03juin 2010
Apéricube géant aux Docks
10:23 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Un cube orange croqué comme une pomme en deux coups de dents géants. Une façade métallique fine et dentelée comme une crêpe bretonne, c’est l’architecture la plus audacieuse du nouveau quartier des Docks, à la Confluence, inauguré jeudi soir. Le siège du groupe Cardinal. Qualifié de « kitsch et sans beaucoup de sens », par la directrice de la Maison de l’Architecture Rhône-Alpes, Valérie Disdier, qui ne se sent pas obligée d’encourager le talent.
La fête était prévue jusqu’à deux heures du mat’. On se pointe à l’accueil vers 22 heures : « Je suis journaliste... ». « On s’en fout », répond une charmante hôtesse avec un large sourire. Je suis le bienvenu quand même.
Evités les discours d’inauguration interminables, qui auraient vu Gérard Collomb et Jean-Christophe Larose (groupe Cardinal) se lancer quelques piques à fleurets mouchetés. Disons plutôt : quelques brochettes. Le thème de la soirée est : barbecue géant.
Evitée aussi de peu la prestation de la troupe de Mozart, la comédie musicale de Dove Attia et Albert Cohen, en show case exceptionnel. Mozart s’en remettra, depuis le temps qu’on l’assassine. Deux mille invités. La plus grande et « la plus belle fête de l’année », s’enthousiasme Erick Roux de Bézieux, qui ne touche pas terre. La foule est compacte. De beaux messieurs en costume et cravate de soie, cadres sup’, entrepreneurs. Des élus. Et toute cette pseudo jet set lyonnaise, ce bling bling de province, des commerçants du centre ville, décoration, arts de la table, restaurants, bars, boutiques de mode, de Pasherchik à Moshecher. Et vous, vous faites quoi dans la vie ? « Je vends des skis et des snowboards cours Vitton ». Il ne reste plus qu’à trouver celui qui vend de la neige.
Finalement, les écolos se sont affolés pour rien. Lors du dernier conseil municipal, ils s’inquiétaient de la disparition des blaireaux. Tant qu’il y aura des cocktails, l’espèce ne sera pas du tout menacée. Nicolas Le Bec s’est donné du mal. C’est lui qui a orchestré les ripailles. Il pose pour des photos-souvenir avec la gentillesse d’un Mickey à Disneyland. On lui doit les : paellas, sushis, moules marinières, assiettes de charcuteries et fromages, viandes grillées, ris de veau en brochettes. Et même un stand de bière et frites, pour donner un petit côté « port d’Amsterdam », auquel il ne manquerait que les marins qui se comportent de manière très disgracieuse avec « les femmes infidèles ».
Et voilà qu’au détour d’un groupe de minets en maraude, on découvre le plus inattendu des étals : un banc d’huîtres. Ouvertes par deux écaillers, au fur et à mesure qu’on les déguste, les huîtres. Des marennes Oléron. Rien que pour cela on veut bien inaugurer n’importe quoi : une caserne de pompiers, un presbytère, voire même un siège du Modem. Comme un tabouret Ikea, par exemple.
La musique techno bat la sarabande, quand une voix de DJ girl impérieuse appelle tout le monde à se rassembler sur l’esplanade pour le feu d’artifices. Il sera tiré d’une barge, de l’autre côté de la Saône. Une pétarade fort honorable, bonne séance de rattrapage pour les Lyonnais qui ont été privés de gerbes de feu l’an dernier.
Enfin, on a le droit de toucher aux coupes de champagne servies discrètement pendant le tumulte. Le Dock 40 rouvre alors en format discothèque. Les minets se ruent sur le dancefloor, il leur reste deux heures pour pécho. Il est temps de rentrer par le dernier tramway. Trois filles blacks à jupe courte l’attrapent de justesse. Elles s’interpellent en riant dans une langue inconnue. Elles ne peuvent s’empêcher de brancher encore quelques passagers, mais juste pour jouer, leur journée est finie. Le tramway file dans la nuit, avec des fêtards aux yeux pleins d’étincelles, des étudiants désœuvrés, un clodo bien amoché, et trois filles de rue à qui leur « protecteur » n’a pas laissé de quoi se payer un taxi.
Timéo Danaos

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