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Keyword - Denis Broliquier

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18sept.

Speed dating post mortem

Cinq minutes par personne. Tout le monde voulait se faire entendre à l’inauguration de la Maison des Deux Rives, à la Confluence, ce lundi. Rendez-vous à 18 heures au Monolithe, ce cube de béton doré de la rue Denuzière. Une maison-relais pour personnes en déshérence.

Tout le monde non, car un certain nombre de personnalités étaient au contraire venues là pour se taire, ce qui mérite le respect. Michel Havard, qui n’en pense pas moins. Et le préfet Carenco, celui qui ressemble à John Cleese des Monthy Python, un préfet nommé Wanda.

Mais Daniel Saillant parle. Il est le président d’Habitat et Humanisme Rhône, maison fondée en 1985 par Bernard Devert pour fonder des maisons. Et par Jacques Moulinier, disparu en 2010. « Il est là-haut, il nous regarde, il est content ». On aimerait bien qu’il n’en profite pas pour jouer avec les nuages, on est dans la cour.

Raphaël Appert, du Crédit Agricole, lui succède au micro. Certes, avec tout ce chahut boursier « ce n’est pas facile en ce moment de prendre la parole pour un banquier ». Il la prend quand même et il n’a pas l’intention de démissionner non plus. Bien au contraire. « Longue vie au projet ! ». La banque continue.

Denis Broliquier compte 33 logements là où une vingtaine seulement ont suffi aux autres, mais les autres n’ont pas besoin de se faire élire dans cet arrondissement, lui si. On n’a jamais trop d’électeurs. Il se souvient de Jacques Moulinier à l’époque où ils étaient tous les deux centristes. Comme le temps passe.

Puis c’est le tour de Philippe Barbarin : oui Jacques Moulinier est avec nous ce soir, et aussi Mère Térésa, « car c’est l’anniversaire de sa mort en ce 5 septembre ». Décidément le ciel commence à être chargé !

Gérard Collomb s’avance. Il salue le catholicisme social, grande tradition de la ville, il cite Henri Lacordaire, rend un hommage vibrant à Jacques Moulinier, mais n’en doutons pas, la politique menée en ce moment par la ville de Lyon se situe exactement dans la droite ligne des convictions défendues par Jacques Mouliner à son époque. Au centre droit, donc.

Ah, reprend Jean-Jack Queyranne, on peut dire que Jacques Moulinier était passionnément Lyonnais. C’est grâce à des gens comme lui qu’au cœur de la Confluence aujourd’hui, « il n’y a pas que des bâtiments prestigieux, du commercial et des immeubles de standing », il y a aussi... (euh... l’immeuble du Progrès ?). Non ! Il y a aussi « du logement pour tous, le droit au logement effectif ». Effectivement.

Allez Michel ! Le Garde des Sceaux va fermer le banc. Il se souvient de Jacques Moulinier et de tout le parcours politique qu’ils ont suivi ensemble sur les chemins du centre : « Jacques avec qui nous avons mené des combats politiques et nous en avons perdus autant que nous en avons menés ». Toute une carrière. Quand on pense à tous les combats que Michel Mercier va maintenant devoir perdre tout seul !

Coupons le ruban avant que ça ne refroidisse. Le coup de ciseau inaugural sonne le tocsin pour les bouchons de champagne qui dépotent un peu partout. Du moins : du crémant de Bourgogne, le même que Michel Mercier sert à sa table du Département, ça sent le déstockage massif.

Une ambiance très cathosphère. Dress code : s’habiller de couleur terne et toujours donner l’impression de s’ennuyer un peu, mais pas trop.

Si d’aventure on croque un canapé (ceux au fromage de chèvre par exemple) le faire comme par inadvertance et en ne donnant  pas l’impression d’y prendre du plaisir. Manquerait plus que ça !

Timéo Danaos

12juil.

La Région accouche par le siège

Jeudi soir on inaugurait le nouveau siège de la région Rhône-Alpes à la Confluence. Le hall est immense. Il plonge en pente douce jusqu’à la salle du conseil. Au sol, des marquages indiquent le chemin. Des pas, pied gauche, pied droit, l’un bleu, l’autre jaune. D’après l’espacement entre eux, l’homme qui a servi de modèle doit mesurer dans les 3,40 mètres. On est heureux de ne pas l’avoir croisé.

Pour l’heure Gérard Collomb, Jean-Jack Queyranne et François Turcas sont installés sur une sorte de rampe de lancement qui leur sert de promontoire. On crachote un peu dans le micro et le maire prend la parole. Ah la Confluence ! La « fluidité du nouveau quartier ». Les 45 000 m² du Marché Gare qui vont prochainement servir de bac à sable des architectes Herzog et de Meuron. Le pôle de loisirs avec ses restaurants que les élus régionaux vont bientôt pouvoir découvrir, en espérant qu’ils n’en profitent pas pour « passer trois heures à table » (on espère surtout que la présence de Turcas n’est pour rien dans cette insinuation malveillante).

