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16mai

Un camion sinon rien

Rendez-vous dans un garage vendredi matin, 11 rue Antoine Salles. Pour monter un groupe de rock, lancer une start-up, ou apprendre le hip hop ? Rien de tout cela. Le décor est austère, murs en moellons, sol en béton. Pierre-Alain Muet, Jean-Louis Touraine, Jean-Yves Sécheresse sont déjà là. Ils gardent un œil jaloux sur l’invité du jour : un camion rouge et bleu orné d’une marguerite électrique de chez Deret.

Le maire vient d’arriver. Après sa tournée de serrages de louches, la tournée des popotes et des potages, l’inauguration peut commencer. On lui tend un coussin de velours où une paire de ciseaux l’attend, la gueule ouverte. Au nom des pouvoirs qui lui sont conférés par la lame, il tranche dans le vif ; et deux morceaux de ruban tombent de chaque côté.

La plateforme est ouverte. De quoi s’agit-il ? De « regrouper les marchandises en un seul lieu avant de les livrer aux clients finauds (sic) » selon une représentante des Transports Deret. Et « finaud », il fallait l’être pour imaginer ce système astucieux où les palettes arrivent par camions, de Saint-Priest,  aux heures creuses, la nuit par exemple. Et la livraison du dernier kilomètre se fait dès potron-minet avant la grosse circulation, sans CO2 et en silence : camion 100% électrique, voire triporteur, charrette à bras ou pigeon voyageur, comme on voudra.

« C’est un nouvel ELU dans notre ville », s’extasie Jean-Louis Touraine qui se lance dans le jeu de mots approximatif. Espace Logistique Urbain = ELU. 1000 mètres carrés aménagés dans l’ancien Monoprix des Cordeliers et entièrement dédiés à « la mobilité durable ». Ah, ils l’aiment ce mot : « durable », nos élus. Si leur carrière voulait bien en faire autant...

Le protocole appelle ensuite Gérard Collomb. Il trouve cette inauguration « particulièrement importante ». Autant que celles qui l’ont précédées, et pas moins que celles qui vont suivre. Car c’est une révolution. Elle va fluidifier la mobilité des personnes et des marchandises, ou quelque chose comme ça. Et bientôt, annonce-t-il, le Sytral lui-même sera remplacé par un nouveau syndicat métropolitain des transports, sans qu’on sache encore par quoi sera remplacé Rivalta. Et bientôt viendra Optimod, une application téléchargeable sur smartphone et grâce à laquelle chacun pourra « devenir acteur de la composition de la mobilité dans la cité ». N’en jetez plus !

On l’a compris, ça va être bien. Oui, insiste Collomb, nous assistons à la « révolution de la ville intelligente ». Et nul doute qu’une ville intelligente saura voter intelligemment en 2014. Mais il suffit. Assez parlé, des actes. Le chauffeur Fabrice démontre à l’assistance que, grâce au hayon électrique du camion, on peut charger une palette de n’importe quoi, presque sans bruit. Ceci étant fait, il ne lui reste plus qu’à charger Gérard Collomb dans la cabine du camion pour un tour du pâté de maisons.

Pendant ce temps-là les autres charcuteries, « maison » elles aussi, attendent sagement sur les buffets, le retour du maire. Il a l’air content. Tout s’est bien passé. La palette de n’importe quoi rejoint son point de départ et la brochette d’invités s’approche des tables. Ici pas de traiteur emberlificoté, pas de verrines multicolores façon Sephora, de mets aux fumets sauvages façon : la Guerre du Feu. Tout est préparé par le Cintra juste en face : des lyonnaiseries en tous genre, un Viognier et un Côte du Rhône al dente, un personnel aimable, que demander de plus ? Finalement, même sans le camion électrique, on serait venu.

Timéo Danaos

29mar.

Les ouvriers du 25e pont

Poser la première pierre d’une passerelle métallique, quelle drôle d’idée ! On attendait avec impatience de voir comment ils allaient s’y prendre, nos élus. Rendez-vous 10 h 30 lundi sur les berges du Rhône, au pied de la Cité internationale. Le maire du 6 était là, et aussi celui de Caluire, les vice-présidents chargés de tout ce qui se rapporte aux ponts (Gilles Buna), de tout ce qui passe dessus (Gilles Vesco), de tout ce qui passe dessous (Roland Bernard) et quelques autres dont l‘importance n’est pas moindre. Une passerelle ça s’arrose, elle sera le 25e pont de Lyon sur le Rhône.

Après quelques mots aimables, on trouve Gérard Collomb avec un gant de travailleur manuel, en  train de visser un boulon sur une capsule cylindrique qui préfigure un début de bout de pont. « Ici est enfermée pour l’éternité la charte qui nous unit à la ville de Caluire », proclame-t-il. Et du haut de cette quincaillerie, quarante siècles nous contemplent, avec quelques poissons.

Tout le monde veut en être. Chacun y va de son boulon, Philippe Cochet visse le sien, puis Gilles Vesco, puis Gilles Buna. Certains d’entre eux manient couramment la truelle, mais manifestement la clé anglaise, ce n’est pas leur truc. Enfin, tout ce qui devait être verrouillé finit par l’être, comme toujours en politique.

Collomb satisfait à ses obligations médiatiques, de TV, et surtout de radios, car elles sont venus nombreuses. Il faut dire qu’un pont qui n’existe pas encore, c’est un sujet très radiophonique, pas besoin d’images. Une mère tient absolument à faire photographier son enfant avec Collomb. « Il ne savait pas qui était le maire », explique-t-elle. Voilà un bambin qui va enfin pouvoir retrouver le sommeil.

Allez ouste, tout le monde sous le barnum, à deux cents mètres, il ne manquerait plus qu’on s’en tire sans discours ! Philippe Cochet commence. Il est content, le maire de Caluire, au point qu’il en oublierait presque d’être le président de l’UMP locale. Car cette passerelle va permettre de redynamiser le quartier Saint-Clair, de l’autre côté du fleuve. Du coup il remercie tout le monde, on ne fait pas plus consensuel.

Puis Gilles Buna. Bon, il ne va pas se re-taper la liste des remerciements, Cochet s’en est chargé, il fait confiance. D’autant qu’il n’a rien préparé. « Je n’avais pas prévu d’intervenir », s’excuse-t-il. Et comme il n’a pas grand chose à dire, le maire le fera aussi bien que lui, il lui repasse le micro.

Gérard Collomb s’est mis à l’écologie. Maintenant, il recycle désormais une partie de ses discours. Il cite à nouveau Albert Einstein : « Les hommes construisent trop souvent des murs, il faut savoir construire des ponts ». Exactement la même phrase qu’à l’occasion de l’inauguration du Pont Raymond Barre.

Cette passerelle sera dédiée aux modes doux, les piétons (parce qu’ils sont doux) et les vélos (parce qu’ils sont à la mode). Elle sera belle, grâce au talent des architectes Dietmar et Feichtinger, les mêmes qui ont twisté du métal à Paris devant la Bibliothèque François Mitterrand, pour créer ce curieux viaduc appelé Simone de Beauvoir.

A Lyon la passerelle virtuelle devra patienter encore dix-huit mois et regarder l’eau couler sous les pont en attendant son tour. Dans l’immédiat, s’il pouvait couler aussi un peu de champagne... buffet.

Le traiteur Serge Magnier donne toujours dans l’œuvre au noir. Il torture des cannellonis en les enfermant dans un carré de jambon cru serré avec une pince à linge. Délivrons-les !

Timéo Danaos

15mar.

Hollandais oh nice !

Grand meeting de François Hollande au Palais des Sports. Y’aurait-il plus de monde qu’à Holiday on ice ? Allait-on s’y rouler des patins ? En tous cas il fallait y être ce jeudi. Sur la tribune, deux bannières : la France et l’Europe. Dans les gradins des drapeaux « Hollande 2012 » couleur fraise tagada, ou « Vivement Mai », ou Bleu-Blanc-Rouge. Sur le parterre, les jeunes préparent la haie d’honneur qui doit accompagner le candidat, ils répètent leur chorégraphie, il faudra agiter les bras au-dessus de la tête, c’est bon, ça va aller. De chaque côté de la tribune de presse, les carrés VIP sont pleins de notables socialistes ou assimilés, tous sur leur 31, alors qu’on est déjà le 1er.

On entend quelques « Hollande président », la salle se réchauffe doucement. Aurélie Filippetti ouvre le bal. On commence par une archive de Coluche, datant de 1978. Dans un sketch, il annonce « vous verrez quand la gauche passera en 2012 ! ». Si la prédiction ne se réalise pas, il restera toujours les Restos du cœur. Invité surprise, le vrai l’authentique Michel Piccoli, 86 ans aux fraises. Ou au sucre. « J’ai toujours fait de la politique », commence-t-il. Et puis comme il se met à raconter sa vie, on lui fait comprendre qu’il y en a d’autres qui attendent.

