Veillée d’armes à la préfecture. Les salons sont dorés mais déserts. A 19 h 30 seule Surf TV a installé un plateau pour interviewer toutes les personnalités qui voudront bien passer, si d’aventure. C’est dire la misère.
Au buffet des journalistes une salade méli-mélo, des croque-monsieur taillés en pointe, des saucisses fourrées qu’un ex-directeur du FMI n’aurait pas reniées. Et... le grand retour du flan caramel ! C’est sûr, il sait. Le préfet a bénéficié des confidences des Suisses, des Belges et des Québécois, il connaît le résultat avant tout le monde et il a pris ses dispositions.
De fait, à 20 heures, le visage de François Hollande apparaît sur les écrans et quelques timides applaudissements vont se perdre dans la hauteur des plafonds. Bref on s’emm... Mais où est la fête ? Il y a bien un vainqueur quand même. « Au Transbordeur », souffle quelqu’un. D’ailleurs, il paraît que toute la Fédé s’y est déjà donné rendez-vous. Tramway-bus. En effet, l’endroit est plein comme un œuf et beaucoup plus animé.
21 h 30, dans la grande salle, la foule tape du pied en cadence en faisant vibrer la tribune alors que depuis Furiani, on aimerait mieux que non. Hollande apparaît sur un écran géant, entouré de Tulle. « Il n’y aura qu’une seule nation... », « Ouêêêê ! » crie la foule. « ...l’école de la République... », « Ouêêê ! » encore et plus fort. « ... la transition écologique... », « Ouêêê ! » beaucoup moins fort.
Il règne la chaleur d’une étuve juste avant qu’on referme le couvercle sur les haricots. Par bonheur un léger souffle frais tombe du plafond de temps en temps. Vérification faite, il ne s’agit pas de climatisation, mais d’une drapeau FH qu’un militant agite juste au-dessus, frénétiquement. On ne sait pas si François Hollande décoiffe, mais pour l’instant il brasse de l’air.
Fin du discours sur l’écran. Alors tous ceux qui étaient en haut des tribunes se prennent d’envie de descendre et ceux qui étaient en bas le contraire, ce qui crée des difficultés de transit intestinal dans les escaliers.
Au Transboclub, un groupe de rock a entrepris de musicaliser l’ambiance. Il se lance dans une reprise en version punk d’une chanson de Joe Dassin : l’Amérique. Il suffit de passer la mélodie au mixeur et de remplacer la rythmique par un bruit de train. On cherche Jacky Darne. Il faut qu’il parle. Il dit qu’il est content, que les socialistes ont gagné, mais qu’il reste les législatives, alors au boulot. Bref ce n’est pas un orateur, mais il n’y avait personne d’autre.
Où sont les éléphants ? Ils doivent bien être réunis quelque part. En tous cas pas avec les militants de base. Le bruit court : « il y a un rassemblement spontané à Bellecour ». Ca doit être là. Re-bus. Des jeunes scandent « le changement, c’est maintenant », et effectivement, ils changent à Charpennes. On trouve aussi une jeune fille avec une valise. Ca y est, les riches s’enfuient déjà ? Non, elle n’a pas l’air. Et puis un bus, pour s’expatrier en Suisse...
Bellecour, les camions de police sont à l’affût pour sécuriser l’endroit. Plus d’un millier de jeunes sont réunis près de la statue de Louis XIV. Un garçon est même monté sur le socle avec un drapeau français qu’il agite juste sous les [......] du cheval. Qui n’en a pas, d’ailleurs, ni en bronze ni en or. Ca klaxonne de partout. Vers la rue du Président Edouard-Herriot quelques centaines de jeunes font des haies d’honneur aux voitures en brandissant des portraits de François Hollande. Ici peu de militants, juste le peuple, mais toujours pas de notables socialistes. A croire que pour ces retrouvailles entre la gauche et son électorat, ils ont décidé de consommer le mariage chacun de leur côté.
Timéo Danaos





