On se doutait que Collomb se sentait pousser des ailes, on en est sûr maintenant. Pas des ailes d’ange, ce n’est pas avec ça qu’on fait une carrière politique. Des ailes de coucou ou de Falcon, c’est selon. Vendredi, il concélébrait l’inauguration d’une extension de l’aéroport de Bron, celui réservé à l’aviation d’affaires.

Le Hall 8 déjà, il fallait trouver. Nous le cherchions benoîtement entre le 7 et le 9, mais non. A moins qu’il soit rendu invisible aux moldus, comme chez Harry Potter. Selon une mystérieuse arithmétique, le Hall 8 a été construit juste avant le Hall 1, au pied de la tour de contrôle, à une main de l’aérogare. Un indice a fini par nous guider : des voitures de fonction, des flics en faction, un tapis rouge et surtout un camion de traiteur.

Dans un hangar fait pour abriter neuf avions, une estrade et des sièges avaient été montés. Et sur l’estrade : Yves Guyon. « Discrétion et efficacité », sont les deux mamelles de l’aviation d’affaires proclame-t-il en substance. Mamelles qui devraient être multipliées par trois, si tout va bien, dans les années à venir. Oui, confirme Guy Mathiolon, car il y a bien un « s » à Aéroports de Lyon.

Puis Gérard Collomb s’empare du pupitre et prend son envol : « Quand nous rentrons d’un match avec Michel Mercier... ». L’OL donne des ailes. Voilà qu’il plane au-dessus de l’Est lyonnais, « des territoires d’avenir », et fait défiler le panorama de ses projets urbains, OL Land compris.

L’assistance, composée de managers de la région, s’en tamponne imperceptiblement le coquillard. Mais Collomb s’envole vers un avenir où le ciel de Lyon deviendrait la deuxième porte d’entrée du territoire français et lui-même serait porté par on ne sait quel nuage.

Sur le plancher des vaches Michel Mercier s’impatiente. Son tour arrive. L’ex-sénateur, toujours-président, enfin-ministre commence par observer que tout a déjà été dit. Il en faut davantage pour arrêter un Mercier qui a envie de parler. Il parle, donc. Nul ne saurait se souvenir de ce qu’il a dit, mais c’était fort sympathique. Mercier conclu, on lance un film tonitruant avec une musique à 120 décibels, le bruit d’un Airbus au décollage. Pour fêter les cent ans de l’aviation lyonnaise, on se projette en 2050, l’aéroport compte quatre pistes au lieu de deux, et 25 millions de passagers au lieu de huit. Personne n’a encore rien bu, mais déjà l’inauguration monte à la tête.

Le buffet se tient sous un chapiteau en plastique transparent, sorte de tente à oxygène pour crise économique au bord de l’asphyxie. On y sert des bulles, du vrai champagne. Michel Forissier s’extasie devant le jambon cru tranché en direct, de quoi vous réconcilier avec les inaugurations prestigieuses. Des messieurs en complet « executive » se congratulent conjointement et réciproquement, une flûte à la main. En flûtes aussi, une Arielle Dombasle à longues jambes se donne des airs de Barbarella de cuir noir. Une autre chouchoute dans ses bras un caniche renifleur qui lui sert aussi de goûteur et un peu d’essuie-tout. L’animal ne sait plus où donner de la truffe, lui non plus.

Voilà qu’on apporte l’attraction finale : une fontaine de chocolat dans laquelle on vient  tremper une brochette de fruits. Amusant mais délicat. On s’en met un peu partout au point d’être obligé de s’en lécher les doigts. On croit avoir entendu une dame proposer son aide pour cette délicate opération. On a sûrement mal compris. Visiblement les transports aériens rapprochent les personnes. De l’autre côté du hangar, Gérard Collomb est interviewé devant un jet privé, un zinc capable de vous expédier à l’autre bout du monde et de vous ramener avant le prochain remaniement ministériel, comme dirait Alain Joyandet. Pour peu qu’on trouve un courant porteur.

Timéo Danaos