Rendez-vous à 18 h 30 dans la salle du conseil, JJQ fera un discours. Chic ! A l’heure dite, on lance une vidéo. L’architecte Christian de Portzamparc, accoudé sur un mange-debout, dans un hall encore désert, regarde refroidir une tasse de café. « Ce bâtiment est un serpent, explique-t-il. Et sous ce serpent, il y a la salle du conseil ». La salle des sornettes, quoi.

Ensuite, le président monte à la tribune, flanqué de part et d’autre d’une trentaine d’élus qui jouent les glaïeuls : « Charbonnières ne répondait plus aux besoins de notre temps ». Mais ce nouveau bâtiment oui , car c’est « un grand vaisseau arrimé à la Darse ».

Un vaisseau ? Qu’a-t-il fait du serpent ? « Nous voulions du beau, pas du toc », et donc « la façade est en terre cuite ». Un peu comme une cruche. Victor Hugo ne disait-il pas : « l’architecture est le grand livre de l’humanité » ? Alors que Daniel Pennac déclarait : « l’architecture est l’art de la suggestion ». En attendant qu’ils se mettent d’accord on pourrait peut-être ouvrir le buffet ? L’hôtel de région est « une vitrine et un outil ». En cas d’urgence, brisez la glace !

« Bienvenue à tous et à toutes. Les buffets sont à votre disposition, avec des spécialités de la région ». Bravo. Pour qui doit installer des tables sur un pan incliné, les choses ne sont pas faciles. Toutefois, le traiteur s’appelle La Potinière, il bénéfice dans ce journal d’un préjugé favorable.

On croise Denis Broliquier, en repérage, Roland Bernard, en voisin, Etienne Tête, en conciliabule, Jean-François Debat, en grande pompe. Ainsi qu’une Miss 2e Dauphine Le Progrès ondoyant sur ses talons.

Suivant les consignes du président, on entreprend de se régaler de spécialités régionales : du saumon fumé (de Grenoble ?), de la feta (de Valence ?), des verrines de Saint-Jacques (de Miribel ?) et puis du foie gras, du rouget, des feuilles de vignes, du chorizo. Certes, si on n’était pas d’une totale mauvaise foi, on aurait souligné aussi la charcuterie lyonnaise ou les petites quenelles. Mais voilà, on l’est.

« Monsieur est un tentateur ! », glousse une dame à un jeune serveur qui lui présente un plateau de sucré. Ne nous emballons, pas, il s’agit seulement de pâtisseries, pas de fruits de la passion !

« Il y a aussi des buffets à l’intérieur ». Et c’est vrai, on les voit à travers la vitre. Déserts. Avec trois pauvres maîtres d’hôtel perdus comme trois poissons dans un aquarium trop grand. Ce n’est pas qu’on ne voudrait pas y aller, mais personne n’a réussi à trouver l’entrée !

Avant de partir, une touchante attention. On remet à chaque invité une mallette toute en carton et ficelle, pour faire développement durable. Elle contient une mine de renseignements sur la région, ses compétences, ses réalisations, le travail des élus. Bref tout ce qu’ils auraient dû savoir avant de se présenter aux élections. Une bien belle soirée.

Timéo Danaos

09juin

Mercier pourrait avoir une Ares en travers de la gorge

Vous connaissez Arès ? Attention, ne nous trompons pas. On ne parle pas ici du dieu grec de la guerre, celui-là même que les Romains honoraient sous le nom de Mars. L’Ares dont il est ici question, c’est plus prosaïquement l’Alliance Républicaine, Ecologique et Sociale, le parti que Jean-Louis Borloo s’apprête à porter sur les fonts baptismaux d’ici la fin de ce mois.

Du côté du Rhône, on serait curieux de voir qui va rejoindre l’Alliance. La conseillère régionale radicale Fabienne Lévy se veut optimiste. Outre ses camarades valoisiens, les membres du Nouveau centre et ceux de la Gauche moderne, elle verrait bien le maire du 2e arrondissement Denis Broliquier et ses amis de Lyon Divers Droite pointer le bout de leur nez. Et d’expliquer que « comme Broliquier est fondamentalement anti-UMP, il peut parfaitement être fondamentalement pour l’Alliance ». Pas sûr toutefois que les choses soient si simples localement ; les amis de Borloo vont devoir compter avec Michel Mercier. Bien malin qui pourrait dire ce que va faire le très centriste (mais néanmoins sarkozyste) président du conseil général. Deux de ses proches sont dans l’expectative. Christophe Geourjon semble tout disposé à rejoindre l’Alliance. Tandis que Marc Augoyard a déjà franchi le pas. Faut-il en déduire que l’actuel Garde des Sceaux est prêt à se rallier à Borloo ? Quand on connaît Mercier, on le sait tout à fait capable de laisser certains de ses proches intégrer l’Alliance, histoire éventuellement de la torpiller de l’intérieur si cela s’avérait utile à son intérêt.