Gérard Collomb, par exemple. « Il est urgent de changer », clame-t-il. Ce qui, bien sûr, ne s’applique pas à Lyon. Pour Nicolas Sarkozy, « la messe est dite, les carottes sont cuites ». Il s’emploie à faire huer le président par la salle et ça marche plutôt bien. L’ambiance se réchauffe. Mais voilà qu’il jette un seau d’eau sur le chien. Et qu’il faut « passer d’une économie financière à une économie de production ». Et que « l’emploi ne doit pas être une variable d’ajustement permettant de maximaliser les profits ». Et que « la Bourse joue l’avenir des entreprises à la nanoseconde ». Ceux qui s’accrochent pour essayer de suivre en lâcheraient presque leur drapeaux. Quant aux autres, ils ont mis sur « veille », ils attendent que ça passe. Mais la température est retombée de dix degrés.

« Tatatata-tatatatata-tatata », les jeunes entonnent une musique de corrida, Hollande est dans la place. « La France, notre France », martèle-t-il, a été « affaiblie depuis cinq ans ». Pour ne pas dire : amaigrie. Mais « ce temps là est derrière nous ». Ouf. Désormais « c’est aux dirigeants de montrer l’exemple (...)ils ne pourront plus cumuler les mandats ». On entend des râles d’agonie sur les bancs des élus...

Et il déroule son programme. Bon les 60 propositions on connaît, mais le catéchisme est surtout destiné aux militants. La salle mijote gentiment. 10 000 personnes serrées les unes contre les autres, ça applaudit, ça crie, les gens sont contents. « Je ne ferai aucune promesse que je ne sois pas capable de tenir ». Il n’a pas dit qu’il les tiendrait, mais juste qu’il en serait capable. Tout de même, au bout de deux heures, les drapeaux qui avaient commencé par s’agiter frénétiquement donnent sérieusement de la gîte, ils dodelinent mou. Il est temps que ça se termine. « Le 22 ne vous dispersez pas. Le changement, c’est vous. Le changement, c’est maintenant ! ».

Et maintenant, c’est fini, rentrez chez vous. Sauf que ce n’est pas si simple. Rivalta a eu la bonne idée de ne pas renforcer les lignes de métro. Avec une fréquence de dix minutes, il faut près de deux heures pour évacuer 4 000 personnes. On connaîtra donc une intéressante expérience de lévitation tcéellienne. Propulsé par une foule compacte à l’intérieur d’une rame de métro sans toucher terre. Puis expulsé de la même manière à une station aléatoire parce que la foule veut descendre là, pour prendre la ligne D vu que « le changement, c’est maintenant ».

Timéo Danaos

29fév.

En attendant François

Un meeting de François Hollande, sans François Hollande on ne pouvait pas rater ça. L’espace Jean Couty était plein. 300 participants selon les capacités de la salle, et 500 selon le comptage de nos confères du Progrès qui ont un peu lâché la cuillère dans le pot.

Lancer la campagne de François Hollande émoustillait les militants socialistes et les ramenait au temps d’un autre François, la plupart étaient d’ailleurs d’époque mitterrandienne. Pas tous. Les premiers rangs étaient agrémentés de jeunes du MJS, reconnaissables à leurs pull-overs incertains et leurs mèches brouillonnes. Et quelques drapeaux lessivés par les manifs.

On prend du retard. Vers 19 h 30 Joëlle Portier tente un faux-départ en criant : « François Président » et en tapant dans ses mains. Bernique. Le temps que tout le monde dise bonjour à tout le monde : Thierry Braillard, Najat Vallaud-Belkacem, Gilles Vesco, Gilbert Chabroux, Jean-Paul Bret... ça y est.

On ouvre le bal par un film qui retrace les grandes heures du PS, images en noir et blanc, d’un François à l’autre, les grandes conquêtes de la gauche, la retraite à 60 ans, aujourd’hui subclaquante, les 35 heures, à l’agonie..., mais le François nouveau est arrivé et tout peut recommencer. Même les affiches se ressemblent, le même petit matin, la même campagne qu’en 1981, on a juste viré l’église. Le candidat lance à l’écran un vibrant appel : « Je vous donne rendez-vous avec la République ». Jusque là, tout va bien. « C’est une rose encore fragile que tient François Hollande », commence Jacky Darne et il énumère toutes les raisons d’y croire. Sandrine Frih, pour les radicaux : « vous pouvez compter sur les militants du PRG pour les deux campagnes ». On va compter sur les doigts, ça devrait suffire. « Au printemps nous ferons refleurir l’espérance », clame Queyranne. Il a interrompu une plénière du conseil régional pour livrer cette métaphore jardinière.

Le public est content. Vidéo. Toutes les huiles locales du PS viennent célébrer leur soutien en image : « le changement, c’est maintenant ». Heureusement, ils oublient de refaire cette drôle de chorégraphie popularisée par le web, en forme de signe « égal », une sorte de haka socialiste, un « yaka ». Les occasions de se rendre ridicule viendront toutes seules, il n’est pas nécessaire d’aller les chercher.

Gérard Collomb. Il s’avance résolument vers le pupitre. « Pas plus de dix minutes », crie une voix ironique. Merci, camarade. Collomb s’en fout, il dira ce qu’il veut. Pour une fois, c’est une exercice libre, il n’est pas obligé de saluer la moitié de la salle, et le préfet et les élus, et les corps constitués. Oui, il faut faire du porte à porte, mais sûrement pas en arrivant « l’évangile à la main », les 60 propositions. Non, « il faut d’abord écouter ce que les gens ont à vous dire ». Mais pourquoi, puisque le programme est déjà rédigé ? Et bien pour rien. Il faut le faire, c’est tout. La tâche sera rude. « François Hollande devra redresser la France. C’est un peu ce que nous avons fait à Lyon ».

Finalement si on pouvait étendre la communauté urbaine aux 101 départements français, on aurait déjà fait un grand pas en avant. Collomb parle. Il convoque Aristote, dans L’Ethique à Nicomaque qui déjà fustigeait l’accumulation de l’argent pour l’argent. Et bien, aujourd’hui François Hollande ne dit pas autre chose et Nicomaque n’a qu’à bien se tenir. Il faut changer la vie. Une nouvelle fois. Pas seulement gagner mais réussir, pour regagner en 2017 et ainsi de suite.

Le comité de campagne vient saluer. Rideau. Ou plutôt : buvette tenue par le MJS... Mais qu’est-ce que c’est ? Un vague vin blanc en cubi, de la charcuterie industrielle ? La prochaine fois il faudra confier tout ça aux radicaux. Eux ont une réputation à défendre en gastronomie. Gagner les élections, si c’est pour bouffer comme à la cantine...

Timéo Danaos

22fév.

Et François Turcas vira au rouge...

Que du beau linge lundi dernier au Double Mixte pour célébrer la fête de l’entreprise. Tout le monde embrasse tout le monde, on est si content de se retrouver, on ne s’est pas vus depuis les derniers vœux, ça doit bien faire deux ou trois jours. D’Anne-Sophie Condemine à Richard Brumm, en passant par Gérard Collomb, Michel Havard, Nora Berra et même la chaise vide d’André Gerin. La CCI, le Medef et la CGPME réconciliés jusqu’à la prochaine escarmouche.

Le voilà, il s’avance, la patron de la CGPME, c’est lui qui invite, sous un tonnerre d’applaudissements. Il remercie tout le monde, salue le philosophe avec qui il a débattu dans l’après-midi, l’anoblit au passage : « André Comte de Sponville ». Il a le verbe généreux, François. Il fustige le moral en berne des troupes françaises, la palme de la morosité pour ce pays plus pessimiste sur son propre sort que les Pakistanais ou les Afghans.

La faute à qui ? « Au capitalisme sauvage qui depuis des années a ruiné l’économie réelle ». Pas moins de trois anciens de Goldman-Sachs président aujourd’hui aux destinées de l’Europe, en Grèce, en Italie, à la BCE.

Faut-il faire la révolution ? Pendre les patrons avec les tripes des curés ? Mais non. François Turcas n’a pas viré rouge. Rubicond, ça pourrait venir... La solution n’est pas le NPA mais la PME. « Nous sommes d’incorrigibles producteurs d’optimisme (...) les forces vices de la 5e puissance économique du monde ». Bref on les aura.

Les onze trophées de l’entreprise vont maintenant pouvoir être remis, en direct sur TLM, avec la grâce de Céline Boff du Progrès. Et d’Anne Glémorec d’Euronews. « Quel sens a cette fête de l’entreprise ? », demande-t-elle à Pierre Fanneau, du Progrès. « Bonsoir », répond-il, avant d’expliquer que 2012 sera l’année de l’internet pour Le Progrès, aussi vrai que 2011 fut celle de la pâte à papier.

