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05fév.

Un lion sinon rien

C'était une de ces soirées prestigieuses dont Lyon a le secret. « Secret » bien gardé car, en dehors de la ville, personne n’en entend parler. Les lions du sport 2011 étaient décernés lundi 16 au Transbordeur. L’équivalent de la remise des Césars, nous avait-on assuré, mais pour le sport. Et à Lyon. Ça relativise.
Une foule rectiligne faisait la queue le long des barrières du Transbo, piaffant d’impatience et aussi un peu de froid. A l’intérieur le carré VIP avait été alphabétisé, une lettre pour chaque rang. Une scène  inondée d’une lumière verte, façon laser. Disposée comme un plateau TV, car TLM allait retransmettre en direct.
En attendant, Christian d’Aubarède pour Tonic FM et Philippe Montanay pour TLM s’emploient à chauffer la salle, mais à la lyonnaise, c’est à dire pas trop, avec modération, tout en retenue. Il ne manquerait plus qu’on s’amuse !
Puis Marc Feuillet et Thierry Braillard échangent des amabilités : « tu sais ce que je te souhaite... ». Si l’on comprend bien il espère le voir pulvériser Philippe Meirieu au premier tour des législatives de juin, en toute confraternité de gauche.
D’Aubarède a pour tâche de jongler entre les remises de prix et le passage de musiciens invités dont le Lyonnais Mickael Miro avec son fameux Damdamdéo, et une toute nouvelle chanson : La Scandaleuse, qu’il aurait pu oublier de chanter sans qu’on lui en veuille.
Ça y est, la cérémonie des 10es lions du sport va commencer. L’huissier de service Me Di Fazio vient expliquer les règles du scrutin, il est peut-être le seul à y avoir compris quelque chose, mais tant que l’huissier a saisi !
Commençons par les espoirs. Qui succédera à Alexandre Lacazette, Espoir 2010 ? Suspense... ce sera Alexandre Lacazette. Ainsi les espoirs sont comme les promesses électorales, on peut les reconduire, on n’est pas obligé de les tenir.
Puis un trophée d’honneur pour Hacine Cherifi et surtout Fabrice Tiozzo. Apparition du people-surprise : Thierry Roland himself, venu spécialement pour lui faire donner une standing ovation : « le plus grand palmarès de la boxe française ».
Revenons aux lions. On décerne le bronze en premier. Tiens ! Pourquoi les appelle-t-on des lions alors que ça n’y ressemble pas du tout ? En tous cas pas à une tête de lion. Peut-être une patte ? Un bout de queue ? L’objet doit être lourd et peut-être même contondant, il est enveloppé d’un linge protecteur. Le lion de bronze sera ex aequo Corinne Maîtrejean et Eugène N’Zi. Une patte pour deux.
Puis l’argent. Philippe Montanay fait monter sur scène « Angélique Castillo, Miss Rhône-Alpes », annonce-t-il. Euh... pas tout à fait. « C’est Miss Rhône », reprend la demoiselle qui n’a pas envie de se faire régionaliser. Vainqueur : le gymnaste Cyril Tommasone. Il s’entraîne déjà pour les JO. « On votera pour vous à Londres », l’assure Philippe Montanay. Il doit confondre avec l’Eurovision.
Pour le lion d’or, on passe à la vitesse supérieure. Pas moins que Gérard Collomb pour remettre le prix et... le lion est une lionne, Camille Abily, footballeuse de l’OL. On la congratule, on l’embrasse, tout le monde veut être sur la photo. Jean-Michel Aulas, à qui on n’avait rien demandé,  monte sur scène d’autorité. Il semble se souvenir tout d’un coup qu’il a plus de succès avec les fenottes qu’avec les gones. Elles font moins d’histoires pour remporter des championnats et des coupes d’Europe. Ah que la victoire est jolie !
Pendant que la foule commence à s’égailler vers les buffets, Christian d’Aubarède fait les moulinets avec les bras : revenez, le concert continue ! Le groupe Boulevard des Airs vient de remonter sur scène pour un dernier morceau : El cielo no puede hacer nada... Le ciel ne peut rien y faire. Tant qu’il ne nous tombe pas sur la tête.
Timéo Danaos

08nov.

Najat, de Ségolène à François, en passant par Arnaud

Orpheline de sa candidate Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem n’a pas mis longtemps à se ranger derrière le vainqueur de la primaire citoyenne. Jeudi dernier, France Inter annonçait sa nomination au titre de porte-parole de François Hollande, preuve que le futur adversaire de Nicolas Sarkozy sait laisser quelques places de choix à celles et à ceux qui ont soutenu son ex-compagne.

Bien sûr, Najat Vallaud-Belkacem aurait préféré la victoire de sa championne. Certains la voyaient déjà décrocher un maroquin en cas d’installation de Ségolène à l’Elysée. Aujourd’hui, elle ne se fait plus guère d’illusions. Son espoir réside beaucoup plus dans la possibilité de décrocher une bonne circonscription pour les futures législatives. Comme l’ont raconté Les Potins, elle a un moment lorgné sur Villeurbanne où la députée sortante Pascale Crozon était prête à jeter l’éponge. Le maire Jean-Paul Bret s’y est formellement opposé. Pour être sûr de ne pas voir débarquer sur ses terres cette proche de Gérard Collomb, il a même convaincu Pascale Crozon de repartir au combat.

Autre hypothèse un temps caressée par Najat, une candidature dans la circonscription de Jean-Jack Queyranne. Le président du conseil régional sera concerné par les règles du PS sur le non-cumul des mandats. Il va devoir choisir entre la présidence de la Région et son siège de député. Mais, même s’il abandonne le Parlement, la bataille est loin d’être gagnée d’avance pour Najat ; elle devrait d’abord convaincre les militants socialistes de la préférer à Annie Guillemot. La mairesse de Bron l’a officiellement annoncé ; elle se verrait bien elle aussi briguer la succession de Queyranne.

Il existe toujours une possible candidature dans la quatrième circonscription du Rhône. C’est-à-dire dans celle dont Dominique Perben est le député et qui passe pour être ingagnable par la gauche. En 2007, Najat y a déjà tenté sa chance. Malgré ce qui a été alors considéré comme un excellent score, elle avait été largement battue (56,5% contre 43,5%) par l’ancien ministre des Transports.

Selon certaines confidences, Najat regarderait du côté de la Saône-et-Loire. Elle se verrait suppléante d’Arnaud Montebourg, persuadée qu’il fera son entrée au gouvernement en cas de victoire aux présidentielles. Elle y gagnerait son billet pour l’Assemblée nationale.

Un élément plaide en faveur de cette hypothèse : Najat entretient grâce à son mari Boris Vallaud d’excellentes relations avec Montebourg. Celui-ci n’est autre que le directeur général des services du conseil général de Saône-et-Loire que préside Montebourg.

Gérard Angel

27oct.

Un gros camion

Jeudi midi Gérard Collomb inaugurait un gros camion et réciproquement. Le gros camion, il est dans la cour, place de la Comédie, entre l’Opéra et l’Hôtel-de-Ville, totalement silencieux. D’abord car il est à l’arrêt. Mais surtout parce qu’il est électrique, le plus gros camion électrique de livraison au monde, seize tonnes, dix-huit palettes, deux rétroviseurs, deux essuie-glaces.

