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Keyword - Erick Roux de Bézieux

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05oct.

Un Ministre presque parfait

On l’a appris par sa participation à l’émission Un dîner presque parfait, le ministre de la Culture l’est également de la gastronomie. Ben : pas de la mode masculine ! Frédéric Mitterrand à Lyon, c’est vintage 50’s, un costume qu’il a du emprunter à Vincent Auriol, une chemise de chef de bureau à la SNCF. Il était très attendu à l’inauguration de la Biennale d’art contemporain, ce mercredi à la Sucrière. Et très photographié. On l’aurait surpris rajustant le nœud de cravate d’un officiel pour la photo, avec un doigté qui dénote une longue expérience.

Frédéric Mitterrand est cool. A son aise dans un aréopage composé de cultureux, reconnaissables à leurs lunettes aux formes compliquées, leurs écharpes chamarrées même en plein soleil, et chez certains hommes, ces curieuses coiffures en oreilles de cocker.

Ca y est, la tribune aux palabres s’éclaire. Gérard Collomb s’avance vers le lutrin en plexiglas. Sans notes. Et peu importe, le roi  du hors sujet dit toujours à peu près la même chose. Il commence par les projets de la Confluence et finit par la réhabilitation de l’usine Tase. Si le ministre s’en bat l’œil, il se débrouille pour que ça ne se voit pas. Il cligne les paupières.

Jean-Jack Queyranne lui succède. Il dépose devant lui un petit bristol, c’est qu’il ne sera pas long. « Une biennale belle et terrible est née ! », clame-t-il en paraphrasant le titre. On le sent prêt à se jeter dans la tragédie grecque, et puis non, il fait un détour par la grotte Chauvet, il y croise le cinéaste Werner Herzog qui vient d’y tourner un film 3D. Ah ! l’art est bien le seul qui se dresse face au chaos, le seul qui vienne « fourailler aux entrailles des choses ». Fin de bristol. Magnifique.

Et le voilà, le Frédo, avec son costume de conservateur de la Culture. Il est accompagné d’une liasse de huit feuillets. On n’y échappera pas. Il salue chacun par son titre : « Monsieur le maire » aussitôt suivi d’une adresse plus familière, « Cher Gérard Collomb ». Il semble sincèrement heureux d’être là, comme soulagé d’échapper un instant au microcosme. Bah, plus que huit mois ! Il part en free style sur la biennale, puis sur l’accueil lyonnais, avant de revenir au discours tracé par les fonctionnaires de la Culture, où il ne manque pas un bouton de guêtre. Un petit mot de Thierry Raspail  pour finir ? Oups, on est placé trop près, on voit des choses qu’on ne devrait pas (quand même, il aurait pu faire ses racines).

Voici le moment de remettre le Prix de l’artiste francophone avec la Maison de la Francophonie. Mais là, au lieu de tendre la cuillère à Erick Roux de Bézieux, Frédéric Mitterrand repasse le plat à Gérard Collomb. Bon, le maire ne renonce jamais à parler même s’il n’a rien à dire. Il se met à lire ce qu’il a trouvé devant lui : la liste des membres du jury. Sinon il y avait aussi l’étiquette de sa cravate : soie naturelle, ne pas laver, dégraissage only. Et donc le gagnant est... Dominique Petitgand. Il est là. Il monte sur scène. Il ne comprend pas très bien ce qu’il y fait : « j’aimerais bien connaître les raisons de ce choix ». Panique à bord, personne ne sait. Sauf : Erick Roux de Bézieux, vous voyez bien qu’il fallait lui donner la parole. Le président de la Maison de la Francophonie explique : le travail avec les mots, une langue ouverte qui fait dialoguer en permanence le français avec l’anglais. En l’écoutant ébahi, l’artiste arrive à se convaincre que oui, c’est bien lui qui a fait tout ça. Il accepte le prix. Qu’il en soit remercié.

On va pouvoir se jeter sur le buffet. Faudra faire vite. En dehors d’une excellente bière Duvel, on ne trouvera guère à croquer que des tranches de pains aux noix, avec deux grains de raisin.

