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06nov.

Danse du sacre autour d’Hervieu

Jeudi 19 heures à la Maison de la Danse, le studio Jorg Donn est noir. Non pas qu’il soit plein de monde. Simplement on a recouvert le plancher avec du plastique noir et réglé les éclairages en position « hors gel » ; on n’y voit à peu près rien. L’ambiance est mystérieuse comme une catacombe une veille de sabbat.

Dans un coin, l’invité d’honneur : Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture. Au repos, on le croit taciturne, il n’est que réservé. Un physique austère, presque inquiétant, une sorte de cousin éloigné de la famille Addams. On croise aussi des personnages étranges, un homme avec un costume de soie aux carreaux gris clair et blancs. Il porte une cravate conceptuelle, qu’on prend tout d’abord pour une punition mais non, coupée au raz du nœud, et continuée par un store vénitien agrémenté de chevrotines posées délicatement sur les lames. Effet saisissant.

Ca piaille un peu en attendant que la cérémonie commence, car tout le monde ici se connaît. Collomb n’est même pas en retard, le voilà. Dominique Hervieu, c’est lui qui l’a choisie pour succéder à Guy Darmet à la tête de la Maison de la Danse, il la soutient jusqu’au bout du ruban. Il raconte au micro leur rencontre lors de la création du ballet Porgy and Bess, à Chaillot en 2008. « C’est elle », avait dit Guy Darmet. Collomb s’en souvient, il a retenu la formule : « il faut toujours choisir des successeurs différents de soi » (message immédiatement transmis à tous ceux qui lorgnent sur sa place, pour qu’ils s’inquiètent). « Chère Dominique, vous avez conquis le cœur de beaucoup de Lyonnais ».

Puis José Montalvo parle. Il n’a rien préparé. Hommage à trente ans de complicité chorégraphiques avec Dominique Hervieu : « elle m’a appris qu’il ne faut pas rêver une œuvre mais la faire ». Puis s’avance Olivier Poivre d’Arvor. Il vient spécialement de Paris pour remettre cette légion d’honneur. « Pourquoi à Lyon ? commence-t-il. Parce que c’est une rosette ». Après cette plaisanterie charcutière qui l’a mis en jambes, il se lance dans un portrait de Dominique Hervieu, porté à bout de bras dans un grand écart audacieux entre Nadia Comencini et Louise Brooks. Un pas de deux, il brandit la marque Montalvo-Hervieu, au destin aussi indissociable que Mercedes-Benz. Ouf, on a échappé à Jacob & Delafon et à Roux-Combaluzier ! Bref, il brode, il musarde, il badine, il fait des pointes. Dominique Hervieu a renoncé à son poste de directrice du théâtre de Chaillot pour venir prendre les commandes de la Maison de la Danse, « Gérard, merci de l’avoir voulu ». Gérard aime bien qu’on lui dise merci, et puis ça n’arrive pas souvent.

Enfin la formule rituelle « Au nom du Président de la République » etc. Je vous épingle. Oui, « j’ai souhaité que ce soit à Lyon », reprend Dominique Hervieu, toute menue derrière ses lunettes. Elle a retardé sa remise de décoration de deux ans pour qu’elle ait lieu ici « Lyon capitale des Gaules mais aussi de la Résistance ». Au centralisme, à la pensée unique.

Dominique Hervieu parle du projet de Nouvelle Maison de la Danse prévue en 2016 à la Confluence. Puis elle se met à remercier tout le monde. Le personnel, les collaboratrices. José Montalvo, dont elle garde l’éléphant pour toujours. Ses parents, qui ont bien voulu « laisser la danse (l’)envahir ». Son mari. Et puis pour finir « Merci à la danse ! ».

Les invités se répandent vers les buffets, ils se grappent par trois, ils sont détendus, ils parlent, ils rient entre eux, on ne comprend pas tout ce qu’ils disent, mais peu importe, ils ont l’air heureux. Dominique Hervieu est fêtée. Collomb courtisé. Et les buffets vidés proprement, comme il se doit.

A 20 h 30 tout est terminé. Sauf le spectacle qui vient de commencer dans la grande salle : Octopus, de Philippe Decouflé. Car pendant les mondanités, la danse continue.

Timéo Danaos

06oct.

La Grand Messe de Grillot

A la soirée de clôture des Etats généraux de l’entreprise mercredi soir, les élus ne tenaient pas la vedette. Huit cent entrepreneurs garnissaient le parterre de la salle de la Corbeille, au Palais de la Bourse. La plus grosse concentration de costumes Dormeuil de toute la ville. Il y eut un temps pour tout. Un où tout le monde se précipita pour dire bonjour à tout le monde. Un où chacun voulut changer de place pour se retrouver à côté d’un copain, avant d’en repérer un autre et de changer encore...

On prend du retard. Collomb remonte les travées lentement, il n’est pas venu servir la soupe, mais il ne rate pas une louche, il les serre toutes. Enfin Philippe Grillot prend la parole. C’est sa soirée. Il devrait exulter, danser sur les tables, frapper dans ses mains. Mais non, il exulte à la manière dont on enterre une belle-mère : avec beaucoup de retenue et sans enthousiasme excessif.

Avant de présenter son « carnet de route », qui doit guider les entreprises emportées par la houle, il cède la place à une table ronde qui s’étire en longueur. Huit participants viennent partager leurs impressions sur ces états généraux qui s’achèvent. Mais tout d’abord, comment voient-ils les services de la CCI ? « Mon entreprise les utilise très peu », commence l’un. « Je ne savais pas trop ce que c’était jusqu’en 2006 », reprend un second. « En fait on connaît surtout la taxe qu’on lui paie », termine le dernier, impitoyable. Pendant ce temps, sur l’écran géant, le cadreur explore toutes les ressources du dogme danois, la caméra tangue d’un invité à l’autre, on se croit sur une mer démontée. S’il ne se calme pas, les spectateurs vont finir par se vomir les uns sur les autres...

Une heure et demie plus tard, quand Grillot reprend la parole, il est accueilli comme un sauveur. Mais voilà que, face à des élus qui affichent plusieurs décennies d’enfumage électoral et un préfet bercé par la léthargie administrative depuis sa plus tendre enfance, Grillot se permet une chose d’une incongruité folle. Il explique qu’après quatre mois à examiner les besoins et les attentes de ceux qu’il représente, il entend y répondre. Et il décline une série d’actions concrètes qui seraient même fichues d’être efficaces si on n’y prend pas garde. Tout y passe : le suivi personnalisé des entreprises, la décentralisation des services, la création d’un fonds de financement pour les PME, l’invention d’un « capitalisme patient ».

Au début surpris, les invités s’enflamment peu à peu et finissent par applaudir debout, ce qui n’a pas dû leur arriver depuis le dernier concert de Michel Sardou. On se calme ! Il faut maintenant prendre soin des huiles. Grillot ouvre le verbiage aux personnalités. Gérard Collomb vante une nouvelle fois son modèle lyonnais et la « capacité à progresser ensemble au-delà de nos divergences ». Un peu comme dans sa majorité.

Le préfet Carenco se lance dans une digression sur les atomes. Et Jean-Paul Mauduy, le président de la CRCI, tutoie les cieux. Quand il prend la parole dans la nef centrale du Palais de la Bourse, c’est Bossuet dans la cathédrale de Meaux, les plus protestants s’y convertissent. « Je suis en train de vivre un moment de bonheur », s’extasie-t-il. Et il béatifie à tour de bras. Le président Grillot : « Philippe,  bravo ! Je vous demande de l’applaudir ». Et même, dans un accès d’œcuménisme, Gérard Collomb qui vient d’annoncer l’installation du siège mondial de Sanofi-Aventis à Lyon. « Monsieur le maire, vous n’y êtes peut-être pour rien... », mais il le fait acclamer quand même.

Il ne manquait qu’une petite chanson pour terminer la soirée en beauté. Un petit gospel par exemple ? Sur l’air d’Oh When the Saints : « Tout le monde le sait, dans la chimie, dans le commerce et l’industrie, tout le monde le sait, c’est Jean-Paul Mauduy qui nous guidera dans la nuit ». Amen.

Timéo Danaos

23juin

Et au milieu coule une rivière

Que s’est-il passé jeudi dernier au Parti socialiste, à la mairie de Lyon ou à la communauté urbaine ? En tous cas, Collomb était d’humeur massacrante. Un bus attendait une trentaine de journalistes rue du Lac, vers 11 h 15. Les élus étaient venus accompagner leur président : Gilles Buna, Nadine Gelas, Gérard Claisse. La visite des futurs chantiers des bords de Saône s’annonçait sous les auspices d’un déjeuner sur l’herbe.

Oui mais voilà, Collomb était de mauvais poil quand il entra dans le bus. On nous l’avait contrarié. Un défenseur de l’Hôtel-Dieu ? Un adversaire du Grand stade ? Un opposant politique ? Pire : un ami ? Un proche collaborateur pas encore remercié ? En tous cas la presse lyonnaise ne lui dit pas merci.

Finalement on était trop en retard, au lieu de faire le tour complet en commençant par la Confluence pour remonter jusqu’à l’Île Barbe et redescendre jusqu’aux Sub’*, on fila direct aux Sub’*, arrêt-pipi, tout le monde descend. C’est dans ce petit coin de verdure... bon pour l’instant on voit surtout un quai caillouteux, mais bientôt une plage de 13 mètres de large, des méridiennes, des planches en bois. Nicolas Magalon explique.