Quant à Collomb, il n’est pas silencieux du tout et encore bien moins électrique. On le retrouve dans un salon de l’Hôtel-de-Ville, à la tribune, devant 150 costumes gris « heureux que Lyon soit une ville pilote pour expérimenter le camion électrique ». Il ne s’en est pas fallu de beaucoup pour qu’il soit également heureux qu’elle expérimente la voiture électrique en libre service, il aurait suffi que le maire de Lyon le décide. Mais non. On nous explique que la ville n’est pas très adaptée à la voiture électrique. Et bien la voiture non, mais le camion, oui.

Alors aujourd’hui le camion électrique est venu inaugurer Lyon. Avec une autonomie de 100 km, il récupère de l’énergie pendant les décélérations, permettant de s’arrêter aux feux rouges presque sans freiner. Un navigateur intelligent guide le conducteur vers le trajet le plus dégagé et le plus économe, explique l’inventeur, Pierre-Henri Bigeard, le pdg de IFP Energies Nouvelles. Bon, reconnaît Stefano Chmielewski de Renault Trucks une fois que c’est son tour, « on m’a un peu volé le discours ».

Presque tout a été dit, parlons du reste. Il se prend à rêver d’un monde de camions électriques, effectuant les livraisons la nuit, silencieusement, sans déranger les voisins. Et même le ramassage des ordures ménagères. Et le ramassage scolaire aussi ? Parce que c’est bruyant, les mômes !

Le temps est venu de remettre les clefs du camion à Francis Lemor, le pdg de la société de transports SFE-TFE. Les clefs sont plantées dans un coussin de velours comme une légion d’honneur qui servirait à quelque chose. Francis Lemor s’en empare et prend le micro : « Pourquoi ici à Lyon, alors que ce n’est pas la seule ville qui s’intéresse au développement durable ? ». Collomb doit commencer à se demander s’il a bien fait de l’inviter. Et le modèle lyonnais alors ? Ici on fait campagne pour Hollande et on vote Aubry, quand ce n’est pas le contraire. On est à droite et on vote Collomb. Voilà pourquoi on s’intéresse au camion électrique, CQFD.

SFE-TFE est une belle entreprise fondée sur des valeurs étonnantes : l’enthousiasme, le respect, la rigueur et la performance. Soyons juste, on l’imaginait mal revendiquer : l’amateurisme, l’inefficacité, le j’en-foutisme et le carriérisme. Aucune société ne pourrait tenir. Un parti politique, à la rigueur.

Mais chez SFE-TFE « le développement durable fait partie de notre ADN ». Mazette ! Comme Carrefour dont un directeur dira : « c’est dans nos gènes ». Quand on voit toutes ces entreprises programmées pour la défense de l’environnement, on se demande d’où vient la pollution.

Mais la cérémonie touche à sa fin. Et l’assistance : à sa faim. Il est temps que le buffet ouvre. Les 150 costumes gris qui opinaient gravement pendant le discours de leurs chefs se détendent un peu. Ils picorent des sushis, des bulles de foie gras en brochette, des pincées de jambon cru aux pruneaux, des embrochées de saint-Jacques, arrosées d’un champagne qui fanfaronne aux couleurs de Pignol. Et pendant ce temps là, Stefano Chmielewski est retourné cajoler son camion, il lâche une bombe devant la presse. La crise, le chômage partiel, les salariés en ont abusé, l’absentéisme a bondi de 5 à 12%, ceux qui font ça sont des « voleurs ». Ce qui lui vaudra un communiqué vengeur de la CGT dont toutes les lignes commencent par un méprisant : « ce monsieur ». Et ben ! Si son camion ne fait pas de bruit, lui, il en fait !

Timéo Danaos

26oct.

Collomb s’égosille mais les Lyonnais restent sourds


On ne l’a pas assez dit ! La victoire de François Hollande, c’est bien lui, Gérard Collomb, qui en a été l’un des principaux artisans. Avec une modestie à faire pâlir d’envie Alain Bideau, le maire de Lyon s’est précipité dimanche soir pour se réjouir. « L’appel que j’ai lancé sur Lyon a été entendu » nous a-t-il expliqué. Quelle influence ! Quelle autorité ! Nous en restons sans voix… On aurait tort de penser que l’appel de Collomb n’a été entendu qu’entre Saône et Rhône. Bien au contraire. Son organe porte loin, très loin. Disons même qu’il porte de mieux en mieux à mesure que l’on s’éloigne de la place Bellecour et de l’Hôtel-de-Ville. A Lyon même, Hollande n’a séduit qu’un peu plus de 51% des électeurs. Sur l’ensemble du département du Rhône, le score s’améliore avec 54%. Et il frise les 57% pour l’ensemble du territoire.

Décidément, Collomb a raison de se pousser du col et de jouer les fiers-à-bras. Seuls les jaloux, les aigris et les potes de Michel Havard refuseront de reconnaître l’influence politique de la parole collombienne.

Bien sûr, ce deuxième tour des primaires vient confirmer le constat médical inquiétant déjà fait la semaine précédente : nombre de Lyonnais souffrent d’une forme aiguë de surdité profonde. Certains arrondissements sont plus touchés que d’autres par cette épidémie qu’il conviendrait de soigner rapidement. C’est principalement le cas dans le 1er arrondissement où l’électeur de gauche pourtant de bonne volonté n’a visiblement pas entendu l’appel de Collomb. Sur les terres de la mairesse Nathalie Perrin-Gilbert, Martine Aubry s’impose avec plus de 60% des suffrages. Il en va de même sur le plateau de la Croix-Rousse et même dans le 7e arrondissement. Comble de malheur, la maladie n’épargne pas plus le fief historique de Collomb. L’appel lancé par le maire n’a guère réveillé les électeurs. Le 9e est demeuré l’un des arrondissements où l’on a proportionnellement le moins voté pour ces primaires.

Cette surdité qui frappe Lyon pourrait être vite oubliée si elle ne risquait pas demain d’entraîner quelques conséquences politiques. Si François Hollande remporte la prochaine élection présidentielle, il ne manquera pas de remercier le maire de Lyon pour l’aide qu’il lui a apportée. Et comment mieux le remercier qu’en le laissant éloigné du gouvernement, histoire de lui éviter d’être touché par le désamour qui risque fort de s’abattre sur nos futurs dirigeants lorsque, après les promesses de la campagne, ils seront confrontés aux réalités et n’auront d’autres solutions que d’imposer la rigueur au pays ?

Gérard Angel

20oct.

Les Gérards du cinéma

Samedi, c’était soirée people à l’Amphithéâtre de la Cité Internationale. Tout ce que Lyon compte de notables qui comptent les uns sur les autres voulait être vu, pour avoir l’impression d’être pour quelque chose dans la remise du prix Lumière à Gérard Depardieu, le Falstaff du cinéma français.

On use de stratagèmes honteux pour se retrouver pas trop mal placé, dans les premiers gradins, de manière à pouvoir surveiller tout ce qui se passe. Les invités de marque arrivent par la porte de droite, leur image est immédiatement retransmise sur écran géant, sauf quand le cadreur ne les connaît pas, notamment quand il s’agit de hautes personnalités lyonnaises dont la notoriété n’a pas dépassé le bout de leurs chaussures, là pas d’images, raté!

Mais Clovis Cornillac est chaleureusement applaudi, Laurent Gerra aussi, Albert Dupontel, Edouard Baer... Sitôt entrés, des confrères se précipitent pour faire semblant de les interviewer. Edouard Baer et Benoît Delepine sont tout heureux de se retrouver, ils font mine de se rouler un patin pour la plus grande joie des photographes.

