Les meilleurs commentaires seront publiés dans le journal !

22juil.

Pince-cuisse de poulet

"Voir le nombril d’la femme d’un flic n’est certainement pas un spectacle qui du point d’vue de l’esthétique puisse vous porter au pinacle ». On n’était pas venu pour ça, mais quitte à fredonner une chanson de Brassens en arrivant, mieux vaut celle-là que Le marché de Brive-la-Gaillarde. On allait prendre l’apéro chez la Rousse. D’habitude elle vous invite plutôt à passer à table. Ce mercredi le commissariat du 1 et du 4 était officiellement inauguré.

Tout le gratin au garde-à-vous devant le parvis : le préfet Gérault, le maire Collomb, le directeur départemental de la sécurité Signourel, en grande tenue d’apparat. Et le gratin mijotait à feu doux, car la clim’ était en panne. Ce qui n’a pas empêché le préfet de faire visiter les aquariums où l’on garde généralement les clients au frais.

Lumière naturelle, à travers le verre dépoli, banquettes en béton garnies de matelas anémiques et serrures à y casser des clefs. Du trois étoiles de chez Képi. Plus loin le studio photo pour le bertillonnage, avec ses striures sur les murs pour mesurer la taille du client pendant qu’on le numérote et qu’on le numérise. Un local destiné aux consultations de toubib, un autre aux entretiens avec un baveux. C’est propret, tout neuf, ça sent la peinture. Dans un bureau d’inspecteur, on repère un morceau de chaîne fixé au sol pour les pincettes. Il doit servir à accrocher le client pendant qu’on beurre le marmot. Tout le monde se retrouve dans la cour, entre deux rangées de fonctionnaires, des bleus et des bourgeois, sans compter les ceinturons, du bricard au commanche, sous l’œil fier du taulier. Des pékins et journaleux s’y mêlaient en désordre, au risque de se faire détroncher, on n’est jamais à l’abri d’avoir déjà eu affaire les uns aux autres. Ça met un peu de piment dans le cocktail.

Collomb se souvient du commissariat de la place Sathonay, un taudis indigne, les douches étaient en face, il fallait traverser la rue. Aux Potins, on n’a jamais envisagé de prendre une douche avec un inspecteur de police, on l’ignorait. Ce nouveau commissariat donne une « meilleure visibilité à l’action de la police ». La vidéosurveillance « n’est qu’un des éléments de la sécurité », prêche Collomb. Pas impossible d’ailleurs qu’il y ait un « effet plumeau » et que la délinquance se déplace à l’abri des caméras. Voilà donc le secret de la politique sécuritaire du maire, il s’inspire de ce slogan célèbre : va donc chez Plumeau. Le préfet se montre plus disert. Voilà le seul commissariat qui fasse partie du plan de relance du gouvernement. La relance version Royco, il fallait y penser. Nonobstant, le nouveau bâtiment respecte les normes européennes, comme le camembert et le calibrage des thons. Une grande réussite.

Depuis qu’il est là, les faits délictueux ont baissé de 35% dans le quartier, si c’est un effet plumeau, on est aux Folies Bergères. Les fonctionnaires de police boivent du petit lait, du pire les attend en matière de breuvage. En haut des toits hors de portée, des moineaux des rues les narguent avec des « piou-piou » insolents. « On a beaucoup de choses à faire, conclut le préfet, il faut se retrousser les manches ». Commençons donc par le buffet. On l’a voulu réglementaire et rudimentaire. Quelques canapés de saucisson, des jus de fruits et des eaux minérales, c’est tout, signez-là, circulez. Il y avait bien un pauvre mousseux qui promettait comme un air de fête. Fausse alerte ! Sa seule raison d’être semble de lutter sévèrement contre l’alcoolisme sur le lieu de travail. Et en effet, la punition est sévère !

Timéo Danaos

 

Glossaire : La Rousse : la police ; Aquarium : cellule de garde à vue ; Bertillonnage : mesures et photos anthropométriques ; Pincettes : menottes ; Bleus : flics en uniforme ; Bourgeois : flics en civil ; Ceinturons : gradés ; Bricard : brigadier ; Commanche : commandant ; Pékin : particulier ; Se faire détroncher : se faire repérer ; Beurrer le marmot : faire avouer.

02juil.

L’aprème du 18 Juin

On prête au général De Gaulle un humour de corps de garde. Il n’aurait jamais accepté, dit-on, des timbres à son effigie, car il n’aurait pas supporté « qu’on lui lèche le c.. avant de lui mettre une grande claque dans la g..... ! ». Aujourd’hui les timbres sont autocollants et les ministres aussi. Impossible de s’en dépêtrer.
A l’appel du 18 juin, de leur devoir, ou simplement de leur envie de mettre leurs petits pieds dans ses grands pas, toutes les huiles plus ou moins vierges de la politique lyonnaise, s’étaient donné rendez-vous sur l’esplanade Charles De Gaulle, à la Part Dieu, devant la Croix de Lorraine. Il y avait là le préfet Gérault, Michel Mercier, Nora Berra, Gérard Collomb, Dominique Perben, Michel Havard et sans doute quelques autres. Il y avait aussi ceux qui résistent à tout sauf à la tentation, tant les sirènes du pouvoir sont douces à leurs oreilles.
Comment l’esprit de résistance pourrait-il souffler sur tous ces notables ? Il y avait tout de même sur des chaises 150 petit vieux ratatinés, que le souvenir tenait encore droits. La plus belle collection de sonotones de toute la région, des vieux modèles, pas encore équipés de filtres à conneries, mais tout de même d’un bouton On / Off qui permet de couper le son quand la rumeur du monde se fait trop gonflante.
Certains portent des calots d’époque, d’autres sont bardés de décorations qu’on serait bien en peine d’identifier. Ils se lèvent à chaque sonnerie militaire.
Quelques uns tremblent un peu quand retentit le Chant des Partisans « Ami si tu tombes / Un ami sort de l’ombre / A ta place ». Eux y étaient.
Deux jeunes filles lisent le texte historique de Charles De Gaulle, celui que presque personne n’a écouté, mais que tout le monde a entendu, telle qu’on a réécrit l’Histoire.
Michel Mercier, ministre-qui-passait-par-là, entreprend la lecture d’un message d’Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, un quasi inconnu qui intervient trois fois par an, le 8 mai, le 11 novembre et le 18 juin, à peine plus que le Père Noël. Un chef d’œuvre de littérature xyloglotte. Il y est question des valeurs de la République, de liberté, d’égalité et de fraternité, qu’il ne faut pas que ce soit des mots vides de sens, ah ben non, mais des valeurs vivantes, voire assommantes. Mercier s’ennuie ferme et ça se voit.
On annonce un dépôt de gerbes par les « autorités ». Collomb doit bicher. Pour une fois, personne ne la lui reproche, son « autorité ». Il en profite pour livrer une composition florale montée sur tréteaux, très meublante. Sonnerie aux morts. Puis Marseillaise. Tout le monde au garde à vous. Dans le ciel, les lourds nuages noirs viennent de laisser place à un rayon de soleil. C’est peut-être bien le seul message de la journée.
Et pendant que les « autorités » vont saluer un par un les porte-drapeaux de moins en moins survivants, la fanfare militaire se donne un peu de plaisir « En passant par la Lorraine ». Ça c’est pour la Croix. « Les Gaulois sont dans la plaine ». Ça c’est pour... prendra qui veut. On attendait « Tiens voilà du boudin », mais c’est toujours imprudent quand il y a des dames.
Clémenceau disait : « la musique militaire est à la musique ce que la justice militaire est à la justice ». Et le coup de l’étrier ? On taraude à sec, militaire ! Mais non. Pas de vin d’honneur, pas de Madelon qui va servir à boire.
Chacun se sépare comme ça, sans cérémonie, on s’en va et puis c’est tout. Comme disent les pêcheurs, 18 juin ou pas, « on plie les gaules ».
Timéo Danaos

21juin

Gégé le rouge, en concert ce soir

Benoît Hamon va être  content. A la veille des manifs sur les retraites, voilà Gérard Collomb qui lève le poing, rouge s'il vous plaît (en chantant L'Internationale ?), à l'occasion de la fête de la musique. On le croyait plus proche du centriste Thomas Rudigoz, qui siège dans sa majorité, que de son camarade socialiste Jules Joassard, tout à la gauche du parti. Que nenni ! Pire, Gégé le rouge fait de l'antisarkozysme primaire, tel le premier Villepin venu en détournant la matrice présidentielle : « On travaille moins et on joue plus ».

