Samedi, c’était soirée people à l’Amphithéâtre de la Cité Internationale. Tout ce que Lyon compte de notables qui comptent les uns sur les autres voulait être vu, pour avoir l’impression d’être pour quelque chose dans la remise du prix Lumière à Gérard Depardieu, le Falstaff du cinéma français.

On use de stratagèmes honteux pour se retrouver pas trop mal placé, dans les premiers gradins, de manière à pouvoir surveiller tout ce qui se passe. Les invités de marque arrivent par la porte de droite, leur image est immédiatement retransmise sur écran géant, sauf quand le cadreur ne les connaît pas, notamment quand il s’agit de hautes personnalités lyonnaises dont la notoriété n’a pas dépassé le bout de leurs chaussures, là pas d’images, raté!

Mais Clovis Cornillac est chaleureusement applaudi, Laurent Gerra aussi, Albert Dupontel, Edouard Baer... Sitôt entrés, des confrères se précipitent pour faire semblant de les interviewer. Edouard Baer et Benoît Delepine sont tout heureux de se retrouver, ils font mine de se rouler un patin pour la plus grande joie des photographes.

Depardieu arrive, monumental, coiffé à la d’Artagnan, corpulent comme Porthos, gascon comme Athos et séducteur comme Aramis. Un trois mousquetaires à lui tout seul. Le public se lève et l’acclame debout. Alors lui se met aussi à adresser des petits signes de la main et finit par applaudir le public. Il est accompagné de Fanny Ardant et immédiatement toutes les femmes la détestent. Malgré les années qui ont passé, elle arbore toujours une silhouette impeccable, souple comme une liane, serrés dans une jupe fourreau verte et un bustier noir, une coiffure casque très 60’s revival, un port de reine. Enervante.

Thierry Frémaux lance le film de promotion du festival du film. Puis Depardieu dit quelques mots. Oh, il ne va pas faire de discours « je ne prépare jamais de discours, on me donne des lignes et je les lis » (il y en a d’autres qui les sniffent). Mais là, le texte est de lui, il improvise au fur et à mesure.

Rendez-vous après le grand film : La femme d’à côté, de François Truffaut, où Fanny Ardant fit ses début en 1981 (...) Ca y est, c’est la cérémonie. Tout le beau monde est monté sur scène. Une vingtaine d’artistes et de réalisateurs, plus Gérard Collomb et Jean-Jack Queyranne. Pour une fois, les élus sont tombés sur plus bavards qu’eux, Thierry Frémaux ne lâche pas le micro, les officiels font de la figuration. Bertrand Tavernier rend hommage à Depardieu « des personnages qui écorchent l’écran ». Mais aussi d’autres plus inattendus, plus fragiles, dans lesquels « il se glisse par surprise (...) avec la légèreté d’une dentellière ». Une dentellière qui a un sérieux coup de fourchette.

Public debout. Depardieu est ému, même s’il fait semblant de faire le malin, tant d’hommages « ça sent le sapin », qu’il plaisante. Il remercie. Lyon, le prix, le public « c’est extraordinaire, le métier que vous faites en regardant les films ». Alors Collomb veut dire quelque chose.

Depuis que les deux Gérard sont côte à côte, on n’arrête pas de penser à Astérix et Obélix. Le petit malin prend donc la parole. « J’ai vu que dans votre jeunesse vous aimiez Eddy Cochran »... Et lui aussi. A quoi pense-t-il à la veille du premier tour des primaires socialistes ? C’mon everybody ? Ou alors Nervous Breakdown ?

Timéo Danaos