Un meeting de François Hollande, sans François Hollande on ne pouvait pas rater ça. L’espace Jean Couty était plein. 300 participants selon les capacités de la salle, et 500 selon le comptage de nos confères du Progrès qui ont un peu lâché la cuillère dans le pot.
Lancer la campagne de François Hollande émoustillait les militants socialistes et les ramenait au temps d’un autre François, la plupart étaient d’ailleurs d’époque mitterrandienne. Pas tous. Les premiers rangs étaient agrémentés de jeunes du MJS, reconnaissables à leurs pull-overs incertains et leurs mèches brouillonnes. Et quelques drapeaux lessivés par les manifs.
On prend du retard. Vers 19 h 30 Joëlle Portier tente un faux-départ en criant : « François Président » et en tapant dans ses mains. Bernique. Le temps que tout le monde dise bonjour à tout le monde : Thierry Braillard, Najat Vallaud-Belkacem, Gilles Vesco, Gilbert Chabroux, Jean-Paul Bret... ça y est.
On ouvre le bal par un film qui retrace les grandes heures du PS, images en noir et blanc, d’un François à l’autre, les grandes conquêtes de la gauche, la retraite à 60 ans, aujourd’hui subclaquante, les 35 heures, à l’agonie..., mais le François nouveau est arrivé et tout peut recommencer. Même les affiches se ressemblent, le même petit matin, la même campagne qu’en 1981, on a juste viré l’église. Le candidat lance à l’écran un vibrant appel : « Je vous donne rendez-vous avec la République ». Jusque là, tout va bien. « C’est une rose encore fragile que tient François Hollande », commence Jacky Darne et il énumère toutes les raisons d’y croire. Sandrine Frih, pour les radicaux : « vous pouvez compter sur les militants du PRG pour les deux campagnes ». On va compter sur les doigts, ça devrait suffire. « Au printemps nous ferons refleurir l’espérance », clame Queyranne. Il a interrompu une plénière du conseil régional pour livrer cette métaphore jardinière.
Le public est content. Vidéo. Toutes les huiles locales du PS viennent célébrer leur soutien en image : « le changement, c’est maintenant ». Heureusement, ils oublient de refaire cette drôle de chorégraphie popularisée par le web, en forme de signe « égal », une sorte de haka socialiste, un « yaka ». Les occasions de se rendre ridicule viendront toutes seules, il n’est pas nécessaire d’aller les chercher.
Gérard Collomb. Il s’avance résolument vers le pupitre. « Pas plus de dix minutes », crie une voix ironique. Merci, camarade. Collomb s’en fout, il dira ce qu’il veut. Pour une fois, c’est une exercice libre, il n’est pas obligé de saluer la moitié de la salle, et le préfet et les élus, et les corps constitués. Oui, il faut faire du porte à porte, mais sûrement pas en arrivant « l’évangile à la main », les 60 propositions. Non, « il faut d’abord écouter ce que les gens ont à vous dire ». Mais pourquoi, puisque le programme est déjà rédigé ? Et bien pour rien. Il faut le faire, c’est tout. La tâche sera rude. « François Hollande devra redresser la France. C’est un peu ce que nous avons fait à Lyon ».
Finalement si on pouvait étendre la communauté urbaine aux 101 départements français, on aurait déjà fait un grand pas en avant. Collomb parle. Il convoque Aristote, dans L’Ethique à Nicomaque qui déjà fustigeait l’accumulation de l’argent pour l’argent. Et bien, aujourd’hui François Hollande ne dit pas autre chose et Nicomaque n’a qu’à bien se tenir. Il faut changer la vie. Une nouvelle fois. Pas seulement gagner mais réussir, pour regagner en 2017 et ainsi de suite.
Le comité de campagne vient saluer. Rideau. Ou plutôt : buvette tenue par le MJS... Mais qu’est-ce que c’est ? Un vague vin blanc en cubi, de la charcuterie industrielle ? La prochaine fois il faudra confier tout ça aux radicaux. Eux ont une réputation à défendre en gastronomie. Gagner les élections, si c’est pour bouffer comme à la cantine...
Timéo Danaos