Aux Potins, ça nous a plutôt faire rire. Horreur, infamie s'écrie le conseiller du 6e Thierry Mouillac sur son blog, « on incite en pleine crise nos concitoyens à en faire le moins possible en leur donnant l’illusion d’un monde dans lequel la seule finalité est donc le loisir : on joue plus ! Le message est choquant, mensonger et irresponsable ». Cool, Thierry. C’est bientôt les vacances. Faut se détendre. Et notre élu d’insister : « Non, non, je le répète, Gérard Collomb n’est pas un centriste, c’est bel et bien un homme de gauche et profondément ancré à gauche ». Voilà qui aurait le mérite d’en rassurer quelques uns au PS. Remarquez, à la vue de cette image, notre adjoint d’arrondissement s’est peut-être imaginé que les chars russes allaient débarquer place Bellecour dès le 22.

Ah mais en fait on s’est trompé. C’est pas une affiche du PS collombiste. Il s’agit de la communication institutionnelle de la Ville de Lyon. C’est ce qui s’appelle se mélanger les pinceaux. Plutôt étrange, non, de voir une mairie détourner une manifestation consensuelle (sauf chez les couche tôt) pour faire un peu de propagande en sous-mains ? Si ça continue, Collomb va donner jeudi leur journée aux agents de la Ville pour aller manifester et on le retrouvera en tête du cortège. A moins, bien sûr, que tout ne soit dans l’affichage…

17juin

Lundi, c’était la chanson de Roland

On a failli rincer le linge. La météo, qui fut joueuse pendant tout le mois de mai, avait promis d’arroser avec nous la Légion d’honneur de Roland Bernard, lundi soir au Dock 40. Mais finalement, grand chamboule tout entre les cumulo-nimbus, les stratus, et les cubitus. Ou les radius. Bref, tous les bras cassés de nuages qui dérèglent le temps. Aucun ne se met d’accord pour savoir qui y va et qui n’y va pas, et le ciel reste bleu.

Tant mieux pour nous. Car il y avait du beau linge. Quelque 700 invités qui se profilèrent sagement un à un devant des hôtesses aux blanches robes, pour décliner leur identité et leur titre de séjour temporaire au pince fesse. Queyranne, Mauduy, Collomb, Daclin, Soulier, Brumm, une bonne partie du conseil municipal. La profession, incarnée par Laurent Duc. Alain Eck représentant l’éternité de France 3. Jean-Pierre Vacher la perpétuelle résurrection de TLM. Et Jacques Haffner, Dieu sait quoi. Tous accueillis par un solide mojito. Il faut toujours reprendre des forces avant les discours.

Gabriel Paillasson ouvre le bal. Il est double-MOF en pâtisserie et glace, un vrai papa gâteau.  Il se charge de la pièce montée pour retracer l’histoire de la Légion d’honneur de 1802 à nos jours, avec toutes ses strates, ses galons, ses rubans, ses rosettes. Gérard Collomb célèbre 30 ans d’amitié avec l’honoré. En 1977, lui embrassait la carrière politique en devenant conseiller municipal, Roland embrassait Marie-Claude et l’épousait. Puis vient Nora Berra, secrétaire d’Etat à Toutuntadchoses. Elle retrace la carrière de l’impétrant, des championnats d’athlétisme au Paris-Dakar, des peintures industrielles à sa reconversion dans l’hôtellerie-restauration : Axotel, Charlemagne, Grand Hôtel des Terreaux, le Chalut.

Roland Bernard fut le premier des Perrachois à croire à la Confluence, alors qu’elle n’était encore qu’une queue de lézard oubliée derrière les voûtes. Mais c’est au titre de ses engagements dans la solidarité et la diversité, que : « au nom du Président de la République », voilà Roland transformé en brochette au revers de son veston. Il est ému. Il prend la parole. Avec ses cheveux frisés et son sourire à la Pierre Perret, on croit toujours qu’il va chanter une chanson, Les jolies colonies de vacances ou pire encore. Pas le genre. Pas de chanson de Roland.

Il se lance dans la philosophie, évoque les valeurs du sport : loyauté, humilité. Cite un proverbe africain : « si tu veux marcher vite, marche tout seul, si tu veux marcher loin, marche avec les autres ». Il insiste « à plusieurs, tout devient possible ». Collomb fait semblant de ne pas avoir entendu. Il évoque Marie-Claude, et juste à cet instant un énorme bouquet de roses atterrit comme par magie dans les bras de la dame. Tout le monde se lève, applaudit.

Bruno Gignoux doit avoir des projets pour sa fin de soirée. Il repart avec une étiquette « RESERVE » dans le dos, qu’il a dû arracher par mégarde au dossier de sa chaise. Roland Bernard n’en finit pas d’être congratulé. Nora Berra est aussi la reine de la fête. Véritable Miss Lyon, dans sa robe et souliers mauves, tout le monde veut se faire prendre en photo avec elle. Même Michel Dulac, le fleuriste, abandonne ses velléités de Spartacus, plus attiré par les glaïeuls que par les gladiateurs.

La fête continue jusqu’à ce que la nuit tombe. Rosé-blanc-rouge. Petits fours et canapés emberlificotés. Jambon à l’os de chez Gast. Fromages de MOF. On rentre par le tramway. On rencontre de plus en plus d’élus dans les transports publics ça permet de bavarder. Et puis c’est le seul endroit où on est sûr de ne pas croiser Rivalta.

Timéo Danaos

03juin

Apéricube géant aux Docks

Un cube orange croqué comme une pomme en deux coups de dents géants. Une façade métallique fine et dentelée comme une crêpe bretonne, c’est l’architecture la plus audacieuse du nouveau quartier des Docks, à la Confluence, inauguré jeudi soir. Le siège du groupe Cardinal. Qualifié de « kitsch et sans beaucoup de sens », par la directrice de la Maison de l’Architecture Rhône-Alpes, Valérie Disdier, qui ne se sent pas obligée d’encourager le talent.

La fête était prévue jusqu’à deux heures du mat’. On se pointe à l’accueil vers 22 heures : « Je suis journaliste... ». « On s’en fout », répond une charmante hôtesse avec un large sourire. Je suis le bienvenu quand même.

Evités les discours d’inauguration interminables, qui auraient vu Gérard Collomb et Jean-Christophe Larose (groupe Cardinal) se lancer quelques piques à fleurets mouchetés. Disons plutôt : quelques brochettes. Le thème de la soirée est : barbecue géant.

Evitée aussi de peu la prestation de la troupe de Mozart, la comédie musicale de Dove Attia et Albert Cohen, en show case exceptionnel. Mozart s’en remettra, depuis le temps qu’on l’assassine. Deux mille invités. La plus grande et « la plus belle fête de l’année », s’enthousiasme Erick Roux de Bézieux, qui ne touche pas terre. La foule est compacte. De beaux messieurs en costume et cravate de soie, cadres sup’, entrepreneurs. Des élus. Et toute cette pseudo jet set lyonnaise, ce bling bling de province, des commerçants du centre ville, décoration, arts de la table, restaurants, bars, boutiques de mode, de Pasherchik à Moshecher. Et vous, vous faites quoi dans la vie ? « Je vends des skis et des snowboards cours Vitton ». Il ne reste plus qu’à trouver celui qui vend de la neige.