Scrongneugneu, ça énerve Collomb, il lui pique le micro : « Je vais faire une présentation globale, si on commence par les pointillés, on ne va rien comprendre ». Il repart de la Confluence et remonte la rivière, tel le saumon en période de frai. Le parking Saint-Antoine, qui sera démoli lors du prochain mandat (avant, il ne faudra pas oublier de démolir l’adversaire qui se présentera aux municipales en 2014), la nouvelle esplanade devant le Palais de Justice, le Pont Schuman. Et l’intervention tout au long du parcours de l’artiste japonais Tadashi Kawamata, dont le nom est une nouvelle épreuve pour le maire. Il finit par refiler le crachottoir à Nicolas Magalon. Pour les pointillés.

Ainsi les nouvelles berges vont se construire autour d’un ruban bleu, d’un ruban vert et d’un fil rouge, une sorte de scoubidou urbain tricoté avec de la nature, du minéral et de l’artistique. Ici des jardins aquatiques, là des planches, comme à Deauville, et là « on va habiller la niche ».

Collomb commence à se détendre. Il se fait photographier au bord de l’eau, nonchalamment assis sur une rambarde, très « sirène de Copenhague ». Il a retrouvé son « sourire Gégé » qui fait la joie des dentifrices. Il donne des interviews aux TV et aux radios. Pendant ce temps là on a installé sur des murets, de larges photographies de ce que devraient devenir ces lieux, et les journalistes présents les mitraillent abondamment. On se dit qu’il ne doit rien y avoir de plus idiot que de photographier des photographies, mais si. Car les confères de France 3 s’approchent pour les filmer !

Le reste sera présenté pendant le déjeuner, allez ouste ! Direction : le restaurant des Sub’. Pendant que les convives se lèvent pour aller remplir leurs assiettes au buffet (tiens le concombre est revenu !), les présentateurs se succèdent au micro. De grands panneaux photographiques sont montrés l’un après l’autre sur des chevalets et, il faut bien le reconnaître, c’est la première fois qu’on assiste à un diaporama en dur.

Ici, il y aura 13 marelles « et le sol sera antidérapant ! », se félicite le présentateur. Une marelle antidérapante ? C’est un coup à se casser la figure. Et là « un arbre à poissons réalisé par Gentil Garçon ». Tiens. Un ami de Gentil Gana et Gentil Beri ?

Vers 14 h 20, Collomb est obligé de s’arracher pour passer l’après-midi avec Rivalta au Sytral. VDM ! On est déjà rendu à Rochetaillée, il va falloir penser à conclure, on ne va pas remonter jusqu’à la source ! Si on pouvait finir avant la nuit...

Timéo Danaos

 

* Contrairement à une idée répandue, “Sub” n’est pas l’abréviation de subventions mais de Subsistances.

04juin

Fumer tue gravement la santé

Ah, c’était chic ! Mercredi soir à l’hôtel Reine Astrid, quatre étoiles prestigieux près du parc de la Tête d’Or, du nom de celle qui fut princesse de Suède, puis reine des belges de 1934 à 1935, le temps d’un accident de voiture. Un triple pince-fesse était organisé, pour présenter la nouvelle collection de Pal Zileri, les œuvres sculptées d’Anneli Courtin et les cigares Edito de la Casa de Francia. Allait-il pleuvoir? C’eût été dommage, la fête était installée dans le jardin de l’hôtel.

Quelques gouttes essayaient de tomber de temps à autre sans grande conviction, aussitôt repoussées par le gros son de DJ Sara Costa qui les renvoyait  dans les nuages à coup de basses : boum-boum !

Collomb n’était pas là. Les socialistes essaient d’éviter les hôtels de luxe. Pas Jean-Jacques David, le maire du 6 est ici chez lui et il ne lâche pas un pouce de terrain. Ni Emmanuel Hamelin, il faut bien que la reconquête de Lyon commence quelque part et ici il fait doux. Beaux messieurs en tenues sombre ou en casual de luxe. Belles dames rescapées de bistouris vengeurs, avec un sourire tiré à quatre épingles.

Quatre beaux gosses restent à l’écart, un mal-rasé, un cramé aux UV, un Ken aux yeux bleus, un basketteur black. Ou bien nous assistons à la reconstitution de boys band dissout et pour pas cher (10 sous) ou bien ce sont les cintres bodybuildés prévus pour présenter la collection Zileri dans un instant.

Bingo ! Quelques minutes plus tard on les retrouve sur le podium, dans un salon de l’hôtel, pour un torture-test qui les  plonge brutalement dans la réalité du réchauffement climatique. Il doit faire 40° C sous les projecteurs. Vestes profondes de pure laine vierge, pantalons de flanelle épaisse, les quatre gaillards sont saisis à vif. Trois petits tours et puis s’en vont... avant de revenir à feu doux : manteaux double épaisseur, col roulé, doudoune boréale. Ça chauffe. Il ne manque que la tototte pour faire cocotte-minute. Heureusement que les défilés de garçons ne se terminent pas par une robe de mariée, la meringue aurait fondu sur place.

Ce n’est pas tout. Le directeur Ali Afshar lance la tombola, comme chez les pauvres. Sauf qu’ici on ne gagne pas une volaille vivante, il suffirait de se servir sur place. Non, le numéro tiré au sort repart avec un séjour de quatre jours pour deux personnes en Tunisie. Ou le contraire. En tous cas, il jubile. Le second gagne un panier garni dont on ne voit pas le contenu. Il jubile plus prudemment.

La fête reprend son cours, comme la Bourse il est à la hausse. DJ Sara Costa est toujours là : boum-boum. La Casa de Francia ouvre boutique. Le seul fabricant de cigares français attire beaucoup les messieurs. Et les messieurs à cigares attirent beaucoup les dames. Au bout d’un moment elles s’y mettent aussi, parfois avec une délectation qui frise l’attentat à la pudeur. Bientôt la cour s’est emplie d’une épais brouillard, comme Londres au cœur de la City, quand les affaires reprennent.

On boit du rosé de Bandol, on fait la queue pour des saint-jacques poêlées, on se rafraîchit avec des rivières de glaçons. On picore des grignotises.

Anneli Courtin fait un break. Elle a déserté pour un temps l’étal où elle présentait ses sculptures, des portraits malmenés par la vie, des visages marqués comme s’ils portaient sur eux les traces des tourments intérieurs. Elle s’est assise sur un muret. Tout autour les invités s’agitent.

Elle qui vient de Boulogne, on a l’impression qu’elle regarde ces mondanités lyonnaises avec une certaine malice. Ce sens de l’entre-soi, la peopolisation discrète et feutrée de ceux qui se reconnaissent entre eux parce qu’ils ont pris l’habitude de venir s’ennuyer dans les mêmes endroits. Mais la soirée est douce.

Timéo Danaos

27avr.

Biopeople à l’Hôtel-de-Ville

Tout le monde était à l’heure dans le salon rouge de l’Hôtel-de-Ville. Rouge, comme le ruban qui devait décorer la veste de Philippe Archinard, le président de Biopôle. Tout le monde non, car un villageois résiste encore et toujours à la tyrannie des horloges. Collomb était en retard, surfant sur son propre fuseau horaire.

Son pupitre en plexiglas restait désespérément vide et le public se tenait à une distance de deux mètres, formant une sorte de cordon sanitaire préventif. Ces gens-là sont des chercheurs en biologie, ils reniflent la moindre effluve de H1N1 à quinze pas. Un politique ça fréquente n’importe quoi, dieu sait d’où le maire allait pouvoir débarquer ! Il vaut toujours mieux être prudent que de le regretter.

Alain Mérieux rayonnait au milieu de cet aréopage. Il les connaissait tous, les saluait, les congratulait, les bichonnait comme s’ils étaient de la famille, ses enfants, ses bébés éprouvettes. Et les chercheurs n’ayant rien à chercher, passaient leur temps à se photographier les uns les autres, ça fait des souvenirs. Surtout quand il ne se passe rien.

Au bout d’une demi-heure, la chaleur devenait intenable. Alain Mérieux fit ouvrir les fenêtres. Que Collomb le sache, en son absence Mérieux s’occupe très bien de la maison et de ses hôtes. Trois quarts d’heure avaient passé, les fleurs étaient sur le point de virer blettes, le parquet n’en finissait pas d’être ciré, on s’éventait avec les rideaux, Collomb fit son apparition et s’empara du lutrin : « Cher Alain... ». Pas beaucoup plus, car il n’avait pas du tout l’intention de se tartiner le parcours de l’impétrant, le cher Alain s’en chargerait. Sitôt dit... « C’est une joie d’officier pour Philippe », commença le patron éponyme. Et une joie d’officier, ça ne se refuse pas.

Alain raconte. Philippe commença comme ingénieur chimiste. Un PHD à Harvard. Puis, « il devint directeur général de Transgène... avant de plonger dans l’IRT ». L’IRT ?!? Immersion Ricaine Transatlantique ? Alain Mérieux continue. Philippe passa de Danone à Sanofi... avant de croiser le biopôle, puis il y eut tous ces voyages en Chine pour développer le groupe. « Et puis bien sûr l’IRT ». Encore ? Mais qu’est-ce que c’est ? Un Incubateur à Redondance Transactionnelle ? Un Immunopracteur à Résilience Triphasée ?

Alain Mérieux devient solennel. L’heure est venue de l’épinglette : « Au nom du président de la République, nous vous faisons chevalier de la Légion d’Honneur ». Il se noussoie. « Aïe ! », fait le récipiendaire. Au micro, Philippe se demande un peu ce qui lui vaut un tel honneur. Une enfance pas très studieuse jusqu’à 22 ans, très marquée par le flipper, drôle de manière de devenir un dauphin Mérieux. Philippe se souvient. 2005 la création du biopôle avec Christophe Mérieux. Un hommage à Madame qu’il qualifie de Ferrari bien qu’elle s’appelle Anne « délicate à piloter, mais c’est la plus belle ». Madame repartira avec deux bouquets de fleurs, un sur chaque bras, elle a intérêt à surveiller où elle met les pieds en descendant de l’estrade.

