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03juin

L'UMP un peu vieux jeu(ne)

Que les pontes chenus de la droite se rassurent. Quand le trépas assurera enfin une retraite aux Charles Pasqua ou autres Serge Dassault, Michel Forissier, secrétaire départemental de l'UMP, et Jean-Paul Regnault, candidat aux cantonales de Villeurbanne ce week-end, veilleront à donner une seconde jeunesse au parti présidentiel. Les deux adolescents rhônalpins, âgés respectivement de 67 et 62 ans, étaient réunis mercredi soir dans« café-débat » de l’UMP pour parler de l’ « engagement jeune en politique » à Villeurbanne, et faire un point sur l’élection partielle. Coup de semonce aux Jeunes populaires ou coup de bluff à l’éternelle jeunesse ? Les Potins mènent l’enquête.

18 heures. Arrivée tambour battant à l’étage du Ninkasi, ce bar de plus en plus neuf à mesure qu’il vieillit, façon Catherine Deneuve. Pas besoin de me présenter, la section recrutement me fait la bise et m’invite à exposer mon état-civil. « Journaliste ». Pas de bol, ça ne rentre pas dans les cases. D’un statut de possible recrue, je passe à celui d’un suspect rebut. L’hôtesse me toise. « J’espère que vous irez voir aussi les MJS… ». « Pourquoi, eux aussi ils ont un président sulfureux ? ». Benjamin Lancar est annoncé voie B. Sans alcool. Le président des Jeunes populaires revient tout juste de Mayotte où il confesse avoir « mobilisé les jeunes UMP ». Sûrement en vue de sa réélection.

Question de protocole (de com’), Jean-Paul Regnault et Emmanuelle Haziza, les deux candidats aux cantonales de Villeurbanne, se font photographier avec des « jeunes » comme on n'en fait plus ; chics, classieux, peignés, des vrais portraits à la Rembrandt. Cardiaque comme pas deux, mon stylo rend l’âme devant un tel tableau. Juste au moment où Michel Forissier allait parler de... Meyzieu. Vite ! Retour express à la casbah… puis au Ninkasi, crayon en main. Ouf !  Rien n’a bougé, à en croire le sourire toujours figé d’Haziza. On annonce alors une tragique nouvelle : « Yves Cochet ne sera pas là ce soir ». Pratique, le député Verts n’était pas prévu au programme. Rectification faite, c’est bien « Philippe Cochet, président de la fédération UMP du Rhône, [qui] est retenu par des obligations à Paris ».

Du coup, Michel Forissier prend la tête (d’affiche), et s’exclame : « Vous, les jeunes populaires, représentez l’avenir. De toute façon, un jour, il faudra passer la main ». Pas tout de suite quand même.  Le maire de Meyzieu étant candidat aux cantonales l'an prochain. « Ce soir, on est nombreux, on est peut-être trop nombreux » souligne-t-on dans l’équipe organisatrice. Pourtant, le militant est une espèce en voie de disparition à l’UMP (Le Point révèle que les Jeunes populaires ne sont plus que 11 000 aujourd’hui contre 30 000 en 2007). Qu’importe, on ne pourra pas faire pire que lors de la « venue de Benoit Hamon, où il y avait seulement quatre MJS pour l’accueillir ». Avec 40 jeunots plus quelques parents d’élèves pour soutenir Jean-Paul Regnault, c’est sûr, on table sur un record de mobilisation.

Le café-débat rivalise très vite avec un bilan de campagne, sans café ni débat. On fête déjà une victoire « promise, logique et méritée » les 6 et 13 juin prochains. On se félicite, on se congratule, et on s’exhorte à ne pas se « soumettre à la fatalité », quand on sait que Villeurbanne est un bastion de gauche depuis un siècle. Le micro lâche devant tant d’assurance. Après une heure, alors que des suspicions de sieste pèsent sur Jean-Paul Regnault, ce dernier se lève enfin pour remercier « tous les jeunes qui ont été omniprésents dans cette campagne », et rappeler à tous qu’il « fait de la politique depuis 1977. » Et ? « Ça fait un bail ». Jeunes populaires, il vous reste à vieillir avant de prendre la relève à l’UMP.

