Il y a toujours quelque chose à inaugurer près de la Darse, à la Confluence. Samedi à 11 heures, c’était au tour d’André Mure de donner son nom à une allée, pas facile à trouver sur le plan, puisque justement elle n’existait pas encore. D’instinct on repère un attroupement de notables, c’est là. Au 2e étage de l’immeuble juste au-dessus, un quidam prend des photos, il a bien compris qu’il va se passer quelque chose. Il écarte prudemment un pot de fleurs du bord de la fenêtre, un vilain geste est si vite arrivé. A la différence de Collomb, qui se fait attendre. Le voilà. Il tire sur son bout de ficelle, Christian Mure (le fils) sur le sien et la plaque de rue se dévoile : « Allée André Mure ». Qu’il en soit ainsi. La foule applaudit.

Quelques crachotements de micro plus tard, histoire de remercier tout le monde et son maire, on trottine sur deux cents mètres pour rejoindre le podium où doit se dérouler la suite, la médaillisation de Guy Darmet.

Les dames sont en tenue d’été. Du crypto-Mondrian à larges carrés de couleur, du noir-austère à volants façon El Greco, une blouse de rapin du plus bel effet. Et toute la collection de Damart 1978, la meilleure année. Car la régulation thermique, ça marche en hiver et ça marche en été. L’occasion de traverser l’animation Le Temps des Cerises offerte par la Confluence, où il ne se passe strictement rien.

Ici, sur un stand désert, on rôtit un bœuf à la broche et, à moins d’une visite surprise de Gérard Depardieu, on se demande qui aura assez d’appétit pour en venir à bout. Peut-être ce soir. Sur une scène, Hervé Lapalud chante pour une demi-douzaine d’enfants assis et leurs parents debout : « J’ai vu mon amie Chloé qui faisait du canoë ». On ne sait pas s’il a vu « son ami Gégé qui attendait de pouvoir parler ». Mais il lance « Une autre ? ». « Oui », crient les parents. « Non », supplie le staff du maire. Ce sera : oui.

Enfin les discours. Broliquier attaque, c’est lui le maire du 2. Il a bien connu André Mure « une élégance à la Bruant derrière ses lunettes rondes ». Bon, Bruant n’avait pas de lunettes rondes, mais André Mure oui. Il lui a tout appris : la peinture, la littérature, c’était « un franc tireur » et « un visionnaire ». Et en effet, quand on est franc-tireur, mieux vaut viser juste.

Voici Guy Darmet. André Mure l’avait recruté pour chroniquer la danse dans sa revue Résonance. Plus tard, c’est lui qui a fait danser la chronique : Maison de la Danse, Biennale. Pour l’ensemble de son œuvre il reçoit la Médaille André Mure, frappée par La Monnaie de Paris qui a bien dû se demander ce que c’était. Il est voisin Guy Darmet, il habite à deux pas de cette nouvelle allée. Souvent il va se promener vers la darse observer un couple de cygnes nager avec leurs petits. « C’est mon Lac des Cygnes », confie-t-il. Heureusement qu’il n’a pas évoqué le ballet Casse-Noisettes, car ensuite, c’est Collomb qui parle.

Le vent souffle où il veut et là, il a décidé de souffler sur les feuillets du maire. Et l’oblige à tenir ses propos d’une main ferme. Car il a bien connu André Mure, encore mieux que Broliquier, non mais. « Curieux de tout, grand amateur d’art contemporain ». Bien que de droite il s’est désolidarisé de Chirac en 1986 quand celui-ci a diminué le budget de la Culture. Il s’est même présenté comme suppléant de Collomb en 1988 aux législatives. Certes, ils ont perdu mais bon...

On lui doit l’Octobre des Arts (l’ancêtre de la Biennale d’art contemporain), le Prix de la Poésie de la Ville de Lyon, le Transbordeur et la Passerelle du Palais de Justice. C’est dire s’il a marqué la ville de son empreinte. Pour un peu, Collomb essayerait de nous faire croire que la culture à Lyon, c’était quand même mieux avant.

Timéo Danaos