21juil. 2010
Buffet pâtissier
16:06 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Pourquoi cette réception au Musée des Tissus ? Gabriel Paillasson est pâtissier, pas tisseur. Il est même le créateur de la Coupe du monde de la pâtisserie, une manifestation qui a réuni depuis 20 ans 35 nations et plus de 600 finalistes.
Dans la cour de l’hôtel de Villeroy, des tables garnies de coupes attendent les convives. Et sur les marches du palais, l’hôte attend son ministre, en retard comme il se doit. Hervé Novelli préside aux destinées du commerce, de l’artisanat, du tourisme et de deux-trois bricoles. Il finit par faire son entrée, la mèche en bataille. Le vent tourne vite pour certains membres du gouvernement. Il file directement vers le pupitre, dans la Salle des Tapis, où l’attendent quelques centaines d’invités, à l’ombre mais au chaud.
Vibrant hommage à l’artisanat pâtissier, cet art de « toucher malaxer, façonner, une brioche, un croissant ». Alors que la boulangerie doit s’employer à tâter des miches et des flûtes.
Le parterre est des plus hétéroclites, il faut de tout pour faire un appareil à tarte. Des représentants consulaires, Mauduy et Mathiolon presque côte à côte... comme deux ronds de flan. Des élus de droite et de gauche. André Gerin, le pourfendeur de burqas, Marie-Odile Fondeur, la déesse des Halles. Denis Broliquier et Albéric de Lavernée, qui ne lâchent pas un cm² du 2e. Et puis bien sûr, un beau rassemblement de cols tricolores, avec médaille d’or, des MOF venus de toute la région.
Le ministre s’emporte. Il retrace le parcours de Gabriel Paillasson, l’itinéraire d’un enfant gâteau. Bientôt 50 ans de métier et le produit est toujours frais. Meilleur Ouvrier de France à la fois en pâtisserie et en glace. Plus décoré qu’un gâteau d’anniversaire : Mérite agricole, Palmes académiques, Légion d’honneur, chevalerie du Mérite national et aujourd’hui « en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Commandeur dans l’Ordre national du Mérite ». La Grande Cravate ! ça fait rire Gabriel : « décorer un Paillasson dans la Salle des Tapis !... ». Il profite de son statut de commandeur pour remercier tout le monde, égrène les noms un par un comme s’il recomptait des framboises. Tout le monde ? Non. Car il a beau se placer juste devant lui, écarquiller les yeux, remettre et enlever ses lunettes, Emmanuel Hamelin n’arrive pas à attirer l’attention, il finira zappé. VDM* !
Gabriel Paillasson s’est lancé dans une longue histoire de soie, ce qui est une façon de ne pas parler de lui. Dès le XVe siècle à Lyon et jusqu’à son père, agriculteur mais aussi... ouvrier tisseur. De la soie des carrés Hermès au velours des desserts. Un ténor sonore peut conclure par le chant des compagnons tisseurs « Car nous voulons tisser la chaîne / Qui doit servir à lier tous les cœurs ».
On lâche enfin le public dans la cour, où il fait plus doux. Il est d’usage, lors des remises de décoration, que le récipiendaire offre un buffet même s’il n’est pas marchand de meubles. Avec Gabriel Paillasson, on en profite pour vérifier la solidité de sa réputation. Tout est Maison, père et fils, fait de saveurs délicates, artistiquement mêlées, salé comme sucré, arrosé de petites bulles. Le temps d’immortaliser l’évènement sur les marches, où se mêlent MOF et meufs. Les compagnons tisseurs-ferrandiniers sont bardés d’une écharpe de soie rouge. Incursion surprise de Marc Fraysse, à qui le retour du gaullisme doit laisser quelque temps libre. Il doit y avoir de la fraternité dans l’air. Le ministre est déjà reparti vers d’autres cieux. Ou plutôt : d’autres rails. Il n’a plus droit qu’au TGV pour les parcours de moins de trois heures. La République est à la diète. Mais les MOF savent encore recevoir.
Timéo Danaos
*VDM : « Vie De Merde », un site où les internautes racontent des malheurs de ce type et concluent VDM !

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