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Keyword - Georges Képénékian

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13oct.

Pince sans rire

On attendait ça avec un peu d’impatience :  Georges Képénékian inaugurant l’humour lyonnais. Ca doit être tout terrain, un adjoint à la culture. Bien sûr on se doutait bien qu’il n’y aurait pas de champagne et de petits fours, mais des fours au théâtre...

Vers 15 h 30 dimanche, une foule bigarrée s’étirait devant la salle Rameau pour la finale de la Semaine de l’Humour, deuxième du nom. Dans la salle, deux fauteuils avaient été réservés, l’un pour Képénékian, et l’autre ? Et bien on ne sait pas. Peut-être pour un élu de dernière minute qui n’arrive plus à rire aux réunions socialistes. Le parterre était chaud-bouillant, ça bavardait dans tous les sens, les filles à jet continu, un peu comme les TV dans les magasins de bricolage qui déversent en boucle des conseils sur des sujets dont personne n’a rien à carrer.

Ça allait du : « Et tu crois qu’après 50 ans on peut continuer de se faire appeler Mademoiselle ? ». Chais pas. Faudrait demander à Deneuve. Au : « Alors tu le télécharges, ça coûte 20 euros et tu peux t’en servir autant que tu veux... ». On ne saura jamais ce que c’était. Mais comme le dit la pipelette on line : « alors y’avait un couple, la femme elle était au téléphone, elle arrêtait pas de parler, c’est abusé, non ? Question de respect ».

Bon on écoute un peu, ça passe le temps en attendant le retard. Le spectacle commence enfin et Képé n’est toujours pas là. Les finalistes ont dix minutes chacun pour séduire le public. Fabienne Durand est une grande bringue brune qui se lance dans un strip-tease ton-sur-ton avant de se risquer à un domptage de guitare en bois, au moment où Képénékian se glisse jusqu’à sa place discrètement. Puis Jérémy Charbonnel. Un Lyonnais d’origine qui avait commencé des études à l’Idrac, où il a croisé des tas de raisons de se tirer au plus vite. Il s’épanouit maintenant sur les scènes parisiennes.

Ainsi en est-il de nos meilleurs artistes : Gérard Collomb, Jean-Jack Queyranne, André Gerin, (Dominique Perben ?), ils sont beaucoup plus amusants à Paris qu’à Lyon. Mais Jérémy Charbonnel, on lui pardonne tout. Le garçon est drôle, insolent et pétillant de malice. Le jour où il revient à l’affiche il ne faudra pas le rater.

Les candidats ont terminé, c’est le tour de Didier Bénureau dans son nouveau spectacle. Tout le talent d’un grand du music-hall. Plus d’une heure d’humour grinçant et bousculant, derrière un sourire gentil à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession. Car Didier Bénureau incarne avec perfection l’homme de foi : la mauvaise.

Après les levers de rideaux, les vedettes anglaises, américaines (voire : les travestis belges), on attend le clou du spectacle. Et ce fut Képénékian. Il monte sur scène, portant dans ses mains un machin, présenté comme le trophée qu’il devait remettre au lauréat. Il en profite pour saluer le « pari de l’émergence ». Et « Lyon, ville de l’humour et du café-théâtre depuis longtemps ». Effectivement, il y a bien longtemps que la municipalité ne s’en était pas aperçue, mais voilà qui est réparé.

A un moment, il a dû tenter de faire une blague, mais on n’est pas sûr. On l’a vu à sa concentration inhabituelle. Alors on a évité de rire. Dans le doute. « The winner is » : Jerémy Charbonnel. Les gens sont contents, lui aussi. Képénékian aussi, mais on n’est pas sûr, car ce qui se passe à l’intérieur ne se voit pas à l’extérieur. Thierry Buenafuente exulte. Tout s’est bien passé. Aucune personnalité vivante n’a été maltraitée pendant le spectacle. Ou alors, c’était pour rire. Et on recommencera l’année prochaine, même si « Le petit pantin », n’est plus là.

Timéo Danaos

03mar.