Depardieu arrive, monumental, coiffé à la d’Artagnan, corpulent comme Porthos, gascon comme Athos et séducteur comme Aramis. Un trois mousquetaires à lui tout seul. Le public se lève et l’acclame debout. Alors lui se met aussi à adresser des petits signes de la main et finit par applaudir le public. Il est accompagné de Fanny Ardant et immédiatement toutes les femmes la détestent. Malgré les années qui ont passé, elle arbore toujours une silhouette impeccable, souple comme une liane, serrés dans une jupe fourreau verte et un bustier noir, une coiffure casque très 60’s revival, un port de reine. Enervante.

Thierry Frémaux lance le film de promotion du festival du film. Puis Depardieu dit quelques mots. Oh, il ne va pas faire de discours « je ne prépare jamais de discours, on me donne des lignes et je les lis » (il y en a d’autres qui les sniffent). Mais là, le texte est de lui, il improvise au fur et à mesure.

Rendez-vous après le grand film : La femme d’à côté, de François Truffaut, où Fanny Ardant fit ses début en 1981 (...) Ca y est, c’est la cérémonie. Tout le beau monde est monté sur scène. Une vingtaine d’artistes et de réalisateurs, plus Gérard Collomb et Jean-Jack Queyranne. Pour une fois, les élus sont tombés sur plus bavards qu’eux, Thierry Frémaux ne lâche pas le micro, les officiels font de la figuration. Bertrand Tavernier rend hommage à Depardieu « des personnages qui écorchent l’écran ». Mais aussi d’autres plus inattendus, plus fragiles, dans lesquels « il se glisse par surprise (...) avec la légèreté d’une dentellière ». Une dentellière qui a un sérieux coup de fourchette.

Public debout. Depardieu est ému, même s’il fait semblant de faire le malin, tant d’hommages « ça sent le sapin », qu’il plaisante. Il remercie. Lyon, le prix, le public « c’est extraordinaire, le métier que vous faites en regardant les films ». Alors Collomb veut dire quelque chose.

Depuis que les deux Gérard sont côte à côte, on n’arrête pas de penser à Astérix et Obélix. Le petit malin prend donc la parole. « J’ai vu que dans votre jeunesse vous aimiez Eddy Cochran »... Et lui aussi. A quoi pense-t-il à la veille du premier tour des primaires socialistes ? C’mon everybody ? Ou alors Nervous Breakdown ?

Timéo Danaos

05oct.

Un Ministre presque parfait

On l’a appris par sa participation à l’émission Un dîner presque parfait, le ministre de la Culture l’est également de la gastronomie. Ben : pas de la mode masculine ! Frédéric Mitterrand à Lyon, c’est vintage 50’s, un costume qu’il a du emprunter à Vincent Auriol, une chemise de chef de bureau à la SNCF. Il était très attendu à l’inauguration de la Biennale d’art contemporain, ce mercredi à la Sucrière. Et très photographié. On l’aurait surpris rajustant le nœud de cravate d’un officiel pour la photo, avec un doigté qui dénote une longue expérience.

Frédéric Mitterrand est cool. A son aise dans un aréopage composé de cultureux, reconnaissables à leurs lunettes aux formes compliquées, leurs écharpes chamarrées même en plein soleil, et chez certains hommes, ces curieuses coiffures en oreilles de cocker.

Ca y est, la tribune aux palabres s’éclaire. Gérard Collomb s’avance vers le lutrin en plexiglas. Sans notes. Et peu importe, le roi  du hors sujet dit toujours à peu près la même chose. Il commence par les projets de la Confluence et finit par la réhabilitation de l’usine Tase. Si le ministre s’en bat l’œil, il se débrouille pour que ça ne se voit pas. Il cligne les paupières.

Jean-Jack Queyranne lui succède. Il dépose devant lui un petit bristol, c’est qu’il ne sera pas long. « Une biennale belle et terrible est née ! », clame-t-il en paraphrasant le titre. On le sent prêt à se jeter dans la tragédie grecque, et puis non, il fait un détour par la grotte Chauvet, il y croise le cinéaste Werner Herzog qui vient d’y tourner un film 3D. Ah ! l’art est bien le seul qui se dresse face au chaos, le seul qui vienne « fourailler aux entrailles des choses ». Fin de bristol. Magnifique.

Et le voilà, le Frédo, avec son costume de conservateur de la Culture. Il est accompagné d’une liasse de huit feuillets. On n’y échappera pas. Il salue chacun par son titre : « Monsieur le maire » aussitôt suivi d’une adresse plus familière, « Cher Gérard Collomb ». Il semble sincèrement heureux d’être là, comme soulagé d’échapper un instant au microcosme. Bah, plus que huit mois ! Il part en free style sur la biennale, puis sur l’accueil lyonnais, avant de revenir au discours tracé par les fonctionnaires de la Culture, où il ne manque pas un bouton de guêtre. Un petit mot de Thierry Raspail  pour finir ? Oups, on est placé trop près, on voit des choses qu’on ne devrait pas (quand même, il aurait pu faire ses racines).

Voici le moment de remettre le Prix de l’artiste francophone avec la Maison de la Francophonie. Mais là, au lieu de tendre la cuillère à Erick Roux de Bézieux, Frédéric Mitterrand repasse le plat à Gérard Collomb. Bon, le maire ne renonce jamais à parler même s’il n’a rien à dire. Il se met à lire ce qu’il a trouvé devant lui : la liste des membres du jury. Sinon il y avait aussi l’étiquette de sa cravate : soie naturelle, ne pas laver, dégraissage only. Et donc le gagnant est... Dominique Petitgand. Il est là. Il monte sur scène. Il ne comprend pas très bien ce qu’il y fait : « j’aimerais bien connaître les raisons de ce choix ». Panique à bord, personne ne sait. Sauf : Erick Roux de Bézieux, vous voyez bien qu’il fallait lui donner la parole. Le président de la Maison de la Francophonie explique : le travail avec les mots, une langue ouverte qui fait dialoguer en permanence le français avec l’anglais. En l’écoutant ébahi, l’artiste arrive à se convaincre que oui, c’est bien lui qui a fait tout ça. Il accepte le prix. Qu’il en soit remercié.

On va pouvoir se jeter sur le buffet. Faudra faire vite. En dehors d’une excellente bière Duvel, on ne trouvera guère à croquer que des tranches de pains aux noix, avec deux grains de raisin.

Haguenauer et Gelas sont habituées à mieux. Elles vont noyer leur désespoir un peu plus loin emportant au passage un exemplaire du Progrès. Si c’était pour les pages saumon, il fallait prendre Le Figaro.

Timéo Danaos

18sept.

Speed dating post mortem

Cinq minutes par personne. Tout le monde voulait se faire entendre à l’inauguration de la Maison des Deux Rives, à la Confluence, ce lundi. Rendez-vous à 18 heures au Monolithe, ce cube de béton doré de la rue Denuzière. Une maison-relais pour personnes en déshérence.

Tout le monde non, car un certain nombre de personnalités étaient au contraire venues là pour se taire, ce qui mérite le respect. Michel Havard, qui n’en pense pas moins. Et le préfet Carenco, celui qui ressemble à John Cleese des Monthy Python, un préfet nommé Wanda.

Mais Daniel Saillant parle. Il est le président d’Habitat et Humanisme Rhône, maison fondée en 1985 par Bernard Devert pour fonder des maisons. Et par Jacques Moulinier, disparu en 2010. « Il est là-haut, il nous regarde, il est content ». On aimerait bien qu’il n’en profite pas pour jouer avec les nuages, on est dans la cour.

