Pour réussir des fiançailles, il faut deux partenaires, si possible de sexe différent. Mais pas forcément. En Beaujolais, on ne s’embarrasse pas des convenances. On le fait volontiers à trois et même dix fois d’un coup. Samedi s’ouvrait à Chiroubles la dixième Fête des Crus. On y célébrait les fiançailles entre la belle bouffe, le vin et la ville. Pour la belle bouffe, dix toques blanches emmenées par Christophe Marguin. Pour la politique, on pouvait trouver dix toqués, Les Potins se seraient fait un plaisir de donner des noms. On préféra inviter les maires des neuf arrondissements, et la mairie centrale. Enfin les vignerons. Dix de chaque, pour les dix crus. Il s’agit de faire revenir le Beaujolais à Lyon. Le « troisième fleuve », si l’on en croit la tradition qui veut qu’il y coule aussi dru que le Rhône et aussi tendre que la Saône (d’ici à ce que Collomb veuille en aménager les berges !).
10 h 30, les officiels ne sont pas encore là. A la Maison des Vignerons tout est en place, un long bar elliptique, toutes les bouteilles rangées sur leurs rayons, certaines ouvertes et déjà bien vérifiées. Il fait frais comme dans une cave, et les vignerons en grande tenue insistent pour qu’on se joigne à eux aussi sec, afin de commencer la dégustation. Comme on a la mémoire des traquenards, et qu’on ne veut pas confondre « fêtes des crus » et « prendre une cuite », on joue l’esquive. Les premiers officiels arrivent. Les maires d’arrondissement portent une boîte carrée ornée d’un joli ruban : le cadeau de fiançailles. Bague en brillants ? Jarretière ? Sextoy ? Mais qu’y a-t-il donc dans ces boîtes ? Il faudra attendre la fi n de la cérémonie pour en avoir le coeur net.
Tout le cortège rejoint la Maison des Vignerons où la température grimpe d’un coup. Dix crus à déguster, chacun en une vingtaine de variétés, ça fait plus de deux cents bouteilles. Les plus avisés recrachent au fur et à mesure le divin breuvage. Et à cet exercice, les politiques sont imbattables, nul ne sait mieux qu’eux tenir le crachoir. Déjeuner VIP. Cinq cents personnes sur des bancs en bois. Mercier vient d’arriver attiré par l’odeur de cuisine. Pour lui et Jean-Michel Daclin une cérémonie émouvante va se dérouler. Ils vont être intronisés « Damoiselles de Chiroubles ». Ils prêtent serment la main sur le coeur de toujours chanter les mérites de la robe de rubis. On leur remet une médaille dorée, lourde comme un couvercle de cocotte-minute. On leur épargne le petit tailleur blanc à bordure violette qui va avec. Officiellement, ils ne sont que chevaliers des Damoiselles. Dommage, la photo aurait déjà fait le tour du web.
Enfin les fiançailles commencent. Remise de cadeaux, les chefs offrent un livre sur l’histoire des toques blanches, les vignerons deux de leurs meilleures bouteilles, et les maires la mystérieuse boîte carré avec le ruban croisé. Qui cache quoi ? Un diable lubrique ? Une langue de belle-mère ? Un kama-sutra en 3D ? Que peut-on bien offrir un jour de fiançailles ?
Broliquier a oublié sa boîte, le temps d’aller la chercher et le 2e arrondissement se retrouve derrière le 4e. Fiancé avec le Brouilly après s’être brouillé avec l’UMP. Le Chenas avec le 1er, le Chiroubles avec le 3e, le Juliénas avec le 4e, le Côte de Brouilly avec le 5e, le Morgon avec le 6e, le Fleurie avec le 7e, le Moulin à Vent avec le 8e, comme ça tombe bien ! Et le Saint-Amour avec le 9e, « pourvu que ça dure... », semble se dire Alain Giordano.
Quant à la mairie centrale elle hérite du dernier des crus, considérant que Collomb est appelé à Régnié encore pendant quelques temps. Et chacun repart avec ses cadeaux sans ôter le ruban. Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir dans ces boîtes carrées ? On ne le saura jamais*.
Timéo Danaos
* La réponse est dissimulée dans le journal.
