« Il est en retard ». « Ben oui, comme d’hab ». Jeanine Moreau s’impatiente, il est déjà 15 h 30. Jeanine, pas Jeanne, d’abord elle ressemble davantage à Simone Signoret qu’à Mahaut d’Artois. Ici, tout le monde ressemble à quelqu’un. Il y a une Jessica Fletcher (d’Arabesque) très réussie, une Yvette Horner aux cheveux flamboyants comme un incendie de broussaille, une Patachou adoucie, un Gérard Jugnot assagi, une Muriel Robin grisonnée, tous en version « retraité ». 180 seniors rassemblés pour un goûter offert comme chaque année par le Sofitel. Et le maire qui n’arrive pas.

Tous les autres élus sont là, les vieux on les bichonne. Véronique Bauguil, en bichon N°1, Nadine Gelas en bichon N°2, sans sa moitié d’Haguenauer. Puis Albéric de Lavernée en bichon « conseil général » à moins que ce ne soit le bichon « vintage », la nostalgie des années 90 lorsqu’il était maire du 2e. Denis Broliquier, le bichon d’arrondissement, un gamin de 48 ans. Et Michel Havard, véritable bambino, à peine en âge d’être enfant de chœur à l’Assemblée nationale. Et Collomb qui n’arrive toujours pas !

Les vieux regardent les brioches et le brownies posés sur leurs tables avec des yeux de plus en plus grands. Si le maire les fait encore attendre, ça va se terminer en pugilat pâtissier, on ne pourra plus rien retenir. Ah, le voilà. Il entreprend une tournée de serrage de louches précautionneuse, en essayant de rattraper Broliquier qui a trois tables d’avance sur lui. Les vieux ne font pas la différence. Un maire, c’est un maire. « Mais il est socialiste ! ». « Ne dites pas de bêtises... ».

On ne touche pas aux plats. On ne touche pas non plus à la bouteille d’Evian qui trône au milieu de la table, source de jeunesse peut-être, mais un litre pour dix, ça ne va pas vous rajeunir de beaucoup.

Les discours maintenant. Tout le monde a son mot à dire. Le président Cognard remercie tout le monde, il a sa liste. Broliquier remercie Jeanine. Après 42 ans de bénévolat comme secrétaire de l’association d’entraide aux personnes âgées du 2e, elle passe la main. Il lui remet une médaille de la mairie d’arrondissement. Jeanine est toute rouge et elle pleure. Ce n’est pas fini pour elle. Collomb lui remettra une carré de soie (ça l’obsède, c’est pas possible !) et un bouquet de fleurs. Jeanine ne sait plus quoi dire, du coup elle ne le dit pas.

Collomb est très bien. Il ne leur épargne rien. Avant les viennoiseries, il n’oublie pas de placer sa salade : « On me reproche souvent de n’en faire que pour derrière les voûtes, mais pas du tout ». Il égrène tous les projets qui vont embellir le 2e arrondissement. Broliquier ne pourra pas dire que c’est grâce à lui. Les vieux s’en fichent, ils ont appris la patience. On va bientôt servir le chocolat chaud. Ils ne se sont pas arrachés à Derrick pour s’assoupir au milieu des belles paroles.

Ca y est, on se jette sur le goûter. Monsieur Garcia rejoint le podium avec son accordéon. « Boirrre un petit coup c’est agrrréable », entonne Jeanine, en montagnes russes sur tous les tons, un peu comme si elle revenait vraiment de vendanges. L’accordéon essaie bien de la rattraper au vol, mais elle surfe trop vite, Jeanine, elle ne se laisse pas intimider par le solfège !

Il a fallu un peu le pousser. Mais finalement, le maire de Lyon monte sur scène. Il a prévenu, il ne connaît plus trop les paroles « Domino, Domino, j’ai besoin de t’aimer Dominique, Domino, Domino, j’ai le cœur comme une boîte à musique ». Et puis c’est à peu près tout. Des restes d’André Claveau. Qu’importe ! Ce n’est pas donné à tout le monde de faire chanter Collomb.

Timéo Danaos