08avr. 2011
Dimanche l’abstention était au buffet
13:50 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Pour un pince-fesse, au début, ça pince mou et ne fesse pas grand chose, mais ça va changer. Jusqu’à 20 h 15, il ne se passe rien à la préfecture en cette soirée électorale de second tour.
Des journalistes errent au hasard comme des chiens sans croquettes. Certains portent une oreillette à l’oreille, mais même à l’oreille il ne se passe rien. Aucune puce, rien. Le préfet a installé des panneaux d’affichage dans la grande salle pour fixer les résultats au fur et à mesure qu’ils tombent. Rien à faire, le fur se fait attendre et la mesure reste désespérément vide.
Un jeune socialiste en service commandé photographie les quelques résultats ruraux pour les envoyer au siège du PS qui s’en bat la rose. Même le buffet des journalistes fait la gueule. On y trouve de pauvres sandwichs triangulaires, on dirait un pique-nique de francs-maçons pendant un débat sur la mixité. On se console avec la mousse au chocolat et la crème caramel, les valeurs refuges. Les préfets passent et elles demeurent. Les deux piliers du Département. Un peu comme Mercier et Jamet mais en plus roboratif.
Tiens Mercier ! Il vient d’arriver dans la salle du trône auréolé de journalistes, il fait semblant de scruter les affichages pour que les caméras aient quelque chose a filmer. Il n’a rien à déclarer. Jean-Jack Queyrannne non plus mais cela ne l’empêche pas d’être interviewé sur France 3.
Les invités arrivent de plus en plus avec de la pluie sur les épaules. Des bruits commencent à courir. Perben aurait été battu... Rah ! Personne ne s’effondre en larmes ! Les chiffres tombent. C’est vrai pour Perben mais aussi pour Bolliet, le maire du 4. Renversé sur le plateau par une écolo, il en est encore plus vert qu’elle. Et Richard Llung à Villeurbanne qui perd le match retour contre Béatrice Vessiller. Certains voudraient bien fêter ça au buffet, d’autres noyer leur chagrin. Bernique. Il faudra se contenter de Perrier (même pas Jouët), de jus d’orange en pichet et de Coca light. La République Weight Watcher. On va finir au pain sec et à l’eau.
Jean-Jacques David apparaît dans le grand salon, sous une véritable standing ovation. En même temps, c’est facile, tout le monde est déjà debout. Il est cornaqué par un Denis Broliquier plus radieux que Bernadette Soubirous quand elle a vu la Vierge. Il croit entendre l’horloge de l’Hôtel-de-Ville carillonner à ses oreilles.
Puis c’est au tour de Raymonde Poncet de faire son entrée. Les écolos lui ont orchestré un véritable triomphe. Ils sont sortis de la salle pour mieux rentrer avec elle et l’acclamer « Hourra ! bravo ! Hasta Siempre, Belle des Champs ». Elle porte encore au cou le foulard vert qui étouffa son adversaire. Elle avance bras dessus bras dessous avec Béatrice Vessiller, l’autre tatie flingueuse, la Calamity Jane de Villeurbanne. Tout le monde tombe dans les bras de tout le monde et réciproquement.
Emporté par cette explosion d’exubérance printanière, Jacky Darne lui-même, qu’on a connu plus taciturne, embrasse Béatrice Vessiller comme on embrasse une carrière d’expert comptable : « Je te félicite ». « Merci, ça me touche beaucoup », répond la dame étonnée que le Grand Pardon tombe en mars. Et à quelques pas de là, dans une discrétion toute relative, selon son habitude Michel Mercier serre plus de louches qu’il n’y a de soupe. Ce n’est pas parce qu’il tourne en rond qu’il perd le nord. Il fait des grâces aux nouveaux élus, minaude. Il n’a pas oublié que ce jeudi sera choisi le nouveau président du Département. Et qu’il s’en faudra de peu - aide-toi, le ciel t’aidera - pour qu’il ressemble à l’ancien.
Timéo Danaos

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