Raphaël Appert, du Crédit Agricole, lui succède au micro. Certes, avec tout ce chahut boursier « ce n’est pas facile en ce moment de prendre la parole pour un banquier ». Il la prend quand même et il n’a pas l’intention de démissionner non plus. Bien au contraire. « Longue vie au projet ! ». La banque continue.

Denis Broliquier compte 33 logements là où une vingtaine seulement ont suffi aux autres, mais les autres n’ont pas besoin de se faire élire dans cet arrondissement, lui si. On n’a jamais trop d’électeurs. Il se souvient de Jacques Moulinier à l’époque où ils étaient tous les deux centristes. Comme le temps passe.

Puis c’est le tour de Philippe Barbarin : oui Jacques Moulinier est avec nous ce soir, et aussi Mère Térésa, « car c’est l’anniversaire de sa mort en ce 5 septembre ». Décidément le ciel commence à être chargé !

Gérard Collomb s’avance. Il salue le catholicisme social, grande tradition de la ville, il cite Henri Lacordaire, rend un hommage vibrant à Jacques Moulinier, mais n’en doutons pas, la politique menée en ce moment par la ville de Lyon se situe exactement dans la droite ligne des convictions défendues par Jacques Mouliner à son époque. Au centre droit, donc.

Ah, reprend Jean-Jack Queyranne, on peut dire que Jacques Moulinier était passionnément Lyonnais. C’est grâce à des gens comme lui qu’au cœur de la Confluence aujourd’hui, « il n’y a pas que des bâtiments prestigieux, du commercial et des immeubles de standing », il y a aussi... (euh... l’immeuble du Progrès ?). Non ! Il y a aussi « du logement pour tous, le droit au logement effectif ». Effectivement.

Allez Michel ! Le Garde des Sceaux va fermer le banc. Il se souvient de Jacques Moulinier et de tout le parcours politique qu’ils ont suivi ensemble sur les chemins du centre : « Jacques avec qui nous avons mené des combats politiques et nous en avons perdus autant que nous en avons menés ». Toute une carrière. Quand on pense à tous les combats que Michel Mercier va maintenant devoir perdre tout seul !

Coupons le ruban avant que ça ne refroidisse. Le coup de ciseau inaugural sonne le tocsin pour les bouchons de champagne qui dépotent un peu partout. Du moins : du crémant de Bourgogne, le même que Michel Mercier sert à sa table du Département, ça sent le déstockage massif.

Une ambiance très cathosphère. Dress code : s’habiller de couleur terne et toujours donner l’impression de s’ennuyer un peu, mais pas trop.

Si d’aventure on croque un canapé (ceux au fromage de chèvre par exemple) le faire comme par inadvertance et en ne donnant  pas l’impression d’y prendre du plaisir. Manquerait plus que ça !

Timéo Danaos

12juil.

La Région accouche par le siège

Jeudi soir on inaugurait le nouveau siège de la région Rhône-Alpes à la Confluence. Le hall est immense. Il plonge en pente douce jusqu’à la salle du conseil. Au sol, des marquages indiquent le chemin. Des pas, pied gauche, pied droit, l’un bleu, l’autre jaune. D’après l’espacement entre eux, l’homme qui a servi de modèle doit mesurer dans les 3,40 mètres. On est heureux de ne pas l’avoir croisé.

Pour l’heure Gérard Collomb, Jean-Jack Queyranne et François Turcas sont installés sur une sorte de rampe de lancement qui leur sert de promontoire. On crachote un peu dans le micro et le maire prend la parole. Ah la Confluence ! La « fluidité du nouveau quartier ». Les 45 000 m² du Marché Gare qui vont prochainement servir de bac à sable des architectes Herzog et de Meuron. Le pôle de loisirs avec ses restaurants que les élus régionaux vont bientôt pouvoir découvrir, en espérant qu’ils n’en profitent pas pour « passer trois heures à table » (on espère surtout que la présence de Turcas n’est pour rien dans cette insinuation malveillante).

Rendez-vous à 18 h 30 dans la salle du conseil, JJQ fera un discours. Chic ! A l’heure dite, on lance une vidéo. L’architecte Christian de Portzamparc, accoudé sur un mange-debout, dans un hall encore désert, regarde refroidir une tasse de café. « Ce bâtiment est un serpent, explique-t-il. Et sous ce serpent, il y a la salle du conseil ». La salle des sornettes, quoi.

Ensuite, le président monte à la tribune, flanqué de part et d’autre d’une trentaine d’élus qui jouent les glaïeuls : « Charbonnières ne répondait plus aux besoins de notre temps ». Mais ce nouveau bâtiment oui , car c’est « un grand vaisseau arrimé à la Darse ».

Un vaisseau ? Qu’a-t-il fait du serpent ? « Nous voulions du beau, pas du toc », et donc « la façade est en terre cuite ». Un peu comme une cruche. Victor Hugo ne disait-il pas : « l’architecture est le grand livre de l’humanité » ? Alors que Daniel Pennac déclarait : « l’architecture est l’art de la suggestion ». En attendant qu’ils se mettent d’accord on pourrait peut-être ouvrir le buffet ? L’hôtel de région est « une vitrine et un outil ». En cas d’urgence, brisez la glace !

« Bienvenue à tous et à toutes. Les buffets sont à votre disposition, avec des spécialités de la région ». Bravo. Pour qui doit installer des tables sur un pan incliné, les choses ne sont pas faciles. Toutefois, le traiteur s’appelle La Potinière, il bénéfice dans ce journal d’un préjugé favorable.

On croise Denis Broliquier, en repérage, Roland Bernard, en voisin, Etienne Tête, en conciliabule, Jean-François Debat, en grande pompe. Ainsi qu’une Miss 2e Dauphine Le Progrès ondoyant sur ses talons.

Suivant les consignes du président, on entreprend de se régaler de spécialités régionales : du saumon fumé (de Grenoble ?), de la feta (de Valence ?), des verrines de Saint-Jacques (de Miribel ?) et puis du foie gras, du rouget, des feuilles de vignes, du chorizo. Certes, si on n’était pas d’une totale mauvaise foi, on aurait souligné aussi la charcuterie lyonnaise ou les petites quenelles. Mais voilà, on l’est.

« Monsieur est un tentateur ! », glousse une dame à un jeune serveur qui lui présente un plateau de sucré. Ne nous emballons, pas, il s’agit seulement de pâtisseries, pas de fruits de la passion !

« Il y a aussi des buffets à l’intérieur ». Et c’est vrai, on les voit à travers la vitre. Déserts. Avec trois pauvres maîtres d’hôtel perdus comme trois poissons dans un aquarium trop grand. Ce n’est pas qu’on ne voudrait pas y aller, mais personne n’a réussi à trouver l’entrée !

Avant de partir, une touchante attention. On remet à chaque invité une mallette toute en carton et ficelle, pour faire développement durable. Elle contient une mine de renseignements sur la région, ses compétences, ses réalisations, le travail des élus. Bref tout ce qu’ils auraient dû savoir avant de se présenter aux élections. Une bien belle soirée.

Timéo Danaos

28avr.

L’UMP à front renversé

Quelle honte ! Quelle horreur ! Réduire brutalement les dépenses en fermant des écoles isolées ou des résidences pour personnes âgées, ne pas investir assez pour anticiper la demande dans les cantines scolaires, supprimer un poste de directeur sur deux dans les établissements d’hébergement pour les aînés, mettre en place un plan d’austérité qui aboutit à la fermeture de trois restaurants de l’UGFRL (Union de gestion des foyers restaurants lyonnais)... Sans parler du plan d’économies au sein de l’administration.