C’est fini, on remercie tout le monde. On ne sait toujours pas ce qu’est l’IRT, mais le buffet offre un agréable dérivatif. Le champagne est frais. On porte une chemise saumon qui se fond admirablement dans le décor, on pourrait se poser sur un canapé et disparaître. Ici on parle alternativement anglais et français, mais on peut bien traduire l’un dans l’autre, on n’y comprend guère mieux. Le nouveau chevalier de la rosette est très entouré, réconforté par son fils qui lui confiait la veille : « je ne sais pas pourquoi tu t’inquiètes, tu es sûr de l’avoir ». Quoi donc ? L’IRT*? Ah mais oui, bien sûr : Implantation d’une Rosette de Tissu.

Timéo Danaos

 

* Projet de création d’un Institut de Recherche Technologique présenté par le Biopôle de Lyon.

14avr.

On n’était pas invité

Mercredi soir se vernissait l’exposition Le Génie de l’Orient, au Musée des Beaux-Arts. En grande pompe et en catimini. Car n’étaient invités ni le public ,ni les journalistes, seulement les mécènes. On prit donc une tête de mécène. Et pour les grandes pompes, il fallait marcher sur les pieds de Collomb et du préfet Carenco, on prit donc un air de pompiste et on les suivit.

Voilà qu’on tombe sur le tableau d’un grand maure brandissant un sabre. A ses pieds un petit mort qui ne brandit plus rien du tout, il a la tête coupée, elle roule sur la dalle, à l’époque, les soirées électorales se terminaient tragiquement. Chef d’œuvre de l’art orientaliste du XIXe siècle avec les harems et les bains.

Du Moyen-Age aux modernes Matisse et Klee, l’exposition retrace le dialogue des cultures entre l’Orient et l’Occident, à saute-mouton par dessus la Méditerranée. On trottine derrière les grandes pompes. Le maire et le préfet visitent tout. Les trois étages. On s’est trouvé un poisson-pilote, une dame facilement repérable, en soie de panthère, avec, accrochée au chignon, une sorte de couronne d’aigrettes naturelles. Un véritable GPS.

Ici des mosaïques, là des céramiques, des sabres, une armure, des vases de verre décoré. « Tiens, une aiguillère », s’extasie un badaud qui se croit dans un magasin de couture. Au hasard des couloirs, on croise et recroise Fernand Galula, un superbe manteau en laine de chèvre, flottant sur les épaules.

Voilà qu’il faut descendre, on recavalcade au premier étage. Le temps pour une hôtesse de lâcher une confidence : on vient de rater un grand moment d’histoire. Le maire a raconté tout le plaisir qu’il avait éprouvé lors d’une visite à Montpellier, « il a adoré le sauna ». Quoi ?! Vérification faite il s’agit du fameux Mikvé, datant du XIIe siècle, un bain rituel juif qui est une des richesses historiques de la ville. Rien à voir avec un péché de jeunesse.

Salle des discours. La conservatrice Sylvie Ramon s’empare du micro. Remerciements appuyés au Cercle des Mécènes et au Cercle de Poussin qu’elle couve comme s’ils pondaient des œufs d’or. « Le Musée des Beaux-Arts ne doit pas être un petit Louvre mais un grand musée international ». Et pour cela, bien sûr il faudrait un peu plus d’argent. Regard direct vers le maire. Collomb en fait tomber ses feuilles. « Mais votre génie supplée peut-être au manque d’argent », réplique-t-il. On dirait Léandre avec Maître Jacques : bonne chère avec peu d’argent. Le génie, le génie, s’il suffisait de frotter la lampe d’Aladin pour faire tomber des tunes !

Collomb est lancé. En free style. Sans ses notes. « Quand on parle du monde musulman, ce n’est pas souvent pour souligner la richesse de sa culture... ». Et ça dure. Le préfet se balance d’un pied sur l’autre, il va finir par danser la samba. Enfin, c’est son tour.

Ben finalement il ne lira pas ses notes non plus. Ça fait deux assistants de plume qui ont bossé pour rien. Il veut corriger un peu son image de « techno ». Il veut dire : technocrate, bien sûr. Personne ne l’a jamais vu à la technoparade. Il salue cette exposition qui ne valorise pas seulement la science mais laisse aussi sa place à l’émotion.

En parlant de laisser sa place, il est temps de passer au buffet. Là encore, le génie de l’Orient a soufflé sur les gamelles. On déguste du houmos, du caviar d’aubergines, des graines de taboulé et pour maintenir le dialogue avec l’Occident, du Mumm Cordon Rouge. Le maire est content. Le préfet est content. Képénékian est content (on ne lui a pas demandé de parler). L’air est doux comme du miel. Aucun mauvais plaisant pour jeter une pointe de harissa dans le couscous.

Timéo Danaos

11fév.

Les 40 ans de Claude Bernard

Vendredi 28 janvier, l’Amphithéâtre de la Cité Internationale n’avait jamais si bien porté son nom. Il accueillait les 40 ans de l’Université Claude Bernard - Lyon 1. Près de 1 500 personnes garnissaient les gradins. Sur la scène, les personnalités étaient  logées dans des fauteuils-tulipes dont elles formaient le pistil : le maire de Villeurbanne, le président du Grand Lyon, celui de la région Rhône-Alpes, le recteur d’Académie  et Chancelier des Universités. Et Thierry Philip, dont les mérites n’étaient sans doute pas moindres, mais dont la contribution s’est bornée à garder le silence.

Lionel Collet, président de l’Université,  remonte les pendules de l’Histoire jusqu’à 1761 avec la création de la première école vétérinaire du monde à Lyon, 1928 la construction de la fac de médecine grâce à une subvention de la famille Rockefeller, et 1971 la fondation  de l’université  de sciences et de médecine, celle d’aujourd’hui, qui compte, affirme-t-il, 33 000 étudiants.

Jean-Paul Bret lui succède. Il est « très heureux d’être ici » et cela ne se voit pas du tout. Il salue les étudiants du campus qui sont d’après lui 23 000. Il enquille les prêts-à-mâcher des discours officiels : « associer l’essor de l’université au rayonnement de l’agglomération » (remplacez « université », par « industrie pharmaceutique », « bicyclette en ville », « patinage artistique » ou « blanquette de veau », ça marche aussi bien). Et qu’importe, cela fera toujours « une brique de plus dans la construction d’une métropole confrontée aux grands enjeux du monde ». Il a dû jouer au Lego quand il était petit. Collomb se souvient de ses années d’étudiant ; il était de gauche ; le recteur le jugeant trop trublion s’était débarrassé de lui en le nommant prof à Pont-de-Vaux.

Leçon retenue, Collomb lui-même n’ayant pas hésité à exiler ses adjoints indésirables dans des déserts caillouteux. Enfin, il se félicite de sa bonne santé, et de celle des autres sexagénaires du podium, laissant entendre qu’il ne sont pas près de décrocher.

En face de lui, les jeunes gens qui préparent leur avenir sont au désespoir. Enfin, le recteur Debbasch, au nom du gouvernement, ramasse la mise. Il félicite tout le monde et ses pairs, et principalement les étudiants qui sont devenus maintenant 36 000. Heureusement que ces gens-là ne font pas dans les sciences exactes.

Moment culturel, avec un mini-concert des chœurs de l’IUFM et la soliste en robe fuchsia « demi-Bachelot ». Egrenage de tout le programme de l’année d’anniversaire par deux étudiants en maîtres de cérémonie : « Que fais-tu de tes déchets ? ». Des fringues apparemment. Une sorte de retour du grunge. Le 8 juin ce sera « Mode et développement durable ». Buffet. Il est tard et la partie abstraite de la soirée a suffisamment duré. Le traiteur a su rester anonyme, il n’a inscrit son nom ni sur les serviettes ni sur les tenues des extras. Il a tort.

Qu’est-ce que ça grignote, des scientifiques de haut niveau, un soir de fête ? La même chose que le vulgum pecus, mais en tenant des propos totalement farfelus ou complètement incompréhensibles. On s’en fout, on a du métier maintenant, on fait semblant de comprendre et on sourit. Il y a là un troglodyte, plein de barbe et de cheveux, en arrêt devant des assiettes de carpaccio. Un Monsieur Rouflaquettes qui darde un œil de Sherlock Holmes sur de mystérieuses petites cassolettes noires. Deux jeunes gens qui chassent en meute, en avance sur le printemps et bien décidés à ne pas dormir sur la béquille.

Il est plus de 22 heures quand le gâteau à quatre étages fait son apparition. Lionel Collet le découpe avec la dextérité d’un d’Artagnan de la pelle à gâteau. Une coupe de champagne plus tard, on salue la flamme du traiteur inconnu ; elle vient de s’éteindre sous un reste de blanquette de veau. Et on rentre retrouver l’austérité du trolley C1.

Timéo Danaos

09fév.

Soirée de Gala à la Rotonde

Dimanche soir. La « Nuit des métiers de bouche » était tombée sur la Rotonde de Charbonnières. On était parti de Lyon à - 1°C, il faisait déjà - 8 en arrivant au casino. Le thermomètre tombait à la vitesse où les vieux font fondre leur retraite dans les machines à sous.

Dans le hall, tout le petit peuple des métiers de la bouffe commençait à se ressembler, les elfes, les trolls, les hobbits. Restaurateurs, charcutiers, hôteliers, bouchers, boulangers, et hauts dignitaires des organisations professionnelles. Certains portaient la rosette et n’avaient pas de jambon. D’autres le cordon bleu et n’étaient pas cuisiniers.