Et le philosophe ? Il est monté sur scène. Il vient de participer à une table ronde sur le bonheur au travail. Mais c’est intéressant, ça ? Anne lui tend le micro, grave erreur. Il le prend. Il le garde. Il explique, il développe. On est parti pour un cours de fac. Anne se décompose sur place. A chaque mot de plus de cinq syllabes, TLM perd 10 000 téléspectateurs. « Et oui le bonheur au travail n’est pas naturel, il faut le construire peu à peu et c’est de la responsabilité des managers, et c’est un enjeu majeur s’ils veulent garder les meilleurs salariés »...

Et le bonheur à l’antenne d’Anne et Céline vient de se barrer en courant. Le timing de l’émission est fichu maintenant, on ne rattrapera plus le retard (noter sur un carnet : ne jamais donner la parole à un philosophe). On va devoir cavaler pour les dix trophées suivants : une enveloppe, un film, une question, une photo. Envoyez l’environnement, la responsabilité sociale des entreprises... le jongleur. Non, ce n’est pas un nouveau trophée mais un artiste du cirque Medrano venu en intermède jongler avec des baballes devant un public habitué à en faire autant avec les chiffres.

Et la cérémonie reprend : le développement territorial, la TPE... la femme. Non, ce n’est pas un artiste du cirque Medrano, mais une vrai femme, Nadine Ferri, une entrepreneure. Et elle a bien fait de venir, tous les autres lauréats sont des hommes, on commençait à se demander pourquoi ça s’appelait le Double « Mixte ». Ca y est, on arrive au bout. Malgré le Comte de Sponville. « Vous pourrez suivre la rediffusion sur TLM à partir de 21 h 30 », annonce Céline Boff. Il est déjà 22 h 15. Le mot de la fin pour François Turcas : « Vivement 2013 ». Ce sera aussi le mot de la faim. Vivement le buffet.

Timéo Danaos

15fév.

Quand la mer monte...

La dernière fois qu’on a fréquenté le Terra Mundi, c’était pour en célébrer l’architecture jubilatoire, selon le président de Rhône-Alpes Habitat qui l’inaugurait alors. Ce vendredi, le personnel était réuni pour recevoir la bénédiction des vœux, moins d’un an après, pas question de jubilé. Dans la salle déjà bien pleine, une attachée de communication prenait des photos, toute habillée de noir par discrétion, mais avec les bords en satin moiré, parce que quand même. Collomb venait d’arriver.
A la tribune, le DG Daniel Godet décida de ressortir ce vieux rossignol de la rhétorique managériale : la métaphore maritime. On est tous dans le même bateau, ça secoue un peu, la mer est grosse, mais il s’agit de garder le cap (on s’étonne après ça que le personnel ait le mal de mer !). « Le navire, c’est Grand Lyon Habitat ». On avait compris. Construire toujours plus de logements, quand le bâtiment va, tout va.
Pendant qu’il parle, à ses côtés, Gérard Collomb fait sa tête des mauvais jours. Tandis qu’Yvon Deschamps révise son discours, il en profite pour rayer le « Cher Thierry » car Thierry Philip ne viendra pas. Il corrige et on se demande pourquoi, de toutes manières, il va parler d’autre chose.
Oh, lui ne va pas se risquer sur le thème de la navigation, pas devant Gérard Collomb qui est un marin chevronné ! D’ailleurs, il se souvient d’une « avoinée » qu’il avait prise, sur le bateau du maire, alors qu’il était à la manœuvre, les voiles fasseyaient, le bateau n’avançait plus ! « Je n’ai jamais su ce que j’aurais du faire », confie-t-il à l’assistance. Il aura au moins eu le mérite de s’être posé la question. Et puis il bavarde, toujours librement, les nouveaux logements  ne seront pas seulement HQE, ils seront « passifs ». C’est à dire ? Il explique : « ils ne consomment pas plus d’énergie qu’ils n’en utilisent ». A moins que ce ne soit - il se reprend :  « ils n’ont pas besoin de plus d’énergie qu’ils n’en consomment ». Enfin bon, « vous avez compris ». Finalement, ce n’est pas totalement idiot d’écrire un discours et de s’y tenir !
De nouveaux programmes de construction vont voir le jour, « La Darnaise à Vaulx-en-Velin » (sic). Il va falloir lui trouver aussi un plan de Vénissieux ! Enfin, c’était un beau discours. Où il fut question de l’opération « 8e art », qui doit faire descendre l’art contemporain dans la rue. Et puis finalement du personnel à qui il présente ses meilleurs vœux de président.
Collomb s’avance. Petite séance de rattrapage sur la navigation à l’intention d’Yvon Deschamps. C’est vrai, « on ne peut pas naviguer contre le vent » ! Et tout d’un coup mille choses s’éclairent. Le soutien à Ségolène Royal en 2007, parce que les sondages soufflaient dans ce sens. Le ralliement à DSK  en 2011 puis changement de cap après le Pot-au-Noir de New York, direction Hollande, profitant des Alizés. On ne peut pas naviguer contre le vent, « sinon les voiles fasseyent ». Ou alors, il faut « tirer des bords ». Et encore ! Pas « des bords carrés ». Oh que non. Et c’est ainsi que, nec mergitur, la ville a su se maintenir à flot :  « nous avons eu une gestion précautionneuse ».
Malgré  la crise, l’agglomération se développe de toutes parts, 19% de logements sociaux, et de telle qualité que pour un peu, Collomb rêverait lui-même d’y habiter. Mais pour un peu seulement.
Ah ce cher Yvon. On connaît son goût pour la culture mais tout de même « tu es président de Grand Lyon Habitat, pas du musée Guggenheim ». Buffet ! annonce le DG Daniel Godet : « selon la tradition, on offre du pain et du sel ». Qu’il a obligeamment remplacés par du champagne et des petits fours. Vu qu’on n’est pas des chèvres. Qu’il en soit remercié.

Timéo Danaos

05fév.

Un lion sinon rien

C'était une de ces soirées prestigieuses dont Lyon a le secret. « Secret » bien gardé car, en dehors de la ville, personne n’en entend parler. Les lions du sport 2011 étaient décernés lundi 16 au Transbordeur. L’équivalent de la remise des Césars, nous avait-on assuré, mais pour le sport. Et à Lyon. Ça relativise.
Une foule rectiligne faisait la queue le long des barrières du Transbo, piaffant d’impatience et aussi un peu de froid. A l’intérieur le carré VIP avait été alphabétisé, une lettre pour chaque rang. Une scène  inondée d’une lumière verte, façon laser. Disposée comme un plateau TV, car TLM allait retransmettre en direct.
En attendant, Christian d’Aubarède pour Tonic FM et Philippe Montanay pour TLM s’emploient à chauffer la salle, mais à la lyonnaise, c’est à dire pas trop, avec modération, tout en retenue. Il ne manquerait plus qu’on s’amuse !
Puis Marc Feuillet et Thierry Braillard échangent des amabilités : « tu sais ce que je te souhaite... ». Si l’on comprend bien il espère le voir pulvériser Philippe Meirieu au premier tour des législatives de juin, en toute confraternité de gauche.
D’Aubarède a pour tâche de jongler entre les remises de prix et le passage de musiciens invités dont le Lyonnais Mickael Miro avec son fameux Damdamdéo, et une toute nouvelle chanson : La Scandaleuse, qu’il aurait pu oublier de chanter sans qu’on lui en veuille.
Ça y est, la cérémonie des 10es lions du sport va commencer. L’huissier de service Me Di Fazio vient expliquer les règles du scrutin, il est peut-être le seul à y avoir compris quelque chose, mais tant que l’huissier a saisi !
Commençons par les espoirs. Qui succédera à Alexandre Lacazette, Espoir 2010 ? Suspense... ce sera Alexandre Lacazette. Ainsi les espoirs sont comme les promesses électorales, on peut les reconduire, on n’est pas obligé de les tenir.
Puis un trophée d’honneur pour Hacine Cherifi et surtout Fabrice Tiozzo. Apparition du people-surprise : Thierry Roland himself, venu spécialement pour lui faire donner une standing ovation : « le plus grand palmarès de la boxe française ».
Revenons aux lions. On décerne le bronze en premier. Tiens ! Pourquoi les appelle-t-on des lions alors que ça n’y ressemble pas du tout ? En tous cas pas à une tête de lion. Peut-être une patte ? Un bout de queue ? L’objet doit être lourd et peut-être même contondant, il est enveloppé d’un linge protecteur. Le lion de bronze sera ex aequo Corinne Maîtrejean et Eugène N’Zi. Une patte pour deux.
Puis l’argent. Philippe Montanay fait monter sur scène « Angélique Castillo, Miss Rhône-Alpes », annonce-t-il. Euh... pas tout à fait. « C’est Miss Rhône », reprend la demoiselle qui n’a pas envie de se faire régionaliser. Vainqueur : le gymnaste Cyril Tommasone. Il s’entraîne déjà pour les JO. « On votera pour vous à Londres », l’assure Philippe Montanay. Il doit confondre avec l’Eurovision.
Pour le lion d’or, on passe à la vitesse supérieure. Pas moins que Gérard Collomb pour remettre le prix et... le lion est une lionne, Camille Abily, footballeuse de l’OL. On la congratule, on l’embrasse, tout le monde veut être sur la photo. Jean-Michel Aulas, à qui on n’avait rien demandé,  monte sur scène d’autorité. Il semble se souvenir tout d’un coup qu’il a plus de succès avec les fenottes qu’avec les gones. Elles font moins d’histoires pour remporter des championnats et des coupes d’Europe. Ah que la victoire est jolie !
Pendant que la foule commence à s’égailler vers les buffets, Christian d’Aubarède fait les moulinets avec les bras : revenez, le concert continue ! Le groupe Boulevard des Airs vient de remonter sur scène pour un dernier morceau : El cielo no puede hacer nada... Le ciel ne peut rien y faire. Tant qu’il ne nous tombe pas sur la tête.
Timéo Danaos

08nov.