Non, non, il ne s’agit pas d’une énième harangue du Parti socialiste contre la politique de rigueur du gouvernement Fillon. Mais du bilan de la mi-mandat de Gérard Collomb dressé par l’opposition de droite, Michel Havard en tête. Le député UMP a beau assurer que lui tient le même discours à Paris et à Lyon, il est délicieux de l’écouter dénoncer la « situation sociale dégradée » à la Ville de Lyon et se mettre résolument du côté des agents dans le malaise ambiant. Toute ressemblance avec ce que l’on peut entendre vis-à-vis du chef de l’Etat dans l’Education nationale, à l’hôpital public ou chez les magistrats ne serait que pure coïncidence. Idem quand il s’agit de pointer les cadeaux faits au privé dans « le scandale immobilier avec la rue Grôlée » ou « le scandale historique avec l’Hôtel-Dieu ». Sans compter le « scandale financier avec la Sacvl ». Si l’on écoutait l’UMP, on réhabiliterait illico l’investissement public dès lors qu’il s’agit de l’intérêt général.

C’est pourtant simple : tout est question de méthode, de savoir-faire, d’anticipation et de concertation. Car de l’argent, il y en a. Pour les transports, par exemple, Havard l’assure : il y a des « budgets non captés » par le Sytral au niveau national. Ceux qui croyaient François Fillon à la tête d’un Etat en faillite en seront... pour leurs frais. Puisque c’est l’UMP qui vous le dit.

Seule constante : la non augmentation des impôts vaut aussi bien au plan national qu’au niveau local. Mais alors, qu’aurait fait Havard à la place de Collomb ? Réponse... en 2014. Lorsqu’il sera candidat. Pas question de débuter le festival avant l’heure cette fois. Des municipales de 2008, le chef de file de l’UMP a gardé quelques cuisants souvenirs. L’un d’entre eux fut l’idée lancée très tôt d’un évènement autour du cinéma... reprise avec le succès que l’on sait par Gérard Collomb. Ainsi naquit le festival Lumière.

Havard ne rejouera donc pas la même scène et préfère « prendre le risque d’attendre 2014 pour dévoiler mes projets, que ce soit autour d’un éco-quartier ou d’autre chose ». D’ailleurs, pas un mot sur ce qu’il propose dans le document qu’il s’apprête à diffuser à quelque 8 000 exemplaires. Seulement l’annonce de sa candidature aux Lyonnais. Si Michel Havard tient ses promesses, ça risque de finir par être long trois ans de campagne sans propositions.

Alexandre Buisine

15avr.

« Lyon au Centre » d’un « sondage » contestable

Dans la petite salle, beaucoup de chaises pour un groupe n’ayant que trois élus municipaux. On en déduit donc qu’il y aura beaucoup de journalistes. Non, non. Juste beaucoup d’intervenants… « Lyon au Centre » et le groupe municipal « Centristes et Démocrates pour Lyon » mené par Christophe Geourjon accueillent, avec le sourire, la presse ce jeudi.

Après quelques formalités de rigueur, léquipe distribue à lassistance un petit dossier : une enquête (à retrouver ici) conduite par une militante, Céline Bos, à laquelle ont répondu environ 200 personnes, de novembre à décembre 2010. Une sorte de bilan du mi-mandat de Gérard Collomb fait par les Lyonnais. On veut innover à « Lyon au Centre » sauf que… Petit (ou gros) bémol : lenquête nen est pas une.

Céline Bos a lhonnêteté de le déclarer et de lécrire noir sur blanc « Même si cette enquête nest pas parfaite, elle nous permet dapporter un peu de la parole des Lyonnais ». Pas parfaite, certes. Quand on lit : « je ne vis pas à Lyon » dans les réponses rapportées, là ce n’est plus une enquête. C’est plutôt un questionnaire, dont on s’est contenté de collecter et de mettre en forme toutes les réponses. Sans panel, sans tri. Un « sondage » sans les moyens d’un sondage quoi.

Pourtant, la forme est jolie. Il y a de la couleur, des petits camemberts, et même des smileys qui sourient ou qui ronchonnent, selon les avis des répondants. Mais tout ceci n’est pas suffisant pour être convaincant, surtout lorsque l‘on se plonge sérieusement dedans. Le nombre de réponses recueillies (200), alors que la population intramuros de Lyon est de 445 274 habitants, montre déjà les limites de cette enquête. Même si la diversité de l’âge est bien représentée (de 21 ans à plus de 70 ans, c’est presque le refrain de « la maladie d’amour »), rien n’indique qu’elle soit représentative de la population lyonnaise. Idem pour la catégorie socioprofessionnelle et la répartition par arrondissement. Il y a donc encore du boulot.

« Lyon au Centre » a voulu garder les réponses brutes : « Par soucis de transparence aucune modification n’a été apportée aux propos des répondants ni sur la forme ni bien évidemment sur le fond ». Sauf que cela rend le « sondage » désinvolte. Limite enquête de quartier. Le résultat n’est donc pas celui escompté. Et pour preuve, dans les réponses, on trouve des phrases plutôt cocasses comme « C‘est insifisant », On est sûr que le correcteur d‘orthographe l‘a souligné celui-là. « […] petit Casino, Monprix», au lieu de Monoprix. « L‘arrêt des terrasses en surfaces», ça c’est le genre d’information que seul « Lyon au Centre » est capable de comprendre. Ou encore « Lyon est très sale, même auprès des hôpitaux, le 7e une horreur !!!!!!!!!!!!!!!!!  ». On se croirait presque au beau milieu d’une discussion de bistrot.

Niveau questions, elles sont plutôt orientées : « A Lyon, l’accompagnement des seniors vous semble-il…», « A Lyon, l’offre d’activités sportives vous semble-t-elle… », ou encore « l’utilisation de vos impôts à Lyon vous semble-t-elle… ». Qui a déjà entendu un Français dire que ses impôts sont bien utilisés et qu’il n’en paye pas assez ? Pour poser les bases de son programme politique, on a connu mieux.

Bref, « Lyon au Centre » a voulu effectuer une enquête pour avoir l’avis des Lyonnais sur le mandat de Gérard Collomb. Bonne initiative. Sauf que ce « sondage » est à leur image : il a la fraîcheur et la bonne volonté d’élus qui accomplissent leur tout premier mandat. Mais aussi le manque de moyens d’un groupe qui ne compte que trois élus municipaux.

Céleste Bonneau

14avr.

Une soirée de soutien en DSK-timini

Ni champagne ni bal-musette, on a fait dans l’austérité grecque, hier soir, pour apporter à Dominique Strauss-Kahn tout le soutien nécessaire… à son éventuelle candidature aux présidentielles. Dans une salle Jean Couty (9e) remplie d’environ 150 personnes, les camarades socialistes ont rendu un vibrant hommage au patron du FMI sans douter, à un seul moment, qu’il « se déclare bientôt » pour 2012. Alea jacta est.

Pour cette soirée pas comme les autres, Christiane Demontès, sénatrice du Rhône, Gérard Collomb, écrivain, Sylvie Guillaume, députée européenne, et Farida Boudaoud, vice-présidente à la culture du conseil régional, jouent les cireurs de pompes au milieu d’une salle reconvertie en hémicycle. « Il n’y a pas de leader ce soir », assure la sénatrice Demontès, « c’est pourquoi on n’est pas sur l’estrade mais ici, parmi vous, pour dialoguer avec vous ». Reçu 5 sur 5, mon capitaine ! Seul l’élu du 7e Romain Blachier, adossé nonchalamment à l’estrade avant de finir dessus assis en tailleur, boude ostensiblement la consigne.

