Que les pontes chenus de la droite se rassurent. Quand le trépas assurera enfin une retraite aux Charles Pasqua ou autres Serge Dassault, Michel Forissier, secrétaire départemental de l'UMP, et Jean-Paul Regnault, candidat aux cantonales de Villeurbanne ce week-end, veilleront à donner une seconde jeunesse au parti présidentiel. Les deux adolescents rhônalpins, âgés respectivement de 67 et 62 ans, étaient réunis mercredi soir dans« café-débat » de l’UMP pour parler de l’ « engagement jeune en politique » à Villeurbanne, et faire un point sur l’élection partielle. Coup de semonce aux Jeunes populaires ou coup de bluff à l’éternelle jeunesse ? Les Potins mènent l’enquête.

18 heures. Arrivée tambour battant à l’étage du Ninkasi, ce bar de plus en plus neuf à mesure qu’il vieillit, façon Catherine Deneuve. Pas besoin de me présenter, la section recrutement me fait la bise et m’invite à exposer mon état-civil. « Journaliste ». Pas de bol, ça ne rentre pas dans les cases. D’un statut de possible recrue, je passe à celui d’un suspect rebut. L’hôtesse me toise. « J’espère que vous irez voir aussi les MJS… ». « Pourquoi, eux aussi ils ont un président sulfureux ? ». Benjamin Lancar est annoncé voie B. Sans alcool. Le président des Jeunes populaires revient tout juste de Mayotte où il confesse avoir « mobilisé les jeunes UMP ». Sûrement en vue de sa réélection.

Question de protocole (de com’), Jean-Paul Regnault et Emmanuelle Haziza, les deux candidats aux cantonales de Villeurbanne, se font photographier avec des « jeunes » comme on n'en fait plus ; chics, classieux, peignés, des vrais portraits à la Rembrandt. Cardiaque comme pas deux, mon stylo rend l’âme devant un tel tableau. Juste au moment où Michel Forissier allait parler de... Meyzieu. Vite ! Retour express à la casbah… puis au Ninkasi, crayon en main. Ouf !  Rien n’a bougé, à en croire le sourire toujours figé d’Haziza. On annonce alors une tragique nouvelle : « Yves Cochet ne sera pas là ce soir ». Pratique, le député Verts n’était pas prévu au programme. Rectification faite, c’est bien « Philippe Cochet, président de la fédération UMP du Rhône, [qui] est retenu par des obligations à Paris ».

Du coup, Michel Forissier prend la tête (d’affiche), et s’exclame : « Vous, les jeunes populaires, représentez l’avenir. De toute façon, un jour, il faudra passer la main ». Pas tout de suite quand même.  Le maire de Meyzieu étant candidat aux cantonales l'an prochain. « Ce soir, on est nombreux, on est peut-être trop nombreux » souligne-t-on dans l’équipe organisatrice. Pourtant, le militant est une espèce en voie de disparition à l’UMP (Le Point révèle que les Jeunes populaires ne sont plus que 11 000 aujourd’hui contre 30 000 en 2007). Qu’importe, on ne pourra pas faire pire que lors de la « venue de Benoit Hamon, où il y avait seulement quatre MJS pour l’accueillir ». Avec 40 jeunots plus quelques parents d’élèves pour soutenir Jean-Paul Regnault, c’est sûr, on table sur un record de mobilisation.

Le café-débat rivalise très vite avec un bilan de campagne, sans café ni débat. On fête déjà une victoire « promise, logique et méritée » les 6 et 13 juin prochains. On se félicite, on se congratule, et on s’exhorte à ne pas se « soumettre à la fatalité », quand on sait que Villeurbanne est un bastion de gauche depuis un siècle. Le micro lâche devant tant d’assurance. Après une heure, alors que des suspicions de sieste pèsent sur Jean-Paul Regnault, ce dernier se lève enfin pour remercier « tous les jeunes qui ont été omniprésents dans cette campagne », et rappeler à tous qu’il « fait de la politique depuis 1977. » Et ? « Ça fait un bail ». Jeunes populaires, il vous reste à vieillir avant de prendre la relève à l’UMP.

Alvaro Canyon