18fév. 2010
Pince fesse: Mardi Gras aux Pennons
17:35 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Juste avant les vacances, P’tit Tim, avec sa grand-mère Dona Ferentes, a rendu sa dernière copie.
Chère Maîtresse,
Voici ma dernière rédaction avant les vacances de février. Jeudi, il y avait mardi gras chez Grand Mère. Je ne sais pas pourquoi les vieux font ça le jeudi. Sans doute parce que le mardi il y a Docteur House et qu’ils préfèrent regarder la TV. Ça leur donne des idées de maladies qu’ils n’ont pas encore. Donc jeudi soir, vers 19 heures, Grand Mère s’est rendue chez le maire, pendant que ma mère était chez son père et mon père chez le masseur. Toutes ses copines étaient déjà livrées, avec des déguisements qu’on n’y croit pas, elles ont dû les prendre dans les vieilles malles qu’on n’a pas le droit d’y aller parce que c’est plein de poussière. A propos de vieille malle... non, plus tard.
Il y avait là des fées de grenier, avec leurs robes longues, des retraitées comme Grand Mère, mais sans leur baguette et il vaut mieux, la plupart y voyaient très mal avec leurs lunettes, c’était pas le moment de s’amuser à jeter des sorts à tout ce monde. Il y avait aussi des belles dames en dentelles, comme celles qui montent en haut des châteaux forts avec Sœur Anne pour voir si on ne voit rien venir. Comme dans les vieux films avec Jean Marais, cet acteur en noir et blanc que Grand Mère aime bien et qui parle comme son coiffeur « Touchez ma bosse, Monseigneur ».
Grand Mère m’a montré des confréries. Celle de la pomme. Un monsieur qui parlait tout le temps s’était habillé avec une cape jaune et un bonnet vert. On aurait dit Flash Golden. Grand Mère m’a dit : ne parle pas avec lui c’est un vieux trognon. Une brochette de Don Camillos, mais en couleur, peut-être la confrérie de l’aubergine. J’ai vite repéré les « tastevins » avec leurs tarbouifs de garde champêtre.
Nous avons croisé deux moyenâgeux, presque les plus jeunes de la troupe. L’un portait un chapeau en forme de coussin de sieste, l’autre une grande épée de croisade, toute ébréchée à force de taper sur les crânes des sarrasins. Il y avait aussi quelques vieux ménestrels, mais heureusement ils n’ont pas chanté, je ne crois pas que j’aurais aimé ça.
Quelques-uns portaient des culottes bouffantes. Quelle drôle d’idée. Moi je ne ferais jamais une chose pareille, surtout qu’on ne sait pas ce qu’elles bouffent ! Justement Grand Mère avait faim.
On s’est approché des tables. Quelqu’un avait construit une espèce de montagne en carton et avait collé dessus des tranches de saucisson avec du beurre. Je croyais qu’il ne fallait pas jouer avec la nourriture ! On nous a passé un grand plateau plein de légumes crus, des carottes, des radis, Grand Mère m’a dit : c’est le buffet. On a donc brouté le buffet. Pas longtemps. On n’arrêtait pas de se faire bousculer par des messieurs qui venaient remplir leur verre dans des brocs de beaujolais, d’où la vieille malle de tout à l’heure et le tarbouif.
J’étais très impressionné par une dame avec une robe en paillettes de toutes les couleurs. D’autres étaient habillés en chinois ou en africains, un portait un turban autour de la tête, magnifiques, on aurait dit des vrais. « Tais-toi », m’a dit Grand Mère, « C’est des vrais, des consuls ».
Un peu partout de drôles de personnages traînaient une grande cape en velours bleu en rouspétant que ça leur tenait chaud. Quand je fais ça avec ses rideaux, Grand Mère n’est pas contente du tout. Il parait que ce sont des « pennons ».
Je ne sais pas ce que veut dire pennon, maîtresse. J’ai cherché dans le dictionnaire. J’ai trouvé « penne : longue plume de l’aile ou de la queue ». Ça m’étonne un peu quand même. En tous cas, si ceux-là s’envolent un jour, il faudra me prévenir.

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