17oct. 2012
Vernissage d’oreilles au MAC
16:39 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
Jeudi soir devant le Musée d’Art Contemporain, on est accueilli par une délégation de la CGT. On n’en demandait pas tant. D’après le tract il s’agit de « dénoncer les conditions dans lesquelles ils exercent leurs missions de service public et leur opposition à un projet d’organigramme ». Donc de dénoncer leur opposition. Et pour mieux se faire entendre, ils vrillent les tympans des visiteurs avec des cornes de brume* empruntées aux supporters de foot.
A l’intérieur du musée la situation parait presque normale. En attendant les discours officiels promis par l’attachée de presse, on baguenaude à travers les salles au milieu de partitions géantes d’Erik Satie et de John Cage. On tombe en arrêt devant des aphorismes comme : « je n’ai la notion ni du temps ni de l’espace, et même il m’arrive de ne pas savoir ce que je dis ». Tout le contraire du journalisme !
Des écrans diffusent des images de ballets de Merce Cunningham et au milieu, des spectateurs s’installent sur des transats en attendant que le soleil leur tombe dessus. A l’étage une sono est prête pour les allocutions. Dans la salle on a installé des bancs de bois, si d’aventure des gens s’ennuient pendant les discours. Et même des matelas noirs jetés sur le sol, si d’aventure ils s’endorment.
Bien avant que Képénékian ne prenne la parole, les plus prudents ont déjà squatté les meilleures places, c’est dire si le garçon est connu dans le quartier. Thierry Raspail s’avance, avec ses airs de trois-mousquetaires, vingt-ans-après. « Je serai extrêmement bref », annonce-t-il et on n’en croit pas un mot. « Quatre expositions en une ». Celle-ci, autour de John Cage revisitant Erik Satie, est essentiellement basée sur la musique diffusée en douceur par les hauts parleurs. Bien sûr, actuellement on n’entend rien, à cause qu’il y a trop de monde.
C’est le moment que choisit une corne de brume de la CGT pour pousser son brame. « John Cage aurait cent ansé, comme le temps passe. Quant à Erik Satie... ». Bref, ça fait bien une dizaine de minutes que Raspail est extrêmement bref quand il se met en tête de remercier tout le monde en détaillant à chaque fois pourquoi et comment, ce qui rallonge la brièveté d’autant.
Laura Kuhn. Elle est commissaire de l’exposition. Elle va faire aussi « extrêmement bref », mais en anglais parce que « ma français est très mal ». Ses scrupules l’honorent, mais à l’ère du sms le français est à l’épreuve des balles.
Et voici Captain Igloo, ses papiers à la main, pliés en deux. Peut-être les mêmes que ceux de la dernière fois, on ne le saura jamais, vu qu’il ne va pas les lire non plus. « Aujourd’hui le MAC donne autant à voir qu’à entendre ». Et Képénékian de jeter au hasard des passerelles entre les Nuits Sonores, la Biennale de la Danse, Ben, Robert Combas, Erik Satie, John Cage. Il en jette tant, de passerelles, qu’on pourrait traverser les courants d’art contemporain à pied sec.
Merci à tout le monde. On peut reprendre la visite. On croise la réincarnation de la chevelure et de la barbe de Walt Whitman. Un Robin des parquets cirés avec son chapeau noir et son manteau d’astrakan. Quelques visiteurs tentent toujours de capter de la musique, collés aux baffles. Ils seraient bien tentés d’en coller, des baffles, à tout ce brouhaha, si cela permettait d’obtenir le silence. Le problème avec la musique minimaliste, c’est qu’elle est... minimaliste. Et puis quelle idée de vernir une exposition sonore !
Il faudra revenir un jour plus tranquille. Un jour où la CGT ne sera pas là non plus, car elle accompagne aussi la sortie des visiteurs à grands coups de cornes de brumes.
Timéo Danaos
* Un site de vente par correspondance propose cet article avec le descriptif suivant : « corne de brume supporter : idéal pour grève, mariage, avertisseur de bateau ». Rien sur l’art contemporain.

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