11avr. 2012
Baptême du feu pour marins d’eau douce
17:19 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Maman les petits bateaux... » vendredi matin, on allait inaugurer la première navette fluviale sur la Saône. Rendez-vous sur le nouveau quai Antoine Riboud, à la Confluence. On longe la Darse en cherchant le navire, toujours rien. On croise deux volatiles blancs en train de s’ébrouer dans l’eau. On croit y voir des cygnes encourageants...
Ca y est, il est là. Flambant neuf ou presque, bleu comme les flots, blanc comme le ciel. Le vaporetto de la Confluence affrété par le centre commercial. On surprend Marie-Odile Fondeur, la marraine, qui s’entraîne avant l’arrivée de la foule, au geste sacré du baptême. Elle balance une bouteille de champagne attachée au bout d’une potence contre la coque du navire. La première, mal réglée, s’éclate au sol. La deuxième, Marie-Odile la tient au-dessus d’elle à bout de bras, on dirait qu’elle va se l’écraser directement sur la tête. Un mouvement de balancier, splash, elle explose contre le navire (la bouteille). Ca y est, elle a chopé le coup de main (Marie-Odile). On vient quand même de ruiner deux bouteilles de Mumm pour rien. Quand on pense que les invités devront de contenter de jus de pomme et de jus d’orange. Les inaugurations en eau douce, merci bien !
Les officiels arrivent. Roland Bernard, le Rolandpotamos* des fleuves de Lyon, Gérard Collomb, inaugurateur amphibie, et puis Jean-Louis Touraine, Nadine Gelas. Quelques mots de la marraine au micro ? Ah, cette navette permettra « la promenade bucolique autant que le déplacement de travail ». Le bucolique ayant un rapport avec les bergers et les troupeaux, il faudra attendre que la Saône moutonne.
C’est reparti pour le baptême. Mais fatalitas ! Au dernier moment on lui demande de se tourner de l’autre côté, vers les caméras, de refaire son geste de la main gauche, la répétition n’aura servi à rien. Marie-Odile lève les bras très haut, Collomb s’écarte prudemment, elle smashe de toutes ses forces... et la bouteille rebondit comme une promesse non tenue. Allez, encore un essai. Cette fois-ci le flacon veut bien se donner la peine d’exploser. Tout le monde applaudit. On embarque.
Le vaporetto sort de la Darse. On ouvre le pont-levis. On vient déjà de créer un emploi : pousseur de bouton. Chaque fois qu’un bateau se présente à l’entrée, il faut que quelqu’un ouvre et ferme ce pont. On prend la direction de Saint-Paul. Dans le bateau entièrement redécoré en bois d’arbre, Collomb y va de son speach. Oui, c’est ici à Lyon qu’en 1860 ont été créés les bateaux mouches, puis les guêpes, plus grosses, puis les abeilles. Comme en écho, la cathédrale fait sonner le bourdon, en passant devant Saint-Jean. « Il est très fort, le cardinal », ironise Collomb. La compagnie fluviale de l’époque a transporté jusqu’à 4 millions de passagers, mais ici, il n’y a que 70 places. Pour l’instant. Après deux ans d’expérimentation, Collomb ne désespère pas de multiplier les bateaux ici et sur le Rhône, de la Cité Internationale à l’Hôtel-Dieu.
Escale à Bellecour. On descend pour prendre des images. Les élus posent pour les photographes. Il font semblant de déambuler sur le quai en faisant n’importe quoi pour aller nulle part. Criant de réalisme. Puis la trompe appelle les passagers à remonter à bord. « Elle n’est pas très en forme », fait remarquer quelqu’un. Et c’est vrai. On attendait une corne de brume. Mais ça ressemble au klaxon asthmatique d’un autobus en bois, sur un manège de foire.
La croisière est agréable. Pas moins de trois capitaines et trois hôtesses de bord. Ils seront deux seulement en service ordinaire, à partir du 4. Mais là, il faut encadrer des journalistes plutôt indisciplinés. Malgré l’interdiction d’aller sur le pont avant, on surprend un reporter de Scoop qui tend le micro au dessus de l’eau pour interviewer les poissons. L’air du large a dû lui monter à la tête...
Timéo Danaos
*De « potamos », dieu des fleuves chez les grecs et « potaRoland » : ami du premier.

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