18janv. 2010
Si Ferney m'était conté: Episode 8, Algarotti se sait supérieur au commun des mortels
17:35 - Par gérard Lespotinsdangele - la lettre de Ferney - aucun commentaire
Homme de lettres, ministre du Roy, la galerie de portraits de Ferney est complètée par un illustre personnage. Les Potins
vous content les zigs-zags de Francesco Algarotti, éminent rival du président des Brosses pour le conseil provincial.
L'avantage avec l’ancien ministre Algarotti, c’est qu’on a toutes les chances de pouvoir un jour ou l’autre le compter parmi ses amis. Le Roy lui-même ne devrait point désespérer. Rien ne dit que l’auteur du mouton dans la baignoire ne rejoindra pas un prochain jour la horde de ses courtisans. Vous n’imaginez pas un tel retournement possible de la part de celui qui a fait de son opposition à Sa Majesté son fond de commerce. Vous avez tort. Il y a quelques années, notre écrivain à succès exerçait sa verve ironique sur le dos de Choiseul. Il se plaît aujourd’hui à fréquenter sa table ; il ne rechigne pas à le rejoindre dans son bureau avec le bénédictin Dom Calmet, ce natif de Gascogne qui se verrait bien jouer les Ravaillac à l’encontre de Sa Majesté.
Francesco Algarotti possède une indéniable qualité. Il ne manque pas de lucidité. Il se sait supérieur au commun des mortels. Il s’étonne avec raison que ceux qu’il honore d’un salut ou d’une fraternelle accolade ne se précipitent pas à ses pieds éperdus de reconnaissance. Il s’émeut que l’on n’organise point de séances publiques de reconnaissance lorsqu’il a daigné poser son regard sur un manant.
Las ! Le peuple est ingrat, tout autant que les Puissants. Certains vont jusqu’à critiquer Algarotti. Ils lui font reproche d’être inconstant, de promettre la lune à ses amis, quitte à les abandonner lâchement. Voilà qui est fort mesquin. Les lois communes ne sont pas faites pour les hommes d’exception. Algarotti est l’un d’eux. A ce titre, il peut se conduire comme bon lui semble ; il peut mépriser tous ceux qui prétendent lui parler d’égal à égal alors qu’ils n’ont jamais écrit le moindre ouvrage. Et si demain le peuple ingrat se détourne une fois de plus, il saura se consoler. Il s’en ira amasser quelque fortune du côté des Amériques où les universités ont le bon goût de lui offrir de bien lourds écus pour avoir le bonheur de l’entendre pérorer.
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