Finalement, les écolos se sont affolés pour rien. Lors du dernier conseil municipal, ils s’inquiétaient de la disparition des blaireaux. Tant qu’il y aura des cocktails, l’espèce ne sera pas du tout menacée. Nicolas Le Bec s’est donné du mal. C’est lui qui a orchestré les ripailles. Il pose pour des photos-souvenir avec la gentillesse d’un Mickey à Disneyland. On lui doit les : paellas, sushis, moules marinières, assiettes de charcuteries et fromages, viandes grillées, ris de veau en brochettes. Et même un stand de bière et frites, pour donner un petit côté « port d’Amsterdam », auquel il ne manquerait que les marins qui  se comportent de manière très disgracieuse avec « les femmes infidèles ».

Et voilà qu’au détour d’un groupe de minets en maraude, on découvre le plus inattendu des étals : un banc d’huîtres. Ouvertes par deux écaillers, au fur et à mesure qu’on les déguste, les huîtres. Des marennes Oléron. Rien que pour cela on veut bien inaugurer n’importe quoi : une caserne de pompiers, un presbytère, voire même un siège du Modem. Comme un tabouret Ikea, par exemple.

La musique techno bat la sarabande, quand une voix de DJ girl impérieuse appelle tout le monde à se rassembler sur l’esplanade pour le feu d’artifices. Il sera tiré d’une barge, de l’autre côté de la Saône. Une pétarade fort honorable, bonne séance de rattrapage pour les Lyonnais qui ont été privés de gerbes de feu l’an dernier.

Enfin, on a le droit de toucher aux coupes de champagne servies discrètement pendant le tumulte. Le Dock 40 rouvre alors en format discothèque. Les minets se ruent sur le dancefloor, il leur reste deux heures pour pécho. Il est temps de rentrer par le dernier tramway. Trois filles blacks à jupe courte l’attrapent de justesse. Elles s’interpellent en riant dans une langue inconnue. Elles ne peuvent s’empêcher de brancher encore quelques passagers, mais juste pour jouer, leur journée est finie. Le tramway file dans la nuit, avec des fêtards aux yeux pleins d’étincelles, des étudiants désœuvrés, un clodo bien amoché, et trois filles de rue à qui leur « protecteur » n’a pas laissé de quoi se payer un taxi.

Timéo Danaos

27mai

Le développement durable, c’est long, surtout vers la fin

On allait porter en triomphe les héros du développement durable, nus sur un bouclier en rotin, vêtus d’une simple feuille de vigne non sulfatée, couverts de pétales de tournesol qui se dressent délicatement vers la lumière. Les premiers « Trophées » ouvraient à la Cité internationale, patronnés par Le Progrès et le Barreau de Lyon, qui n’y connaît rien non plus.

La réalité fut plus austère. On arrive à 17 heures dans l’atelier 3 « se déplacer en ville ». Le vert est plus qu’à moitié vide : 30 personnes éparpillées dans une salle de 300. Josiane Beaud, de la SNCF, a sa tête des mauvais jours. Elle porte un costume couleur mayonnaise, qui n’arrive même pas à égayer la salade. Le directeur des services départementaux se lance dans un joyeux plaidoyer pour le covoiturage « qui ne coûte presque rien aux finances publiques ».

Seul Bernard Rivalta se montre d’humeur guillerette. Il n’arrête pas de plaisanter aux dépens (si l’on ose dire) de Queyranne : « quand je dis qu’il me doit des sous, il me doit des sous ». On imagine une petite fée du Sytral qui lui glisserait à l’oreille : « Et toi, mes 161 000 euros, quand est-ce que tu me les rends ? ». Mais ce n’est pas le moment de la ramener. Bernard l’Artiche n’est pas tendre avec la profession « contrairement à ce qu’ont expliqué certains journalistes imbéciles, on n’est pas dans le mur ». On n’est pas dans la dentelle non plus. Et voilà qu’un quidam fait remarquer que sur les invitations à cette « journée du développement durable », on mentionnait bien les deux parkings P1 et P2, mais nullement les trois lignes de bus. Personne ne semblait s’en être aperçu, donc tout le monde est venu en voiture. CQFD.

La grande cérémonie des trophées était annoncée à 19 h 30, retransmise « en direct sur TLM ». Elle démarre vers 20 h 15. Les téléspectateurs se sont-ils tapés des écrans de pubs pour patienter ? Ils ont dû en manger, de la salle de bains Yves Perdosa !

Coté cour un salon, fait de fauteuils en rotin (ah, quand même !). Coté jardin, un bar décoré de feuillages en nylon et de faux palmiers en plastique. Une jeune hôtesse joue les utilités, habillée en feuille. Artificielle, bien sûr. Sandrine Audin (TLM) et François Guttin-Lombard (Le Progrès) présentent les lauréats un par un. Ou plutôt un parrain. Une entreprise couve de son aile chaque trophée, ce qui lui permet de diffuser un film à sa gloire sur les antennes de Tout-Lyon-tout-le-temps. Puis elle se soumet aux questions incisives des deux journalistes : « Etes-vous concerné par le développement durable ? » ou « Est-ce que vous pensez que votre entreprise doit montrer l’exemple ? ».

Le buffet devait sonner comme une délivrance. Erreur. On a voulu bien faire les choses. Contre un mur, un étal de marché propose des choux-fleurs, des poireaux, des carottes, des poivrons. Ce sera tout pour les grosses légumes. Collomb a ouvert la séance ce matin, il parait qu’il y avait un peu de monde. Mais la moitié du public est partie avec lui. Même Rivalta a dû se tirer avec les radis.

Il règne une ambiance aussi joyeuse que lors du premier enterrement de Grand-Mère, dans ce hangar à cocktail. On a fait dans le naturel pourtant. Des jus de fruits d’agriculture raisonnée, des brochettes d’ananas. Au milieu des eaux minérales avec et sans bulles, trône une monstrueuse bouteille de Coca Cola, insolente, hérétique, mais fermée. On se rabat sur le beaujolais bio. On a failli le confondre avec un verre de jus de groseille, mais l’instinct du cocktailophile veillait. Finalement, on s’amuse plus chez les écolos. Mais là, il n’y en avait pas.