Najat, de Ségolène à François, en passant par Arnaud

Orpheline de sa candidate Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem n’a pas mis longtemps à se ranger derrière le vainqueur de la primaire citoyenne. Jeudi dernier, France Inter annonçait sa nomination au titre de porte-parole de François Hollande, preuve que le futur adversaire de Nicolas Sarkozy sait laisser quelques places de choix à celles et à ceux qui ont soutenu son ex-compagne.

Bien sûr, Najat Vallaud-Belkacem aurait préféré la victoire de sa championne. Certains la voyaient déjà décrocher un maroquin en cas d’installation de Ségolène à l’Elysée. Aujourd’hui, elle ne se fait plus guère d’illusions. Son espoir réside beaucoup plus dans la possibilité de décrocher une bonne circonscription pour les futures législatives. Comme l’ont raconté Les Potins, elle a un moment lorgné sur Villeurbanne où la députée sortante Pascale Crozon était prête à jeter l’éponge. Le maire Jean-Paul Bret s’y est formellement opposé. Pour être sûr de ne pas voir débarquer sur ses terres cette proche de Gérard Collomb, il a même convaincu Pascale Crozon de repartir au combat.

Autre hypothèse un temps caressée par Najat, une candidature dans la circonscription de Jean-Jack Queyranne. Le président du conseil régional sera concerné par les règles du PS sur le non-cumul des mandats. Il va devoir choisir entre la présidence de la Région et son siège de député. Mais, même s’il abandonne le Parlement, la bataille est loin d’être gagnée d’avance pour Najat ; elle devrait d’abord convaincre les militants socialistes de la préférer à Annie Guillemot. La mairesse de Bron l’a officiellement annoncé ; elle se verrait bien elle aussi briguer la succession de Queyranne.

Il existe toujours une possible candidature dans la quatrième circonscription du Rhône. C’est-à-dire dans celle dont Dominique Perben est le député et qui passe pour être ingagnable par la gauche. En 2007, Najat y a déjà tenté sa chance. Malgré ce qui a été alors considéré comme un excellent score, elle avait été largement battue (56,5% contre 43,5%) par l’ancien ministre des Transports.

Selon certaines confidences, Najat regarderait du côté de la Saône-et-Loire. Elle se verrait suppléante d’Arnaud Montebourg, persuadée qu’il fera son entrée au gouvernement en cas de victoire aux présidentielles. Elle y gagnerait son billet pour l’Assemblée nationale.

Un élément plaide en faveur de cette hypothèse : Najat entretient grâce à son mari Boris Vallaud d’excellentes relations avec Montebourg. Celui-ci n’est autre que le directeur général des services du conseil général de Saône-et-Loire que préside Montebourg.

Gérard Angel

27oct.

Un gros camion

Jeudi midi Gérard Collomb inaugurait un gros camion et réciproquement. Le gros camion, il est dans la cour, place de la Comédie, entre l’Opéra et l’Hôtel-de-Ville, totalement silencieux. D’abord car il est à l’arrêt. Mais surtout parce qu’il est électrique, le plus gros camion électrique de livraison au monde, seize tonnes, dix-huit palettes, deux rétroviseurs, deux essuie-glaces.

Quant à Collomb, il n’est pas silencieux du tout et encore bien moins électrique. On le retrouve dans un salon de l’Hôtel-de-Ville, à la tribune, devant 150 costumes gris « heureux que Lyon soit une ville pilote pour expérimenter le camion électrique ». Il ne s’en est pas fallu de beaucoup pour qu’il soit également heureux qu’elle expérimente la voiture électrique en libre service, il aurait suffi que le maire de Lyon le décide. Mais non. On nous explique que la ville n’est pas très adaptée à la voiture électrique. Et bien la voiture non, mais le camion, oui.

Alors aujourd’hui le camion électrique est venu inaugurer Lyon. Avec une autonomie de 100 km, il récupère de l’énergie pendant les décélérations, permettant de s’arrêter aux feux rouges presque sans freiner. Un navigateur intelligent guide le conducteur vers le trajet le plus dégagé et le plus économe, explique l’inventeur, Pierre-Henri Bigeard, le pdg de IFP Energies Nouvelles. Bon, reconnaît Stefano Chmielewski de Renault Trucks une fois que c’est son tour, « on m’a un peu volé le discours ».

Presque tout a été dit, parlons du reste. Il se prend à rêver d’un monde de camions électriques, effectuant les livraisons la nuit, silencieusement, sans déranger les voisins. Et même le ramassage des ordures ménagères. Et le ramassage scolaire aussi ? Parce que c’est bruyant, les mômes !

Le temps est venu de remettre les clefs du camion à Francis Lemor, le pdg de la société de transports SFE-TFE. Les clefs sont plantées dans un coussin de velours comme une légion d’honneur qui servirait à quelque chose. Francis Lemor s’en empare et prend le micro : « Pourquoi ici à Lyon, alors que ce n’est pas la seule ville qui s’intéresse au développement durable ? ». Collomb doit commencer à se demander s’il a bien fait de l’inviter. Et le modèle lyonnais alors ? Ici on fait campagne pour Hollande et on vote Aubry, quand ce n’est pas le contraire. On est à droite et on vote Collomb. Voilà pourquoi on s’intéresse au camion électrique, CQFD.

SFE-TFE est une belle entreprise fondée sur des valeurs étonnantes : l’enthousiasme, le respect, la rigueur et la performance. Soyons juste, on l’imaginait mal revendiquer : l’amateurisme, l’inefficacité, le j’en-foutisme et le carriérisme. Aucune société ne pourrait tenir. Un parti politique, à la rigueur.

Mais chez SFE-TFE « le développement durable fait partie de notre ADN ». Mazette ! Comme Carrefour dont un directeur dira : « c’est dans nos gènes ». Quand on voit toutes ces entreprises programmées pour la défense de l’environnement, on se demande d’où vient la pollution.

Mais la cérémonie touche à sa fin. Et l’assistance : à sa faim. Il est temps que le buffet ouvre. Les 150 costumes gris qui opinaient gravement pendant le discours de leurs chefs se détendent un peu. Ils picorent des sushis, des bulles de foie gras en brochette, des pincées de jambon cru aux pruneaux, des embrochées de saint-Jacques, arrosées d’un champagne qui fanfaronne aux couleurs de Pignol. Et pendant ce temps là, Stefano Chmielewski est retourné cajoler son camion, il lâche une bombe devant la presse. La crise, le chômage partiel, les salariés en ont abusé, l’absentéisme a bondi de 5 à 12%, ceux qui font ça sont des « voleurs ». Ce qui lui vaudra un communiqué vengeur de la CGT dont toutes les lignes commencent par un méprisant : « ce monsieur ». Et ben ! Si son camion ne fait pas de bruit, lui, il en fait !

Timéo Danaos

26oct.

Collomb s’égosille mais les Lyonnais restent sourds


On ne l’a pas assez dit ! La victoire de François Hollande, c’est bien lui, Gérard Collomb, qui en a été l’un des principaux artisans. Avec une modestie à faire pâlir d’envie Alain Bideau, le maire de Lyon s’est précipité dimanche soir pour se réjouir. « L’appel que j’ai lancé sur Lyon a été entendu » nous a-t-il expliqué. Quelle influence ! Quelle autorité ! Nous en restons sans voix… On aurait tort de penser que l’appel de Collomb n’a été entendu qu’entre Saône et Rhône. Bien au contraire. Son organe porte loin, très loin. Disons même qu’il porte de mieux en mieux à mesure que l’on s’éloigne de la place Bellecour et de l’Hôtel-de-Ville. A Lyon même, Hollande n’a séduit qu’un peu plus de 51% des électeurs. Sur l’ensemble du département du Rhône, le score s’améliore avec 54%. Et il frise les 57% pour l’ensemble du territoire.

Décidément, Collomb a raison de se pousser du col et de jouer les fiers-à-bras. Seuls les jaloux, les aigris et les potes de Michel Havard refuseront de reconnaître l’influence politique de la parole collombienne.

