Qui l’eut cru ? Il aura suffi de quelques heures à Dame Berra pourparcourir le long et difficile chemin qui mène de Lyon aux salons versaillais. Certains peinent une vie entière pour y parvenir. Prenez Jean Meslier, le président du Conseil du Rhône. Il a dû patienter près d’un quart de siècle au Sénat avant de décrocher un maroquin au sein du Conseil du Roy. Point de telles souffrances pour Dame Berra. Elle n’a pas connu les affres des Puissants qui, à chaque renouvellement du Conseil, attendent fébrilement un appel de Sa Majesté.

Avant l’été, Dame Berra n’était qu’une modeste et encore inconnue membre du Conseil de Lyon. Par une sorte de miracle, la voilà qui se retrouve membre du Parlement de Strasbourg. Elle n’a pas le temps de poser ses malles que déjà le Roy la réclame. Elle saute dans la première diligence pour Versailles où elle apprend sa promotion auprès de Sa Majesté.

Une si rapide ascension aurait fait perdre toute raison à nombre de nos Puissants. Dame Berra a su garder les pieds sur terre. Elle sait qu’elle a beaucoup à apprendre. Elle observe, elle écoute, elle se nourrit des conseils que lui prodiguent les puissants qu’elle côtoie désormais au quotidien. Elle a surtout une audace qui rappelle celle du Roy lorsqu’il n’était rien et qu’il s’imposait déjà partout. Dame Berra est de la même trempe. Le Puissant de Lyon Choiseul a pu le découvrir à ses dépens. Quand il a tenté à l’automne de l’empêcher de parler dans les salons de l’Hôtel-de-Ville, elle a su s’imposer en lui rappelant que par sa bouche, c’est aussi le Roy qui s’exprime.

On aurait tort de la sous-estimer. Nul ne sait quel sera son avenir à Lyon. Une chose paraît sûre : Sa Majesté apprécie ceux qui savent faire preuve de hardiesse. Si le jeune baron Holbach lui semble un peu trop frêle pour conquérir Lyon, il n’hésitera pas une seconde. Il chargera Dame Berra de cette délicate mission.