Rendez-vous dans un garage vendredi matin, 11 rue Antoine Salles. Pour monter un groupe de rock, lancer une start-up, ou apprendre le hip hop ? Rien de tout cela. Le décor est austère, murs en moellons, sol en béton. Pierre-Alain Muet, Jean-Louis Touraine, Jean-Yves Sécheresse sont déjà là. Ils gardent un œil jaloux sur l’invité du jour : un camion rouge et bleu orné d’une marguerite électrique de chez Deret.
Le maire vient d’arriver. Après sa tournée de serrages de louches, la tournée des popotes et des potages, l’inauguration peut commencer. On lui tend un coussin de velours où une paire de ciseaux l’attend, la gueule ouverte. Au nom des pouvoirs qui lui sont conférés par la lame, il tranche dans le vif ; et deux morceaux de ruban tombent de chaque côté.
La plateforme est ouverte. De quoi s’agit-il ? De « regrouper les marchandises en un seul lieu avant de les livrer aux clients finauds (sic) » selon une représentante des Transports Deret. Et « finaud », il fallait l’être pour imaginer ce système astucieux où les palettes arrivent par camions, de Saint-Priest, aux heures creuses, la nuit par exemple. Et la livraison du dernier kilomètre se fait dès potron-minet avant la grosse circulation, sans CO2 et en silence : camion 100% électrique, voire triporteur, charrette à bras ou pigeon voyageur, comme on voudra.
« C’est un nouvel ELU dans notre ville », s’extasie Jean-Louis Touraine qui se lance dans le jeu de mots approximatif. Espace Logistique Urbain = ELU. 1000 mètres carrés aménagés dans l’ancien Monoprix des Cordeliers et entièrement dédiés à « la mobilité durable ». Ah, ils l’aiment ce mot : « durable », nos élus. Si leur carrière voulait bien en faire autant...
Le protocole appelle ensuite Gérard Collomb. Il trouve cette inauguration « particulièrement importante ». Autant que celles qui l’ont précédées, et pas moins que celles qui vont suivre. Car c’est une révolution. Elle va fluidifier la mobilité des personnes et des marchandises, ou quelque chose comme ça. Et bientôt, annonce-t-il, le Sytral lui-même sera remplacé par un nouveau syndicat métropolitain des transports, sans qu’on sache encore par quoi sera remplacé Rivalta. Et bientôt viendra Optimod, une application téléchargeable sur smartphone et grâce à laquelle chacun pourra « devenir acteur de la composition de la mobilité dans la cité ». N’en jetez plus !
On l’a compris, ça va être bien. Oui, insiste Collomb, nous assistons à la « révolution de la ville intelligente ». Et nul doute qu’une ville intelligente saura voter intelligemment en 2014. Mais il suffit. Assez parlé, des actes. Le chauffeur Fabrice démontre à l’assistance que, grâce au hayon électrique du camion, on peut charger une palette de n’importe quoi, presque sans bruit. Ceci étant fait, il ne lui reste plus qu’à charger Gérard Collomb dans la cabine du camion pour un tour du pâté de maisons.
Pendant ce temps-là les autres charcuteries, « maison » elles aussi, attendent sagement sur les buffets, le retour du maire. Il a l’air content. Tout s’est bien passé. La palette de n’importe quoi rejoint son point de départ et la brochette d’invités s’approche des tables. Ici pas de traiteur emberlificoté, pas de verrines multicolores façon Sephora, de mets aux fumets sauvages façon : la Guerre du Feu. Tout est préparé par le Cintra juste en face : des lyonnaiseries en tous genre, un Viognier et un Côte du Rhône al dente, un personnel aimable, que demander de plus ? Finalement, même sans le camion électrique, on serait venu.
Timéo Danaos