Bien sûr, ce deuxième tour des primaires vient confirmer le constat médical inquiétant déjà fait la semaine précédente : nombre de Lyonnais souffrent d’une forme aiguë de surdité profonde. Certains arrondissements sont plus touchés que d’autres par cette épidémie qu’il conviendrait de soigner rapidement. C’est principalement le cas dans le 1er arrondissement où l’électeur de gauche pourtant de bonne volonté n’a visiblement pas entendu l’appel de Collomb. Sur les terres de la mairesse Nathalie Perrin-Gilbert, Martine Aubry s’impose avec plus de 60% des suffrages. Il en va de même sur le plateau de la Croix-Rousse et même dans le 7e arrondissement. Comble de malheur, la maladie n’épargne pas plus le fief historique de Collomb. L’appel lancé par le maire n’a guère réveillé les électeurs. Le 9e est demeuré l’un des arrondissements où l’on a proportionnellement le moins voté pour ces primaires.

Cette surdité qui frappe Lyon pourrait être vite oubliée si elle ne risquait pas demain d’entraîner quelques conséquences politiques. Si François Hollande remporte la prochaine élection présidentielle, il ne manquera pas de remercier le maire de Lyon pour l’aide qu’il lui a apportée. Et comment mieux le remercier qu’en le laissant éloigné du gouvernement, histoire de lui éviter d’être touché par le désamour qui risque fort de s’abattre sur nos futurs dirigeants lorsque, après les promesses de la campagne, ils seront confrontés aux réalités et n’auront d’autres solutions que d’imposer la rigueur au pays ?

Gérard Angel

20oct.

Les Gérards du cinéma

Samedi, c’était soirée people à l’Amphithéâtre de la Cité Internationale. Tout ce que Lyon compte de notables qui comptent les uns sur les autres voulait être vu, pour avoir l’impression d’être pour quelque chose dans la remise du prix Lumière à Gérard Depardieu, le Falstaff du cinéma français.

On use de stratagèmes honteux pour se retrouver pas trop mal placé, dans les premiers gradins, de manière à pouvoir surveiller tout ce qui se passe. Les invités de marque arrivent par la porte de droite, leur image est immédiatement retransmise sur écran géant, sauf quand le cadreur ne les connaît pas, notamment quand il s’agit de hautes personnalités lyonnaises dont la notoriété n’a pas dépassé le bout de leurs chaussures, là pas d’images, raté!

Mais Clovis Cornillac est chaleureusement applaudi, Laurent Gerra aussi, Albert Dupontel, Edouard Baer... Sitôt entrés, des confrères se précipitent pour faire semblant de les interviewer. Edouard Baer et Benoît Delepine sont tout heureux de se retrouver, ils font mine de se rouler un patin pour la plus grande joie des photographes.

Depardieu arrive, monumental, coiffé à la d’Artagnan, corpulent comme Porthos, gascon comme Athos et séducteur comme Aramis. Un trois mousquetaires à lui tout seul. Le public se lève et l’acclame debout. Alors lui se met aussi à adresser des petits signes de la main et finit par applaudir le public. Il est accompagné de Fanny Ardant et immédiatement toutes les femmes la détestent. Malgré les années qui ont passé, elle arbore toujours une silhouette impeccable, souple comme une liane, serrés dans une jupe fourreau verte et un bustier noir, une coiffure casque très 60’s revival, un port de reine. Enervante.

Thierry Frémaux lance le film de promotion du festival du film. Puis Depardieu dit quelques mots. Oh, il ne va pas faire de discours « je ne prépare jamais de discours, on me donne des lignes et je les lis » (il y en a d’autres qui les sniffent). Mais là, le texte est de lui, il improvise au fur et à mesure.

Rendez-vous après le grand film : La femme d’à côté, de François Truffaut, où Fanny Ardant fit ses début en 1981 (...) Ca y est, c’est la cérémonie. Tout le beau monde est monté sur scène. Une vingtaine d’artistes et de réalisateurs, plus Gérard Collomb et Jean-Jack Queyranne. Pour une fois, les élus sont tombés sur plus bavards qu’eux, Thierry Frémaux ne lâche pas le micro, les officiels font de la figuration. Bertrand Tavernier rend hommage à Depardieu « des personnages qui écorchent l’écran ». Mais aussi d’autres plus inattendus, plus fragiles, dans lesquels « il se glisse par surprise (...) avec la légèreté d’une dentellière ». Une dentellière qui a un sérieux coup de fourchette.

Public debout. Depardieu est ému, même s’il fait semblant de faire le malin, tant d’hommages « ça sent le sapin », qu’il plaisante. Il remercie. Lyon, le prix, le public « c’est extraordinaire, le métier que vous faites en regardant les films ». Alors Collomb veut dire quelque chose.

Depuis que les deux Gérard sont côte à côte, on n’arrête pas de penser à Astérix et Obélix. Le petit malin prend donc la parole. « J’ai vu que dans votre jeunesse vous aimiez Eddy Cochran »... Et lui aussi. A quoi pense-t-il à la veille du premier tour des primaires socialistes ? C’mon everybody ? Ou alors Nervous Breakdown ?

Timéo Danaos

05oct.

Un Ministre presque parfait

On l’a appris par sa participation à l’émission Un dîner presque parfait, le ministre de la Culture l’est également de la gastronomie. Ben : pas de la mode masculine ! Frédéric Mitterrand à Lyon, c’est vintage 50’s, un costume qu’il a du emprunter à Vincent Auriol, une chemise de chef de bureau à la SNCF. Il était très attendu à l’inauguration de la Biennale d’art contemporain, ce mercredi à la Sucrière. Et très photographié. On l’aurait surpris rajustant le nœud de cravate d’un officiel pour la photo, avec un doigté qui dénote une longue expérience.

Frédéric Mitterrand est cool. A son aise dans un aréopage composé de cultureux, reconnaissables à leurs lunettes aux formes compliquées, leurs écharpes chamarrées même en plein soleil, et chez certains hommes, ces curieuses coiffures en oreilles de cocker.

Ca y est, la tribune aux palabres s’éclaire. Gérard Collomb s’avance vers le lutrin en plexiglas. Sans notes. Et peu importe, le roi  du hors sujet dit toujours à peu près la même chose. Il commence par les projets de la Confluence et finit par la réhabilitation de l’usine Tase. Si le ministre s’en bat l’œil, il se débrouille pour que ça ne se voit pas. Il cligne les paupières.

Jean-Jack Queyranne lui succède. Il dépose devant lui un petit bristol, c’est qu’il ne sera pas long. « Une biennale belle et terrible est née ! », clame-t-il en paraphrasant le titre. On le sent prêt à se jeter dans la tragédie grecque, et puis non, il fait un détour par la grotte Chauvet, il y croise le cinéaste Werner Herzog qui vient d’y tourner un film 3D. Ah ! l’art est bien le seul qui se dresse face au chaos, le seul qui vienne « fourailler aux entrailles des choses ». Fin de bristol. Magnifique.

Et le voilà, le Frédo, avec son costume de conservateur de la Culture. Il est accompagné d’une liasse de huit feuillets. On n’y échappera pas. Il salue chacun par son titre : « Monsieur le maire » aussitôt suivi d’une adresse plus familière, « Cher Gérard Collomb ». Il semble sincèrement heureux d’être là, comme soulagé d’échapper un instant au microcosme. Bah, plus que huit mois ! Il part en free style sur la biennale, puis sur l’accueil lyonnais, avant de revenir au discours tracé par les fonctionnaires de la Culture, où il ne manque pas un bouton de guêtre. Un petit mot de Thierry Raspail  pour finir ? Oups, on est placé trop près, on voit des choses qu’on ne devrait pas (quand même, il aurait pu faire ses racines).

Voici le moment de remettre le Prix de l’artiste francophone avec la Maison de la Francophonie. Mais là, au lieu de tendre la cuillère à Erick Roux de Bézieux, Frédéric Mitterrand repasse le plat à Gérard Collomb. Bon, le maire ne renonce jamais à parler même s’il n’a rien à dire. Il se met à lire ce qu’il a trouvé devant lui : la liste des membres du jury. Sinon il y avait aussi l’étiquette de sa cravate : soie naturelle, ne pas laver, dégraissage only. Et donc le gagnant est... Dominique Petitgand. Il est là. Il monte sur scène. Il ne comprend pas très bien ce qu’il y fait : « j’aimerais bien connaître les raisons de ce choix ». Panique à bord, personne ne sait. Sauf : Erick Roux de Bézieux, vous voyez bien qu’il fallait lui donner la parole. Le président de la Maison de la Francophonie explique : le travail avec les mots, une langue ouverte qui fait dialoguer en permanence le français avec l’anglais. En l’écoutant ébahi, l’artiste arrive à se convaincre que oui, c’est bien lui qui a fait tout ça. Il accepte le prix. Qu’il en soit remercié.

On va pouvoir se jeter sur le buffet. Faudra faire vite. En dehors d’une excellente bière Duvel, on ne trouvera guère à croquer que des tranches de pains aux noix, avec deux grains de raisin.

Haguenauer et Gelas sont habituées à mieux. Elles vont noyer leur désespoir un peu plus loin emportant au passage un exemplaire du Progrès. Si c’était pour les pages saumon, il fallait prendre Le Figaro.

