On n’était pas tellement attendu ce samedi 19 novembre rue d’Oradour-sur-Glane. Les Potins à l’ouverture d’un stade de rugby ! Pourtant les mêlées, les placages, les essais et les transformations, dans la vie politique, on connaît. Barrages à l’entrée du stade. Un quart d’heure après sept heures on était déjà contrôlé trois fois, c’est dire si on se sentait en sécurité. Il faudra parlementer, discuter, insister, pour se faire admettre sous le chapiteau où était inauguré le Matmut Stadium. On aura eu le temps d’apercevoir les nouveaux aménagements, les gradins, la boutique, tout ce qui a transformé ce qui n’était qu’un terrain de foot en véritable stade de 8 000 places. Dans la salle quelque cinq cents convives, tous intéressés par le rugby, notamment la troisième mi-temps, surtout si elle a lieu avant les deux premières. Sur écran on voit les avancées du chantier, jour après jour. Puis un diaporama de l’équipe du Lou. De demis de mêlée de 80 à 120 kg ce qui fait beaucoup pour un demi.

Au micro, le président Yvan Patet se félicite. Il a fallu trois mois seulement pour construire ici ces équipements entièrement démontables : « quand on dit qu’en France les projets n’avancent pas vite ! », ironise-t-il. Heureusement que Michel Mercier n’était pas là, il aurait pu prendre ça pour lui.

Michèle Picard lui succède. Elle est maire PCF de Vénissieux et se lance dans un discours digne d’une Fête de l’Huma. Elle se donne du mal. « Il faut se féliciter des synergies et des convergences », tente-t-elle. Non ? Pas un applaudissement ? Elle se met à détailler le nouveau plan de circulation élaboré autour du stade. Mais manifestement tout le monde s’en cogne. Il faut dire que les fourchettes ont commencé à s’attaquer aux assiettes, les problèmes de parking on verra plus tard. Le brouhaha remonte doucement jusqu’aux premiers rangs. « Excusez-moi ! Si vous pouviez faire un peu de silence ! », éclate la maire. « Un peu », d’accord, mais pas plus. Elle ne lâche rien, se lance dans le « projet de développement, de Laurent Bonnevay à la route de Vienne, car assure-t-elle, nous tenons à mettre en œuvre des perspectives transversales ».

Peu importe. On vient de faire la connaissance d’une petite terrine au saumon. Car, pour se venger d’un accueil pour le moins filtrant, on a fini par s’installer sur une table boudée par des invités qui ne viendront pas, bref on tape l’incruste. Michèle Picard termine son discours. Les gens applaudissent. Ils n’ont rien écouté, mais ils sont contents quand même.

C’est au tour de Gérard Collomb. Lui connaît bien la loi des estrades, il ne se risque pas dans un discours. Il parle sans notes. « C’est un vrai bonheur d’être avec vous ». Applaudissements. Le bonheur, ça s’applaudit toujours. Les « perspectives transversales », plus rarement. « Les collectivités locales ont été totalement impliquées depuis le début, parce que le Lou le mérite ! ». Le Lou ? Mais bien sûr, on est venu pour ça. Applaudissements nourris. C’est facile, finalement. Il salue Guy Mathiolon et Olivier Ginon « ces grands entrepreneurs », et le rugby « un sport formidable », car on y a le sens de l’amitié « des valeurs que nous partageons ». Peut-être pas avec Philippe Meirieu et Nathalie Perrin-Gilbert, mais quand même.

Entre-temps est arrivé un filet de bœuf accompagné de son gratin dauphinois qui fondent sous la dent. Accompagné d’un côtes du rhône bien charpenté. Le rugby adoucit les mœurs. Il ne reste plus qu’à faire applaudir debout la naissance de ce Matmut Stadium, la première opération de naming réussie. De quoi faire rêver Jean-Michel Aulas qui voudrait vendre le nom du futur Stade des Lumières pour qu’il puisse s’appeler « Fleury-Michon » ou « Couches Pampers ».

Timéo Danaos