A la soirée de clôture des Etats généraux de l’entreprise mercredi soir, les élus ne tenaient pas la vedette. Huit cent entrepreneurs garnissaient le parterre de la salle de la Corbeille, au Palais de la Bourse. La plus grosse concentration de costumes Dormeuil de toute la ville. Il y eut un temps pour tout. Un où tout le monde se précipita pour dire bonjour à tout le monde. Un où chacun voulut changer de place pour se retrouver à côté d’un copain, avant d’en repérer un autre et de changer encore...
On prend du retard. Collomb remonte les travées lentement, il n’est pas venu servir la soupe, mais il ne rate pas une louche, il les serre toutes. Enfin Philippe Grillot prend la parole. C’est sa soirée. Il devrait exulter, danser sur les tables, frapper dans ses mains. Mais non, il exulte à la manière dont on enterre une belle-mère : avec beaucoup de retenue et sans enthousiasme excessif.
Avant de présenter son « carnet de route », qui doit guider les entreprises emportées par la houle, il cède la place à une table ronde qui s’étire en longueur. Huit participants viennent partager leurs impressions sur ces états généraux qui s’achèvent. Mais tout d’abord, comment voient-ils les services de la CCI ? « Mon entreprise les utilise très peu », commence l’un. « Je ne savais pas trop ce que c’était jusqu’en 2006 », reprend un second. « En fait on connaît surtout la taxe qu’on lui paie », termine le dernier, impitoyable. Pendant ce temps, sur l’écran géant, le cadreur explore toutes les ressources du dogme danois, la caméra tangue d’un invité à l’autre, on se croit sur une mer démontée. S’il ne se calme pas, les spectateurs vont finir par se vomir les uns sur les autres...
Une heure et demie plus tard, quand Grillot reprend la parole, il est accueilli comme un sauveur. Mais voilà que, face à des élus qui affichent plusieurs décennies d’enfumage électoral et un préfet bercé par la léthargie administrative depuis sa plus tendre enfance, Grillot se permet une chose d’une incongruité folle. Il explique qu’après quatre mois à examiner les besoins et les attentes de ceux qu’il représente, il entend y répondre. Et il décline une série d’actions concrètes qui seraient même fichues d’être efficaces si on n’y prend pas garde. Tout y passe : le suivi personnalisé des entreprises, la décentralisation des services, la création d’un fonds de financement pour les PME, l’invention d’un « capitalisme patient ».
Au début surpris, les invités s’enflamment peu à peu et finissent par applaudir debout, ce qui n’a pas dû leur arriver depuis le dernier concert de Michel Sardou. On se calme ! Il faut maintenant prendre soin des huiles. Grillot ouvre le verbiage aux personnalités. Gérard Collomb vante une nouvelle fois son modèle lyonnais et la « capacité à progresser ensemble au-delà de nos divergences ». Un peu comme dans sa majorité.
Le préfet Carenco se lance dans une digression sur les atomes. Et Jean-Paul Mauduy, le président de la CRCI, tutoie les cieux. Quand il prend la parole dans la nef centrale du Palais de la Bourse, c’est Bossuet dans la cathédrale de Meaux, les plus protestants s’y convertissent. « Je suis en train de vivre un moment de bonheur », s’extasie-t-il. Et il béatifie à tour de bras. Le président Grillot : « Philippe, bravo ! Je vous demande de l’applaudir ». Et même, dans un accès d’œcuménisme, Gérard Collomb qui vient d’annoncer l’installation du siège mondial de Sanofi-Aventis à Lyon. « Monsieur le maire, vous n’y êtes peut-être pour rien... », mais il le fait acclamer quand même.
Il ne manquait qu’une petite chanson pour terminer la soirée en beauté. Un petit gospel par exemple ? Sur l’air d’Oh When the Saints : « Tout le monde le sait, dans la chimie, dans le commerce et l’industrie, tout le monde le sait, c’est Jean-Paul Mauduy qui nous guidera dans la nuit ». Amen.
Timéo Danaos