Timéo Danaos

18sept.

Speed dating post mortem

Cinq minutes par personne. Tout le monde voulait se faire entendre à l’inauguration de la Maison des Deux Rives, à la Confluence, ce lundi. Rendez-vous à 18 heures au Monolithe, ce cube de béton doré de la rue Denuzière. Une maison-relais pour personnes en déshérence.

Tout le monde non, car un certain nombre de personnalités étaient au contraire venues là pour se taire, ce qui mérite le respect. Michel Havard, qui n’en pense pas moins. Et le préfet Carenco, celui qui ressemble à John Cleese des Monthy Python, un préfet nommé Wanda.

Mais Daniel Saillant parle. Il est le président d’Habitat et Humanisme Rhône, maison fondée en 1985 par Bernard Devert pour fonder des maisons. Et par Jacques Moulinier, disparu en 2010. « Il est là-haut, il nous regarde, il est content ». On aimerait bien qu’il n’en profite pas pour jouer avec les nuages, on est dans la cour.

Raphaël Appert, du Crédit Agricole, lui succède au micro. Certes, avec tout ce chahut boursier « ce n’est pas facile en ce moment de prendre la parole pour un banquier ». Il la prend quand même et il n’a pas l’intention de démissionner non plus. Bien au contraire. « Longue vie au projet ! ». La banque continue.

Denis Broliquier compte 33 logements là où une vingtaine seulement ont suffi aux autres, mais les autres n’ont pas besoin de se faire élire dans cet arrondissement, lui si. On n’a jamais trop d’électeurs. Il se souvient de Jacques Moulinier à l’époque où ils étaient tous les deux centristes. Comme le temps passe.

Puis c’est le tour de Philippe Barbarin : oui Jacques Moulinier est avec nous ce soir, et aussi Mère Térésa, « car c’est l’anniversaire de sa mort en ce 5 septembre ». Décidément le ciel commence à être chargé !

Gérard Collomb s’avance. Il salue le catholicisme social, grande tradition de la ville, il cite Henri Lacordaire, rend un hommage vibrant à Jacques Moulinier, mais n’en doutons pas, la politique menée en ce moment par la ville de Lyon se situe exactement dans la droite ligne des convictions défendues par Jacques Mouliner à son époque. Au centre droit, donc.

Ah, reprend Jean-Jack Queyranne, on peut dire que Jacques Moulinier était passionnément Lyonnais. C’est grâce à des gens comme lui qu’au cœur de la Confluence aujourd’hui, « il n’y a pas que des bâtiments prestigieux, du commercial et des immeubles de standing », il y a aussi... (euh... l’immeuble du Progrès ?). Non ! Il y a aussi « du logement pour tous, le droit au logement effectif ». Effectivement.

Allez Michel ! Le Garde des Sceaux va fermer le banc. Il se souvient de Jacques Moulinier et de tout le parcours politique qu’ils ont suivi ensemble sur les chemins du centre : « Jacques avec qui nous avons mené des combats politiques et nous en avons perdus autant que nous en avons menés ». Toute une carrière. Quand on pense à tous les combats que Michel Mercier va maintenant devoir perdre tout seul !

Coupons le ruban avant que ça ne refroidisse. Le coup de ciseau inaugural sonne le tocsin pour les bouchons de champagne qui dépotent un peu partout. Du moins : du crémant de Bourgogne, le même que Michel Mercier sert à sa table du Département, ça sent le déstockage massif.

Une ambiance très cathosphère. Dress code : s’habiller de couleur terne et toujours donner l’impression de s’ennuyer un peu, mais pas trop.

Si d’aventure on croque un canapé (ceux au fromage de chèvre par exemple) le faire comme par inadvertance et en ne donnant  pas l’impression d’y prendre du plaisir. Manquerait plus que ça !

Timéo Danaos

12juil.

La Région accouche par le siège

Jeudi soir on inaugurait le nouveau siège de la région Rhône-Alpes à la Confluence. Le hall est immense. Il plonge en pente douce jusqu’à la salle du conseil. Au sol, des marquages indiquent le chemin. Des pas, pied gauche, pied droit, l’un bleu, l’autre jaune. D’après l’espacement entre eux, l’homme qui a servi de modèle doit mesurer dans les 3,40 mètres. On est heureux de ne pas l’avoir croisé.

Pour l’heure Gérard Collomb, Jean-Jack Queyranne et François Turcas sont installés sur une sorte de rampe de lancement qui leur sert de promontoire. On crachote un peu dans le micro et le maire prend la parole. Ah la Confluence ! La « fluidité du nouveau quartier ». Les 45 000 m² du Marché Gare qui vont prochainement servir de bac à sable des architectes Herzog et de Meuron. Le pôle de loisirs avec ses restaurants que les élus régionaux vont bientôt pouvoir découvrir, en espérant qu’ils n’en profitent pas pour « passer trois heures à table » (on espère surtout que la présence de Turcas n’est pour rien dans cette insinuation malveillante).

Rendez-vous à 18 h 30 dans la salle du conseil, JJQ fera un discours. Chic ! A l’heure dite, on lance une vidéo. L’architecte Christian de Portzamparc, accoudé sur un mange-debout, dans un hall encore désert, regarde refroidir une tasse de café. « Ce bâtiment est un serpent, explique-t-il. Et sous ce serpent, il y a la salle du conseil ». La salle des sornettes, quoi.

Ensuite, le président monte à la tribune, flanqué de part et d’autre d’une trentaine d’élus qui jouent les glaïeuls : « Charbonnières ne répondait plus aux besoins de notre temps ». Mais ce nouveau bâtiment oui , car c’est « un grand vaisseau arrimé à la Darse ».

Un vaisseau ? Qu’a-t-il fait du serpent ? « Nous voulions du beau, pas du toc », et donc « la façade est en terre cuite ». Un peu comme une cruche. Victor Hugo ne disait-il pas : « l’architecture est le grand livre de l’humanité » ? Alors que Daniel Pennac déclarait : « l’architecture est l’art de la suggestion ». En attendant qu’ils se mettent d’accord on pourrait peut-être ouvrir le buffet ? L’hôtel de région est « une vitrine et un outil ». En cas d’urgence, brisez la glace !

« Bienvenue à tous et à toutes. Les buffets sont à votre disposition, avec des spécialités de la région ». Bravo. Pour qui doit installer des tables sur un pan incliné, les choses ne sont pas faciles. Toutefois, le traiteur s’appelle La Potinière, il bénéfice dans ce journal d’un préjugé favorable.

On croise Denis Broliquier, en repérage, Roland Bernard, en voisin, Etienne Tête, en conciliabule, Jean-François Debat, en grande pompe. Ainsi qu’une Miss 2e Dauphine Le Progrès ondoyant sur ses talons.

Suivant les consignes du président, on entreprend de se régaler de spécialités régionales : du saumon fumé (de Grenoble ?), de la feta (de Valence ?), des verrines de Saint-Jacques (de Miribel ?) et puis du foie gras, du rouget, des feuilles de vignes, du chorizo. Certes, si on n’était pas d’une totale mauvaise foi, on aurait souligné aussi la charcuterie lyonnaise ou les petites quenelles. Mais voilà, on l’est.

« Monsieur est un tentateur ! », glousse une dame à un jeune serveur qui lui présente un plateau de sucré. Ne nous emballons, pas, il s’agit seulement de pâtisseries, pas de fruits de la passion !

« Il y a aussi des buffets à l’intérieur ». Et c’est vrai, on les voit à travers la vitre. Déserts. Avec trois pauvres maîtres d’hôtel perdus comme trois poissons dans un aquarium trop grand. Ce n’est pas qu’on ne voudrait pas y aller, mais personne n’a réussi à trouver l’entrée !

Avant de partir, une touchante attention. On remet à chaque invité une mallette toute en carton et ficelle, pour faire développement durable. Elle contient une mine de renseignements sur la région, ses compétences, ses réalisations, le travail des élus. Bref tout ce qu’ils auraient dû savoir avant de se présenter aux élections. Une bien belle soirée.

Timéo Danaos

28avr.

L’UMP à front renversé

Quelle honte ! Quelle horreur ! Réduire brutalement les dépenses en fermant des écoles isolées ou des résidences pour personnes âgées, ne pas investir assez pour anticiper la demande dans les cantines scolaires, supprimer un poste de directeur sur deux dans les établissements d’hébergement pour les aînés, mettre en place un plan d’austérité qui aboutit à la fermeture de trois restaurants de l’UGFRL (Union de gestion des foyers restaurants lyonnais)... Sans parler du plan d’économies au sein de l’administration.

