09juin 2011
Terra Mundi, une gaufrette et trois mémés
07:28 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Ca commence bien ! Quand on arrive, le président de Grand Lyon Habitat Yvon Deschamps trousse une anecdote sur le pharaon Imhotep. On n’est pas rendu ! D’ici à ce qu’il arrive à notre époque, jusqu’à ce jeudi 26 mai, le jour de l’inauguration de l’immeuble Terra Mundi... S’il pouvait griller un peu les étapes, nous épargner le gothique, la Renaissance et le néo-classique, on aurait peut-être fini avant la nuit. Ah, il termine sur un retentissant « nous voulons une architecture jubilatoire ». Décidément, pas besoin de champagne, il pétille tout seul. La suite moins.
La suite, c’est Marie-Odile Novelli qui glisse sur sa propre peau de banane, avant de se récupérer par un double salto arrière : « Jamais la Région n’aura eu aussi peu de raisons de soutenir un projet », qu’elle commence, avant d’expliquer justement pourquoi la Région le soutient quand même, et plutôt deux fois qu’une. Quand on entend les écolos s’exprimer, on comprend mieux comment ils votent.
Collomb va devoir remonter les blancs d’œufs, l’ambiance s’est effondrée. Il attaque en pleine force : « Oui la fracture sociale est une fracture spatiale ». A chaque envolée lyrique, pour ceux qui sont près des enceintes, c’est un Airbus qui décolle. Il faut une vision « d’une ville globale » et il mélange allégrement : habitat, transports, créativité culturelle. Un coup de shaker, c’est lui qui fait le cocktail. Mais gronde-t-il : « j’entends quelques fois des raisonnements simplistes ! ». Ça, en général, c’est pour les Verts. Bingo ! Le voilà qui défend les 300 Smarts en libre service qui vont arriver. Car la voiture n’est pas l’ennemie du vélo qui n’est pas l’ennemi du piéton, qui sans doute, n’est pas l’ennemi du bulletin de vote. Rendez-vous en 2014. Car « c’est le bonheur quotidien des habitants d’une ville qu’on façonne ».
On aurait pu en rester là. Mais l’Etat veille, en la personne du préfet délégué Alain Marc. Equipé d’un véritable générateur de langue de bois, il régale l’assistance d’un festival de gourmandises administratives. Celui-là par exemple, on peut le resservir à chaque fois : « ce projet n’a été rendu possible que par la mobilisation de tous les acteurs et je veux leur rendre hommage ». Voilà qu’il en dresse la liste complète, il y en a pour un moment, si vous avez quelque chose sur le feu, éteignez. Et il y retourne : « Je veux rendre hommage aussi à tous les services, qu’il s’agisse de la ville, du Grand Lyon... ». C’est reparti. Mais soudain il fronce le sourcil : « quelques points de vigilance demeurent ». Rien de grave. De toutes façons il y a toujours des points de vigilance qui demeurent. Il ne reste plus qu’à conclure par un vibrant : « On est toujours plus fort lorsqu’on n’est pas tout seul ». Bravo ! Celui-là non plus ne risque pas d’être contredit.
Il ne reste plus qu’a dévoiler la plaque commémorative au cœur de l’atrium de ce qui est maintenant un des plus beaux bâtiments de la Part-Dieu, à la fois siège social de Grand Lyon Habitat, résidence sociale, cafétéria, crèche inter-entreprise, le tout en HQE (haute qualité environnementale) et sans le secours des écolos.
Cocktail. Il y a un monde fou. Les organisateurs ont dû inviter une partie de leurs clients et de leur personnel, en plus des peoples habituels quelques fois amputés d’un double (Haguenauer sans Gelas c’est une pêche melba sans gaufrette). Quatre buffets se répartissent les invités selon une logique géographique inconnue. Celui du fond est le plus désert. Mais aussi le plus tranquille. Trois mémés qui y ont pris leurs quartiers, sûres de pouvoir se restaurer sans être bousculées. Les serveurs sont aux petits soins avec elles. On ne dira jamais assez l’instinct infaillible des mémés.
Timéo Danaos

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