Le temps, pour Les Potins, de vérifier que le sosie de Michel Forissier présent en tribune soit effectivement un faux du vrai, et c’est déjà l’heure de tirer sur la diligence. « DSK a l’envergure d’un chef d’Etat et il est le seul à pouvoir redresser la France », estime, sûre de son fait, Christiane Demontès, avant de préciser : « Enfin, pas tout seul, ce n’est pas le messie. Même si Messi marque beaucoup de buts… [Murmures] Eh oui ! je connais un peu le foot. Et je ne vous ai pas dit qu’il était au Real Madrid ». Tant mieux, Christiane, puisqu’il il évolue au FC Barcelone…

Un qui ne la joue pas goléador, c’est Gérard Collomb. Le maire de Lyon rit jaune quand un militant invite chacun à ne pas réitérer la « connerie de 2007 », à savoir : « ne pas voter DSK aux primaires ». Une chose que Gégé promet de ne pas recommencer, parce que la « situation aujourd’hui est extrêmement plus compliquée » et que sa favorite de l’époque, Ségolène Royal, ne semble pas en mesure non plus de la simplifier. Et puis, il faut que « nous renouions avec la croissance » sermonne-t-il, les fameux 2,5% que promet le Parti socialiste, même si Le Canard enchainé du jour rappelle que la croissance française ne dépasse plus les 1,8% depuis dix ans…

Mais le graal n’est pas encore complètement plein. L’ « extraterrestre » militant de la « section Lyon 2e », Jean-Baptiste, s’en persuade : « DSK, c’est Churchill ». On va bientôt nous promettre « du sang et des larmes ». Pour l’instant, ce sera juste « paire de rois et tapis ». Le poker, au PS, c’est moins dangereux que la guerre. Sarah, une militante du 7e arrondissement, va encore plus loin. « J’ai appris que 30% des électeurs en France étaient prêts à participer aux primaires socialistes… Franchement, si on fait ça, c’est génial ». Pourvu tout de même qu’ils n’aillent pas voter Hollande

Hélas, la soirée avance. Le départ prématuré de Gérard Collomb pour une manifestation gymnique fait au moins un heureux : son directeur de cabinet, condamné à manier le diable et à porter les chaises. On n’ira pas jusqu’aux 22 h 30 initiales. Si le public commence « hélas » à s’en aller, Christiane Demontès, elle, reste. « La barque passe, le quai reste », comme on dit au Cambodge. Ce soir, beaucoup de gens ont eu droit à la parole, ce qui est assez remarquable dans un débat politique. Mais la plupart n’ont pas eu de réponses, ce qui est tout aussi remarquable. Reste désormais à « convaincre » que DSK soit le « meilleur candidat pour la gauche et pour la France », et à en « parler autour de vous ». Messi est bientôt de retour…

Braise de Rusty

06avr.

Débat gauche sur la gauche

Levée de rideau au théâtre des Célestins. Lundi 4 avril, le magazine Marianne organise un débat sur la question « La gauche est-elle prête à relever la France » ?, en présence de Gérard Collomb, sénateur-maire PS de Lyon, Clémentine Autain, membre de la Fédération pour l’alternative sociale et écologique (en remplacement d’Arnaud Montebourg), Edwy Plenel, fondateur du site Médiapart, et Jean-François Kahn, co-fondateur de Marianne. Dans un décor d’échafaudage façon ravalement de façade, cinq sièges font face au public avec bouteilles d’eau et tables basses. Si c’est pour rejouer Les Brèves de Comptoir de Jean-Marie Gourio, c’est plutôt râpé. Ou alors, il fallait ramener les bouteilles du buffet du conseil communautaire qui avait lieu l'après-midi même. Du reste, ce soir, pour cette représentation unique et exceptionnelle, la troupe se produira à guichets fermés… Et pour cause ! L’entrée du théâtre est gratuite.

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26fév.

Pourquoi Collomb a viré Latournerie

Gérard Collomb a beau parler de « décision commune » à propos du départ de Jean-Yves Latournerie, la réalité est bien différente. Il s’agit purement et simplement d’une éviction brutale qui n’est pas sans rappeler dans la manière celle de Jean-François Lanneluc voici bientôt deux ans.

Chacun sait depuis longtemps au Grand Lyon que le courant passe mal entre Collomb et Latournerie. Les deux hommes sont très différents. Trop différents peut-être. Collomb est un sanguin pressé qui croit qu’il suffit de lever la voix et tempêter pour obtenir gain de cause. A l’inverse, le préfet Latournerie est du style discret, pour ne pas dire effacé. Sa prudence toute administrative peut passer aux yeux de certains pour de la frilosité. Il n’est pas du genre à prendre des initiatives qui ne soient pas blindées sur le plan juridique.

C’est sur le dossier du Grand stade que leurs différences de comportement auront posé le plus de difficultés. Pressé par Jean-Michel Aulas, Collomb reproche à Latournerie de ne pas avancer suffisamment vite. En recrutant un préfet à ce poste stratégique, il comptait sur son expérience de l’administration pour permettre de surmonter les écueils qui s’accumulent. On murmure aussi que Latournerie était mal à l’aise de voir nombre de collaborateurs du Grand Lyon consacrer beaucoup de leur temps à s’occuper du livre que doit publier Collomb ces prochains jours.

C’est jeudi dernier que le sort du directeur général des services a été scellé. Collomb l’a convoqué le matin pour lui annoncer sa décision de se séparer de lui. Latournerie est tombé des nues. Il ne s’y attendait pas. Il ignorait que Collomb avait discrètement renoué le lien avec l’ancien titulaire du poste, Benoît Quignon. Probable que celui-ci ne s’éclatait guère dans les fonctions de directeur général du Groupe logement français qu’il occupe depuis à peine six mois. Quoi qu’il en soit, sitôt l’accord de Quignon acquis, Collomb n’a pas attendu avant de virer Latournerie.

« Et de trois », ont commenté plusieurs vice-présidents en apprenant la nouvelle par un mail très laconique. En un an, Latournerie est le troisième proche collaborateur de Collomb à quitter le navire. Il succède à Jean-François Lanneluc et à Sylvain Auvray voici tout juste quelques semaines. Et encore, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans un passé récent, il y a eu d’autres départs d’importance. On pourrait citer celui de l’ancien directeur de cabinet au Grand Lyon Christophe Cizeron parti sous d’autres cieux, ou celui de Corinne Tourasse qui vient de quitter la direction des planifications et des politiques d’agglomération pour rejoindre le conseil régional en tant que directrice générale adjointe, en charge des transports.

Gérard Angel

27janv.