Non, non, il ne s’agit pas d’une énième harangue du Parti socialiste contre la politique de rigueur du gouvernement Fillon. Mais du bilan de la mi-mandat de Gérard Collomb dressé par l’opposition de droite, Michel Havard en tête. Le député UMP a beau assurer que lui tient le même discours à Paris et à Lyon, il est délicieux de l’écouter dénoncer la « situation sociale dégradée » à la Ville de Lyon et se mettre résolument du côté des agents dans le malaise ambiant. Toute ressemblance avec ce que l’on peut entendre vis-à-vis du chef de l’Etat dans l’Education nationale, à l’hôpital public ou chez les magistrats ne serait que pure coïncidence. Idem quand il s’agit de pointer les cadeaux faits au privé dans « le scandale immobilier avec la rue Grôlée » ou « le scandale historique avec l’Hôtel-Dieu ». Sans compter le « scandale financier avec la Sacvl ». Si l’on écoutait l’UMP, on réhabiliterait illico l’investissement public dès lors qu’il s’agit de l’intérêt général.

C’est pourtant simple : tout est question de méthode, de savoir-faire, d’anticipation et de concertation. Car de l’argent, il y en a. Pour les transports, par exemple, Havard l’assure : il y a des « budgets non captés » par le Sytral au niveau national. Ceux qui croyaient François Fillon à la tête d’un Etat en faillite en seront... pour leurs frais. Puisque c’est l’UMP qui vous le dit.

Seule constante : la non augmentation des impôts vaut aussi bien au plan national qu’au niveau local. Mais alors, qu’aurait fait Havard à la place de Collomb ? Réponse... en 2014. Lorsqu’il sera candidat. Pas question de débuter le festival avant l’heure cette fois. Des municipales de 2008, le chef de file de l’UMP a gardé quelques cuisants souvenirs. L’un d’entre eux fut l’idée lancée très tôt d’un évènement autour du cinéma... reprise avec le succès que l’on sait par Gérard Collomb. Ainsi naquit le festival Lumière.

Havard ne rejouera donc pas la même scène et préfère « prendre le risque d’attendre 2014 pour dévoiler mes projets, que ce soit autour d’un éco-quartier ou d’autre chose ». D’ailleurs, pas un mot sur ce qu’il propose dans le document qu’il s’apprête à diffuser à quelque 8 000 exemplaires. Seulement l’annonce de sa candidature aux Lyonnais. Si Michel Havard tient ses promesses, ça risque de finir par être long trois ans de campagne sans propositions.

Alexandre Buisine

15avr.

« Lyon au Centre » d’un « sondage » contestable

Dans la petite salle, beaucoup de chaises pour un groupe n’ayant que trois élus municipaux. On en déduit donc qu’il y aura beaucoup de journalistes. Non, non. Juste beaucoup d’intervenants… « Lyon au Centre » et le groupe municipal « Centristes et Démocrates pour Lyon » mené par Christophe Geourjon accueillent, avec le sourire, la presse ce jeudi.

Après quelques formalités de rigueur, léquipe distribue à lassistance un petit dossier : une enquête (à retrouver ici) conduite par une militante, Céline Bos, à laquelle ont répondu environ 200 personnes, de novembre à décembre 2010. Une sorte de bilan du mi-mandat de Gérard Collomb fait par les Lyonnais. On veut innover à « Lyon au Centre » sauf que… Petit (ou gros) bémol : lenquête nen est pas une.

Céline Bos a lhonnêteté de le déclarer et de lécrire noir sur blanc « Même si cette enquête nest pas parfaite, elle nous permet dapporter un peu de la parole des Lyonnais ». Pas parfaite, certes. Quand on lit : « je ne vis pas à Lyon » dans les réponses rapportées, là ce n’est plus une enquête. C’est plutôt un questionnaire, dont on s’est contenté de collecter et de mettre en forme toutes les réponses. Sans panel, sans tri. Un « sondage » sans les moyens d’un sondage quoi.

Pourtant, la forme est jolie. Il y a de la couleur, des petits camemberts, et même des smileys qui sourient ou qui ronchonnent, selon les avis des répondants. Mais tout ceci n’est pas suffisant pour être convaincant, surtout lorsque l‘on se plonge sérieusement dedans. Le nombre de réponses recueillies (200), alors que la population intramuros de Lyon est de 445 274 habitants, montre déjà les limites de cette enquête. Même si la diversité de l’âge est bien représentée (de 21 ans à plus de 70 ans, c’est presque le refrain de « la maladie d’amour »), rien n’indique qu’elle soit représentative de la population lyonnaise. Idem pour la catégorie socioprofessionnelle et la répartition par arrondissement. Il y a donc encore du boulot.

« Lyon au Centre » a voulu garder les réponses brutes : « Par soucis de transparence aucune modification n’a été apportée aux propos des répondants ni sur la forme ni bien évidemment sur le fond ». Sauf que cela rend le « sondage » désinvolte. Limite enquête de quartier. Le résultat n’est donc pas celui escompté. Et pour preuve, dans les réponses, on trouve des phrases plutôt cocasses comme « C‘est insifisant », On est sûr que le correcteur d‘orthographe l‘a souligné celui-là. « […] petit Casino, Monprix», au lieu de Monoprix. « L‘arrêt des terrasses en surfaces», ça c’est le genre d’information que seul « Lyon au Centre » est capable de comprendre. Ou encore « Lyon est très sale, même auprès des hôpitaux, le 7e une horreur !!!!!!!!!!!!!!!!!  ». On se croirait presque au beau milieu d’une discussion de bistrot.

Niveau questions, elles sont plutôt orientées : « A Lyon, l’accompagnement des seniors vous semble-il…», « A Lyon, l’offre d’activités sportives vous semble-t-elle… », ou encore « l’utilisation de vos impôts à Lyon vous semble-t-elle… ». Qui a déjà entendu un Français dire que ses impôts sont bien utilisés et qu’il n’en paye pas assez ? Pour poser les bases de son programme politique, on a connu mieux.

Bref, « Lyon au Centre » a voulu effectuer une enquête pour avoir l’avis des Lyonnais sur le mandat de Gérard Collomb. Bonne initiative. Sauf que ce « sondage » est à leur image : il a la fraîcheur et la bonne volonté d’élus qui accomplissent leur tout premier mandat. Mais aussi le manque de moyens d’un groupe qui ne compte que trois élus municipaux.

Céleste Bonneau

14avr.

Une soirée de soutien en DSK-timini

Ni champagne ni bal-musette, on a fait dans l’austérité grecque, hier soir, pour apporter à Dominique Strauss-Kahn tout le soutien nécessaire… à son éventuelle candidature aux présidentielles. Dans une salle Jean Couty (9e) remplie d’environ 150 personnes, les camarades socialistes ont rendu un vibrant hommage au patron du FMI sans douter, à un seul moment, qu’il « se déclare bientôt » pour 2012. Alea jacta est.

Pour cette soirée pas comme les autres, Christiane Demontès, sénatrice du Rhône, Gérard Collomb, écrivain, Sylvie Guillaume, députée européenne, et Farida Boudaoud, vice-présidente à la culture du conseil régional, jouent les cireurs de pompes au milieu d’une salle reconvertie en hémicycle. « Il n’y a pas de leader ce soir », assure la sénatrice Demontès, « c’est pourquoi on n’est pas sur l’estrade mais ici, parmi vous, pour dialoguer avec vous ». Reçu 5 sur 5, mon capitaine ! Seul l’élu du 7e Romain Blachier, adossé nonchalamment à l’estrade avant de finir dessus assis en tailleur, boude ostensiblement la consigne.

Le temps, pour Les Potins, de vérifier que le sosie de Michel Forissier présent en tribune soit effectivement un faux du vrai, et c’est déjà l’heure de tirer sur la diligence. « DSK a l’envergure d’un chef d’Etat et il est le seul à pouvoir redresser la France », estime, sûre de son fait, Christiane Demontès, avant de préciser : « Enfin, pas tout seul, ce n’est pas le messie. Même si Messi marque beaucoup de buts… [Murmures] Eh oui ! je connais un peu le foot. Et je ne vous ai pas dit qu’il était au Real Madrid ». Tant mieux, Christiane, puisqu’il il évolue au FC Barcelone…

Un qui ne la joue pas goléador, c’est Gérard Collomb. Le maire de Lyon rit jaune quand un militant invite chacun à ne pas réitérer la « connerie de 2007 », à savoir : « ne pas voter DSK aux primaires ». Une chose que Gégé promet de ne pas recommencer, parce que la « situation aujourd’hui est extrêmement plus compliquée » et que sa favorite de l’époque, Ségolène Royal, ne semble pas en mesure non plus de la simplifier. Et puis, il faut que « nous renouions avec la croissance » sermonne-t-il, les fameux 2,5% que promet le Parti socialiste, même si Le Canard enchainé du jour rappelle que la croissance française ne dépasse plus les 1,8% depuis dix ans…

Mais le graal n’est pas encore complètement plein. L’ « extraterrestre » militant de la « section Lyon 2e », Jean-Baptiste, s’en persuade : « DSK, c’est Churchill ». On va bientôt nous promettre « du sang et des larmes ». Pour l’instant, ce sera juste « paire de rois et tapis ». Le poker, au PS, c’est moins dangereux que la guerre. Sarah, une militante du 7e arrondissement, va encore plus loin. « J’ai appris que 30% des électeurs en France étaient prêts à participer aux primaires socialistes… Franchement, si on fait ça, c’est génial ». Pourvu tout de même qu’ils n’aillent pas voter Hollande

Hélas, la soirée avance. Le départ prématuré de Gérard Collomb pour une manifestation gymnique fait au moins un heureux : son directeur de cabinet, condamné à manier le diable et à porter les chaises. On n’ira pas jusqu’aux 22 h 30 initiales. Si le public commence « hélas » à s’en aller, Christiane Demontès, elle, reste. « La barque passe, le quai reste », comme on dit au Cambodge. Ce soir, beaucoup de gens ont eu droit à la parole, ce qui est assez remarquable dans un débat politique. Mais la plupart n’ont pas eu de réponses, ce qui est tout aussi remarquable. Reste désormais à « convaincre » que DSK soit le « meilleur candidat pour la gauche et pour la France », et à en « parler autour de vous ». Messi est bientôt de retour…

Braise de Rusty

06avr.