Alvaro Canyon

16avr.

Collomb joue les fils de l’air

On se doutait que Collomb se sentait pousser des ailes, on en est sûr maintenant. Pas des ailes d’ange, ce n’est pas avec ça qu’on fait une carrière politique. Des ailes de coucou ou de Falcon, c’est selon. Vendredi, il concélébrait l’inauguration d’une extension de l’aéroport de Bron, celui réservé à l’aviation d’affaires.

Le Hall 8 déjà, il fallait trouver. Nous le cherchions benoîtement entre le 7 et le 9, mais non. A moins qu’il soit rendu invisible aux moldus, comme chez Harry Potter. Selon une mystérieuse arithmétique, le Hall 8 a été construit juste avant le Hall 1, au pied de la tour de contrôle, à une main de l’aérogare. Un indice a fini par nous guider : des voitures de fonction, des flics en faction, un tapis rouge et surtout un camion de traiteur.

Dans un hangar fait pour abriter neuf avions, une estrade et des sièges avaient été montés. Et sur l’estrade : Yves Guyon. « Discrétion et efficacité », sont les deux mamelles de l’aviation d’affaires proclame-t-il en substance. Mamelles qui devraient être multipliées par trois, si tout va bien, dans les années à venir. Oui, confirme Guy Mathiolon, car il y a bien un « s » à Aéroports de Lyon.

Puis Gérard Collomb s’empare du pupitre et prend son envol : « Quand nous rentrons d’un match avec Michel Mercier... ». L’OL donne des ailes. Voilà qu’il plane au-dessus de l’Est lyonnais, « des territoires d’avenir », et fait défiler le panorama de ses projets urbains, OL Land compris.

L’assistance, composée de managers de la région, s’en tamponne imperceptiblement le coquillard. Mais Collomb s’envole vers un avenir où le ciel de Lyon deviendrait la deuxième porte d’entrée du territoire français et lui-même serait porté par on ne sait quel nuage.

Sur le plancher des vaches Michel Mercier s’impatiente. Son tour arrive. L’ex-sénateur, toujours-président, enfin-ministre commence par observer que tout a déjà été dit. Il en faut davantage pour arrêter un Mercier qui a envie de parler. Il parle, donc. Nul ne saurait se souvenir de ce qu’il a dit, mais c’était fort sympathique. Mercier conclu, on lance un film tonitruant avec une musique à 120 décibels, le bruit d’un Airbus au décollage. Pour fêter les cent ans de l’aviation lyonnaise, on se projette en 2050, l’aéroport compte quatre pistes au lieu de deux, et 25 millions de passagers au lieu de huit. Personne n’a encore rien bu, mais déjà l’inauguration monte à la tête.

Le buffet se tient sous un chapiteau en plastique transparent, sorte de tente à oxygène pour crise économique au bord de l’asphyxie. On y sert des bulles, du vrai champagne. Michel Forissier s’extasie devant le jambon cru tranché en direct, de quoi vous réconcilier avec les inaugurations prestigieuses. Des messieurs en complet « executive » se congratulent conjointement et réciproquement, une flûte à la main. En flûtes aussi, une Arielle Dombasle à longues jambes se donne des airs de Barbarella de cuir noir. Une autre chouchoute dans ses bras un caniche renifleur qui lui sert aussi de goûteur et un peu d’essuie-tout. L’animal ne sait plus où donner de la truffe, lui non plus.

Voilà qu’on apporte l’attraction finale : une fontaine de chocolat dans laquelle on vient  tremper une brochette de fruits. Amusant mais délicat. On s’en met un peu partout au point d’être obligé de s’en lécher les doigts. On croit avoir entendu une dame proposer son aide pour cette délicate opération. On a sûrement mal compris. Visiblement les transports aériens rapprochent les personnes. De l’autre côté du hangar, Gérard Collomb est interviewé devant un jet privé, un zinc capable de vous expédier à l’autre bout du monde et de vous ramener avant le prochain remaniement ministériel, comme dirait Alain Joyandet. Pour peu qu’on trouve un courant porteur.

Timéo Danaos



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