Sur le papier, c’est pas gagné. Sur le terrain, le PS y croit. A entendre les socialistes, les mentalités évoluent dans le Rhône rural et ils ne seraient pas condamnés à le considérer à perpétuité comme une terre de mission. Surtout, là où les élus municipaux se présentent traditionnellement sans étiquette, ce n’est plus fatalement synonyme de droite. Le canton de Beaujeu est un bel exemple. Si le jeune socialiste Mehdi Ben Chelbi part de loin face au sortant Frédéric Miguet, il aura comme suppléante la maire sans étiquette de Chiroubles. Et ne désespère pas de voir une petite moitié des 17 édiles du canton le soutenir. Ce serait une grande nouveauté dans le Beaujolais.
Autre situation, mais constat analogue dans le canton de Vaugneray. En mars, l’UMP Georges Barriol ne devrait pas repartir comme en 2004 avec le soutien de 13 des 14 maires du canton. Ils n’iront pas pour autant derrière la socialiste Florence Perrin. Dans un secteur où le moindre projet voit un tiers de ses financements provenir du conseil général, il ne faut insulter ni le passé, ni l’avenir. D’autant que le député UMP du coin, Christophe Guilloteau, y va aussi souvent de sa petite obole parlementaire. La moitié des édiles devrait donc cette fois-ci choisir de ne pas choisir. On ne sait jamais.
Lassitude du sortant ou de la majorité à laquelle il appartient, inquiétudes vis-à-vis de la réforme territoriale et du devenir du monde rural, évolution du territoire : les facteurs de ce lent glissement symbolisé par les élus municipaux sont multiples. Dans l’ouest lyonnais la gauche a clairement décidé de lutter contre sa dispersion. Depuis 2008, ses quelques brebis égarées (mais identifiées) en secteur rural tentent d’unir leurs efforts. De Tarare et L’Arbresle à Condrieu en passant par Montrottier, le (grand) Ouest lyonnais essaie de créer une dynamique à gauche au-delà de la communauté urbaine. Sous l’égide de la toute nouvelle conseillère régionale Florence Perrin, un groupe informel a rassemblé 55 élus pour sa première réunion en septembre dernier. Il s’agit de déterminer des positions communes à défendre sur tout le territoire dans de grandes thématiques comme l’aménagement du territoire (transports et foncier) ou l’agriculture. Au sein de ce collectif, les encartés PS ne représentent même pas 30%. Preuve qu’une dynamique peut naître au-delà des partis. Même si ce n’est pas le but, la liste des soutiens qu’affiche Florence Perrin pour les cantonales s’en ressent.
A défaut de porter leurs fruits dès mars prochain, ces efforts sont indispensables dans l’optique de la réforme territoriale. Ce sont ces secteurs qui permettront (ou non) à la gauche de conserver sa majorité régionale. Disposant aujourd’hui de 100 conseillers régionaux sur 157 et de 166 conseillers généraux sur 335, elle vise en 2014 160 conseillers territoriaux sur 296. La longue marche commence dès le mois de mars.
Alexandre Buisine