Débat gauche sur la gauche

Levée de rideau au théâtre des Célestins. Lundi 4 avril, le magazine Marianne organise un débat sur la question « La gauche est-elle prête à relever la France » ?, en présence de Gérard Collomb, sénateur-maire PS de Lyon, Clémentine Autain, membre de la Fédération pour l’alternative sociale et écologique (en remplacement d’Arnaud Montebourg), Edwy Plenel, fondateur du site Médiapart, et Jean-François Kahn, co-fondateur de Marianne. Dans un décor d’échafaudage façon ravalement de façade, cinq sièges font face au public avec bouteilles d’eau et tables basses. Si c’est pour rejouer Les Brèves de Comptoir de Jean-Marie Gourio, c’est plutôt râpé. Ou alors, il fallait ramener les bouteilles du buffet du conseil communautaire qui avait lieu l'après-midi même. Du reste, ce soir, pour cette représentation unique et exceptionnelle, la troupe se produira à guichets fermés… Et pour cause ! L’entrée du théâtre est gratuite.

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26fév.

Pourquoi Collomb a viré Latournerie

Gérard Collomb a beau parler de « décision commune » à propos du départ de Jean-Yves Latournerie, la réalité est bien différente. Il s’agit purement et simplement d’une éviction brutale qui n’est pas sans rappeler dans la manière celle de Jean-François Lanneluc voici bientôt deux ans.

Chacun sait depuis longtemps au Grand Lyon que le courant passe mal entre Collomb et Latournerie. Les deux hommes sont très différents. Trop différents peut-être. Collomb est un sanguin pressé qui croit qu’il suffit de lever la voix et tempêter pour obtenir gain de cause. A l’inverse, le préfet Latournerie est du style discret, pour ne pas dire effacé. Sa prudence toute administrative peut passer aux yeux de certains pour de la frilosité. Il n’est pas du genre à prendre des initiatives qui ne soient pas blindées sur le plan juridique.

C’est sur le dossier du Grand stade que leurs différences de comportement auront posé le plus de difficultés. Pressé par Jean-Michel Aulas, Collomb reproche à Latournerie de ne pas avancer suffisamment vite. En recrutant un préfet à ce poste stratégique, il comptait sur son expérience de l’administration pour permettre de surmonter les écueils qui s’accumulent. On murmure aussi que Latournerie était mal à l’aise de voir nombre de collaborateurs du Grand Lyon consacrer beaucoup de leur temps à s’occuper du livre que doit publier Collomb ces prochains jours.

C’est jeudi dernier que le sort du directeur général des services a été scellé. Collomb l’a convoqué le matin pour lui annoncer sa décision de se séparer de lui. Latournerie est tombé des nues. Il ne s’y attendait pas. Il ignorait que Collomb avait discrètement renoué le lien avec l’ancien titulaire du poste, Benoît Quignon. Probable que celui-ci ne s’éclatait guère dans les fonctions de directeur général du Groupe logement français qu’il occupe depuis à peine six mois. Quoi qu’il en soit, sitôt l’accord de Quignon acquis, Collomb n’a pas attendu avant de virer Latournerie.

« Et de trois », ont commenté plusieurs vice-présidents en apprenant la nouvelle par un mail très laconique. En un an, Latournerie est le troisième proche collaborateur de Collomb à quitter le navire. Il succède à Jean-François Lanneluc et à Sylvain Auvray voici tout juste quelques semaines. Et encore, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans un passé récent, il y a eu d’autres départs d’importance. On pourrait citer celui de l’ancien directeur de cabinet au Grand Lyon Christophe Cizeron parti sous d’autres cieux, ou celui de Corinne Tourasse qui vient de quitter la direction des planifications et des politiques d’agglomération pour rejoindre le conseil régional en tant que directrice générale adjointe, en charge des transports.

Gérard Angel

27janv.

L’apéro chez Turak

Dans les caves des musées de Gadagne, on pendait une drôle de crémaillère mardi 11, en l’honneur de l’appartement-témoin du Turak-théâtre (voir ci-contre). Sous la « présidence d’honneur de Gérard Collomb », c’est à dire qu’il n’était pas là. En attendant la cérémonie officielle qui ne manquerait pas d’être édifiante, on en profitait pour visiter les lieux. Une salle de bains-chambre à coucher, peuplée d’un curieux bric à brac. Un cheval à rallonge, des guitares gratte-plumes, une balayette à musique, des rhinocéros en bouchons de carafe, une guirlande de couteaux de boucher. Des girafes Sophie éclatées, écorchées, démantelées, débitées en tranche, explorées sous toutes les coutures, toutes les tortures, comme si un musée d’histoire naturelle leur était spécialement consacré. Des jeunes filles à tête de robinet. Des os de seiche qui sèchent. Et Képénékian qui arrive.
Au dernier moment on a déplacé son micro dans la salle principale, mais on a laissé les deux haut-parleurs dans l’autre pièce. Bizarre. On dirait qu’il est ici et qu’il parle à côté. D’ailleurs, c’est ce qu’il fait, il ne sait pas trop quoi dire. Il l’avoue franchement : « On peut rester un long moment pour essayer de comprendre... ». Et il n’y arrive pas. Alors il digresse. Il salue la nouvelle conservatrice du musée en lui souhaitant « Bon Vent ». D’habitude on dit ça à ceux qui s’en vont.
Ensuite, c’est le tour de Maria-Anne Privat-Savagny, la nouvelle conservatrice, justement. Parler après Képénékian est un vrai bonheur. Il y a des élus qui vous bouffent l’auditoire, le vampirisent, sautant gaiement d’une anecdote à l’autre, toujours captivants, trouvant le mot qu’il faut, la remarque inattendue, la citation éblouissante. Allez donc après ça tenter de le réanimer et de lui redonner envie d’écouter ! Avec Képénékian, aucun risque. Celui qui prend le micro après lui est comme attendu, on irait jusqu’à dire : espéré.
Même ceux qui détestent les discours officiels sentent bien qu’on ne peut pas en rester là. Alors la conservatrice joue sur du velours. Elle raconte le théâtre d’objets auquel se livre l’équipe de Turak, sa filiation avec les marionnettes. Puis elle introduit dans la place, Michel Laubu, seul représentant officiel de la Turakie, et perché comme un baron d’Italo Calvino. Chaque fois qu’il prononce le mot « Turakie », un trompettiste et un saxophoniste entonnent l’hymne national de ce pays incongru.
Il explique tout, l’appartement conçu comme un refuge pour tout un monde de petits personnages menacé par la montée des eaux en cas de réchauffement climatique. Il raconte la naissance du rhinotrain, fruit de la « rencontre amoureuse et brutale entre un rhinocéros et un train ». Il a l’œil allumé comme une lanterne dans la nuit.
Les gamins se faufilent entre les jambes des grandes personnes et ne semblent pas plus étonnés que ça. Cocktail cultureux. « On voulait du pétillant, mais le budget était un peu serré ». Alors on a opté pour un Asti Spumante, ce mousseux doux et fruité qui vous tombe sur la nuque comme une enclume.
On ne sait pas si le public fait partie du théâtre. Il y a là tout un aréopage aux tenues étranges, qui gazouille gentiment en picorant des amuse-gueules. Les dames promènent une impressionnante collection de sacs. Sacs à clous, sacs à poches, sacs à pompons, sacs à breloques, sacs à gidouille. Accrochés un peu n’importe comment : sacs à mains, sac à bras, sacs à dos, sacs à cul, sacs à pendouille. A chaque fois qu’elles se retournent on en prend un coup dans le buffet. L’une d’entre elles, turakienne sans doute, trimbale une véritable besace de survie, capable de contenir le déménagement d’une famille entière. En tous cas de quoi survivre en attendant les secours, si d’aventure le musée se retrouvait coupé du monde à cause d’une tempête de neige. Ou de l’Asti Spumante.
Timéo Danaos

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