Vendredi 28 janvier, l’Amphithéâtre de la Cité Internationale n’avait jamais si bien porté son nom. Il accueillait les 40 ans de l’Université Claude Bernard - Lyon 1. Près de 1 500 personnes garnissaient les gradins. Sur la scène, les personnalités étaient  logées dans des fauteuils-tulipes dont elles formaient le pistil : le maire de Villeurbanne, le président du Grand Lyon, celui de la région Rhône-Alpes, le recteur d’Académie  et Chancelier des Universités. Et Thierry Philip, dont les mérites n’étaient sans doute pas moindres, mais dont la contribution s’est bornée à garder le silence.

Lionel Collet, président de l’Université,  remonte les pendules de l’Histoire jusqu’à 1761 avec la création de la première école vétérinaire du monde à Lyon, 1928 la construction de la fac de médecine grâce à une subvention de la famille Rockefeller, et 1971 la fondation  de l’université  de sciences et de médecine, celle d’aujourd’hui, qui compte, affirme-t-il, 33 000 étudiants.

Jean-Paul Bret lui succède. Il est « très heureux d’être ici » et cela ne se voit pas du tout. Il salue les étudiants du campus qui sont d’après lui 23 000. Il enquille les prêts-à-mâcher des discours officiels : « associer l’essor de l’université au rayonnement de l’agglomération » (remplacez « université », par « industrie pharmaceutique », « bicyclette en ville », « patinage artistique » ou « blanquette de veau », ça marche aussi bien). Et qu’importe, cela fera toujours « une brique de plus dans la construction d’une métropole confrontée aux grands enjeux du monde ». Il a dû jouer au Lego quand il était petit. Collomb se souvient de ses années d’étudiant ; il était de gauche ; le recteur le jugeant trop trublion s’était débarrassé de lui en le nommant prof à Pont-de-Vaux.

Leçon retenue, Collomb lui-même n’ayant pas hésité à exiler ses adjoints indésirables dans des déserts caillouteux. Enfin, il se félicite de sa bonne santé, et de celle des autres sexagénaires du podium, laissant entendre qu’il ne sont pas près de décrocher.

En face de lui, les jeunes gens qui préparent leur avenir sont au désespoir. Enfin, le recteur Debbasch, au nom du gouvernement, ramasse la mise. Il félicite tout le monde et ses pairs, et principalement les étudiants qui sont devenus maintenant 36 000. Heureusement que ces gens-là ne font pas dans les sciences exactes.

Moment culturel, avec un mini-concert des chœurs de l’IUFM et la soliste en robe fuchsia « demi-Bachelot ». Egrenage de tout le programme de l’année d’anniversaire par deux étudiants en maîtres de cérémonie : « Que fais-tu de tes déchets ? ». Des fringues apparemment. Une sorte de retour du grunge. Le 8 juin ce sera « Mode et développement durable ». Buffet. Il est tard et la partie abstraite de la soirée a suffisamment duré. Le traiteur a su rester anonyme, il n’a inscrit son nom ni sur les serviettes ni sur les tenues des extras. Il a tort.

Qu’est-ce que ça grignote, des scientifiques de haut niveau, un soir de fête ? La même chose que le vulgum pecus, mais en tenant des propos totalement farfelus ou complètement incompréhensibles. On s’en fout, on a du métier maintenant, on fait semblant de comprendre et on sourit. Il y a là un troglodyte, plein de barbe et de cheveux, en arrêt devant des assiettes de carpaccio. Un Monsieur Rouflaquettes qui darde un œil de Sherlock Holmes sur de mystérieuses petites cassolettes noires. Deux jeunes gens qui chassent en meute, en avance sur le printemps et bien décidés à ne pas dormir sur la béquille.

Il est plus de 22 heures quand le gâteau à quatre étages fait son apparition. Lionel Collet le découpe avec la dextérité d’un d’Artagnan de la pelle à gâteau. Une coupe de champagne plus tard, on salue la flamme du traiteur inconnu ; elle vient de s’éteindre sous un reste de blanquette de veau. Et on rentre retrouver l’austérité du trolley C1.

Timéo Danaos