04juil. 2011
Fallait pas m’inviter
09:30 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - un commentaire
« Vous êtes invité à vos frais... ». Le carton semblait pourtant honnête « Carte d’embarquement « Invité ». Lancement des Planches ». On connaissait le lancement de nains, de noyaux d’olives, de chaussures, mais de planches, c’était nouveau. Le flyer numérique était tombé directement à la rédaction, l’évènement devait être d’importance. Arrivé à Albigny, on trouve sans peine l’entrée, il y plus d’agents de sécurité dans les environs que pour la visite d’un ministre subalterne. L’hôtesse récupère le sésame et dirige vers la table où sont distribués gracieusement les « cocktails de bienvenue ». Aïe, ça veut dire que le reste ne le sera pas ! Savourons cette sangria au champagne en attendant l’évènement. Entre les coins loundge, les baraques de plages, les toiles blanches et les marabouts, Les Planches se veulent le Saint-Tropez de Lyon, on fait avec ce qu’on a.
Sur les tables le premier numéro de News Les Planches qui annonce en titre : « Opening Big Beach Party », ce qui veut certainement dire quelque chose. Comme cette phrase prise dans le rédactionnel : « 25 ans d’expérience au sein d’établissements comme le Ritz ou le Martinez avec des chefs renommés font de lui un véritable virtuose ». Le décryptage sans doute dans le N°2. S’il y en a un.
Près des bars, des musiciens assurent l’animation, une chanteuse en robette noire, un trompettiste bouché à chapeau, une violoniste électrique. En fait ils se contentent de contre-chanter sur les disques que passe le DJ. A peu près aussi intéressant que de gribouiller sur des poèmes de Rimbaud, mais ça distrait.
Les serveuses portent des robes noires à volants. Les serveurs des plateaux. Il y a là toute la faune s’lapète des soirées hype lyonnaises. Les messieurs portent du casual chic. Du Ralph Lauren, du Kaporal. Les mêmes marques que les lascars, sans la casquette. On croise un baroudeur de comptoir, en saharienne de lin sable, le chèche artistiquement tressé autour du cou. Un autre, nostalgique de ses années bohème, a voulu se donner un look : nouveau philosophe. Dommage qu’il ait pris pour modèle Luc Ferry. Les dames sont plus habillées. Tenues de soirées légères, robes courtes. Trop parfois (il faudrait que quelqu’un explique à celle-ci qu’elle n’a plus 16 ans et que le ras-la-touffe, arrivé à un certain âge, ça fait des rimes qui ne vont pas à son avantage).
La terrasse s’est remplie maintenant, et on ne voit toujours pas où est l’évènement. On feuillette la carte du bar. Ici on propose un jéroboam Dom Pérignon à 2 400 euros la bouteille... comme on n’est pas sûr qu’il soit frais, on va prendre autre chose.
Jeunesse dorée, parents friqués, qu’est-ce que tout ce monde-là est venu faire ici ? Apparemment, pas grand chose à part essayer de se reconnaître entre eux. Dès qu’ils y parviennent, ils se constituent en grappe et commandent une bouteille. On surprend un « invité » goûtant avec componction le vin qu’il vient de commander : un rosé ordinaire. Tout est dans le geste. Ils n’arrêtent pas de se faire prendre en photos en changeant de grappe mais sans la lâcher. Une cadreuse a même été affrétée pour immortaliser l’instant en vidéo. Tout cela va se retrouver dans les Lyon People, Lyon Clubbing... à chacun son Facebook.
Et c’est tout ? Oui. Il ne se passe rien. Certains établissements s’imaginent que chaque fois qu’ils impriment une nouvelle carte ou qu’ils changent l’eau des poissons, cela représente un évènement digne d’intéresser la presse. N’étant pas assez blonde pour constituer une attachée de presse présentable, on s’esquive en loucedé. Le parking s’est bien rempli. Surtout le petit enclos privatif où dorment Porsche, Maseratti, Ferrari, jalousement gardées par des Men In Black.
Timéo Danaos

un commentaire
...et dona ferentes