Les belles dames avaient sorti leurs robes façon papillote des soirs de gala. Un bitos en forme de biscuit roulé tout en feutre. Un manteau en plumes de laine. Des bronzages « spécial vacances d’hiver », avec l’abonnement à 13 euros la séance seulement. Les messieurs s’étaient mis en frais de costume, avec des cravates de toutes les longueurs, de la cravate-nombril à la cravate lèche-burnes. Tout cela était bon enfant, sympathique et décontracté. Les huîtres et le Piper n’y étaient pas pour rien.

On patientait tranquillement en attendant le ministre. Car il a beau être Garde des Sceaux, il garde aussi un œil sur les seaux à champagne quand ils passent à sa portée. Collomb profitait de cette absence pour faire la tournée générale en serrant le biscuit à la cuiller de tout ce qui bouge. Enfin, les portes s’ouvrent sur un salon 1900.

Les tables portent des noms de crus du Beaujolais, mais on y sert  du Crozes Hermitage blanc et du Côtes du Rhône rouge, de très bon aloi d’ailleurs. Philippe Gauvreau s’est mis en quatre pour recevoir la famille : homard et poulpe braisé en cocotte, souris d’agneau de sept heures...

Seule une table semble bénéficier d’un menu particulier, Collomb et Mercier s’offrent réciproquement une soupe à la grimace. Un cheveu est-il tombé dans le potage ? Un caillou s’est-il glissé dans une chaussure ? En tous cas, les deux centristes jouent les centrifuges et tapent l’esquive avant le dessert. Aucun d’eux ne semblait avoir le cœur à livrer un discours de plomb. Et rien que pour cette délicate attention, pour ce silence généreux, merci d’être venus.

Marie-Odile Fondeur est à l’honneur. Elle est un peu la fée Clochette du Sirha depuis vingt ans qu’elle le mène à la baguette. Le président du CGAD69* Bruno Cabut passe de table en table pour congratuler tout le monde. Il passe la brosse à dorer sur les pâtissiers, les boulangers, les bouchers et même les poissonniers. Puis il entreprend d’honorer comme il se doit le président sortant du Sirha Jean Bellet. Ce vénérable se verra remettre une caisse de Chapoutier et surtout un tableau de maître, en tous cas de maître-traiteur, représentant une tête de cochon ailé, délicatement entourée d’une sorte de corolle en dentelle noire, à la manière des duègnes espagnoles, ce qui renforce encore la profondeur de son regard. Trop d’émotion !

La fête se poursuit sur la piste de danse, ou des DJ vintage poussent les disques : Louis Prima Just a gigolo, Nina Simone My Baby just cares for me. Certains se hasarderont même dans un madison qui tenait plus d’une manœuvre de l’armée romaine une veille de défaite que d’une chorégraphie de Marius Petipa. La nuit devait se poursuivre à l’AKGB. On était bien tenté d’aller glisser un œil. Avec l’espoir d’y surprendre Mercier et Collomb enfin réconciliés, dans un slow pré-électoral chaloupant tendrement de droite à gauche, sans jamais quitter le milieu de la piste... mais le journalisme à des impératifs qui ne laissent aucune place à la fantaisie.

Timéo Danaos

 

*Confédération générale de l’alimentation de détail.

30déc.

Noël au salon... du Sofitel

Y a-t-il quelque chose au dessus du 7e ciel ? Oui, semble dire Silvio Iacovino, le 8e étage du Sofitel. C’est du moins son ambition. Jeudi soir il recevait une brochette de journalistes de cocktails, triés sur le volet, comme des lentilles ou des pois chiches. On arrive à pied. Encore une fois le voiturier va rester  sur sa faim. On est à la bourre. On monte les étages quatre à quatre en ascenseur (facile, il suffit d’appuyer sur le 4 puis sur le 8). Dans le salon Beaujeu, le nouveau directeur a déjà commencé de speacher. Des lumières vertes et bleues clignotent au plafond, on dirait des étoiles. La vue plonge en direct sur Lyon, les lumières du fleuve, les feux des voitures, les lueurs froides de l’hiver. Tout ce qu’il faut pour se mettre à rêver et Silvio ne s’en prive pas. Il a plein d’idées en tête, car affirme-t-il « il faut savoir écouter ce que le peuple veut ».

Le peuple dont parle Silvio n’est pas en train de se marcher sur les pieds au Prisu pour s’acheter des bûches glacées aux trois chocolats chimiques. C’est un peuple du 8e étage, et il s’attend à ce qu’on satisfasse toutes ses envies. Comme : répondre à toutes ses questions, se demande un estimable confrère ? Et il se lance « Vous parlez d’aller chercher du new business à l’étranger, faut-il comprendre que Lyon ne serait pas assez internationale ? » Boufre ! Alors Silvio explique que ce n’est pas la peine de se mentir et qu’il vaut mieux regarder les choses en face, sinon on ne peut jamais s’améliorer. Bref, c’est oui. Il y a plus de gens qui sont pas de Lyon que le contraire.

C’est Collomb qui va être content. Il se prend tellement pour sa ville, chaque fois qu’il voyage à l’étranger il a l’impression d’étendre son territoire jusqu’aux confins de Tananarive. Lyon « international » ? A croire qu’il n’a jamais entendu Touraine parler anglais. Silvio reçoit comme un prince en sa demeure, un sourire aux lèvres, énigmatique. Il parle français, anglais, italien et sans doute allemand. Il vient de Luxembourg, comme Stéphane Bern qui aime bien les princes sans rire lui aussi.

Il confie en privé qu’il veut transformer le bar du haut en « I-Pad corner ». Plus de cartes, des tablettes numériques. On ne commandera pas son cocktail, on naviguera. On pourra même surveiller sur l’écran le barman qui prépare sa Tequila Sunrise. Le tout dans une ambiance de musique vivante,  jazzy. Et en bas, dans le bar lounge, on pourra déguster de la « finger food ». Renseignement pris, il s’agit de quelque chose de tout à fait convenable.

Pendant ce temps-là, la brochette journalistique picore dans le buffet, des crevettes frites dans la parure, du gaspacho à la paille, des marmitounettes de micro-blanquettes. Le tout arrosé de champagne et de rosé. Poursuivi par des petits cubes de pâtisseries chocolatées, des mille feuilles équilibristes. Tout en discutant des mérites comparés des grands voyages qu’ils ont cru faire. Ah l’Asie ! Au moins les gens sont aimables, souriants, même quand ils sont pauvres. Ici, ils font la gueule même quand ils sont riches. C’est Noël. Dans un coin, un sapin trouve la moquette si profonde qu’il aimerait bien  rester jusqu’à Pâques. Le salon, tout en baies vitrées, s’enfonce doucement dans la nuit, comme la cabine de pilotage d’un navire. Dehors, les trottoirs ont gelé sur place. Le toit a du en faire autant. Si le Père Noël veut passer par là, il a intérêt à ne pas se rater.

Timéo Danaos

14déc.

Les tablettes de Claude

Le mystère des tables claudiennes enfin éclairci. Grâce au champagne et au chocolat. A l’entrée du Musée gallo-romain, le lion Ebène a plus à craindre des visiteurs que le contraire. Il pèse dans les deux cents kilos et ne saurait résister longtemps à une attaque de bambins excités par les fèves de Noël. C’est l’œuvre du MOF Nasserdine Mendi. Il a été confectionné par les chocolats Weiss, de Saint-Etienne, grâce au moule prêté par Mohamed Attia, le montreur de lions, ceux des biennales lancées en 2004.

Mais on est venu pour savoir. Le fin mot de l’histoire. La solution de l’énigme multiséculaire. Depuis leur découverte en 1528, les tables claudiennes restent un mystère pour les chercheurs. Ont-elles été moulées ou gravées ? Moulées, c’est impossible, une plaque de bronze de plus de 5 m² d’un seul tenant ? Gravée, c’est impossible aussi. Le bronze est un métal trop dur pour qu’on puisse le ciseler avec cette précision de « zéro défaut ». Alors ? Laquelle de ces impossibilités est vraie ? Réponse : les deux. La science a parlé. La plaque a été fondue en cire perdue, puis gravée en ciseau retrouvé. Ainsi parla la tribologie, après des mois d’études savantes.

Et ces tables sont lourdes d’Histoire pour Lyon, 2 000 ans et 220 kilos. Elles retracent un discours prononcé par l’empereur Claude au Sénat, pour soutenir ces Lyonnais qui demandaient leur citoyenneté. Et encore une fois le sénateur Collomb n’était pas là pour défendre sa ville, semble dire Michel Havard qui ne lâche rien !

La tribologie, c’est l’étude des traces d’usure des surfaces. Elle ne peut en aucun cas servir à s’y retrouver dans les tribus du Parti socialiste, ni à y mesurer l’usure des éléphants ou les traces de dents qui rayent le parquet. Bref elle est à distinguer de ce qui fait le quotidien du journaliste politique : l’étripologie.

Que venaient faire dans cette galère les chocolats Weiss ? Le directeur général l’explique devant le public réuni. Tout d’abord transmuter les tables en tablettes. Lors de la dernière fête de la science, ils avaient fourni des moules en silicone pour que les enfants puissent reproduire un fragment des tables claudiennes en chocolat. Quelle délicieuse manière d’apprendre l’Histoire !