Timéo Danaos

20mai

Un petit air d’Aderly

Entre 12 et 14 heures, il n’y a pas de temps à perdre chez les professionnels. Jeudi dernier, l’Aderly convoquait une conférence de presse pour présenter son bilan, en rouge et en noir, mais tout de même en demi-teinte. Rendez-vous au Palais du Commerce, dans la salle dite : des agents de change. Mais comme il n’y en a plus, ce sont les journalistes qui rendent la monnaie.
On arrive à la bourre. Collomb vient de parler. Pour une fois on a réussi à arriver plus en retard que lui. C’est au tour de Bernard Fontanel, le président du Medef. Morose, à cause de la crise : « on est en train de perdre des emplois industriels ! ». Mathiolon hoche la tête. Il risque de perdre le sien aussi. Comme président de la CCI. Daclin reprend : heureusement, il y a la marque OnlyLyon, qui s’affiche en ce moment dans les aéroports d’Europe. Ça doit distraire les voyageurs immobiles, bloqués par le nuage de l’Eyjafjöll. OnlyLyon se vend bien, c’est devenu une référence. Avant il n’y avait que l’OL pour porter les couleurs de la ville. Or le foot et le business sont deux choses différentes (faudrait quand même en parler à Aulas). Une vingtaine de journalistes écoutent studieusement. Ils prennent des notes avec le stylo OnlyLyon qu’on vient de leur offrir, design sobre et élégant, tout en lignes courbes et profilées, une carrosserie genre Carla Bruni, à tête rétractable.
Et vient le temps des questions. Il faut aller vite, à 14 heures le travail reprend. Une consoeur tire la première salve. Est-ce son tailleur vert qui lui déteint dessus ? « Monsieur le maire, avec tous ces déplacements en avion votre bilan carbone doit être désastreux... ». « J’ai pris des mesures, plaisante Collomb. J’ai interdit à tous mes partenaires écologistes de circuler autrement qu’en TGV, ça compense ». Puis il doit se souvenir de la mésaventure de Gordon Brown la veille, et de la carrière que peut faire une simple phrase malheureuse, pourvu qu’un journaliste indélicat s’amuse à la répéter. Non-non, rectifie-t-il, mais en fait je ne peux pas faire autrement, on ne va quand même pas tout arrêter et s’isoler dans son coin. Et puis les constructeurs d’avions vont bien finir par trouver le moyen de consommer moins de carburant, les green technologies, tout-ça tout-ça. La dame est à moitié convaincue et son tailleur est toujours vert.
Rendez-vous au premier étage pour le buffet dit « déjeûnatoire » (on n’est pas à l’Académie Française). Aux murs du salon, les portraits de tous les ex-présidents de la CCI. Pas des rigolos. On a l’impression que ça les ennuie profondément de gagner de l’argent. C’est un peu comme le devoir conjugal, il ne faut pas avoir l’air d’y prendre du plaisir.
On sert un breuvage nommé Pommery et qui n’a rien d’un cidre. Du coup on se laisse aller à fêter ce qu’on veut, les pas-trop-mauvais résultats de l’année, la future sortie de crise, un jour, on verra bien, et le printemps qui nous rend visite pour la journée. Mathiolon ne quitte pas son air sombre, Fontanel affiche le sourire confiant du patron qui ne sait pas où il va. Et Jacques de Chilly garde un pied dans chaque chaussure, d’un côté l’Aderly, de l’autre OnlyLyon.
On décide de prendre le buffet à rebrousse-poêle, de commencer par le fromage et de remonter tout doucement jusqu’aux entrées. On croise au passage un riz aux Saint-Jacques, sans corail (encore une grève de la SNCF !) et on termine sur du saumon et du flétan fumés, accompagnés d’un hareng de plus basse extraction. Ici ou là, des canapés à une demi-place sur lesquels on ne s’étend pas, crevette par-ci, microtomate confite par là. Le Mâcon final est le bienvenu.
Collomb papillonne un peu et puis s’en va faire oublier son bilan carbone. 13 h 30, tout est bouclé. A propos, un journaliste qui fume, ça produit combien de CO2 par an ?
Timéo Danaos

07mai

Fiançailles multisexe à Chiroubles

Pour réussir des fiançailles, il faut deux partenaires, si possible de sexe différent. Mais pas forcément. En Beaujolais, on ne s’embarrasse pas des convenances. On le fait volontiers à trois et même dix fois d’un coup. Samedi s’ouvrait à Chiroubles la dixième Fête des Crus. On y célébrait les fiançailles entre la belle bouffe, le vin et la ville. Pour la belle bouffe, dix toques blanches emmenées par Christophe Marguin. Pour la politique, on pouvait trouver dix toqués, Les Potins se seraient fait un plaisir de donner des noms. On préféra inviter les maires des neuf arrondissements, et la mairie centrale. Enfin les vignerons. Dix de chaque, pour les dix crus. Il s’agit de faire revenir le Beaujolais à Lyon. Le « troisième fleuve », si l’on en croit la tradition qui veut qu’il y coule aussi dru que le Rhône et aussi tendre que la Saône (d’ici à ce que Collomb veuille en aménager les berges !).

10 h 30, les officiels ne sont pas encore là. A la Maison des Vignerons tout est en place, un long bar elliptique, toutes les bouteilles rangées sur leurs rayons, certaines ouvertes et déjà bien vérifiées. Il fait frais comme dans une cave, et les vignerons en grande tenue insistent pour qu’on se joigne à eux aussi sec, afin de commencer la dégustation. Comme on a la mémoire des traquenards, et qu’on ne veut pas confondre « fêtes des crus » et « prendre une cuite », on joue l’esquive. Les premiers officiels arrivent. Les maires d’arrondissement portent une boîte carrée ornée d’un joli ruban : le cadeau de fiançailles. Bague en brillants ? Jarretière ? Sextoy ? Mais qu’y a-t-il donc dans ces boîtes ? Il faudra attendre la fi n de la cérémonie pour en avoir le coeur net.

Tout le cortège rejoint la Maison des Vignerons où la température grimpe d’un coup. Dix crus à déguster, chacun en une vingtaine de variétés, ça fait plus de deux cents bouteilles. Les plus avisés recrachent au fur et à mesure le divin breuvage. Et à cet exercice, les politiques sont imbattables, nul ne sait mieux qu’eux tenir le crachoir. Déjeuner VIP. Cinq cents personnes sur des bancs en bois. Mercier vient d’arriver attiré par l’odeur de cuisine. Pour lui et Jean-Michel Daclin une cérémonie émouvante va se dérouler. Ils vont être intronisés « Damoiselles de Chiroubles ». Ils prêtent serment la main sur le coeur de toujours chanter les mérites de la robe de rubis. On leur remet une médaille dorée, lourde comme un couvercle de cocotte-minute. On leur épargne le petit tailleur blanc à bordure violette qui va avec. Officiellement, ils ne sont que chevaliers des Damoiselles. Dommage, la photo aurait déjà fait le tour du web.

Enfin les fiançailles commencent. Remise de cadeaux, les chefs offrent un livre sur l’histoire des toques blanches, les vignerons deux de leurs meilleures bouteilles, et les maires la mystérieuse boîte carré avec le ruban croisé. Qui cache quoi ? Un diable lubrique ? Une langue de belle-mère ? Un kama-sutra en 3D ? Que peut-on bien offrir un jour de fiançailles ?

Broliquier a oublié sa boîte, le temps d’aller la chercher et le 2e arrondissement se retrouve derrière le 4e. Fiancé avec le Brouilly après s’être brouillé avec l’UMP. Le Chenas avec le 1er, le Chiroubles avec le 3e, le Juliénas avec le 4e, le Côte de Brouilly avec le 5e, le Morgon avec le 6e, le Fleurie avec le 7e, le Moulin à Vent avec le 8e, comme ça tombe bien ! Et le Saint-Amour avec le 9e, « pourvu que ça dure... », semble se dire Alain Giordano.

Quant à la mairie centrale elle hérite du dernier des crus, considérant que Collomb est appelé à Régnié encore pendant quelques temps. Et chacun repart avec ses cadeaux sans ôter le ruban. Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir dans ces boîtes carrées ? On ne le saura jamais*.

Timéo Danaos

* La réponse est dissimulée dans le journal.

22avr.

Coeur d’archi show

Jeudi dernier, dans les salons rouges de l’Hôtel-de-Ville, le Prix de la Jeune architecture couronnait de lauriers les élèves de l’Ensal, venus de Vaulx-en-Velin tête nue.

A l’entrée, on remettait un catalogue carré, lourd comme un gigot d’agneau avec os. Papier glacé, photos, croquis, quadrichromie, l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Lyon avait fait les choses en grand et en vert. Un recueil de projets quelques fois délirants comme celui de tours jumelles dans le cœur de Vaulx-en-Velin avec discothèque au sommet. Ou d’exaspérations verbales comme cette citation de Pierre Restany « c’est la réalité sociologique toute entière, le bien commun de l’activité des hommes, la grande république de nos échanges sociaux, de notre commerce en société, qui est assignée à comparaître ». Ça ne doit pas aider à trouver l’entrée de l’immeuble !

