Entre 12 et 14 heures, il n’y a pas de temps à perdre chez les professionnels. Jeudi dernier, l’Aderly convoquait une conférence de presse pour présenter son bilan, en rouge et en noir, mais tout de même en demi-teinte. Rendez-vous au Palais du Commerce, dans la salle dite : des agents de change. Mais comme il n’y en a plus, ce sont les journalistes qui rendent la monnaie.
On arrive à la bourre. Collomb vient de parler. Pour une fois on a réussi à arriver plus en retard que lui. C’est au tour de Bernard Fontanel, le président du Medef. Morose, à cause de la crise : « on est en train de perdre des emplois industriels ! ». Mathiolon hoche la tête. Il risque de perdre le sien aussi. Comme président de la CCI. Daclin reprend : heureusement, il y a la marque OnlyLyon, qui s’affiche en ce moment dans les aéroports d’Europe. Ça doit distraire les voyageurs immobiles, bloqués par le nuage de l’Eyjafjöll. OnlyLyon se vend bien, c’est devenu une référence. Avant il n’y avait que l’OL pour porter les couleurs de la ville. Or le foot et le business sont deux choses différentes (faudrait quand même en parler à Aulas). Une vingtaine de journalistes écoutent studieusement. Ils prennent des notes avec le stylo OnlyLyon qu’on vient de leur offrir, design sobre et élégant, tout en lignes courbes et profilées, une carrosserie genre Carla Bruni, à tête rétractable.
Et vient le temps des questions. Il faut aller vite, à 14 heures le travail reprend. Une consoeur tire la première salve. Est-ce son tailleur vert qui lui déteint dessus ? « Monsieur le maire, avec tous ces déplacements en avion votre bilan carbone doit être désastreux... ». « J’ai pris des mesures, plaisante Collomb. J’ai interdit à tous mes partenaires écologistes de circuler autrement qu’en TGV, ça compense ». Puis il doit se souvenir de la mésaventure de Gordon Brown la veille, et de la carrière que peut faire une simple phrase malheureuse, pourvu qu’un journaliste indélicat s’amuse à la répéter. Non-non, rectifie-t-il, mais en fait je ne peux pas faire autrement, on ne va quand même pas tout arrêter et s’isoler dans son coin. Et puis les constructeurs d’avions vont bien finir par trouver le moyen de consommer moins de carburant, les green technologies, tout-ça tout-ça. La dame est à moitié convaincue et son tailleur est toujours vert.
Rendez-vous au premier étage pour le buffet dit « déjeûnatoire » (on n’est pas à l’Académie Française). Aux murs du salon, les portraits de tous les ex-présidents de la CCI. Pas des rigolos. On a l’impression que ça les ennuie profondément de gagner de l’argent. C’est un peu comme le devoir conjugal, il ne faut pas avoir l’air d’y prendre du plaisir.
On sert un breuvage nommé Pommery et qui n’a rien d’un cidre. Du coup on se laisse aller à fêter ce qu’on veut, les pas-trop-mauvais résultats de l’année, la future sortie de crise, un jour, on verra bien, et le printemps qui nous rend visite pour la journée. Mathiolon ne quitte pas son air sombre, Fontanel affiche le sourire confiant du patron qui ne sait pas où il va. Et Jacques de Chilly garde un pied dans chaque chaussure, d’un côté l’Aderly, de l’autre OnlyLyon.
On décide de prendre le buffet à rebrousse-poêle, de commencer par le fromage et de remonter tout doucement jusqu’aux entrées. On croise au passage un riz aux Saint-Jacques, sans corail (encore une grève de la SNCF !) et on termine sur du saumon et du flétan fumés, accompagnés d’un hareng de plus basse extraction. Ici ou là, des canapés à une demi-place sur lesquels on ne s’étend pas, crevette par-ci, microtomate confite par là. Le Mâcon final est le bienvenu.
Collomb papillonne un peu et puis s’en va faire oublier son bilan carbone. 13 h 30, tout est bouclé. A propos, un journaliste qui fume, ça produit combien de CO2 par an ?
Timéo Danaos