Jeudi soir en arrivant à l’Hôtel-de-Ville, on tombe sans prévenir sur une partie de jambes en l’air ! La dernière sculpture de Robert Combas installée devant l’Opéra. Dédaignant cette invitation tentatrice, on se dirige tout droit vers le salon doré où se tient le trentième anniversaire de RCF, l’ex Radio Fourvière, canonisée sous le nom de Radio Chrétienne en France en 1996, puis de Radio Chrétienne Francophone, après l’annexion de la Belgique.

Beaucoup d’élus de droite et de gauche (on n’est pas chez Obama, les socialistes portent des cravates) : Emmanuel Hamellin, Dominique Nachury, Jean-Yves Sécheresse, Thierry Braillard. Des représentants d’entreprises : Bernard Fontanel, Philippe Grillot, Jean-Paul Mauduy. Tous ceux à qui une petite bénédiction radiophonique ne saurait nuire. Outre des curés en civil, on croise une major de l’Armée du Salut, des animateurs et journalistes de RCF, une dame en train d’éventer sa dernière opération esthétique, des mémés, des notables, des auditeurs, des bénévoles, Dieu reconnaîtra les siens et nous rendra les autres.

Il commence à faire chaud. Ca sent les parfums capiteux, la poudre de riz, et aussi un peu la naphtaline (la collection d’été vient de sortir des placards). On sert quelques coupes de crémant de Bourgogne avant que les dames ne s’étiolent. Certaines sont déjà cutées sur des chaises, comme dans un bal de débutantes, attendant l’orchestre ou bercées par la voix des anges. Les personnalités sont rangées sagement le long du micro, tout le monde veut parler.

Collomb se rappelle la libération des ondes, il y a trente ans du temps de Mitterrand, l’époque du Grand N’Importe Quoi (qu’on ne saurait confondre avec Mitterrand bien sûr). Radio Fourvière fleurit sur ce terreau-là, jardinée par le Père Emmanuel Payen, sous la houlette d’Albert Decourtray, évêque d’alors et d’ici. Ah, « les temps changent et l’essentiel demeure », conclut Collomb, bien content d’en faire partie.

Michel Coutellier, le président de la radio, remercie tout le monde et son père. Il raconte que dès l’origine, Radio Fourvière voulait être la radio des « sans-voix ». Ca démarrait fort ! Dominique Nachury représente Michel Mercier, retenu par on ne sait quelle impérieuse obligation. Elle aussi se souvient avec émotion des radios libres de 1982. Bref elle rend hommage à la gauche.

Puis vient Jean-Jack Queyranne. Là où Collomb appelait Barbarin « Monsieur le cardinal », Queyranne lui donne du « Son Eminence », ce qui donne un petit côté « catalogue des 3 Suisses », fournisseur officiel du Vatican.

Le voilà justement, l’archevêque de Lyon, en free style, comme d’habitude. Il part dans une digression sur RCF : Radio mais pas seulement, Chrétienne et plus que cela, en France et plus encore. Après Monsieur Plus : Monseigneur Plus. Faisant fi du protocole, il fait monter sur scène Emmanuel Payen, le véritable père de cette antenne, dans tous les sens du terme. Lui ne s’embarrasse pas de protocole, il appelle tout le monde « Père » : le père Decourtray, le père Balland, le père Bilié, le père Barbarin. Pour un peu Collomb et Queyranne y passeraient aussi.

Il est temps de partager le pain et le vin. Qu’on remplacera avantageusement par du crémant, du beaujolais, des jus de fruits naturels. Et des feuilletés qui côtoient des brochettes, des canapés et des wraps, dans un œcuménisme digne d’une basse cour au moment de la distribution du maïs. Tout le monde picore. A 20 h 30 un concert avec les Petits Chanteurs de Lyon, il n’y a pas de temps à perdre. Ici l’Hôtel de Ville, à vous les studios.

Timéo Danaos