Les belles dames approuvent. Elles ont beaucoup joué avec les silicones elles aussi. Elles représentent le meilleur de la chirurgie esthétique dans sa période impressionniste. Certaines n’ont plus de nez et trop de bouche, d’autres trop de seins et plus de fesses. Ou l’inverse. Cela ne les empêche pas de trôner au milieu de ruines gallo-romaines qui n’ont pas pris une ride. Une Barbarella de salons de thé avec des bottes à clous dorés. Une Mireille Darc vitrifiée au carbone 14. Une femme des années 80 avec un sac en peau de lapin. On croise même un vieux jeune au front plein de cheveux, avec la fameuse « mèche de droite » qui permet d’entrer au Q-Boat sans invitation.

Tout est très aimable. Car Weiss offre le buffet et comme chez Willy Wonka, il est tout en chocolat : des orangettes, des palets d’or, des macarons aux marrons, au caramel, au beurre salé. Les fines bulles coulent à flot, l’un pousse l’autre et réciproquement. On a même trouvé une eau pétillante authentiquement gallo-romaine dans une bouteille en forme d’amphore.

Mohamed Attia court toujours après ses lions, ceux de l’édition 2010 lui ont filé entre les mains, faute de financement. Il promet qu’ils reviendront en 2012. En pleine campagne présidentielle ? Mais qui osera se jeter dans la fosse aux lions à deux pas de l’Amphithéâtre des trois Gaules ?

Timéo Danaos

13nov.

French spoken

La francophonie ce sont ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins. Mercredi soir, les premiers états généraux se décentralisaient à l’Hôtel du Département.

Mercier s’était fait excuser, sans doute retenu par un espace rural. Collomb avait rejoint Montpellier à la fraîche. Et Queyranne avait glissé jusqu’à  Ségolène Royal au Toboggan, à Décines.

« Je ne serai pas long », déclare l’orateur à la tribune, en guise de bienvenue. Aïe, ça commence mal. Puis il explique que tout a déjà été dit pendant les tables rondes de l’après-midi et qu’il n’a pas grand chose à rajouter.

Erreur de débutant. C’est comme ça qu’on tue le métier. S’il fallait s’abstenir de parler à chaque fois qu’on n’a rien à dire, il n’y aurait plus de politique possible. Bien au contraire, plus on a la tête vide et plus on a l’esprit libre. On ne connaît plus aucune limite au néant de sa propre pensée. On peut parler pendant des heures.

Heureusement, Thierry Cornillet sauve l’honneur. Il sait qu’il a affaire à un public de connaisseurs, de vrais amoureux de la langue. Il n’a rien à dire mais le dit bien. Il fignole, il tarabiscote, il raffine. Il les décore du titre de « Mesdames et Messieurs les membres du Corps Diplomatique ». Il leur donne du : « Distingués invités ».

Et c’est là que, voulant trop bien faire, emporté par son élan, il flingue au passage un imparfait du subjonctif qui ne lui avait pourtant rien fait : « Si elle l’avait pu, la région vous EUSSIEZ reçu  avec plaisir ». Les murs en tremblent encore. Par chance, il n’était pas en train de passer son certificat d’études.

Bon, tout le monde s’égaille vers les buffets, sans rancune. Il y a là tout un concentré d’Onu monoglote, 600 invités, 30 pays, 5 continents,  vêtus à l’européenne ou en boubous africains, toutes les couleurs de la francophonie qui viennent danser sur tous les tons, tous les vocabulaires, tous les accents. Des ambassadeurs, des maires, des élus. D’ici et d’ailleurs.

Erick Roux de Bézieux qui est à la francophonie ce qu’Alan Stivell est à la culture celte et l’Oncle Ben’s à la culture rizière. D’anciens élus écolos tombés dans le panneau solaire.

On croise des personnages considérables. Michel Thiers, l’ancien maire de Brignais, arbore une carte de visite longue comme un ticket de caisse, toute une liste de présidences et de vice-présidences prestigieuses, dans des organismes tellement inconnus qu’ils forcent le respect.

Le département a mis les petits plats dans les grands, surtout les petits. On croque des tomates de schtroumpfs, des fromages de Minimois. Et des mets plus incertains comme ce bol contenant des œufs de caille... ou des yeux de veau ? Impossible de distinguer au goût, il faudra attendre la digestion.

Les hôtes du monde entier découvrent le crémant de bourgogne accompagné de son antidote : le cassis. Ils s’étonnent devant le beaujolais, de retour enfin sur les tables lyonnaises.

L’arrivée des mignardises permet de vérifier que décidément, les macarons, ça rend con. Un pauvre gourmand en fait les frais. Il croyait  s’échapper avec une assiette garnie et se retrouve coincé par une bande de voraces encore plus gourmands que lui, il réussit à peine à sauver ses doigts.

Après les canapés, les sofas. Certaines éminences sont installées confortablement dans les salons et papotent calmement.

Il règne une ambiance de village planétaire. Et tout se serait bien passé sans ces deux traîtres, ces deux renégats, ces deux fourbes, à moitié dissimulés par une fausse plante verte, et qui profitent que personne ne les voit pour... PARLER ANGLAIS !

Timéo Danaos

13oct.

Anniversaires en rafale à la Confluence

Jeudi soir le groupe Cardinal fêtait son troisième moisiversaire de présence à la Confluence. Ou quelque chose d’autre. En tous cas il y avait une fête entre le cube Orange et la rue Le Bec. On entrait par le show room de RBC mobilier. L’occasion d’admirer un divan en peau de vache pour psychanalyses champêtres. Un cactus en plastique vert pour Lucky Luke des villes. Et toute une collection de sièges incroyables, avec des formes morphologiquement incompatibles avec ce qui est censé s’asseoir dedans.  Comme le fera remarquer le directeur plus tard : « le design n’est pas assez présent en France, surtout en province ». Heureusement, la civilisation vient d’arriver « en province ».

A l’accueil on bague les invités d’un bracelet orange, car les cerbères du cocktail ne laissent entrer que les poulets identifiés. La rue Le Bec est encore à moitié déserte. Il est 20 heures. On attend Collomb. Comme la SNCF, il a inventé la notion de « retard normal ». En dessous d’une demi-heure, personne ne s’inquiète. « Mais pas question d’ouvrir le buffet avant le discours du maire », précise une charmante hôtesse, en touillant ses moules dans un grand plat à paella. Heureusement, sur la terrasse, on a déjà commencé à ouvrir des huîtres et à déboucher du blanc. Le stand choucroute vient d’ouvrir lui aussi.

Nadine Gelas et Evelyne Haguenauer, qui pourtant n’ont rien à voir avec la choucroute, ont fait leur entrée. Jean-Paul Mauduy remonte la foule avec la dignité d’un saumon en période de frai. Roux de Bézieux papillonne de ci de là, aussi à l’aise dans cet aréopage que dans son bac à sable du Medef.

20 h 30. Collomb n’est toujours pas là. Les buffets viennent d’ouvrir, les serveurs allaient finir par se faire mordre. Des queues se sont formées devant les joues de bœuf aux carottes, les ragoûts catalans de calamars, les crêpes Josiane au nutella. On déplace la tribune, on la rapproche du peuple, on rebranche le micro et la boîte à « euh ». Collomb va parler. Il est au moins 21 heures. Il était temps. On finissait  par ne plus savoir pourquoi on était là. Donc, on est venu fêter d’un coup les un an de Le Bec à la Confluence, les dix ans du groupe Cardinal et, par anticipation, les presque dix ans de Collomb à la mairie ! C’est pour l’année prochaine, souligne finement Gégé qui n’en rate pas une. Il salue Jean-Christophe Larose qu’il appelle familièrement « Jean-Claude ». Les deux hommes sont devenus très proches.

Collomb n’est pas en retard, il a été retenu. Par une délégation d’architectes européens qui voulaient visiter la Confluence en bateau, sous toutes les coutures. Et toutes les coutures du bateau y sont passées, jusqu’à cette heure tardive.

Pendant que le maire parle, les files d’attentes continuent et les gamelles se remplissent. C’est la  plus belle concentration de fausses blondes de tout le sud lyonnais, du « blond de blondes » au « blond de brunes », en allant jusqu’au « blond de blanches ». Quelques unes sont tellement cuites par les UV qu’on dirait des pommes au four.

Les messieurs rayonnent dans toute leur magnificence. « J’ai commencé comme vendeur », s’enorgueillit l’un. L’autre s’émerveille : « Tout Lyon est ici ». L’arrivée des macarons déclenche une épidémie de mauvaise foi. Un homme traverse la salle avec une assiette et se la fait ravager au passage. « Mais c’est pour ma femme ! », ment-il effrontément. Pendant qu’une blonde plus ou moins authentique cueille six macarons qu’elle place sur le dos d’un flyer. « Nous sommes six ! », s’excuse-t-elle avec une malhonnêteté confondante. Pendant que le « tout Lyon » s’auto-peopolise, on se glisse subrepticement dans la nuit pour reprendre une activité normale.

Timéo Danaos

23sept.

