Mercredi soir se vernissait l’exposition Le Génie de l’Orient, au Musée des Beaux-Arts. En grande pompe et en catimini. Car n’étaient invités ni le public ,ni les journalistes, seulement les mécènes. On prit donc une tête de mécène. Et pour les grandes pompes, il fallait marcher sur les pieds de Collomb et du préfet Carenco, on prit donc un air de pompiste et on les suivit.

Voilà qu’on tombe sur le tableau d’un grand maure brandissant un sabre. A ses pieds un petit mort qui ne brandit plus rien du tout, il a la tête coupée, elle roule sur la dalle, à l’époque, les soirées électorales se terminaient tragiquement. Chef d’œuvre de l’art orientaliste du XIXe siècle avec les harems et les bains.

Du Moyen-Age aux modernes Matisse et Klee, l’exposition retrace le dialogue des cultures entre l’Orient et l’Occident, à saute-mouton par dessus la Méditerranée. On trottine derrière les grandes pompes. Le maire et le préfet visitent tout. Les trois étages. On s’est trouvé un poisson-pilote, une dame facilement repérable, en soie de panthère, avec, accrochée au chignon, une sorte de couronne d’aigrettes naturelles. Un véritable GPS.

Ici des mosaïques, là des céramiques, des sabres, une armure, des vases de verre décoré. « Tiens, une aiguillère », s’extasie un badaud qui se croit dans un magasin de couture. Au hasard des couloirs, on croise et recroise Fernand Galula, un superbe manteau en laine de chèvre, flottant sur les épaules.

Voilà qu’il faut descendre, on recavalcade au premier étage. Le temps pour une hôtesse de lâcher une confidence : on vient de rater un grand moment d’histoire. Le maire a raconté tout le plaisir qu’il avait éprouvé lors d’une visite à Montpellier, « il a adoré le sauna ». Quoi ?! Vérification faite il s’agit du fameux Mikvé, datant du XIIe siècle, un bain rituel juif qui est une des richesses historiques de la ville. Rien à voir avec un péché de jeunesse.

Salle des discours. La conservatrice Sylvie Ramon s’empare du micro. Remerciements appuyés au Cercle des Mécènes et au Cercle de Poussin qu’elle couve comme s’ils pondaient des œufs d’or. « Le Musée des Beaux-Arts ne doit pas être un petit Louvre mais un grand musée international ». Et pour cela, bien sûr il faudrait un peu plus d’argent. Regard direct vers le maire. Collomb en fait tomber ses feuilles. « Mais votre génie supplée peut-être au manque d’argent », réplique-t-il. On dirait Léandre avec Maître Jacques : bonne chère avec peu d’argent. Le génie, le génie, s’il suffisait de frotter la lampe d’Aladin pour faire tomber des tunes !

Collomb est lancé. En free style. Sans ses notes. « Quand on parle du monde musulman, ce n’est pas souvent pour souligner la richesse de sa culture... ». Et ça dure. Le préfet se balance d’un pied sur l’autre, il va finir par danser la samba. Enfin, c’est son tour.

Ben finalement il ne lira pas ses notes non plus. Ça fait deux assistants de plume qui ont bossé pour rien. Il veut corriger un peu son image de « techno ». Il veut dire : technocrate, bien sûr. Personne ne l’a jamais vu à la technoparade. Il salue cette exposition qui ne valorise pas seulement la science mais laisse aussi sa place à l’émotion.

En parlant de laisser sa place, il est temps de passer au buffet. Là encore, le génie de l’Orient a soufflé sur les gamelles. On déguste du houmos, du caviar d’aubergines, des graines de taboulé et pour maintenir le dialogue avec l’Occident, du Mumm Cordon Rouge. Le maire est content. Le préfet est content. Képénékian est content (on ne lui a pas demandé de parler). L’air est doux comme du miel. Aucun mauvais plaisant pour jeter une pointe de harissa dans le couscous.

Timéo Danaos