autre choix que d’en prendre leur parti. Quand le Puissant de Lyon s’énerve, quand sa voix redevient métallique et fait trembler les murs de l’Hôtel-de-Ville, chacun se fait le plus discret possible. Il n’est point utile de tenter de raisonner.

Sûr de lui et dominateur, Choiseul n’écoute alors personne. Celui de ses amis qui s’aventure à vouloir discuter le plus petit détail est rapidement classé parmi les adversaires ; pour ne pas dire les ennemis. Choiseul perd tout sens commun. Et tant pis pour celui qui, de bonne foi, défendait avec intelligence son point de vue. Il sera publiquement humilié. Quitte à ce que, le lendemain, il reçoive une brassée de fleurs pour se faire pardonner.

 « C’est moi que les Lyonnais aiment et suivent ; c’est de moi seul que vous tirez votre pouvoir ». Sur ce point, il n’a effectivement pas tort. Si Choiseul a conquis le cœur des Lyonnais, c’est parce qu’il aime passionnément leur ville. Voilà bientôt quatre décennies qu’il ne vit que pour elle, qu’il rêve son avenir. Des berges du Rhône jusqu’au confluent des deux fleuves, il a su contre toute attente mener à bien ses ambitieux projets.

Les plus riches bourgeois de la cité sont conquis. Ils craignaient que Choiseul ne pense qu’au peuple et porte atteinte à leur pouvoir ancestral. Les voilà rassurés. Dès lors, c’est à qui lui fera le plus la cour. L’un le reçoit fastueusement dans son château ; un autre le convie sur son luxueux vaisseau; devant lui, un troisième étale sans retenue sa fortune et ses trésors. Choiseul qui a pourtant en commun avec les pauvres et les vrais gentilshommes de ne point être un homme d’argent, s’est un peu trop laissé aveuglé par les démonstrations d’amitié de ces courtisans qui pratiquent la flatterie avec un art consommé. Le jour venu, le réveil risque d’être douloureux.