Les fils de Genet n’ont ni père ni mère

Genet adorait les voyous. Tous ceux qui adorent Genet ou qui adorent les voyous s’étaient retrouvés jeudi soir à la Bibliothèque municipale de Lyon pour le vernissage d’une exposition intitulée Ni père ni mère. Genet aurait eu cent ans. A cet âge, il serait devenu moins entreprenant en matière de voyous, mais pas forcément en matière de littérature.

« Ses pièces sont parmi les plus jouées du répertoire français », confiera Georges Képénékian au micro. Manifestement il a révisé, il a aussi scrupuleusement écouté la visite guidée que le commissaire Michel Chomarat lui a faite de l’exposition, rien que pour lui. Il a pris des notes, il les cache pliées en deux dans une brochure, un peu comme des photos pas avouables qu’un enfant de chœur aurait planquées dans un missel. Il parle d’une voix atone, même ses rayures tombent de sa cravate.

Genet la liberté. Libre dans sa tête, dans son esprit, dans son corps. Pas toujours dans toutes ses cellules. Le grand écrivain a commencé comme taulard chevronné et c’est là qu’il s’est beaucoup rapproché de ses co-détenus. Juste avant Képé, le directeur intérimaire de la Bibliothèque avait ouvert le bal. Lunettes d’archiviste, mèche à la Vladimir Jankélévitch dans sa période jeune (et pour ça il faut remonter en 1933). Il a annoncé la venue de Jeanne Moreau et d’Etienne Daho pour jouer Le Condamné à mort aux prochaines nuits de Fourvière. Genet aimait les « minous », on lui refile une mémé et un vieux jeune, tant pis pour lui, il avait-qu’à-pas mourir.

Ensuite Michel Chomarat a lu un extrait de Querelle de Brest. C’est joliment écrit. Et puis pour dire en public c’est bien, il n’y a pas trop de « couilles adorables ». Une bonne partie de la « gentry » est venue, des minets fascinés, des matures nostalgiques. Ils lui colleraient bien un rainbow flag sur la couverture mais Genet ne supporterait pas ça, il n’aimait pas les étiquettes. Et puis des théâtreux en pleine prise de menton, les cheveux crépus d‘idées sur le monde.

« Mes livres ne sont pas publiables pour toute une série de raisons », disait Genet. Heureusement ils l’ont été quand même pour une série d’autres raisons dont l’une s’appelle Marc Barbezat, un éditeur lyonnais qui avait « des couilles », comme dirait Genet.

« Y’a un pot ? », s’inquiète quelqu’un juste derrière. Oui, le rassure Jankélévitch : « à l’étage ». Le « kiosque » a préparé un apéro de crise dans un décor de bonbon acidulé, couleur « orange sans fruit ». Quelques bouteilles de Côtes du Rhône à consommer avec prudence. Et des chips thématiques. Des vertes qu’on croit d’abord ravagées par la moisissure, que nenni, c’est d’origine. Croquer dedans revient à se rincer la bouche au chalumeau, les pommes de terre ont dû être abattues au gaz moutarde. « Mais non, c’est du Redford », glisse quelqu’un. Du raifort, Monsieur, ou armoricacia rusticana. Et puis c’est Paul Newman qui fabrique des produits alimentaires pas Robert Redford. Lui parle à l’oreille des chevaux, c’est tout. Des chips rouges au goût TexMex, tout ce qui reste de l’année du Mexique... Des striées, des plates, des cassées, des pas-cassées. Au bout d’un moment tout le monde se retrouve à mâcher les mêmes cacahuètes. On dirait une fête du personnel chez Hollywood chewing-gum.

Une haute autorité intellectuelle selon soi-même traverse l’aréopage pour aller de nulle part à n’importe où, les lunettes vissées sur le front, si jamais une idée lui traverse l’esprit, il ne la perd pas de vue. Jean Genet est parti comme un voleur le 15 avril 1986. S’il revenait marauder au milieu de cette expo bien sage, peut-être qu’il écraserait un mégot par terre en grommelant : « Mais qu’est-ce que je fous là ? ».

Timéo Danaos



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