08juil. 2010
Speak Easy à l’A KGB
06:16 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - 5 commentaires
L’A KGB se lance dans l’After Work tous les jeudis soirs. « Apéritif », ça fait ringard, has been, obsolète et old school. Mais After Work, rien à voir. Ça consiste à venir prendre un verre, décontracté, entre amis, à la sortie du boulot et avant d’aller dîner. Le top du must, du hype et du cool, dans une ambiance in-ter-na-tio-nale. D’où le passeport et la carte d’embarquement. On n’est pas n’importe où.
D’ailleurs au téléphone, la cheffe de cabine vous remet tout de suite à votre place « on ne fait pas dans le lyonno-lyonnais, de ces cocktails où l’on rencontre toujours les mêmes gens et où tout le monde se connaît... ». Bref, ce qui fait le champagne quotidien d’un chroniqueur condamné par un sort funeste à se nourrir exclusivement au sein de Jean-Paul Pignol ou de Serge Magnier. Non-non. « ... Lyon est devenue une ville ouverte, internationale, une ville de brassage ». Ah on va en bouffer de l’italien, du portugais, du british, du chinois, du néerlandais et de l’ouzbek. Au moins autant que pour les fêtes consulaires qui ne sont pas ringardes non plus. De l’Onu en plus petit. De L’Auberge Espagnole en plus grand. Du G20 en version 20 de messe. D’ailleurs ça s’appelle « Happy Nation », presque un gospel.
A l’accueil, les « invitations » se transforment mystérieusement en rien du tout. On est juste invité à devenir client. On reçoit une étiquette à coller sur sa veste, indiquant la langue dans laquelle on souhaite être interpellé. La file d’attente au bar est digne de l’agence pour l’emploi des intermittents du spectacle. Pour le prix d’un plat du jour on finit par se faire servir un verre de vin. Mais pas de ces petits grignotages de fromage qui semblent réservés aux habitués. Car le Happy Nation a beau être une première, la terrasse est pleine d’habitués.
Autre surprise : ou bien on s’est mis subitement à comprendre parfaitement l’étranger, ou bien tout le monde parle français. Tiens, la monnaie. Voilà qu’on nous rend un billet et deux pièces qui ont dû côtoyer de près le Mojito, au moins le sucre avec lequel il est brassé, ça colle de partout, on en a plein les doigts.
Voilà comment un journaliste, une fois de retour chez lui, va se retrouver à pratiquer une activité qui n’a rien à voir avec son métier : nettoyer de l’argent sale (ce qui marche le mieux c’est de passer l’éponge. On comprend maintenant comment tant de scandales disparaissent).
Les serveurs sont folklorisés. Certains portent des chapeaux melon, d’autres des chapeaux texans ou tyroliens. Un photographe maison insiste pour shooter tous les convives afin d’alimenter le bestiaire maison, sur internet. Ce sera non merci. Ou no thanks, si vous voulez. Il y a là toute la clientèle itinérante des soirées hype lyonnaises, de cette jeunesse dorée sur tranche qui n’a rien d’autre à faire que de l’être, qu’on croise partout, sourire impeccable, en carrelage blanc, éternel bronzage de surfeur des bars. Ils se connaissent entre eux, s’embrassent, renouvellent régulièrement leur bouteille de rosé dans le seau à glace.
Que ce soit Happy Nation, soirée mousse, T-shirt mouillé, ou inauguration d’une concession BMW, ils viennent. En guise d’international, il ne doit guère y avoir que ces deux amis chinois venus ici pour apprendre le français et qui ont l’air bien perdus. L’idée de départ était bonne : on se retrouve entre amis, on fait semblant de ne pas se connaître et on se parle anglais. S’expatrier entre soi, c’est y pas typiquement lyonno-lyonnais ?
Timéo Danaos

5 commentaires
Vous êtes durs, je suis allé à la seconde édition et c'était très international. Pourtant j'y étais allé sur mes gardes via le présent papier.
Post amusant! Je reçois régulièrement (OK, toutes les semaines) une pub dans mon mail pour assister à ces "afterwork", et je me suis toujours demandé si le jeu en valait la chandelle... D'après ce que vous décrivez, et les photos que j'ai vues sur le site, je crois que je ferai l'impasse.
@Pat: moi j'ai trouvé ça pas mal du tout. essaye tu verras.
Certains sont plus doués dans les cocktails qu'en politique du coup ils font de la politique pour aller dans les cocktails.
@ Romain Blachier: ah, on reconnaît bien là l'adjoint au commerce du 7e défendant sa "clientèle"...