En attendant de connaître le nom de celui (ou de celle) qui prendra localement la présidence de l’Alliance, Fabienne Lévy imagine déjà que le siège historique des radicaux rue d’Algérie pourrait fort bien accueillir l’Ares. On voit mal pourquoi le président départemental Nouveau centre, le député Raymond Durand, s’y opposerait.

Posséder un local ne suffit pas pour exister sur la scène politique. Encore convient-il de trouver des candidats susceptibles de se lancer aux élections législatives. C’est loin d’être gagné. Bien sûr, Fabienne Lévy est toute prête à partir à l’assaut de la 2e circonscription face au socialiste Pierre-Alain Muet. Ailleurs, c’est nettement plus difficile. On évoque parfois les noms de Thomas Ravier dans le Beaujolais ou de Baptiste Dumas à Villeurbanne. En attendant, ce sont les jeunes qui montrent l’exemple. Sans se soucier des tergiversations de ses aînés,
a déjà commencé à réunir les jeunes qui se reconnaissent dans la mouvance centriste et radicale. Un premier rassemblement s’est tenu ce mardi, histoire de créer une dynamique unitaire et de prouver aux élus concernés que la relève est prête.

Gérard Angel

08avr.

Dimanche l’abstention était au buffet

Pour un pince-fesse, au début, ça pince mou et ne fesse pas grand chose, mais ça va changer. Jusqu’à 20 h 15, il ne se passe rien à la préfecture en cette soirée électorale de second tour.

Des journalistes errent au hasard comme des chiens sans croquettes. Certains portent une oreillette à  l’oreille, mais même à l’oreille il ne se passe rien. Aucune puce, rien. Le préfet a installé des panneaux d’affichage dans la grande salle pour fixer les résultats au fur et à mesure qu’ils tombent. Rien à faire, le fur se fait attendre et la mesure reste désespérément vide.

Un jeune socialiste en service commandé photographie les quelques résultats ruraux pour les envoyer au siège du PS qui s’en bat la rose. Même le buffet des journalistes fait la gueule. On y trouve de pauvres sandwichs triangulaires, on dirait un pique-nique de francs-maçons pendant un débat sur la mixité. On se console avec la mousse au chocolat et la crème caramel, les valeurs refuges. Les préfets passent et elles demeurent. Les deux piliers du Département. Un peu comme Mercier et Jamet mais en plus roboratif.

Tiens Mercier ! Il vient d’arriver dans la salle du trône auréolé de journalistes, il fait semblant de scruter les affichages pour que les caméras aient quelque chose a filmer. Il n’a rien à déclarer. Jean-Jack Queyrannne non plus mais cela ne l’empêche pas d’être interviewé  sur France 3.

Les invités arrivent de plus en plus avec de la pluie sur les épaules. Des bruits commencent à courir. Perben aurait été battu... Rah ! Personne ne s’effondre en larmes ! Les chiffres tombent. C’est vrai pour Perben mais aussi pour Bolliet, le maire du 4. Renversé sur le plateau par une écolo, il en est encore plus vert qu’elle. Et Richard Llung à Villeurbanne qui perd le match retour contre Béatrice Vessiller. Certains voudraient bien fêter ça au buffet, d’autres noyer leur chagrin. Bernique. Il faudra se contenter de Perrier (même pas Jouët), de jus d’orange en pichet et de Coca light. La République Weight Watcher. On va finir au pain sec et à l’eau.

Jean-Jacques David apparaît dans le grand salon, sous une véritable standing ovation. En même temps, c’est facile, tout le monde est déjà debout. Il est cornaqué par un Denis Broliquier plus radieux que Bernadette Soubirous quand elle a vu la Vierge. Il croit entendre l’horloge de l’Hôtel-de-Ville carillonner à ses oreilles.

Puis c’est au tour de Raymonde Poncet de faire son entrée. Les écolos lui ont orchestré un véritable triomphe. Ils sont sortis de la salle pour mieux rentrer avec elle et l’acclamer « Hourra ! bravo ! Hasta Siempre, Belle des Champs ». Elle porte encore au cou le foulard vert qui étouffa son adversaire. Elle avance bras dessus bras dessous avec Béatrice Vessiller, l’autre tatie flingueuse, la Calamity Jane de Villeurbanne. Tout le monde tombe dans les bras de tout le monde et réciproquement.

Emporté par cette explosion d’exubérance printanière, Jacky Darne lui-même, qu’on a connu plus taciturne, embrasse Béatrice Vessiller comme on embrasse une carrière d’expert comptable : « Je te félicite ». « Merci, ça me touche beaucoup », répond la dame étonnée que le Grand Pardon tombe en mars. Et à quelques pas de là, dans une discrétion toute relative, selon son habitude Michel Mercier serre plus de louches qu’il n’y a de soupe. Ce n’est pas parce qu’il tourne en rond qu’il perd le nord. Il fait des grâces aux nouveaux élus, minaude. Il n’a pas oublié que ce jeudi sera choisi le nouveau président du Département. Et qu’il s’en faudra de peu - aide-toi, le ciel t’aidera - pour qu’il ressemble à l’ancien.

Timéo Danaos



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