01mar. 2010
Si Ferney m'était conté: Episode 12, Jean-François Boyer, ou l’art du grand écart
17:56 - Par gérard Lespotinsdangele - la lettre de Ferney - aucun commentaire

La galerie de portraits de Ferney s'enrichit, c'est le cas de le dire, avec le grand argentier du Puissant de Lyon: Jean-François Boyer.
S'il n’avait été avocat, Jean-François Boyer aurait excellé dans l’art si difficile du grand écart. Il faut incontestablement une souplesse infinie pour mettre un pied à Versailles, un autre à Lyon. Boyer en est parfaitement capable. Il est passé maître dans l’art de cirer les pompes du Puissant de Lyon tout en jouant les courtisans serviles auprès de Sa Majesté. Qu’importe que l’un soit l’adversaire de l’autre. Le bon La Fontaine semble avoir bien connu les ancêtres de notre avocat. N’est-ce point eux qu’il évoquait en écrivant « Je suis oiseau, voyez mes ailes ; je suis souris, vivent les rats » ? N’est-ce point lui, son frère, son père ou l’un des siens que décrit notre fabuliste à travers ces deux jolis vers : « Le Sage dit, selon les gens : Vive le Roy, vive la Ligue ».
Avouons-le sans détour : on peut se gausser tout à loisir. On est bien obligé de reconnaître que Jean-François Boyer réussit jusqu’à présent un véritable sans faute. Souvenez-vous. Quand Choiseul l’a appelé à ses côtés, les Amis du Peuple n’avaient pas de mots trop durs pour dénoncer ce riche bourgeois qui a fait sa fortune sur le dos des pauvres et des miséreux. « Jamais je ne lui serrerai la main » affirmait l’un. « Toujours je lui tournerai le dos » confirmait un autre. Boyer a laissé dire. Il est resté fidèle à lui-même. Il n’a pas essayé de se déguiser en manant. Il n’a renoncé à rien ; ni à son goût pour les luxueux carrosses italiens, ni à ses propriétés dans les villages enneigés de notre belle Savoie. En homme habile, il est même parvenu à force de travail et de générosité à séduire tous ces braves gens. Bien sûr, ses plus vieux amis s’étonnent lorsqu’il les reçoit dans son hôtel où coule à flot le meilleur vin de Champagne. Les plus audacieux vont jusqu’à lui demander comment il parvient à supporter de côtoyer au quotidien tant de miséreux. Boyer ne répond pas. Il lui suffit de convier Choiseul à sa table pour que chacun oublie ses préventions, tout honoré de pouvoir raconter à son club qu’il a soupé avec le Puissant de Lyon.

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