Damned ! On a raté l’intervention de Queyranne. D’après les quelques témoins qui en ont gardé souvenir, il aurait parlé de l’artisanat en Rhône-Alpes. Ca tombe bien on est venu pour la remise des prix Artinov, au Palais de la région, ce jeudi. Des trophées en forme d’urne funéraire, soufflée en verre bleu, translucides au cas où les cendres de grand-père voudraient jeter un œil au dehors. Dans la salle, les gens twittent, smsent, pianotent avec les doigts, pendant que la cérémonie se déroule. Lauréat : Claude Bévaud. Il a inventé un système de tiens-tes-skis qui permet de transporter les planches et les bâtons à la main comme une valisette. Astucieux.

Remarquable aussi le pupitre à roulettes  nommé « U-O-Track » de chez Teamfer. Grâce à lui on glisse sur les voies du tramway (en son absence de préférence) et on enregistre sur un ordinateur les courbes qui retracent « l’usure ondulatoire » des rails. De la poésie pure. Mais du business aussi. Une importante régie nationale de transports urbains, dont il ne faut pas dire le nom, serait très intéressée par le procédé. On a tout lieu de penser qu’elle pourrait se trouver en région parisienne, mais chut !

Etonnant aussi : le rouge à lèvres sur mesure. Couplé à une bonne chirurgie esthétique, il doit donner des résultats très « pop art » sur des rombières multi-recousues. Les portes automatiques ultra plates de Softica. Et le « crazy goat » ! Grâce à ce récipient sous pression on peut fabriquer de la chantilly avec du lait de chèvres. Il ne reste plus qu’à trouver des gens que ça intéresse (sur Facebouc ?).

Bref tout se passe bien jusqu’à cette invention de haute technologie le « Northdome ». Un film a été tourné au cœur de l’entreprise, avec un authentique blonde pour guide. Nous voilà dans l’atelier, gros plan sur la chose qui ressemble à un carburateur en acier, alors que pas du tout. « Il contrôle les gaz entrants et sortants », explique le responsable R&D. C’est à dire ? « Il analyse les gaz et transfère les données sur ordinateur ». Sacripan ! Mais il analyse quoi ? Et bien « il est très petit et très compact ». « Ca n’a pas du être facile », s’extasie l’hôtesse.  Peut-on quand même savoir à quoi il sert ? Et bien « il résiste à des températures de - 40°C ». On est content pour lui. Est-on le seul à ne pas comprendre l’utilité de ce bitoniau ou bien est-ce que tout le monde fait semblant ?

En tous cas, bonne nouvelle ! annonce le patron en direct, une version est déjà à l’étude qui permettra de faire la même chose, mais avec les lubrifiants moteur. La même chose que quoi ? Tant pis, on applaudit avec les autres. Vite, un vase bleu ! La troupe au complet revient pour la photo finale, les lauréats, les nominés, les présidents, il y en a de partout. La mise en scène est digne de Spencer Tunick sauf que tout le monde reste habillé.

On aura eu droit aux bonnes paroles d’usage. Même l’écologiste Cyril Kretzschmar, dont on espérait le pire, se contente d’un : « nous travaillons pour la satisfaction des Rhônalpins et des Rhônalpines ». De la plus belle eau tiède. Des écolos comme ça, Collomb en rêverait.

« Je vous invite à prendre une collation », termine Alain Berlioz-Curlet, le président de la Chambre d’artisanat. Deux buffets sont dressés au milieu des stands des nominés qui présentent leurs inventions. Les bâtons de randonnée en forme de dos de chez Guidetti. Les chocolats blancs en forme de Saint-Marcellin de chez Franck Petit. Le ski bike en forme de tape-cul de chez Firem. Et les confrères habituels des cocktails, en forme eux aussi, qui ne tardent pas à remarquer que le buffet n°2 sert plus généreusement que le buffet n°1. Et que le reste est sans importance.

Timéo Danaos