04juin 2011
Fumer tue gravement la santé
16:56 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Ah, c’était chic ! Mercredi soir à l’hôtel Reine Astrid, quatre étoiles prestigieux près du parc de la Tête d’Or, du nom de celle qui fut princesse de Suède, puis reine des belges de 1934 à 1935, le temps d’un accident de voiture. Un triple pince-fesse était organisé, pour présenter la nouvelle collection de Pal Zileri, les œuvres sculptées d’Anneli Courtin et les cigares Edito de la Casa de Francia. Allait-il pleuvoir? C’eût été dommage, la fête était installée dans le jardin de l’hôtel.
Quelques gouttes essayaient de tomber de temps à autre sans grande conviction, aussitôt repoussées par le gros son de DJ Sara Costa qui les renvoyait dans les nuages à coup de basses : boum-boum !
Collomb n’était pas là. Les socialistes essaient d’éviter les hôtels de luxe. Pas Jean-Jacques David, le maire du 6 est ici chez lui et il ne lâche pas un pouce de terrain. Ni Emmanuel Hamelin, il faut bien que la reconquête de Lyon commence quelque part et ici il fait doux. Beaux messieurs en tenues sombre ou en casual de luxe. Belles dames rescapées de bistouris vengeurs, avec un sourire tiré à quatre épingles.
Quatre beaux gosses restent à l’écart, un mal-rasé, un cramé aux UV, un Ken aux yeux bleus, un basketteur black. Ou bien nous assistons à la reconstitution de boys band dissout et pour pas cher (10 sous) ou bien ce sont les cintres bodybuildés prévus pour présenter la collection Zileri dans un instant.
Bingo ! Quelques minutes plus tard on les retrouve sur le podium, dans un salon de l’hôtel, pour un torture-test qui les plonge brutalement dans la réalité du réchauffement climatique. Il doit faire 40° C sous les projecteurs. Vestes profondes de pure laine vierge, pantalons de flanelle épaisse, les quatre gaillards sont saisis à vif. Trois petits tours et puis s’en vont... avant de revenir à feu doux : manteaux double épaisseur, col roulé, doudoune boréale. Ça chauffe. Il ne manque que la tototte pour faire cocotte-minute. Heureusement que les défilés de garçons ne se terminent pas par une robe de mariée, la meringue aurait fondu sur place.
Ce n’est pas tout. Le directeur Ali Afshar lance la tombola, comme chez les pauvres. Sauf qu’ici on ne gagne pas une volaille vivante, il suffirait de se servir sur place. Non, le numéro tiré au sort repart avec un séjour de quatre jours pour deux personnes en Tunisie. Ou le contraire. En tous cas, il jubile. Le second gagne un panier garni dont on ne voit pas le contenu. Il jubile plus prudemment.
La fête reprend son cours, comme la Bourse il est à la hausse. DJ Sara Costa est toujours là : boum-boum. La Casa de Francia ouvre boutique. Le seul fabricant de cigares français attire beaucoup les messieurs. Et les messieurs à cigares attirent beaucoup les dames. Au bout d’un moment elles s’y mettent aussi, parfois avec une délectation qui frise l’attentat à la pudeur. Bientôt la cour s’est emplie d’une épais brouillard, comme Londres au cœur de la City, quand les affaires reprennent.
On boit du rosé de Bandol, on fait la queue pour des saint-jacques poêlées, on se rafraîchit avec des rivières de glaçons. On picore des grignotises.
Anneli Courtin fait un break. Elle a déserté pour un temps l’étal où elle présentait ses sculptures, des portraits malmenés par la vie, des visages marqués comme s’ils portaient sur eux les traces des tourments intérieurs. Elle s’est assise sur un muret. Tout autour les invités s’agitent.
Elle qui vient de Boulogne, on a l’impression qu’elle regarde ces mondanités lyonnaises avec une certaine malice. Ce sens de l’entre-soi, la peopolisation discrète et feutrée de ceux qui se reconnaissent entre eux parce qu’ils ont pris l’habitude de venir s’ennuyer dans les mêmes endroits. Mais la soirée est douce.
Timéo Danaos

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