Par bonheur, Gilles Buna n’avait pas lu Restany. C’est lui qui officiait au nom de la Ville de Lyon comme figure tutélaire. Il jouait le rôle de Sainte Barbe, patronne des architectes, bien qu’il ait rasé la sienne. Disert, selon son habitude, il commence toutes ses phrases par « je dirais » et il le dit. Buna parle en colimaçon - ce n’est pas une nouvelle obédience - il improvise, tourne en rond, revient sur ses pas. Il fi nit par s’en rendre compte : « je suis en train de broder ». Il passe donc le napperon à la directrice de l’Ecole pour qu’elle termine l’ouvrage.

Nathalie Mezureaux s’empare du pupitre, pose dessus une liasse de papiers. On sent qu’on n’y échappera pas, elle lira jusqu’au bout. Tout le monde sera remercié et il saura pourquoi. Enfin les lauréats sont graciés. Elise Duriez, pour une « promenade séquencée villeparc » sur le campus de la Doua. Laurie Mercusot pour une « redéfinition des espaces résiduels existants », sur le campus de Vaulx-en-Velin. Sixte Dousseau de Bazignan pour une « colline artificielle » derrière la gare Saint-Paul. Luc Lefèvre, pour une école de musique visant à « insinuer des porosités entre l’art et l’architecture ». Et Elena Mass pour des « îlots de végétation spontanée », jouant le rôle de « mur-filtre » en abritant des « maisons d’été locatives » sur la pointe de la Confluence.

Aucun de ces projets ne devrait jamais voir le jour, Collomb peut dormir tranquille. Ou plutôt se contenter de ses insomnies habituelles faites d’OL Land, d’Hôtel-Dieu, de berges de Saône et d’Etienne Tête. Et puis tout le monde rejoint les buffets. Un protocole tacite fait que les professionnels installés, en col Mao ou veste de velours, croisent peu les étudiants habillés en étudiants, c'est-à-dire souvent en n’importe quoi.

On entrevoit Pierre Franceschini, l’architecte des Bâtiments de France, le Raminagrobis de la profession, moustache drue, lunettes carrées, le genre de matou qu’on ne risque pas de confondre avec un chat de gouttière. Dans un coin, une séance photo s’est improvisée. On a collé les cinq lauréats contre le mur et le défi lé des i-phones commence. Tout cela finira sur Facebook.

Le buffet propose du kir, des bouteilles de vin blanc plongées dans des bassines de glace, du jus de pêches de vigne. Et du Perrier, mais cette fois-ci « à petites bulles ». Encore un petit métier ignoré du grand public et qu’on a peine à imaginer : trieur de bulles chez Perrier !

Une jeune fi lle se débat avec un drôle d’amuse-gueule qui mérite bien son nom : une quenouille formée d’un spaghetti qu’elle essaie en vain de dérouler de sa brochette. Nous nous réfugions sur des valeurs sûres composées uniquement de denrées connues. Un catalogue, un kir, des congratulations, et voilà. Une centaine de nouveaux architectes vient d’être expédiée dans le vaste monde. Pour le meilleur et pour le pire.

Timéo Danaos

16avr.

Collomb joue les fils de l’air

On se doutait que Collomb se sentait pousser des ailes, on en est sûr maintenant. Pas des ailes d’ange, ce n’est pas avec ça qu’on fait une carrière politique. Des ailes de coucou ou de Falcon, c’est selon. Vendredi, il concélébrait l’inauguration d’une extension de l’aéroport de Bron, celui réservé à l’aviation d’affaires.

Le Hall 8 déjà, il fallait trouver. Nous le cherchions benoîtement entre le 7 et le 9, mais non. A moins qu’il soit rendu invisible aux moldus, comme chez Harry Potter. Selon une mystérieuse arithmétique, le Hall 8 a été construit juste avant le Hall 1, au pied de la tour de contrôle, à une main de l’aérogare. Un indice a fini par nous guider : des voitures de fonction, des flics en faction, un tapis rouge et surtout un camion de traiteur.

Dans un hangar fait pour abriter neuf avions, une estrade et des sièges avaient été montés. Et sur l’estrade : Yves Guyon. « Discrétion et efficacité », sont les deux mamelles de l’aviation d’affaires proclame-t-il en substance. Mamelles qui devraient être multipliées par trois, si tout va bien, dans les années à venir. Oui, confirme Guy Mathiolon, car il y a bien un « s » à Aéroports de Lyon.

Puis Gérard Collomb s’empare du pupitre et prend son envol : « Quand nous rentrons d’un match avec Michel Mercier... ». L’OL donne des ailes. Voilà qu’il plane au-dessus de l’Est lyonnais, « des territoires d’avenir », et fait défiler le panorama de ses projets urbains, OL Land compris.

L’assistance, composée de managers de la région, s’en tamponne imperceptiblement le coquillard. Mais Collomb s’envole vers un avenir où le ciel de Lyon deviendrait la deuxième porte d’entrée du territoire français et lui-même serait porté par on ne sait quel nuage.

Sur le plancher des vaches Michel Mercier s’impatiente. Son tour arrive. L’ex-sénateur, toujours-président, enfin-ministre commence par observer que tout a déjà été dit. Il en faut davantage pour arrêter un Mercier qui a envie de parler. Il parle, donc. Nul ne saurait se souvenir de ce qu’il a dit, mais c’était fort sympathique. Mercier conclu, on lance un film tonitruant avec une musique à 120 décibels, le bruit d’un Airbus au décollage. Pour fêter les cent ans de l’aviation lyonnaise, on se projette en 2050, l’aéroport compte quatre pistes au lieu de deux, et 25 millions de passagers au lieu de huit. Personne n’a encore rien bu, mais déjà l’inauguration monte à la tête.

Le buffet se tient sous un chapiteau en plastique transparent, sorte de tente à oxygène pour crise économique au bord de l’asphyxie. On y sert des bulles, du vrai champagne. Michel Forissier s’extasie devant le jambon cru tranché en direct, de quoi vous réconcilier avec les inaugurations prestigieuses. Des messieurs en complet « executive » se congratulent conjointement et réciproquement, une flûte à la main. En flûtes aussi, une Arielle Dombasle à longues jambes se donne des airs de Barbarella de cuir noir. Une autre chouchoute dans ses bras un caniche renifleur qui lui sert aussi de goûteur et un peu d’essuie-tout. L’animal ne sait plus où donner de la truffe, lui non plus.

Voilà qu’on apporte l’attraction finale : une fontaine de chocolat dans laquelle on vient  tremper une brochette de fruits. Amusant mais délicat. On s’en met un peu partout au point d’être obligé de s’en lécher les doigts. On croit avoir entendu une dame proposer son aide pour cette délicate opération. On a sûrement mal compris. Visiblement les transports aériens rapprochent les personnes. De l’autre côté du hangar, Gérard Collomb est interviewé devant un jet privé, un zinc capable de vous expédier à l’autre bout du monde et de vous ramener avant le prochain remaniement ministériel, comme dirait Alain Joyandet. Pour peu qu’on trouve un courant porteur.

Timéo Danaos

08avr.

Il était beau, mon légionnaire...

« La légion d’honneur, ça ne sert à rien de la refuser, il faut se débrouiller pour ne pas la mériter ». Selon cette maxime de Maurice Maréchal*, Robert Batailly a tout faux. Après avoir été fait chevalier puis officier, il était cravaté lundi « commandeur de la légion d’honneur ». Ruban rouge autour du cou avec l’étoile à cinq rayons doubles, le roi n’était pas son cousin, l’Empereur, si. Tout le Musée Grévin des notables lyonnais était venu l’acclamer, qui des entreprises, qui de la politique, de l’armée, du clergé, de la gauche, de la droite, et aussi de la franc-maçonnerie, tant l’homme est connu pour porter le tablier.

