30oct. 2012
Lyon se remarie avec le beaujolais
16:47 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
On n’est jamais assez marié. Il y a deux ans, les dix crus du Beaujolais épousaient les neufs arrondissements de Lyon sans qu’aucun d’entre eux ne soit ni cocu ni bigame. Mystères de l’arithmétique. Ce samedi 13 octobre les mêmes re-fêtaient leurs épousailles avec autant de ferveur que la première fois.
On décide, pour s’y rendre, de suivre la fanfare à roulottes qui remonte la rue Edouard-Herriot, la Bande à Beaujol. Trois hommes-orchestre, poussant chacun son landau dont il est à la fois le bébé et le moteur. Le premier joue de la basse d’une seule main. De l’autre, il fait avancer l’engin. En même temps il chante et tape sur un tambour à l’arrière, on se demande bien avec quoi. Il est suivi d’un accordéoniste en chariot et d’un batteur à caisse claire. Toutes les vieilles chansons du répertoire y passent : Fleur de Paris, A la Bastille, Aux Champs Elysées. On s’y croirait. A Paris. Mention spéciale pour cet air créole revisité en « Ba moin en ti bo, deux ti bo, trois ti beaujolais... ». Bienvenu et gouleyant.
La place des Terreaux est occupée par les dix stands : « 10 maires, 10 crus ». On découvre, vers la fontaine, un castelet qui a remplacé les personnages de Guignol par des marionnettes de : Philippe Barbarin, Paul Bocuse et Gérard Collomb soi-même. A leur côté Gnafron, dont on suppose qu’il incarne à lui tout seul les quarante branleurs d’une pièce qui circule sous le manteau.
Le maire du 2 fait sa pub. Il a affiché sur le stand du Brouilly un panneau sur « Les exclusivités de la mairie du 2e ». On apprend ainsi que c’est le seul arrondissement où l’on pratique la préparation au mariage civil. Une mesure qui prendra tout son sel après le vote sur le mariage gay.
On croise quelques élus. Christian Coulon sur le stand du Moulin-à-Vent, auquel est marié le 8e. Toute la difficulté pour un maire est de soutenir son arrondissement sans s’arrondir lui-même. Thierry Braillard passe. Sa circonscription chevauche le 1, le 2, le 5, le 7, le 9. Autant de raisons d’être heureux. Michel Havard est venu, bien sûr. Pour quelqu’un qui rêve de conquérir la mairie, il ne rate pas une occasion d’arpenter le terrain d’en face.
Les organisateurs ont tout prévu, même un espace enfants où les chérubins s’occupent à des jeux innocents pendant que leurs parents épongent l’excédent viticole. Certains vont avoir du mal à reconnaître leur père quand il va revenir les chercher.
On a la chance d’assister à ce qui restera sans doute le moment le plus détonnant de la manifestation : une véritable bataille de fanfares. Pas moins de quatre vont se croiser sur la place des Terreaux, soufflant à pleins poumons dans leurs tuyauteries respectives. Au moment où notre orchestre à déambulateurs se pointe vers l’Hôtel-de-Ville, une autre bande est déjà sur place, tonitruant d’une douzaine de cuivres et percussions.
S’ensuivra une sorte de bras de fer qu’on ne saurait qualifier de musical, jusqu’au moment où les plus nombreux entonnent une chanson célèbre qui, lorsqu’elle est proposée avec les paroles, donne quelque chose du genre « Cette fois je le sens bien tu me l’as mis... ! ». Par bonheur, il n’y a pas les paroles !
En tous cas, l’avertissement paraît suffisant, car le petit orchestre baisse pavillon. Mais un autre arrive par l’Ouest. Et un dernier par l’Est, très coloré, très jeune, composé de clowns et de saltimbanques. Une fanfare toute seule, ça ne joue pas vraiment ensemble, et ça joue fort. Mais quatre fanfares ! On se réfugie dans les stands. On en ressortira avec la tête lourde. Et tout cela sera de la faute des fanfares.

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