Danse avec les peoples

Et ce fut la quatorzième et dernière biennale de Guy Darmet. Tout ce que Lyon compte de peoples auto-proclamés ne pouvait rater l’évènement, Les Potins non plus, attirés par le gratin autant que par les gratons. Jeudi soir, 19 h 30, le carré VIP se remplit doucement de carrés Hermès. Les happy fews patientent nonchalamment, une coupe de champagne au poing et le sourire aux dents. Belles dames et beaux messieurs, en grande tenue de soirée. Il manque un aboyeur à l’entrée pour saluer leur arrivée par un tonitruant : « Monsieur le vice-conseiller régional délégué à l’écologie des feuilles mortes, et Madame ! ».
Queyranne est là, Collomb aussi, avec leurs épouses respectives et réciproques. Michel Mercier s’est déplacé, au nom  du département du Rhône, de l’Aménagement du territoire, de l’Espace rural, du Grand Paris... et de son avenir incertain. Belle brochette de chefs d’entreprise, des mécènes ont investi dans le chausson : Monsieur Toupargel, Monsieur Partouche, Monsieur GL Events, Monsieur April Assurances. Le bronzage tient encore, ou alors c’est du fond de teint. Tous sont venus vérifier où était passé leur argent. Il danse, messieurs, il danse. D’ailleurs on voit passer deux houpettes en tulle qui ondulent entre les invités. Des fleurs de tutus fuchsia en collants blancs. Elles saluent avec grâce, c’est La Vie en Rose, le thème du défilé.
Dans la salle, Guy Darmet est ému, il s’est mis à parler en plusieurs langues. Il salue tous les partenaires de la biennale, c’est à dire presque toute l’assistance. Il lance un défi à Collomb : chiche de construire une nouvelle Maison de la Danse à la Confluence, comme promis ? Il présente sa successeure, Dominique Hervieu, qui dirait bien quelque chose mais qui n’a pas de micro.
Place aux ballets de Monte-Carlo. La reconstitution du Sacre du Printemps version 1913 par Nijinski, sur la musique de Stravinski. Puis un ballet moderne de Jean-Christophe Maillot sur le Magnificat de Monteverdi. Garçons en barboteuses ou en guêpières, filles en pantalons et justaucorps, et inversement. Les costumes de Karl Lagerfeld ne laissent pas indifférent et ringardisent du coup les timides audaces de l’assistance. Car le public s’est tout de même donné du mal. On s’en apercevra lors du cocktail qui suit et qui se déroule sur tous les étages, du balcon à l’orchestre.
Certes, on cherche en vain SAR la princesse de Monaco, promise pourtant sur les cartons d’invitation. Mais on croise tout de même un Prince de Galles en pure laine vierge, du moins le costume. Pas assez audacieux pour partir en quête d’un prince Albert, il aurait fallu fouiller les culottes, et ça, aucun journaliste digne de ce nom ne s’y risquerait, du moins : à jeun.
Magnifique, le smoking en satin rouge qui traverse la salle tel une fusée de détresse, s’il se perd dans un champ de luzerne, ça guidera les chiens. Etonnant, ce faux François-Marie Bannier, avec cette écharpe impossible emberlificotée autour de son cou. Le style bobo, ça se travaille.
Le buffet est assuré par Serge Magner, qui a des jours avec et des jours sans. La quiche est effondrée au fond du plat, baignant dans ses larmes. Quand la quiche est ratée, cela vient des œufs. Il ne fallait pas choisir des poules d’eau ! On se rabat sur de petits macarons salés gros comme des boutons de guêtres. Le champagne est frais, on pourra au moins faire danser les bulles. Pour les peoples qu’on a ratés lors du cocktail d’avant-scène, c’est un peu la session de rattrapage : Philippe Meirieu, Georges Verney-Carron, Erick Roux de Bézieux. Le secret d’un cocktail réussi, c’est de faire semblant de connaître tout le monde.
Timéo Danaos

22juil.

Pince-cuisse de poulet

"Voir le nombril d’la femme d’un flic n’est certainement pas un spectacle qui du point d’vue de l’esthétique puisse vous porter au pinacle ». On n’était pas venu pour ça, mais quitte à fredonner une chanson de Brassens en arrivant, mieux vaut celle-là que Le marché de Brive-la-Gaillarde. On allait prendre l’apéro chez la Rousse. D’habitude elle vous invite plutôt à passer à table. Ce mercredi le commissariat du 1 et du 4 était officiellement inauguré.

Tout le gratin au garde-à-vous devant le parvis : le préfet Gérault, le maire Collomb, le directeur départemental de la sécurité Signourel, en grande tenue d’apparat. Et le gratin mijotait à feu doux, car la clim’ était en panne. Ce qui n’a pas empêché le préfet de faire visiter les aquariums où l’on garde généralement les clients au frais.

Lumière naturelle, à travers le verre dépoli, banquettes en béton garnies de matelas anémiques et serrures à y casser des clefs. Du trois étoiles de chez Képi. Plus loin le studio photo pour le bertillonnage, avec ses striures sur les murs pour mesurer la taille du client pendant qu’on le numérote et qu’on le numérise. Un local destiné aux consultations de toubib, un autre aux entretiens avec un baveux. C’est propret, tout neuf, ça sent la peinture. Dans un bureau d’inspecteur, on repère un morceau de chaîne fixé au sol pour les pincettes. Il doit servir à accrocher le client pendant qu’on beurre le marmot. Tout le monde se retrouve dans la cour, entre deux rangées de fonctionnaires, des bleus et des bourgeois, sans compter les ceinturons, du bricard au commanche, sous l’œil fier du taulier. Des pékins et journaleux s’y mêlaient en désordre, au risque de se faire détroncher, on n’est jamais à l’abri d’avoir déjà eu affaire les uns aux autres. Ça met un peu de piment dans le cocktail.

Collomb se souvient du commissariat de la place Sathonay, un taudis indigne, les douches étaient en face, il fallait traverser la rue. Aux Potins, on n’a jamais envisagé de prendre une douche avec un inspecteur de police, on l’ignorait. Ce nouveau commissariat donne une « meilleure visibilité à l’action de la police ». La vidéosurveillance « n’est qu’un des éléments de la sécurité », prêche Collomb. Pas impossible d’ailleurs qu’il y ait un « effet plumeau » et que la délinquance se déplace à l’abri des caméras. Voilà donc le secret de la politique sécuritaire du maire, il s’inspire de ce slogan célèbre : va donc chez Plumeau. Le préfet se montre plus disert. Voilà le seul commissariat qui fasse partie du plan de relance du gouvernement. La relance version Royco, il fallait y penser. Nonobstant, le nouveau bâtiment respecte les normes européennes, comme le camembert et le calibrage des thons. Une grande réussite.

Depuis qu’il est là, les faits délictueux ont baissé de 35% dans le quartier, si c’est un effet plumeau, on est aux Folies Bergères. Les fonctionnaires de police boivent du petit lait, du pire les attend en matière de breuvage. En haut des toits hors de portée, des moineaux des rues les narguent avec des « piou-piou » insolents. « On a beaucoup de choses à faire, conclut le préfet, il faut se retrousser les manches ». Commençons donc par le buffet. On l’a voulu réglementaire et rudimentaire. Quelques canapés de saucisson, des jus de fruits et des eaux minérales, c’est tout, signez-là, circulez. Il y avait bien un pauvre mousseux qui promettait comme un air de fête. Fausse alerte ! Sa seule raison d’être semble de lutter sévèrement contre l’alcoolisme sur le lieu de travail. Et en effet, la punition est sévère !

Timéo Danaos

 

Glossaire : La Rousse : la police ; Aquarium : cellule de garde à vue ; Bertillonnage : mesures et photos anthropométriques ; Pincettes : menottes ; Bleus : flics en uniforme ; Bourgeois : flics en civil ; Ceinturons : gradés ; Bricard : brigadier ; Commanche : commandant ; Pékin : particulier ; Se faire détroncher : se faire repérer ; Beurrer le marmot : faire avouer.

02juil.

L’aprème du 18 Juin

On prête au général De Gaulle un humour de corps de garde. Il n’aurait jamais accepté, dit-on, des timbres à son effigie, car il n’aurait pas supporté « qu’on lui lèche le c.. avant de lui mettre une grande claque dans la g..... ! ». Aujourd’hui les timbres sont autocollants et les ministres aussi. Impossible de s’en dépêtrer.
A l’appel du 18 juin, de leur devoir, ou simplement de leur envie de mettre leurs petits pieds dans ses grands pas, toutes les huiles plus ou moins vierges de la politique lyonnaise, s’étaient donné rendez-vous sur l’esplanade Charles De Gaulle, à la Part Dieu, devant la Croix de Lorraine. Il y avait là le préfet Gérault, Michel Mercier, Nora Berra, Gérard Collomb, Dominique Perben, Michel Havard et sans doute quelques autres. Il y avait aussi ceux qui résistent à tout sauf à la tentation, tant les sirènes du pouvoir sont douces à leurs oreilles.
Comment l’esprit de résistance pourrait-il souffler sur tous ces notables ? Il y avait tout de même sur des chaises 150 petit vieux ratatinés, que le souvenir tenait encore droits. La plus belle collection de sonotones de toute la région, des vieux modèles, pas encore équipés de filtres à conneries, mais tout de même d’un bouton On / Off qui permet de couper le son quand la rumeur du monde se fait trop gonflante.
Certains portent des calots d’époque, d’autres sont bardés de décorations qu’on serait bien en peine d’identifier. Ils se lèvent à chaque sonnerie militaire.
Quelques uns tremblent un peu quand retentit le Chant des Partisans « Ami si tu tombes / Un ami sort de l’ombre / A ta place ». Eux y étaient.
Deux jeunes filles lisent le texte historique de Charles De Gaulle, celui que presque personne n’a écouté, mais que tout le monde a entendu, telle qu’on a réécrit l’Histoire.
Michel Mercier, ministre-qui-passait-par-là, entreprend la lecture d’un message d’Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, un quasi inconnu qui intervient trois fois par an, le 8 mai, le 11 novembre et le 18 juin, à peine plus que le Père Noël. Un chef d’œuvre de littérature xyloglotte. Il y est question des valeurs de la République, de liberté, d’égalité et de fraternité, qu’il ne faut pas que ce soit des mots vides de sens, ah ben non, mais des valeurs vivantes, voire assommantes. Mercier s’ennuie ferme et ça se voit.
On annonce un dépôt de gerbes par les « autorités ». Collomb doit bicher. Pour une fois, personne ne la lui reproche, son « autorité ». Il en profite pour livrer une composition florale montée sur tréteaux, très meublante. Sonnerie aux morts. Puis Marseillaise. Tout le monde au garde à vous. Dans le ciel, les lourds nuages noirs viennent de laisser place à un rayon de soleil. C’est peut-être bien le seul message de la journée.
Et pendant que les « autorités » vont saluer un par un les porte-drapeaux de moins en moins survivants, la fanfare militaire se donne un peu de plaisir « En passant par la Lorraine ». Ça c’est pour la Croix. « Les Gaulois sont dans la plaine ». Ça c’est pour... prendra qui veut. On attendait « Tiens voilà du boudin », mais c’est toujours imprudent quand il y a des dames.
Clémenceau disait : « la musique militaire est à la musique ce que la justice militaire est à la justice ». Et le coup de l’étrier ? On taraude à sec, militaire ! Mais non. Pas de vin d’honneur, pas de Madelon qui va servir à boire.
Chacun se sépare comme ça, sans cérémonie, on s’en va et puis c’est tout. Comme disent les pêcheurs, 18 juin ou pas, « on plie les gaules ».
Timéo Danaos