A droite de l’estrade, dans le grand salon doré de la préfecture, il y a quelques rangées de chaises pour les invités vintage. Ses conscrits ne sont plus de la première jeunesse, il est né en 1934. Et les discours allaient être longs, très longs. La salle comptait au moins autant de rosettes que le Parc de la Tête d’Or, quelques rubans bleus du Mérite, des épinglettes du Rotary, et même des distinctions plus énigmatiques, comme des crocodiles brodés sur des polos. Vu l’âge des participants, leurs coiffeurs respectifs nous offraient un festival de couleurs qui n’existent pas dans la nature, mais qu’on trouve couramment au rayon des jouets, sur la tête des poupées. Des champs de blés, des vieilles souches, des pruniers, des acajous, des écureuils, des flamboyances acryliques, des hérissons en nylon noir, et même une curieuse choucroute qui a dû rester coincée sur son crâne, depuis la période Bardot. Si Louis la Brocante passait par là, il aurait raflé le lot.

Mercier parle. Il salue Batailly qui est un « pays ». Comme lui, il vient de Bourg-de-Thizy où sa mère tenait le bistrot de l’Hôtel-de-Ville. Est-ce là qu’a germé l’idée de s’inscrire au Parti radical ? Il paraît que la politique s’y faisait à table. Aujourd’hui, c’est plutôt dans l’arrière cuisine. Mercier retrace toute la carrière de Batailly, commencée sous Doudou terminée sous Gégé, à la ville et au département. A ses côtés Nora Berra, chargé des aînés et donc en plein repérage. C’en est assez, tu l’a bien mérité, dit en substance Mercier avant de le cravater fermement.

Puis viennent les remerciements. Batailly lit un véritable annuaire téléphonique de tous ceux qui ont joué un rôle dans sa carrière. La liste est aussi longue qu’un comité de soutien à Queyranne, en comptant ceux qui n’ont rien demandé. On comprend pourquoi les mamies s’étaient dépêchées de squatter un siège. Elles en profitent pour hiberner en attendant la fin de la sonnerie aux vivants.

Enfin, c’est le cocktail et tout le monde s’achemine précautionneusement vers les buffets sur un plancher tout de même ciré. C’est la fête. Sauf pour Robert Batailly pour qui le disneyland continue. Tout le monde veut le congratuler à commencer par Queyranne et Collomb. Embrassades, accolades fraternelles, chacun veut se faire photographier avec lui. On se croit commandeur de la Légion d’honneur et on se retrouve Père Noël aux Galeries Lafayette.

Le crémant de bourgogne est de retour, avec son compatriote le cassis. Dans un coin, un ecclésiastique broute une carotte accompagnée d’un jus de pêche de vigne. Deux mamies passent d’un buffet à l‘autre et réciproquement avec une gourmandise persévérante. Il y a aussi du beaujolais, du kir et du cognac. Bon-bon-bon. Ce n’est pas parce qu’on est l’invité d’un franc-maçon. Mais il s’agit tout de même de garder le compas dans l’œil et de rentrer d’équerre.

Timéo Danaos

 

* Maurice Maréchal, fondateur du Canard Enchaîné.

25mar.

Pince Monseigneur

C'est sur ses domaines que l’archevêque de Lyon devait inaugurer une rétrospective du peintre lyonnais Jean Couty. Tout d’abord il fallut gravir les pentes de Fourvière à la ficelle, entouré d’un agglomérat de Chinois ébahis et moyennement rassurés.

Devant le Musée d’art religieux, le hasard de la queue nous place juste derrière une silhouette grise, vêtue d’un vieux pardessus et d’une casquette populaire, qu’on aurait prise pour Krazucki de dos, tant les voies de Dieu sont impénétrables. C’est Philippe Barbarin. Il ne restait plus qu’à prendre un air chanoine et à s’infiltrer à sa suite pour parvenir rapidement jusqu’au sain dessein : vernir cette exposition. La cérémonie allait se dérouler sous un marabout, au milieu de la cour. Un marabout en terres catholiques, décidément l’Eglise n’est pas sectaire !

Plus de cinq cents personnes se pressent ici, d’à peu près tous les âges à partir de soixante ans. Un manteau en fausse panthère d’acrylique côtoie d’autres fourrures plus européennes et surtout plus authentiques. Seule Alexandrine Pesson nous béatifie d’un long manteau violet d’un ton rigoureusement épiscopal.

Il semble que chacun ait quelque chose à confier à son évêque et Barbarin passe de bouche à oreille, comme une absolution. Tout d’un coup quelqu’un crie « chuut ! ». Et tout le monde se tait. Mais une autre voix proteste : « mais non, vous pouvez parler ». Et tout le monde reparle. Ça se passe comme ça, sur la colline qui prie. Les ouailles s’affolent pour rien.

« Place, place ! » La foule est trop dense. Les organisateurs se rendent compte que le maire de Lyon ne pourra pas passer. Ils font donc dégager un couloir de 1,5 m de large. Un Collomb équilatéral d’1,5 m, l’auraient-ils confondu avec Raymond Barre ? Collomb parle. Quand il était jeune, il rendait visite à Jean Couty dans sa maison de l’Ile Barbe. Ils buvaient du champagne et Madame apportait des gâteaux. Couty  croyait en Dieu et Collomb croyait en son destin.

Puis Barbarin parle. Quand il était enfant, lui sautait sur les genoux d’une nonne capucine qui s’est révélée être la sœur du peintre. Le monde est petit. Du moins le petit monde de Don Camillo. Barbarin minaude, saute d’une anecdote à l’autre, grimpe dans les aiguës pour ces envolées dont il a le secret, replonge dans les graves, plus confidentielles, et se raccroche toujours aux saintes écritures.

Puis le carré VIP part en procession à l’intérieur de l’exposition. Bernard Gouttenoire, l’homme au cou en écharpe, s’est mis en tête de transformer la visite en chemin de croix. A chaque station, une anecdote, une analyse savante... une pénitence. Ça n’en finira jamais ! Toutes les église peintes par Jean Couty y passent et il y a là la moitié de la chrétienté. On croise le portrait de Pie XII, celui que Benoît voudrait canoniser, quand d’autres préféreraient le voir carboniser. Collomb et Barbarin devisent comme deux compères.

Enfin Gouttenoire nous libère et on s’esquive jusqu’au buffet, protégé par un barrièrage humain improvisé par les bénévoles de la Fondation Fourvière. A l’intérieur on ripaille saintement, c’est à dire frugalement. Des jus de fruits et du très païen Coca-Cola. Un officiant se saisit d’une bouteille d’un crémant pétillant comme un séminariste. Il sert dans des gobelets en plastique de vraies rasades de mécréant. On s’offre des tranches de pâté en croûte coupées en deux, façon manteau de Saint-Martin. On savoure le plaisir malicieux de bouffer du jésus en tranches sous l’œil attendri d’authentiques grenouilles de bénitier.

Timéo Danaos

18mar.

