03janv. 2012
Collomb éclaire ses lanternes
13:55 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Le rendez-vous était presque secret, le jeudi 8 décembre, dans un lieu habituellement désert : le quartier Grôlée. De jour, seuls quelques corbeaux neurasthéniques viennent encore y traîner leur deuil, en souvenir des boutiques pimpantes qui autrefois attiraient le chaland. Toutes fermées.
Les devantures sont recouvertes de rideaux de douche où l’on peut lire « Up In Lyon », pour faire croire qu’il ne va pas tarder à se passer quelque chose. Mais ce soir c’est la fête. Elles servent de vitrine à des animations lumineuses. Ici, on représente la reconstitution d’une scène de crime : qui a tué le Quartier Grôlée ? Là des bambous soufflants sur lesquels tombe une pluie de bulles de savon. Cela veut peut-être dire quelque chose. On ne saura jamais. Peu importe car c’est la fête.
Collomb va venir. Il doit lancer ses chars à l’assaut des Lumières. Des chars venus de Fukimo, énormes, montés sur des châssis de bambous, gros comme des pipe-lines, serrés par des cordes, des armatures de plus de 300 ans qui n’étaient jamais sorties du Japon et sur lesquelles sont bâties des châteaux, des nefs, des pagodes, en baguettes et papier collé. Là-bas elles sortent en mai pour commémorer l’accueil réservé par la ville de Nanto, aux habitants de Fukimo venus se réfugier après l’incendie de leur cité.
Des lanternes géantes. On n’attend plus que Collomb pour allumer les lanternes. Il arrive, fendant la foule déjà compacte. On le revêt d’une tenue autochtone rouge couverte d’inscriptions étranges dont on espère qu’elles sont convenables. C’est le signal. Il tape sur des bambous par trois fois, tous les musiciens et danseurs s’ébranlent au son des tambours. Miracle ! A son appel les chars se sont illuminés et c’est beau. S’il pouvait faire venir la lumière avec autant d’efficacité dans une réunion socialiste... mais bon. Ce soir, c’est la fête, ne disons pas de choses qui fâchent.
Le maire de Lyon et le consul du Japon se sont congratulés mutuellement chacun dans sa langue. On espérait un peu que Collomb dirait quelques mots en japonais, mais il n’était pas d’humeur kamikaze. Tant pis ! On aurait bien aimé immortaliser l’instant. Il a quand même a livré une interview à France 3, secouant les cendres de Fernand Braudel pour en tirer une citation : « Lyon ne rayonne jamais autant que lorsqu’elle est ouverte à l’international ».
Question : peut-on faire la fête en pleine crise ? Au contraire, répond le maire, la lumière est aussi ce qui guide dans la nuit, qui montre le chemin pour sortir du tunnel.
Ouaip ! Il y a aussi des lumières pour avertir de ne surtout pas entrer dans le tunnel. Et il repart, suivi de toute la cour habituelle qui traverse la fête en se disant que, si c’est réussi, autant donner l’impression d’y être pour quelque chose. Richard Brumm, heureux que ça ne lui coûte pas grand chose. Najat Vallaud-Belkacem, car elle est un peu l’allumeuse de ces réverbères. Georges Képénékian, pas trop convaincu qu’il s’agisse de culture, mais dans le doute... Et Nadine Gelas parce que, si elle n’est pas là on s’inquiète pour sa santé.
Quelques rafraîchissements sont prévus dans une boutique morte ressuscitée pour l’occasion. On n’y trouvera pas du vin chaud, comme au coin de la rue, mais du champagne et quelques petits fours de bon aloi. Collomb en profitera pour se faire photographier sous toutes les coutures, on dirait l’inauguration d’un local de campagne. Et Catherine Camus pour affirmer que si, mais si, cette fois-ci, le quartier Grôlée va renaître de sa belle mort, il y a plein de projets en cours. Peut-être.
En tous cas pour quatre jours, à défaut d’avoir rouvert les boutiques pour de vrai, ça aura au moins permis de passer l’aspirateur.
Timéo Danaos

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