21juin

Gégé le rouge, en concert ce soir

Benoît Hamon va être  content. A la veille des manifs sur les retraites, voilà Gérard Collomb qui lève le poing, rouge s'il vous plaît (en chantant L'Internationale ?), à l'occasion de la fête de la musique. On le croyait plus proche du centriste Thomas Rudigoz, qui siège dans sa majorité, que de son camarade socialiste Jules Joassard, tout à la gauche du parti. Que nenni ! Pire, Gégé le rouge fait de l'antisarkozysme primaire, tel le premier Villepin venu en détournant la matrice présidentielle : « On travaille moins et on joue plus ».

Aux Potins, ça nous a plutôt faire rire. Horreur, infamie s'écrie le conseiller du 6e Thierry Mouillac sur son blog, « on incite en pleine crise nos concitoyens à en faire le moins possible en leur donnant l’illusion d’un monde dans lequel la seule finalité est donc le loisir : on joue plus ! Le message est choquant, mensonger et irresponsable ». Cool, Thierry. C’est bientôt les vacances. Faut se détendre. Et notre élu d’insister : « Non, non, je le répète, Gérard Collomb n’est pas un centriste, c’est bel et bien un homme de gauche et profondément ancré à gauche ». Voilà qui aurait le mérite d’en rassurer quelques uns au PS. Remarquez, à la vue de cette image, notre adjoint d’arrondissement s’est peut-être imaginé que les chars russes allaient débarquer place Bellecour dès le 22.

Ah mais en fait on s’est trompé. C’est pas une affiche du PS collombiste. Il s’agit de la communication institutionnelle de la Ville de Lyon. C’est ce qui s’appelle se mélanger les pinceaux. Plutôt étrange, non, de voir une mairie détourner une manifestation consensuelle (sauf chez les couche tôt) pour faire un peu de propagande en sous-mains ? Si ça continue, Collomb va donner jeudi leur journée aux agents de la Ville pour aller manifester et on le retrouvera en tête du cortège. A moins, bien sûr, que tout ne soit dans l’affichage…

17juin

Lundi, c’était la chanson de Roland

On a failli rincer le linge. La météo, qui fut joueuse pendant tout le mois de mai, avait promis d’arroser avec nous la Légion d’honneur de Roland Bernard, lundi soir au Dock 40. Mais finalement, grand chamboule tout entre les cumulo-nimbus, les stratus, et les cubitus. Ou les radius. Bref, tous les bras cassés de nuages qui dérèglent le temps. Aucun ne se met d’accord pour savoir qui y va et qui n’y va pas, et le ciel reste bleu.

Tant mieux pour nous. Car il y avait du beau linge. Quelque 700 invités qui se profilèrent sagement un à un devant des hôtesses aux blanches robes, pour décliner leur identité et leur titre de séjour temporaire au pince fesse. Queyranne, Mauduy, Collomb, Daclin, Soulier, Brumm, une bonne partie du conseil municipal. La profession, incarnée par Laurent Duc. Alain Eck représentant l’éternité de France 3. Jean-Pierre Vacher la perpétuelle résurrection de TLM. Et Jacques Haffner, Dieu sait quoi. Tous accueillis par un solide mojito. Il faut toujours reprendre des forces avant les discours.

Gabriel Paillasson ouvre le bal. Il est double-MOF en pâtisserie et glace, un vrai papa gâteau.  Il se charge de la pièce montée pour retracer l’histoire de la Légion d’honneur de 1802 à nos jours, avec toutes ses strates, ses galons, ses rubans, ses rosettes. Gérard Collomb célèbre 30 ans d’amitié avec l’honoré. En 1977, lui embrassait la carrière politique en devenant conseiller municipal, Roland embrassait Marie-Claude et l’épousait. Puis vient Nora Berra, secrétaire d’Etat à Toutuntadchoses. Elle retrace la carrière de l’impétrant, des championnats d’athlétisme au Paris-Dakar, des peintures industrielles à sa reconversion dans l’hôtellerie-restauration : Axotel, Charlemagne, Grand Hôtel des Terreaux, le Chalut.

Roland Bernard fut le premier des Perrachois à croire à la Confluence, alors qu’elle n’était encore qu’une queue de lézard oubliée derrière les voûtes. Mais c’est au titre de ses engagements dans la solidarité et la diversité, que : « au nom du Président de la République », voilà Roland transformé en brochette au revers de son veston. Il est ému. Il prend la parole. Avec ses cheveux frisés et son sourire à la Pierre Perret, on croit toujours qu’il va chanter une chanson, Les jolies colonies de vacances ou pire encore. Pas le genre. Pas de chanson de Roland.

Il se lance dans la philosophie, évoque les valeurs du sport : loyauté, humilité. Cite un proverbe africain : « si tu veux marcher vite, marche tout seul, si tu veux marcher loin, marche avec les autres ». Il insiste « à plusieurs, tout devient possible ». Collomb fait semblant de ne pas avoir entendu. Il évoque Marie-Claude, et juste à cet instant un énorme bouquet de roses atterrit comme par magie dans les bras de la dame. Tout le monde se lève, applaudit.

Bruno Gignoux doit avoir des projets pour sa fin de soirée. Il repart avec une étiquette « RESERVE » dans le dos, qu’il a dû arracher par mégarde au dossier de sa chaise. Roland Bernard n’en finit pas d’être congratulé. Nora Berra est aussi la reine de la fête. Véritable Miss Lyon, dans sa robe et souliers mauves, tout le monde veut se faire prendre en photo avec elle. Même Michel Dulac, le fleuriste, abandonne ses velléités de Spartacus, plus attiré par les glaïeuls que par les gladiateurs.

La fête continue jusqu’à ce que la nuit tombe. Rosé-blanc-rouge. Petits fours et canapés emberlificotés. Jambon à l’os de chez Gast. Fromages de MOF. On rentre par le tramway. On rencontre de plus en plus d’élus dans les transports publics ça permet de bavarder. Et puis c’est le seul endroit où on est sûr de ne pas croiser Rivalta.

Timéo Danaos

03juin

Apéricube géant aux Docks

Un cube orange croqué comme une pomme en deux coups de dents géants. Une façade métallique fine et dentelée comme une crêpe bretonne, c’est l’architecture la plus audacieuse du nouveau quartier des Docks, à la Confluence, inauguré jeudi soir. Le siège du groupe Cardinal. Qualifié de « kitsch et sans beaucoup de sens », par la directrice de la Maison de l’Architecture Rhône-Alpes, Valérie Disdier, qui ne se sent pas obligée d’encourager le talent.

La fête était prévue jusqu’à deux heures du mat’. On se pointe à l’accueil vers 22 heures : « Je suis journaliste... ». « On s’en fout », répond une charmante hôtesse avec un large sourire. Je suis le bienvenu quand même.

Evités les discours d’inauguration interminables, qui auraient vu Gérard Collomb et Jean-Christophe Larose (groupe Cardinal) se lancer quelques piques à fleurets mouchetés. Disons plutôt : quelques brochettes. Le thème de la soirée est : barbecue géant.

Evitée aussi de peu la prestation de la troupe de Mozart, la comédie musicale de Dove Attia et Albert Cohen, en show case exceptionnel. Mozart s’en remettra, depuis le temps qu’on l’assassine. Deux mille invités. La plus grande et « la plus belle fête de l’année », s’enthousiasme Erick Roux de Bézieux, qui ne touche pas terre. La foule est compacte. De beaux messieurs en costume et cravate de soie, cadres sup’, entrepreneurs. Des élus. Et toute cette pseudo jet set lyonnaise, ce bling bling de province, des commerçants du centre ville, décoration, arts de la table, restaurants, bars, boutiques de mode, de Pasherchik à Moshecher. Et vous, vous faites quoi dans la vie ? « Je vends des skis et des snowboards cours Vitton ». Il ne reste plus qu’à trouver celui qui vend de la neige.

Finalement, les écolos se sont affolés pour rien. Lors du dernier conseil municipal, ils s’inquiétaient de la disparition des blaireaux. Tant qu’il y aura des cocktails, l’espèce ne sera pas du tout menacée. Nicolas Le Bec s’est donné du mal. C’est lui qui a orchestré les ripailles. Il pose pour des photos-souvenir avec la gentillesse d’un Mickey à Disneyland. On lui doit les : paellas, sushis, moules marinières, assiettes de charcuteries et fromages, viandes grillées, ris de veau en brochettes. Et même un stand de bière et frites, pour donner un petit côté « port d’Amsterdam », auquel il ne manquerait que les marins qui  se comportent de manière très disgracieuse avec « les femmes infidèles ».