Haguenauer et Gelas sont habituées à mieux. Elles vont noyer leur désespoir un peu plus loin emportant au passage un exemplaire du Progrès. Si c’était pour les pages saumon, il fallait prendre Le Figaro.

Timéo Danaos

13nov.

French spoken

La francophonie ce sont ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins. Mercredi soir, les premiers états généraux se décentralisaient à l’Hôtel du Département.

Mercier s’était fait excuser, sans doute retenu par un espace rural. Collomb avait rejoint Montpellier à la fraîche. Et Queyranne avait glissé jusqu’à  Ségolène Royal au Toboggan, à Décines.

« Je ne serai pas long », déclare l’orateur à la tribune, en guise de bienvenue. Aïe, ça commence mal. Puis il explique que tout a déjà été dit pendant les tables rondes de l’après-midi et qu’il n’a pas grand chose à rajouter.

Erreur de débutant. C’est comme ça qu’on tue le métier. S’il fallait s’abstenir de parler à chaque fois qu’on n’a rien à dire, il n’y aurait plus de politique possible. Bien au contraire, plus on a la tête vide et plus on a l’esprit libre. On ne connaît plus aucune limite au néant de sa propre pensée. On peut parler pendant des heures.

Heureusement, Thierry Cornillet sauve l’honneur. Il sait qu’il a affaire à un public de connaisseurs, de vrais amoureux de la langue. Il n’a rien à dire mais le dit bien. Il fignole, il tarabiscote, il raffine. Il les décore du titre de « Mesdames et Messieurs les membres du Corps Diplomatique ». Il leur donne du : « Distingués invités ».

Et c’est là que, voulant trop bien faire, emporté par son élan, il flingue au passage un imparfait du subjonctif qui ne lui avait pourtant rien fait : « Si elle l’avait pu, la région vous EUSSIEZ reçu  avec plaisir ». Les murs en tremblent encore. Par chance, il n’était pas en train de passer son certificat d’études.

Bon, tout le monde s’égaille vers les buffets, sans rancune. Il y a là tout un concentré d’Onu monoglote, 600 invités, 30 pays, 5 continents,  vêtus à l’européenne ou en boubous africains, toutes les couleurs de la francophonie qui viennent danser sur tous les tons, tous les vocabulaires, tous les accents. Des ambassadeurs, des maires, des élus. D’ici et d’ailleurs.

Erick Roux de Bézieux qui est à la francophonie ce qu’Alan Stivell est à la culture celte et l’Oncle Ben’s à la culture rizière. D’anciens élus écolos tombés dans le panneau solaire.

On croise des personnages considérables. Michel Thiers, l’ancien maire de Brignais, arbore une carte de visite longue comme un ticket de caisse, toute une liste de présidences et de vice-présidences prestigieuses, dans des organismes tellement inconnus qu’ils forcent le respect.

Le département a mis les petits plats dans les grands, surtout les petits. On croque des tomates de schtroumpfs, des fromages de Minimois. Et des mets plus incertains comme ce bol contenant des œufs de caille... ou des yeux de veau ? Impossible de distinguer au goût, il faudra attendre la digestion.

Les hôtes du monde entier découvrent le crémant de bourgogne accompagné de son antidote : le cassis. Ils s’étonnent devant le beaujolais, de retour enfin sur les tables lyonnaises.

L’arrivée des mignardises permet de vérifier que décidément, les macarons, ça rend con. Un pauvre gourmand en fait les frais. Il croyait  s’échapper avec une assiette garnie et se retrouve coincé par une bande de voraces encore plus gourmands que lui, il réussit à peine à sauver ses doigts.

Après les canapés, les sofas. Certaines éminences sont installées confortablement dans les salons et papotent calmement.

Il règne une ambiance de village planétaire. Et tout se serait bien passé sans ces deux traîtres, ces deux renégats, ces deux fourbes, à moitié dissimulés par une fausse plante verte, et qui profitent que personne ne les voit pour... PARLER ANGLAIS !

