D’un côté, on a les (trop ?) sérieux, Jean-Jack Queyranne et Philippe Meirieu. Le premier est « parfait » dans le rôle du sortant. Axé sur le bilan, très technique voire pointilleux. Il abreuve son auditoire de chiffres. Pas de quoi déchaîner les foules, mais bon, il est face à un parterre de spécialistes.

Le second montre ses bonnes dispositions (nouvelles) à l’égard du PS en saluant le travail réalisé par son voisin au cours du mandat précédent. Recherche, conseils locaux de développement : satisfecit public. Nulle réciprocité par contre dans ces amabilités.

Pour Philippe Meirieu et Europe Ecologie, l’engagement associatif c’est quasiment une question philosophique. Le statut des bénévoles, l’utilisation des locaux scolaires hors des heures de cours, l’éducation (encore et toujours), les appels à projets qui transforment les dirigeants d’associations « en mendiants qui tendent la sébile et en technocrates remplissant de volumineux dossiers » : il est quasi intarissable. Ça plait. D’ailleurs, tout le monde est contre ses appels à projets... sauf Queyranne qui explique tout simplement que c’est la loi et les directives européennes. Alors, comme on n’est ni en position de s’en affranchir, ni en position de les modifier...

En face, pas facile pour Fabienne Lévy. Non seulement elle remplace Nora Berra un temps annoncée (après tout, le débat se déroule dans l’arrondissement de la tête de liste) mais en plus tout le monde lui tombe dessus. L’UMP prônant des Régions se recentrant sur leurs compétences premières, pas simple d’aller expliquer que l’aide au tissu associatif n’en fait pas partie. Sauf sur un point : la formation. Autant dire qu’elle insiste dessus.

Et là, tous les autres participants mettent en garde : avec la suppression de la clause de compétence générale pour les Régions voulue par le gouvernement, même en cas de victoire de la gauche le soutien aux associations va devenir de plus en plus difficile. Mais Philippe Meirieu a la solution : « on va renverser le pouvoir actuel en 2012 et remettre en cause la réforme territoriale ». JJQ ne dit mot.

Se sachant devant une assistance hostile, Fabienne Lévy n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat : « Il faut faire des choix et ne pas demander plus à un Etat pauvre ». Sifflets, huées. L’élue n’a pas perdu sa journée. On peut en effet toujours trouver plus pauvre que soit.

A écouter Salim Messad (NPA), tout cela est pourtant simple. L’argent existe, il suffit de le prendre là où il est. Quelles que soient les questions cet après-midi là, ses réponses sont invariables : il faut arrêter de financer les grosses multinationales qui font du profit et licencient avec l’argent du contribuable et le réorienter vers d’autres bénéficiaires. Un discours qu’il a le mérite de pouvoir resservir à l’envi, quel que soit le sujet sur lequel il est interpellé.

Issue de la majorité sortante, la chef de file du Front de gauche, Elisa Martin, a été plutôt discrète, évitant de tirer sur le travail de l’équipe actuelle. Elle s’est néanmoins lancée dans une comparaison osée entre les clubs de foot (qui sont des associations) masculins et féminins de Grenoble pour critiquer la disproportion des moyens malgré des niveaux comparables. Avant de se signaler par un tacle appuyé sur le centriste François-Xavier Pénicaud (parti aux toilettes) se demandant si ses propos relevaient « de la provocation ou de l’ignorance ».

Le représentant du Modem venait d'expliquer que les Régions allaient devoir de plus en plus se substituer à des Drac désargentées... Bon d'un autre côté, il avait prévenu depuis le départ : « Je remplace au pied levé Fabienne Faure et mon propos risque d'être un peu décousu ». Il a tenu parole ! Histoire de se faire encore un peu plus d'amis, le colistier d'Azouz Begag en rajoute : la salle n'est pas très représentative. Où est le tiers de la population de moins de 35 ans ? Ben, en milieu d'après-midi comme ça, peut-être au boulot, qui sait ? Les têtes blanches présentes apprécient.

A défaut de maîtriser son sujet, « FX » connaît la langue de bois. A coups de « faut pas botter en touche » ou de « faut pas renoncer quand c'est difficile », il enfile les perles. C'est rafraichissant comme un Begag. A l’image de la campagne, décidément.