Décidément les réceptions électorales du préfet tournent au goûter de vieux. Au buffet : du jus d’orange, du Perrier à grosses bulles et du Coca light. Aucune chance de s’enivrer et on ne risque pas de grossir. Il est encore tôt, TLM n’en finit pas de brancher ses fiches et d’essayer ses lumières. Les radios bourdonnent dans la pièce d’à côté, elles n’ont pas grand chose à dire mais savent meubler le silence avec du rien. Toute la presse locale et un peu nationale s’ennuie avec un professionnalisme maintenant parfaitement rodé.
S’enivrer d’une victoire, ça se fait pourtant. Queyranne est tout de même bien-réélu, mais comme d’habitude, ses joies sont toutes intérieures. Quand il monte les marches en velours rouge, il affiche le même sourire calme que pour inaugurer un TER électrique. Les médias l’accaparent et il donne de bonne grâce cent fois la même réponse à cent fois la même question. Les plus ravis sont les attachés de presse, eux aussi viennent de sauver leur poste. Gagné par leur enthousiasme, nous allons fêter ça avec un cocktail tonique : jus d’orange mélangé au Perrier à grosses bulles. Soyons fous.
Puis vient Elisa Martin, du Front de Gauche, chevelure flamboyante. « Ralliez-vous à mon panache rouge »... Elle porte tout de même un presque-tailleur d’un rose adouci. Les négociations ont dû bien se passer. Les médias se précipitent pour lui poser la question à laquelle elle ne peut pas répondre : et maintenant ?
Très courtisé aussi Philippe Meirieu qui a eu raison de troquer sa moustache contre une carrière politique, et qui ne sait pas non plus. Sa récente expérience de l’écologie politique l’a au moins convaincu d’une chose, dans cette mouvance aux mille couleurs vertes, nul ne peut prévoir ce qui se passe.
C’est aussi ce que se disent Monsieur et Madame, Etienne Tête et Hélène Blanchard, enfin réunis en public après leur double campagne, l’une aux côtés du PS et l’autre au sein des écolos. S’ils avaient laissé les Verts régler leur différend politique, il aurait fallu mobiliser au bas mot : deux sous-courants, un groupe de travail, une commission des conflits, une caisse de peaux de bananes et quelques motions de censure.
Il manque toujours les UMP. On a bien croisé quelques Jeunes Pop au désespoir qu’on a essayé de consoler avec un : « Mais des branlées électorales, vous en aurez d’autres ! ». Ça ne les a pas réconfortés du tout. Nous accompagnons leur deuil d’un austère Coca light, insipide, inconsistant, comme un score qui ne tient pas au ventre.
Dans un coin Eric Lafond, seul comme un navire abandonné, accroché à son téléphone. Tente-t-il d’appeler des secours ? Silence radio. Pas d’Azouz Begag. Sans doute déjà en train de préparer son prochain livre : Un tabouret pour voir plus loin.
Ça y est, Françoise Grossetête est annoncée. Quand un candidat ramasse une veste, de quelle couleur est-elle ? Noire, si l’on en croit sa tenue. Elle a tout de même gardé au cou le foulard rose avec lequel son adversaire l’a étranglée. Noir aussi le tailleur de Nora Berra, tout sourire devant les caméras, et qui récite le bréviaire des spin doctors de la communication élyséenne : l’abstention, c’est la faute de la gauche, notre défaite, c’est la faute de la crise.
Bon, les perdants n’ont pas l’air effondrés. Quand ils clamaient partout qu’ils allaient gagner, ils ne devaient pas y croire beaucoup. Comme à toutes les promesses électorales. Les électeurs non plus, c’est pour ça que 48% ne sont pas venus. On aurait dû se terminer au Perrier, mais on n’a pas voulu abuser de l’hospitalité du préfet.