L’apéro chez Turak

Dans les caves des musées de Gadagne, on pendait une drôle de crémaillère mardi 11, en l’honneur de l’appartement-témoin du Turak-théâtre (voir ci-contre). Sous la « présidence d’honneur de Gérard Collomb », c’est à dire qu’il n’était pas là. En attendant la cérémonie officielle qui ne manquerait pas d’être édifiante, on en profitait pour visiter les lieux. Une salle de bains-chambre à coucher, peuplée d’un curieux bric à brac. Un cheval à rallonge, des guitares gratte-plumes, une balayette à musique, des rhinocéros en bouchons de carafe, une guirlande de couteaux de boucher. Des girafes Sophie éclatées, écorchées, démantelées, débitées en tranche, explorées sous toutes les coutures, toutes les tortures, comme si un musée d’histoire naturelle leur était spécialement consacré. Des jeunes filles à tête de robinet. Des os de seiche qui sèchent. Et Képénékian qui arrive.
Au dernier moment on a déplacé son micro dans la salle principale, mais on a laissé les deux haut-parleurs dans l’autre pièce. Bizarre. On dirait qu’il est ici et qu’il parle à côté. D’ailleurs, c’est ce qu’il fait, il ne sait pas trop quoi dire. Il l’avoue franchement : « On peut rester un long moment pour essayer de comprendre... ». Et il n’y arrive pas. Alors il digresse. Il salue la nouvelle conservatrice du musée en lui souhaitant « Bon Vent ». D’habitude on dit ça à ceux qui s’en vont.
Ensuite, c’est le tour de Maria-Anne Privat-Savagny, la nouvelle conservatrice, justement. Parler après Képénékian est un vrai bonheur. Il y a des élus qui vous bouffent l’auditoire, le vampirisent, sautant gaiement d’une anecdote à l’autre, toujours captivants, trouvant le mot qu’il faut, la remarque inattendue, la citation éblouissante. Allez donc après ça tenter de le réanimer et de lui redonner envie d’écouter ! Avec Képénékian, aucun risque. Celui qui prend le micro après lui est comme attendu, on irait jusqu’à dire : espéré.
Même ceux qui détestent les discours officiels sentent bien qu’on ne peut pas en rester là. Alors la conservatrice joue sur du velours. Elle raconte le théâtre d’objets auquel se livre l’équipe de Turak, sa filiation avec les marionnettes. Puis elle introduit dans la place, Michel Laubu, seul représentant officiel de la Turakie, et perché comme un baron d’Italo Calvino. Chaque fois qu’il prononce le mot « Turakie », un trompettiste et un saxophoniste entonnent l’hymne national de ce pays incongru.
Il explique tout, l’appartement conçu comme un refuge pour tout un monde de petits personnages menacé par la montée des eaux en cas de réchauffement climatique. Il raconte la naissance du rhinotrain, fruit de la « rencontre amoureuse et brutale entre un rhinocéros et un train ». Il a l’œil allumé comme une lanterne dans la nuit.
Les gamins se faufilent entre les jambes des grandes personnes et ne semblent pas plus étonnés que ça. Cocktail cultureux. « On voulait du pétillant, mais le budget était un peu serré ». Alors on a opté pour un Asti Spumante, ce mousseux doux et fruité qui vous tombe sur la nuque comme une enclume.
On ne sait pas si le public fait partie du théâtre. Il y a là tout un aréopage aux tenues étranges, qui gazouille gentiment en picorant des amuse-gueules. Les dames promènent une impressionnante collection de sacs. Sacs à clous, sacs à poches, sacs à pompons, sacs à breloques, sacs à gidouille. Accrochés un peu n’importe comment : sacs à mains, sac à bras, sacs à dos, sacs à cul, sacs à pendouille. A chaque fois qu’elles se retournent on en prend un coup dans le buffet. L’une d’entre elles, turakienne sans doute, trimbale une véritable besace de survie, capable de contenir le déménagement d’une famille entière. En tous cas de quoi survivre en attendant les secours, si d’aventure le musée se retrouvait coupé du monde à cause d’une tempête de neige. Ou de l’Asti Spumante.
Timéo Danaos

21janv.

L’impatience des jeunes socialistes



« Au PS, à 40 ans t’attends ; à 50 ans tu désespères ; à 60 ans, tu as tes chances ! ». Celui qui s’exprime de la sorte sait de quoi il parle. A tout juste 40 ans, le secrétaire fédéral aux élections Jean-Christophe Vincent constate qu’il ne fait pas bon aujourd’hui être jeune au Parti socialiste. C’est vrai au niveau national où les Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Manuel Valls et autres Pierre Moscovici sont d’ores et déjà les grands perdants de la prochaine présidentielle. A 50 ans, ils sont déjà plus âgés que nombre de dirigeants de grandes démocraties. Las ! En France, ils sont priés de patienter quelques d’années. Leur heure n’est pas encore arrivée. En 2012, les vraies vedettes s’appellent Dominique Strauss-Kahn (61 ans), Martine Aubry (60 ans), Ségolène Royal (57 ans) ou François Hollande (56 ans).

Le constat n’est guère différent dans le Rhône où les deux principaux élus ont largement dépassé les 60 ans. Le maire de Lyon Gérard Collomb a 63 ans ; son camarade Jean-Jack Queyranne, président du conseil régional, en a deux de plus. L’un et l’autre sont pourtant bien placés pour comprendre l’impatience des jeunes générations. Collomb n’avait que 34 ans lorsqu’il a été élu député. Quant à Queyranne, il était devenu premier adjoint de Villeurbanne à 32 ans et député à 36 ans.

C’était l’époque où le Parti socialiste du Rhône misait clairement sur la jeunesse. Quand il devient premier secrétaire fédéral, Roland Bernard a tout juste 35 ans. Voilà deux ans qu’il est maire d’Oullins. Il sera député à 37 ans et sénateur à 42 ans.

En 1979, Yvon Deschamps prend les rênes de la fédération du Rhône. Il a 36 ans. Il restera en poste jusqu’en 1993. C’est alors la jeune Sylvie Guillaume qui lui succède. Elle a tout juste 31 ans. Ensuite, c’est adieu la jeunesse, bonjour l’expérience. Christiane Demontès approche la cinquantaine quand elle succède à Sylvie Guillaume. Elle-même sera remplacée en 2008 par Jacky Darne alors âgé de 65 ans.

On se gardera d’évoquer l’âge des parlementaires socialistes actuels. Dans le Rhône, tous ont plus de 60 ans ; y compris ceux qui, comme Pierre-Alain Muet et Jean-Louis Touraine, se verraient bien repartir pour un second mandat en 2012. Ils auront alors 67 ans.

A Lyon, Gérard Collomb semble bien décidé à tenter la passe de trois. En 2014, il n’aura effectivement que 67 ans. A tout juste 50 ans, le « jeune » David Kimelfeld, qui fait aujourd’hui figure de possible successeur, est prié de patienter. Avec un peu d’espoir, il peut espérer s’asseoir dans le fauteuil de maire avant d’atteindre l’âge légal de la retraite.

Gérard Angel

02déc.

Hiltonnant beaujolais

Que se passe-t-il lorsque les affiches lyonnaises invitent à fêter le beaujolais nouveau au Hilton ? Rien. Ou presque. Et ce n’est pas plus mal. Pas de majorettes faisant sauter le bouchon, d’échassières volantes aux ailes de tulle, de ballerines lâchées dans les grappes. Mais surtout : pas de discours !

La vigne était représentée par un quarteron de compagnons du beaujolais, en tablier roide et chapeau plat. Ceux qui s’attendaient à les voir se lancer dans un quadrille à la gloire de Bacchus en sont pour leurs frais. Nos austères pépères ont su conserver toute leur dignité, leur tastevin passé autour du cou, l’instrument indispensable de leur fonction, toujours à portée de main. Un peu comme si les politiques se promenaient avec une écumoire à sottises, ce qu’ils ne font pas, car nul ne saurait être forcé de s’écumer soi-même.