Pince-femmes à l’Hôtel-de-Ville

Peut-on se moquer du jour de la femme le jour de la femme ? Non. Mais trois jours après, au moment de la sortie du journal...
Lundi à l’Hôtel-de-Ville, deux manifestations étaient prévues, l’une par un club de boulistes, l’autre par quatre organisations de femmes d’entreprise. Dans deux salons du premier étage : à droite les boules, à gauche les femmes.
Sous le haut patronage monté sur une estrade de Gérard Collomb, le colloque « Supplément Dame » s’ouvrait donc dans le plus grand, le salon Bling-Bling. « On est tous des femmes », comme devait dire plus tard Marie-Claire pédégère de TNT Express. Il y a bien quelques hommes disséminés ici ou là, mais leur présence paraît aussi incongrue qu’une tâche suspecte sur la soutane du pape.
D’ailleurs, Collomb passe dessus sans les voir et ouvre son allocution d’un tonitruant : « Mesdames ». Et il enchaîne : « Nous avons besoin de la créativité des femmes ». Juste avant de glisser sur sa propre peau de banane, voulant témoigner à quel point « le regard des femmes sur la fonctionnalité d’une ville est quelques fois intéressant ». Quelques fois ? Houuu ! Protestations, chahut poli mais ferme... Collomb ramasse son épluchure : « ...est TOUJOURS intéressant ». On l’a échappée belle.
Il termine par une fleur de rhétorique avec tous ses pétales : « vous aurez gagné votre combat quand c’est nous qui seront obligés de demander la parité pour les hommes ». Il aurait pu dire « le jour où nous appliquerons nous-mêmes la parité » mais ça, c’est comme arrêter de fumer : je commence demain. Et demain ce n’est pas le jour de la femme.
Dans la salle, près de cinq cents cheffes d’entreprises. Tailleurs, escarpins, robe de velours marron glacé, un manteau de fourrure qui n’a pas obtenu la permission de vestiaire, du beau linge. Au plafond, des moulures d’hommes nus semblent contempler ce spectacle comme autant de chippendales assagis et désabusés.
Inégalités par ci, plafond de verre par là, toutes les injustices qui frappent les femmes dans le monde du travail y passent. Pourtant, dans la région, les femmes créent 35% des entreprises, contre 26% au niveau national. Et leurs réseaux s’organisent : Action’Elles, HEC Femmes, FCEL (Femmes chef d’entreprise de Lyon). Enfin, Thérèse Rabatel vient rappeler comment l’éducation formate, dès le plus jeunes âge, les détestables petits machos que nous adorons être. Et tout se termine par un cocktail.
On s’attend à quelque chose de light, des brochettes de fruits et légumes frais comme dans les snacks branchés de la Part-Dieu, des petites salades pour lapins comme dans les bistros du centre-ville à midi. Pas du tout, c’est du bon gros cocktail avec canapés de saumon, foie gras, œufs de lompe. Des petits friands, des petites quiches. Et des mignardises sucrées dont les diététiciens ne veulent même pas prononcer le nom.
Qu’importe. L’assistance se jette dessus avec la férocité d’une réunion de Weight Watchers qui tourne au désastre. On ne retient plus rien. Dans les verres, du kir, du vin blanc, et une curieuse mixture rose épaisse... on aurait retrouvé le jus de goyave de Florence Foresti ? Non, de la pêche de vigne, boisson et dessert.
La circulation est rendue difficile par les sacs à main portés sur l’épaule. Dans le salon vert on salue le portrait de Joseph-Marie Jacquard, avec ses faux airs de Didier Barbelivien en fin de carrière se demandant s’il n’aurait pas mieux fait d’apprendre la guitare. Aujourd’hui ce sont les femmes qui font du business, Papy, il n’y en a pas encore d’accrochée au mur, mais ça ne saurait tarder.
Timéo Danaos

11mar.

Verni soit qui mal y pense

Chaque semaine Les Potins d’Angèle refont le portrait des personnalités lyonnaises, et pour beaucoup moins cher que la chirurgie esthétique : 2 euros.

De la même manière, le résultat est parfois déconcertant, mais tant que les victimes s’efforcent, dans la vraie vie, de ressembler à leur caricature, tout va bien. On finirait même par se dire qu’ils sont pires en vrai.

Lundi soir au Cintra (à lire ici et à voir ), Les Potins avaient convié les élus lyonnais à un auto pince-fesse en forme de vernissage. Les dessins de Castillon et Fiche ornaient les murs, les vrais gens passaient devant. Il s’agissait de déterminer qui de la caricature ou du modèle était le plus ressemblant.

Castillon était aux anges. Pour une fois il avait toutes ses cibles préférées à portée de main. Armé de son carnet à dessins il croquait tout ce qui passait, avec la gourmandise d’un François Turcas devant un buffet de Pignol.

Très à son aise, Gérard Collomb avait l’air de s’inaugurer lui-même, un peu comme s’il était ses propres berges du Rhône. Il en profita pour souhaiter vingt ans de bonheur aux Potins, ainsi qu’à lui même à la tête de la ville. Au grand désespoir de Nora Berra, effondrée.

Queyranne, en pleine biennale d’art contemplatif, se découvrait en « Président des Brosses » et philosophait sur Pierre Desproges qui n’avait pourtant jamais vu un peigne.

Nora Berra, de plus en plus dame du monde, voulait se concilier les faveurs d’Angel Boss en lui offrant un portrait de lui-même, mi-ange, mi-démon. Angel Boss, patelin complimentait tout le monde mais, même quand il fait patte de velours, le matou garde ses griffes.

Tout le monde était venu. La droite, la gauche et la plupart des centres. On aperçût Michel Havard, sous un feuillage, près d’une plante en pot et de beaucoup d’autres qui croyaient ne pas l’être.

Le fan-club parisien de Nora Berra, découvrant le microcosme lyonnais avec l’air d’un énarque parachuté par erreur au milieu de la Ferme Célébrités.

Emmanuel Hamelin remontant la foule comme un saumon en période de frai... trop tard, les listes sont faites.

Richard Brumm, satisfait que le cocktail ne coûtât rien au contribuable renonçant  du coup à compter les cacahuètes. Roland Bernard, passant de bras en bras, comme s’il n’en finissait pas de fêter sa légion d’honneur. Jean-Yves Sécheresse, en loden de gauche, tenue de rigueur des festivaliers d’hiver. Fabienne Lévy, en manteau lamé argent, prête à servir de porte anti-feu en cas d’embrasement généralisé. Aucun risque.

Au bar, le patron Jean-Michel Muller avait respecté scrupuleusement les équilibres politiques de cette ville raisonnable : 50/50, les kirs à droite, les communards à gauche. Et bien sûr, selon la stratégie dite du cross-over, la droite se jetait sur le communard pendant que la gauche se tapait le kir.

Tout le monde embrassait tout le monde, dans une grande papouillerie chaleureuse qui aurait presque fait oublier la distribution de ramponneaux au conseil municipal une heure plus tôt.

Tout le monde ? Non. Un petit îlot de centrisme résistait encore et toujours aux convenances : Azouz Begag n’était pas venu. La réincarnation facétieuse d’Edouard Herriot reculant devant le mâchon ! Et en plus au Cintra ! Il est vrai que cette respectable maison n’a jamais vu passer un tabouret Ikea. Mais après avoir vu et revu tous les dessins, dans un grand élan d’hypocrisie consensuelle, chacun déclarait trouver très drôle le clown qui lui ressemblait et se consolait en se disant qu’il existe une chose bien pire que d’être caricaturé. C’est de ne pas l’être.

Timéo Danaos

29janv.

Lyon recherche adjoint(e)

Chic ! Le Modem n'est décidément pas avare pour ces régionales. Le couplet sur le cumul des mandats, ce n'était pas de belles paroles en l'air. Dans sa grande mansuétude, Azouz Begag a décidé de nous offrir un échantillon test de ses promesses en la personne d'Anne-Sophie Condemine. Vu les relations entre nos deux centristes - qui peinent à se dire bonjour - il fallait oser. Quelle belle preuve de confiance de la part de l'ancien ministre.

