On prête au général De Gaulle un humour de corps de garde. Il n’aurait jamais accepté, dit-on, des timbres à son effigie, car il n’aurait pas supporté « qu’on lui lèche le c.. avant de lui mettre une grande claque dans la g..... ! ». Aujourd’hui les timbres sont autocollants et les ministres aussi. Impossible de s’en dépêtrer.
A l’appel du 18 juin, de leur devoir, ou simplement de leur envie de mettre leurs petits pieds dans ses grands pas, toutes les huiles plus ou moins vierges de la politique lyonnaise, s’étaient donné rendez-vous sur l’esplanade Charles De Gaulle, à la Part Dieu, devant la Croix de Lorraine. Il y avait là le préfet Gérault, Michel Mercier, Nora Berra, Gérard Collomb, Dominique Perben, Michel Havard et sans doute quelques autres. Il y avait aussi ceux qui résistent à tout sauf à la tentation, tant les sirènes du pouvoir sont douces à leurs oreilles.
Comment l’esprit de résistance pourrait-il souffler sur tous ces notables ? Il y avait tout de même sur des chaises 150 petit vieux ratatinés, que le souvenir tenait encore droits. La plus belle collection de sonotones de toute la région, des vieux modèles, pas encore équipés de filtres à conneries, mais tout de même d’un bouton On / Off qui permet de couper le son quand la rumeur du monde se fait trop gonflante.
Certains portent des calots d’époque, d’autres sont bardés de décorations qu’on serait bien en peine d’identifier. Ils se lèvent à chaque sonnerie militaire.
Quelques uns tremblent un peu quand retentit le Chant des Partisans « Ami si tu tombes / Un ami sort de l’ombre / A ta place ». Eux y étaient.
Deux jeunes filles lisent le texte historique de Charles De Gaulle, celui que presque personne n’a écouté, mais que tout le monde a entendu, telle qu’on a réécrit l’Histoire.
Michel Mercier, ministre-qui-passait-par-là, entreprend la lecture d’un message d’Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, un quasi inconnu qui intervient trois fois par an, le 8 mai, le 11 novembre et le 18 juin, à peine plus que le Père Noël. Un chef d’œuvre de littérature xyloglotte. Il y est question des valeurs de la République, de liberté, d’égalité et de fraternité, qu’il ne faut pas que ce soit des mots vides de sens, ah ben non, mais des valeurs vivantes, voire assommantes. Mercier s’ennuie ferme et ça se voit.
On annonce un dépôt de gerbes par les « autorités ». Collomb doit bicher. Pour une fois, personne ne la lui reproche, son « autorité ». Il en profite pour livrer une composition florale montée sur tréteaux, très meublante. Sonnerie aux morts. Puis Marseillaise. Tout le monde au garde à vous. Dans le ciel, les lourds nuages noirs viennent de laisser place à un rayon de soleil. C’est peut-être bien le seul message de la journée.
Et pendant que les « autorités » vont saluer un par un les porte-drapeaux de moins en moins survivants, la fanfare militaire se donne un peu de plaisir « En passant par la Lorraine ». Ça c’est pour la Croix. « Les Gaulois sont dans la plaine ». Ça c’est pour... prendra qui veut. On attendait « Tiens voilà du boudin », mais c’est toujours imprudent quand il y a des dames.
Clémenceau disait : « la musique militaire est à la musique ce que la justice militaire est à la justice ». Et le coup de l’étrier ? On taraude à sec, militaire ! Mais non. Pas de vin d’honneur, pas de Madelon qui va servir à boire.
Chacun se sépare comme ça, sans cérémonie, on s’en va et puis c’est tout. Comme disent les pêcheurs, 18 juin ou pas, « on plie les gaules ».
Timéo Danaos