24oct. 2012
L’Emploi fait son cinéma à l’UGC
17:36 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
En invitant un ami à une de ses pièces, Tristan Bernard recommandait : « Venez armé, l‘endroit est désert ». C’est donc armé de beaucoup d’incertitude qu’on se pointe lundi 1er à la Confluence. 100 entreprises partaient en guerre pour l’emploi, mais par un prompt renfort, nous en vîmes 130 en arrivant au bas-port.
La grande salle du cinéma UGC accueillait l’évènement. Les autres proposaient des programmes au choix : Le Magasin des Suicides, Les Saveurs du Palais ou Camille redouble. Sur un vaste panneau d’affichage, les 100 belligérants avaient apposé leur logo. Leurs représentants viennent signer d’un marqueur. Il ne faut pas longtemps pour que tout cela se transforme en un gros gribouillon.
La salle est aussi bondée que pour la première de Harry Potter et le chômage recule. A force de tourner en rond en attendant Collomb, les huiles sont déjà sur le point de tourner au vinaigre. Alain Marc, le préfet à l’égalité des chances, ronge son frein. Puis Collomb est là, que la fête commence. Anne-Sophie Condemine, la présidente de la Maison de l’Emploi, ouvre le bal : « Il faut anticiper les emplois de demain ». Pour ceux d’hier, c’est trop tard. Grâce à la Maison de l’Emploi, on pratique maintenant le recrutement par simulation. Le candidat fait semblant de travailler, et l’entreprise fait semblant de le recruter.
Le maire : un grand merci à toutes les entreprises. « Je suis de ceux qui pensent », dit Collomb. Ou : « Je ne suis pas de ceux qui pensent ». Car quand il pense, il n’est jamais seul. Et quand il ne pense pas, non plus. C’est pour ça qu’il est maire. La grande force de Lyon, c’est « de savoir faire travailler tout le monde ensemble ». Quel dommage que sa majorité municipale ne soit pas lyonnaise !
Le préfet délégué inaugure sa cravate rose : « L’Etat mène un combat quotidien contre le chômage ». Depuis le temps qu’il s’y colle on peut dire que le quotidien a de l’avenir. Et d’ailleurs voici venir 100 000 emplois d’avenir, bientôt suivi de contrats « Nouvelle Génération ». Alain Marc a l’œil qui brille. « Mais les acteurs essentiels ce sont vous, les entreprises ». Il a raison, on aurait dû commencer par là.
Ensuite tout le monde se fait photographier devant le panneau avec le gros gribouillon ce qui donne une image parfaitement illisible, mais souriante. Et voici la vedette de la soirée, le Raminagrobis du management d’entreprise. Hervé Serieyx est un gros chat. On croit qu’il fait patte de velours et il balance des coups de griffe sans qu’on s’en aperçoive. L’Ena ? « L’Ecole Nationale d’Autisme », on y apprend à raisonner « hors sol ». Il faut « passer de la manufacture à la cervofacture », (tout en évitant la cervofracture). Effacer les lignes hiérarchiques, les conflits de territoires, pour travailler ensemble et développer le « management de la confiance ». « Mais tout cela, je vois que vous le faites déjà », conclut-il en jetant un œil malicieux vers le panneau tagué.
Hervé Sérieyx a électrisé la salle. On ne pouvait pas en rester là. Juste après son départ, on reprend le ronron habituel des tables rondes. Cinq chefs d’entreprise, enfoncés dans des fauteuils-crapauds, se succèdent pendant quatre minutes chacun pour expliquer pourquoi et comment, bref ce qu’ils font là, et chacun recommence à s’ennuyer poliment, à la lyonnaise.
Les meilleurs choses ayant une fin, les moins bonnes aussi, Anne-Sophie Condemine « vous remercie à tous » et libère la salle. Dehors le cocktail alterne les crevettes décortiquées comme une PME après le passage du fisc et les tranchounettes de saumon élevées au pain dur. On retrouve le crémant de Bourgogne habillé comme la Veuve Cliquot mais avec un tempérament de Mère Tapedur. Et on se dit que si les entreprises fêtaient aussi dignement chacune de leurs embauches, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus de chômage. Ni de crémant de Bourgogne.
Timéo Danaos

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