L'adjointe au  maire de Lyon va nous permettre de passer à l'épreuve des faits la croisade lancée par Begag contre le cumul des mandats. Même avec toutes les restrictions apportées par ses colistiers. L'élue du 7e pourrait se retrouver dans LE cas proscrit: conseillère régionale ET membre d'un exécutif municipal (la ville de Lyon, une paille...).

Autant prendre les devants. Même si les listes du Modem ne seront ratifiées que la semaine prochaine, Gérard Collomb peut donc commencer à réfléchir au nom de la personne qui sera 8e adjoint(e) à Lyon. Nul doute qu'à peine élue, le 22 mars au matin, Anne-Sophie Condemine va présenter sa démission du poste qu'elle occupe.

On sait, c'est si le Modem fait plus de 10% ou s'il fait plus 5% et qu'il fusionne et si l'adjointe lyonnaise fait partie des repêchés, avec des si...

Voilà qui va permettre de voir s'il n'y a que la campagne de Azouz Begag qui est "décalée" ou si ses engagements le sont aussi... avec la réalité. Tout ceux qui verraient là-dedans de mauvaises manières faites à Anne-Sophie Condemine auraient vraiment mauvais esprit.

02janv.

Si Ferney m'était conté: Episode 6, Le langage de la Cour n’a point de secret pour Jean Meslier

En 2010, la galerie de portraits de Ferney se poursuit. Les Potins vous content aujourd'hui les manières du président du Conseil du Rhône Jean Meslier.



Lire la suite

25déc.

Si Ferney m'était conté: Episode 1, Choiseul un puissant sûr de lui et dominateur

Aujourd'hui, c'est Noël ! Les Potins ne chôment pas (trop) en attaquant une série: Si Ferney m'était conté, une galerie de portraits de notre lettre voltairienne hebdomadaire. A tout seigneur, tout honneur: on commence par Choiseul, le Puissant de Lyon.

Lire la suite

12nov.

9e : Embrassons-nous Folleville

Non, il n’y a aucun problème dans le 9e arrondissement. Non, le maire Verts Alain Giordano n’a nulle difficulté relationnelle avec ses adjoints. Non, le 9e n’a pas l’ambition de rivaliser avec le premier au chapitre des bisbilles internes.

Suite à l'article que nous avons publié cette semaine, nous avons eu droit à une avalanche d’appels. Avec l’innocence d’un premier communiant, le bon Giordano tombe des nues et reste persuadé que tout le monde l’aime. Dounia Besson et Abel Gago ont d’ailleurs tenu à voler à son secours.

Les Potins auraient-ils rêvé ? On est tout prêt à l’admettre. Mais dans ce cas, il va falloir que tout ce petit monde nous explique pourquoi Gérard Collomb en personne les a convoqués demain vendredi en mairie centrale. C’est probablement un pur hasard si le maire a bousculé son agenda pour organiser un déjeuner avec les élus du 9e.

En fait, entre la réforme des collectivités locales, le projet du Grande Stade, le débat d’orientation budgétaire lundi au conseil municipal, le débat sur l’identité nationale, Collomb manque cruellement d’occupation et a tendance à s’ennuyer. Du coup, si son chef de cabinet Sylvain Auvray a organisé ce déjeuner, c’est simplement pour parler de la pluie, du beau temps, de la nature des fleurs à bulbe qu’il convient de planter devant la mairie et, si ça veut rigoler, des beaux yeux de Dounia.

05nov.

Collomb, leçons, piège à cons

C'est quand même ballot de faire exactement ce que l'on reproche aux autres. Lundi dernier, lors du conseil communautaire, Gérard Collomb s'est payé dans les grandes largeurs son adjoint lyonnais Etienne Tête (revoir la scène ici). Chacun notera au passage l'élégance qui consiste à s'en prendre à quelqu'un de manière très explicite (Euronews, l'Opéra, la tribune dans la presse, les recours promis contre le Grand Stade...) sans le nommer et de le faire au surplus dans une instance où l'intéressé ne siège pas. A vaincre sans péril...

Horreur suprême, sa Tête de Turc du jour a publié la veille dans Le Monde un point de vue "en utilisant d'ailleurs des titres d'adjoint pour lesquels ils n'ont aucune vocation parce que cela ne reflète pas le point de vue qu'ils écrivent en leur nom personnel". Certes, ce texte tombe à un moment de forte crispation autour de l'OL land, mais il se trouve qu'il a été envoyé au quotidien... en juin dernier.

Après tout, cela permet une bonne coïncidence puisque Gérard Collomb a lui publié une tribune hier dans Libération sur l'identité nationale. Et devinez comment elle est signée... "Gérard Collomb, sénateur et maire de Lyon (et président du Grand Lyon sur le site de Libé)". "L'identité nationale ne se réduit pas à convoquer l'histoire", c'était dans son programme électoral à l'instar de "construire le stade au Grand Montout" (sic) ? Il a demandé l'avis de sa majorité municipale et communautaire (qui compte des UMP) avant d'envoyer ce texte ? Ou alors c'est un point de vue personnel qui n'a rien à voir avec les titres dont il se pare ?

Facile de donner des leçons sur l'air du "Faites ce que je dis, pas ce que je fais". Le mieux est peut-être qu'il laisse chacun s'exprimer comme il l'entend. Il n'a quand même pas attendu dimanche dernier pour découvrir que les Verts étaient contre le Grand Stade. On attend avec impatience qu'en sa qualité de grand humaniste, Collomb - tel Voltaire - lance à Tête : "je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire".

14oct.

Le Modem au pays des Bisounours

La réunion stéphanoise des présidents de fédération du Modem a beau avoir près d'une semaine, on ne s'en lasse pas. Aux grandes heures de l'URSS, un communiqué émanant du Kremlin devait avoir à peu près la même langue de bois teintée d'une pointe laconique. Les nouvelles pratiques en politique, il est plus facile d'en parler que de les mettre en œuvre. Imaginez donc, "Azouz Begag leur a confirmé sa candidature comme tête de liste pour conduire le Modem aux élections régionales de mars 2010. Ils lui ont apporté un soutien total et enthousiaste". Rien de moins.

Avant de discuter le "bout de gras" entre eux, les présidents en question avaient pris soin de faire sortir les "intrus" de la salle. A commencer par Thomas Rudigoz qui accompagnait Begag. L'élu lyonnais, qui pilote l'ancien ministre, a le tort aux yeux de certains d'avoir été élu sur les listes de Gérard Collomb aux municipales puis avec le soutien du PS aux cantonales. Ce qui fait beaucoup lorsqu'on veut promouvoir une liste autonome au premier tour des régionales.

Le président départemental du Modem Cyrille Isaac-Sibille a beau assuré qu'il n'a pas eu l'impression de tomber dans un traquenard en allant à Saint-Etienne, il n'imaginait pas forcément en repartir avec un tel communiqué. Ce "soutien total et enthousiaste" est donc né avec les engagements de l'impétrant sur le fait de partir quoiqu'il arrive en autonome au premier tour des régionales et sur celui de s'appuyer lors de cette campagne sur les fédérations du Modem plus que sur son "entourage" actuel. Reste que la réunion s'est tenue à huis clos et que ces points ne figurent pas dans le fameux communiqué. Si jamais il y a des Saint-Thomas au Modem, voilà qui risque de doucher "l'enthousiasme" affiché en façade. On sera d'ailleurs curieux de voir si les grands discours de Begag contre le cumul des mandats et des indemnités s'appliqueront avec autant de scélérité à ses colistiers. Ou si cela se terminera comme au PS. Alors, qui se ressemble s'assemble ?

- page 1 de 2



Editions Ventotene SA au capital de 149 000 euros. Directeur de la publication Gérard Angel 38 rue thomassin 69002 Lyon 04 78 42 57 97 Fax 04 78 92 82 74