Avant que les grandes portes du temple de la boustiffaille ne s’ouvrent, on aura tout de même pris le temps, sur les parvis, de  tremper les lèvres dans le divin breuvage. Sans retrouver la foi, il faut bien le dire. Et de feuilleter les pages saumon du journal Les Petites Affiches Lyonnaises, seule concession faite à la poissonnerie. Car le buffet est lyonnais, résolument lyonnais, terriblement lyonnais. Il y a même dans un coin un  stand de nems et de brochettes au curry, spécialités incontournables de la Guillotière. Des charcuteries crues et cuites. De l’andouille. Bon, cela n’a rien d’exceptionnel dans un cocktail, mais d’habitudes elles sont en tenue de soirée, celles-là sont découpées en tranches fines. Du gras double, des tripes à la lyonnaise. Chacun se ressert abondamment. Une mémé morfale traverse la salle de part en part, cramponnée à son assiette comme un martien à sa soucoupe. Car si le beaujolais est de l’année, la clientèle pour sa part est plutôt millésimée. A part une petite catwoman toute en bottes et en jambes, quelques jeunes gens égarés venus se rendre compte par eux-mêmes à quoi s’amusent leurs parents quand ils disent qu’il vont à une fête, il faut bien reconnaître que le carnet d’adresse des Petites Affiches Lyonnaises n’est pas celui des Inrockuptibles.

Mario court partout. Lui qui est habitué à photographier les stars se retrouve un peu en jachère. Qu’importe. Il prend tout ce qui passe. « Regardez-moi, attendez, bordel ! ». Il y a deux minutes, les « amoureux » ne savaient pas encore qu’ils l’étaient, les voilà presque mariés pour la photo : « un bisou ! ». Gérard Collomb vient d’arriver et ça n’a rien à voir. Il aura à peine croisé Jean-Jack Queyranne. On le veut sur la photo, aux côtés de Benoît Soury, le candidat-président à la Chambre de commerce. Collomb se fait un peu prier : « ce n’est pas une campagne électorale au moins ? ». Mais non, mais non. Il finira par y consentir avec un sourire si large qu’on ne saura plus lequel des deux est candidat. De toutes façons, à force de se faire tirer le portrait avec tout le monde il va forcément tomber sur le futur vainqueur.

Le maire n’est pas venu pour rien. On lui remet un tablier. Certes, ce n’est pas la première fois. Mais celui-ci porte une étoile flamboyante qui n’a rien de réglementaire et qui symbolise Les Petites Affiches Lyonnaises. Pour des raisons qui demeurent obscures. Et rien, il ne se passe rien. La « fête » brouhahate gentiment, à petits pas glissés, à petites bouchées, à petites gorgées. Tout le monde se fait des sourires en faisant semblant de se connaître. Des chargés de com’ passent leur temps à se glisser des cartes de visite dans les poches les uns des autres. Même Alain Bideau semble là par devoir. Semblant regretter qu’on lui ait rédimé ses frais de bouche, et qu’il en soit réduit à se contenter des  invitations des autres.

Timéo Danaos

16sept.

Collomb - Berra : rupture pour un jeûne

Gérard Collomb l’aura appris à ses dépens : l’ère de la droite lyonnaise étriquée et couille molle est révolue. Avec un culot et une détermination à faire pâlir de jalousie Dominique Perben et ses amis, Nora Berra a montré que Lyon va désormais devoir compter avec elle. Voilà des années que Collomb piétine allégrement ses adversaires UMP sans jamais s’attirer la moindre réaction. Cette fois, il est tombé sur un os. Ses efforts pour priver de parole la secrétaire d’Etat aux Aînés auront été vains. Sans se démonter, Nora Berra a su tranquillement s’imposer devant un Collomb vert de rage de perdre ainsi la face dans sa propre mairie.

La scène s’est déroulée à l’occasion du repas de rupture du jeûne organisé mardi soir dans les salons de l’Hôtel de Ville. Collomb n’a pas apprécié que le recteur de la Grande Mosquée Kamel Kabtane convie Nora Berra à participer à la fête. Il a encore moins apprécié quand celle-ci a fait savoir qu’elle prononcerait un discours. Pas question a fait savoir le maire de Lyon. Ses collaborateurs ont alors expliqué qu’il n’y aurait pas de discours, mais simplement un échange de toasts.

Ce programme a été suivi à la lettre. Vers 21h30, Kamel Kabtane se lève pour prononcer quelques paroles. Gérard Collomb lui répond brièvement. Ensuite, c’est au tour de l’ambassadeur du Qatar. Difficile de parler d’un simple toast alors qu’il s’agit déjà d’un vrai discours que lit le diplomate avec application.

Pendant ce temps-là, Nora Berra a ostensiblement sorti son discours. Collomb fait mine de ne rien voir. Quand l’ambassadeur termine son propos, le maire se lève pour le raccompagner. « Je reviens » promet-il à l’assemblée. Aussitôt, sur ordre de son cabinet, la valse des serveurs reprend. « Dépêchez vous de servir » entend-on du côté de l’office. L’objectif est clair : tout faire pour empêcher Nora Berra de parler.

A 22 heures, les collaborateurs du maire se frottent déjà les mains. Les musiciens se sont remis à jouer et les convives ont le nez plongé dans leur assiette. Qu’importe ! Nora Berra montre alors qu’elle ne manque pas de cran. Elle se lève, se dirige vers la tribune, demande aux musiciens de lui passer le micro. Et la voilà qui pendant un quart d’heure va prononcer un discours au demeurant fort bien troussé.

En face du maire, le député Michel Havard boit du petit lait. Nora Berra le venge publiquement des petites vexations que se plait à lui infliger régulièrement Collomb. Attention ! Il n’est pas sûr que le député UMP ne soit pas, demain, la prochaine victime de sa camarade de parti. En agissant comme elle l’a fait, Nora Berra a endossé l’habit de principale adversaire du maire de Lyon. Encore deux ou trois coups comme celui-ci, et l’Elysée pourrait bien considérer judicieux de la charger de mener la prochaine campagne municipale à Lyon.

10sept.

A (l’Hôtel)-Dieu la santé ?

L’Hôtel-Dieu, c’est un peu comme les rillettes Bordeau-Chesnel. Vous connaissez leur slogan : nous n’avons pas les mêmes valeurs. Avec le départ des HCL du site programmé pour le premier semestre 2011, le mot d’ordre est de « redonner aux Lyonnais » un Hôtel-Dieu qu’ils ont largement contribué à édifier et à entretenir par leur générosité. Reste à savoir comment.
Alors que le comité de pilotage sur l’avenir du site va (enfin) se réunir le 25 septembre, huit mois après sa mise en place, Gérard Collomb avait exprimé lors des municipales de 2008 une conception toute personnelle de ce « don aux Lyonnais » (les plus fortunés) à base d’hôtel quatre étoiles et de boutiques de luxe.
Réunis sur le sujet en mars dernier, le conseil de quartier Bellecour-Cordeliers posait une bonne question : « notre quartier doit-il devenir une vitrine pour les touristes ou bien rester un quartier à vivre ? ». Regrettant l’abandon total d’une antenne médicale d’urgence, ces habitants étaient plutôt en demande d’espaces d’accueil social et de commerces de proximité que de palace et d’échoppes déjà promises (sans succès) pour le quartier Grôlée. La pétition lancée cet été par des acteurs médicaux / sociaux pour y créer un centre de promotion de la santé unique en France va dans leur sens (lire à ce sujet le dossier des Potins publié cette semaine).
Les habitants du très bourgeois 2e arrondissement obligeant le maire socialiste à troquer le (petit) comité de pilotage pour la démocratie participative afin de promouvoir un projet social et solidaire en lieu et place d’un programme bling-bling, franchement ça aurait de la gueule. Décidément, ils n’ont pas les mêmes valeurs.



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