Timéo Danaos

23sept.

Danse avec les peoples

Et ce fut la quatorzième et dernière biennale de Guy Darmet. Tout ce que Lyon compte de peoples auto-proclamés ne pouvait rater l’évènement, Les Potins non plus, attirés par le gratin autant que par les gratons. Jeudi soir, 19 h 30, le carré VIP se remplit doucement de carrés Hermès. Les happy fews patientent nonchalamment, une coupe de champagne au poing et le sourire aux dents. Belles dames et beaux messieurs, en grande tenue de soirée. Il manque un aboyeur à l’entrée pour saluer leur arrivée par un tonitruant : « Monsieur le vice-conseiller régional délégué à l’écologie des feuilles mortes, et Madame ! ».
Queyranne est là, Collomb aussi, avec leurs épouses respectives et réciproques. Michel Mercier s’est déplacé, au nom  du département du Rhône, de l’Aménagement du territoire, de l’Espace rural, du Grand Paris... et de son avenir incertain. Belle brochette de chefs d’entreprise, des mécènes ont investi dans le chausson : Monsieur Toupargel, Monsieur Partouche, Monsieur GL Events, Monsieur April Assurances. Le bronzage tient encore, ou alors c’est du fond de teint. Tous sont venus vérifier où était passé leur argent. Il danse, messieurs, il danse. D’ailleurs on voit passer deux houpettes en tulle qui ondulent entre les invités. Des fleurs de tutus fuchsia en collants blancs. Elles saluent avec grâce, c’est La Vie en Rose, le thème du défilé.
Dans la salle, Guy Darmet est ému, il s’est mis à parler en plusieurs langues. Il salue tous les partenaires de la biennale, c’est à dire presque toute l’assistance. Il lance un défi à Collomb : chiche de construire une nouvelle Maison de la Danse à la Confluence, comme promis ? Il présente sa successeure, Dominique Hervieu, qui dirait bien quelque chose mais qui n’a pas de micro.
Place aux ballets de Monte-Carlo. La reconstitution du Sacre du Printemps version 1913 par Nijinski, sur la musique de Stravinski. Puis un ballet moderne de Jean-Christophe Maillot sur le Magnificat de Monteverdi. Garçons en barboteuses ou en guêpières, filles en pantalons et justaucorps, et inversement. Les costumes de Karl Lagerfeld ne laissent pas indifférent et ringardisent du coup les timides audaces de l’assistance. Car le public s’est tout de même donné du mal. On s’en apercevra lors du cocktail qui suit et qui se déroule sur tous les étages, du balcon à l’orchestre.
Certes, on cherche en vain SAR la princesse de Monaco, promise pourtant sur les cartons d’invitation. Mais on croise tout de même un Prince de Galles en pure laine vierge, du moins le costume. Pas assez audacieux pour partir en quête d’un prince Albert, il aurait fallu fouiller les culottes, et ça, aucun journaliste digne de ce nom ne s’y risquerait, du moins : à jeun.
Magnifique, le smoking en satin rouge qui traverse la salle tel une fusée de détresse, s’il se perd dans un champ de luzerne, ça guidera les chiens. Etonnant, ce faux François-Marie Bannier, avec cette écharpe impossible emberlificotée autour de son cou. Le style bobo, ça se travaille.
Le buffet est assuré par Serge Magner, qui a des jours avec et des jours sans. La quiche est effondrée au fond du plat, baignant dans ses larmes. Quand la quiche est ratée, cela vient des œufs. Il ne fallait pas choisir des poules d’eau ! On se rabat sur de petits macarons salés gros comme des boutons de guêtres. Le champagne est frais, on pourra au moins faire danser les bulles. Pour les peoples qu’on a ratés lors du cocktail d’avant-scène, c’est un peu la session de rattrapage : Philippe Meirieu, Georges Verney-Carron, Erick Roux de Bézieux. Le secret d’un cocktail réussi, c’est de faire semblant de connaître tout le monde.
Timéo Danaos



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