Et voilà qu’au détour d’un groupe de minets en maraude, on découvre le plus inattendu des étals : un banc d’huîtres. Ouvertes par deux écaillers, au fur et à mesure qu’on les déguste, les huîtres. Des marennes Oléron. Rien que pour cela on veut bien inaugurer n’importe quoi : une caserne de pompiers, un presbytère, voire même un siège du Modem. Comme un tabouret Ikea, par exemple.

La musique techno bat la sarabande, quand une voix de DJ girl impérieuse appelle tout le monde à se rassembler sur l’esplanade pour le feu d’artifices. Il sera tiré d’une barge, de l’autre côté de la Saône. Une pétarade fort honorable, bonne séance de rattrapage pour les Lyonnais qui ont été privés de gerbes de feu l’an dernier.

Enfin, on a le droit de toucher aux coupes de champagne servies discrètement pendant le tumulte. Le Dock 40 rouvre alors en format discothèque. Les minets se ruent sur le dancefloor, il leur reste deux heures pour pécho. Il est temps de rentrer par le dernier tramway. Trois filles blacks à jupe courte l’attrapent de justesse. Elles s’interpellent en riant dans une langue inconnue. Elles ne peuvent s’empêcher de brancher encore quelques passagers, mais juste pour jouer, leur journée est finie. Le tramway file dans la nuit, avec des fêtards aux yeux pleins d’étincelles, des étudiants désœuvrés, un clodo bien amoché, et trois filles de rue à qui leur « protecteur » n’a pas laissé de quoi se payer un taxi.

Timéo Danaos

27mai

Le développement durable, c’est long, surtout vers la fin

On allait porter en triomphe les héros du développement durable, nus sur un bouclier en rotin, vêtus d’une simple feuille de vigne non sulfatée, couverts de pétales de tournesol qui se dressent délicatement vers la lumière. Les premiers « Trophées » ouvraient à la Cité internationale, patronnés par Le Progrès et le Barreau de Lyon, qui n’y connaît rien non plus.

La réalité fut plus austère. On arrive à 17 heures dans l’atelier 3 « se déplacer en ville ». Le vert est plus qu’à moitié vide : 30 personnes éparpillées dans une salle de 300. Josiane Beaud, de la SNCF, a sa tête des mauvais jours. Elle porte un costume couleur mayonnaise, qui n’arrive même pas à égayer la salade. Le directeur des services départementaux se lance dans un joyeux plaidoyer pour le covoiturage « qui ne coûte presque rien aux finances publiques ».

Seul Bernard Rivalta se montre d’humeur guillerette. Il n’arrête pas de plaisanter aux dépens (si l’on ose dire) de Queyranne : « quand je dis qu’il me doit des sous, il me doit des sous ». On imagine une petite fée du Sytral qui lui glisserait à l’oreille : « Et toi, mes 161 000 euros, quand est-ce que tu me les rends ? ». Mais ce n’est pas le moment de la ramener. Bernard l’Artiche n’est pas tendre avec la profession « contrairement à ce qu’ont expliqué certains journalistes imbéciles, on n’est pas dans le mur ». On n’est pas dans la dentelle non plus. Et voilà qu’un quidam fait remarquer que sur les invitations à cette « journée du développement durable », on mentionnait bien les deux parkings P1 et P2, mais nullement les trois lignes de bus. Personne ne semblait s’en être aperçu, donc tout le monde est venu en voiture. CQFD.

La grande cérémonie des trophées était annoncée à 19 h 30, retransmise « en direct sur TLM ». Elle démarre vers 20 h 15. Les téléspectateurs se sont-ils tapés des écrans de pubs pour patienter ? Ils ont dû en manger, de la salle de bains Yves Perdosa !

Coté cour un salon, fait de fauteuils en rotin (ah, quand même !). Coté jardin, un bar décoré de feuillages en nylon et de faux palmiers en plastique. Une jeune hôtesse joue les utilités, habillée en feuille. Artificielle, bien sûr. Sandrine Audin (TLM) et François Guttin-Lombard (Le Progrès) présentent les lauréats un par un. Ou plutôt un parrain. Une entreprise couve de son aile chaque trophée, ce qui lui permet de diffuser un film à sa gloire sur les antennes de Tout-Lyon-tout-le-temps. Puis elle se soumet aux questions incisives des deux journalistes : « Etes-vous concerné par le développement durable ? » ou « Est-ce que vous pensez que votre entreprise doit montrer l’exemple ? ».

Le buffet devait sonner comme une délivrance. Erreur. On a voulu bien faire les choses. Contre un mur, un étal de marché propose des choux-fleurs, des poireaux, des carottes, des poivrons. Ce sera tout pour les grosses légumes. Collomb a ouvert la séance ce matin, il parait qu’il y avait un peu de monde. Mais la moitié du public est partie avec lui. Même Rivalta a dû se tirer avec les radis.

Il règne une ambiance aussi joyeuse que lors du premier enterrement de Grand-Mère, dans ce hangar à cocktail. On a fait dans le naturel pourtant. Des jus de fruits d’agriculture raisonnée, des brochettes d’ananas. Au milieu des eaux minérales avec et sans bulles, trône une monstrueuse bouteille de Coca Cola, insolente, hérétique, mais fermée. On se rabat sur le beaujolais bio. On a failli le confondre avec un verre de jus de groseille, mais l’instinct du cocktailophile veillait. Finalement, on s’amuse plus chez les écolos. Mais là, il n’y en avait pas.

Timéo Danaos

20mai

Un petit air d’Aderly

Entre 12 et 14 heures, il n’y a pas de temps à perdre chez les professionnels. Jeudi dernier, l’Aderly convoquait une conférence de presse pour présenter son bilan, en rouge et en noir, mais tout de même en demi-teinte. Rendez-vous au Palais du Commerce, dans la salle dite : des agents de change. Mais comme il n’y en a plus, ce sont les journalistes qui rendent la monnaie.
On arrive à la bourre. Collomb vient de parler. Pour une fois on a réussi à arriver plus en retard que lui. C’est au tour de Bernard Fontanel, le président du Medef. Morose, à cause de la crise : « on est en train de perdre des emplois industriels ! ». Mathiolon hoche la tête. Il risque de perdre le sien aussi. Comme président de la CCI. Daclin reprend : heureusement, il y a la marque OnlyLyon, qui s’affiche en ce moment dans les aéroports d’Europe. Ça doit distraire les voyageurs immobiles, bloqués par le nuage de l’Eyjafjöll. OnlyLyon se vend bien, c’est devenu une référence. Avant il n’y avait que l’OL pour porter les couleurs de la ville. Or le foot et le business sont deux choses différentes (faudrait quand même en parler à Aulas). Une vingtaine de journalistes écoutent studieusement. Ils prennent des notes avec le stylo OnlyLyon qu’on vient de leur offrir, design sobre et élégant, tout en lignes courbes et profilées, une carrosserie genre Carla Bruni, à tête rétractable.
Et vient le temps des questions. Il faut aller vite, à 14 heures le travail reprend. Une consoeur tire la première salve. Est-ce son tailleur vert qui lui déteint dessus ? « Monsieur le maire, avec tous ces déplacements en avion votre bilan carbone doit être désastreux... ». « J’ai pris des mesures, plaisante Collomb. J’ai interdit à tous mes partenaires écologistes de circuler autrement qu’en TGV, ça compense ». Puis il doit se souvenir de la mésaventure de Gordon Brown la veille, et de la carrière que peut faire une simple phrase malheureuse, pourvu qu’un journaliste indélicat s’amuse à la répéter. Non-non, rectifie-t-il, mais en fait je ne peux pas faire autrement, on ne va quand même pas tout arrêter et s’isoler dans son coin. Et puis les constructeurs d’avions vont bien finir par trouver le moyen de consommer moins de carburant, les green technologies, tout-ça tout-ça. La dame est à moitié convaincue et son tailleur est toujours vert.
Rendez-vous au premier étage pour le buffet dit « déjeûnatoire » (on n’est pas à l’Académie Française). Aux murs du salon, les portraits de tous les ex-présidents de la CCI. Pas des rigolos. On a l’impression que ça les ennuie profondément de gagner de l’argent. C’est un peu comme le devoir conjugal, il ne faut pas avoir l’air d’y prendre du plaisir.
On sert un breuvage nommé Pommery et qui n’a rien d’un cidre. Du coup on se laisse aller à fêter ce qu’on veut, les pas-trop-mauvais résultats de l’année, la future sortie de crise, un jour, on verra bien, et le printemps qui nous rend visite pour la journée. Mathiolon ne quitte pas son air sombre, Fontanel affiche le sourire confiant du patron qui ne sait pas où il va. Et Jacques de Chilly garde un pied dans chaque chaussure, d’un côté l’Aderly, de l’autre OnlyLyon.
On décide de prendre le buffet à rebrousse-poêle, de commencer par le fromage et de remonter tout doucement jusqu’aux entrées. On croise au passage un riz aux Saint-Jacques, sans corail (encore une grève de la SNCF !) et on termine sur du saumon et du flétan fumés, accompagnés d’un hareng de plus basse extraction. Ici ou là, des canapés à une demi-place sur lesquels on ne s’étend pas, crevette par-ci, microtomate confite par là. Le Mâcon final est le bienvenu.
Collomb papillonne un peu et puis s’en va faire oublier son bilan carbone. 13 h 30, tout est bouclé. A propos, un journaliste qui fume, ça produit combien de CO2 par an ?
Timéo Danaos

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