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06nov.

Danse du sacre autour d’Hervieu

Jeudi 19 heures à la Maison de la Danse, le studio Jorg Donn est noir. Non pas qu’il soit plein de monde. Simplement on a recouvert le plancher avec du plastique noir et réglé les éclairages en position « hors gel » ; on n’y voit à peu près rien. L’ambiance est mystérieuse comme une catacombe une veille de sabbat.

Dans un coin, l’invité d’honneur : Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture. Au repos, on le croit taciturne, il n’est que réservé. Un physique austère, presque inquiétant, une sorte de cousin éloigné de la famille Addams. On croise aussi des personnages étranges, un homme avec un costume de soie aux carreaux gris clair et blancs. Il porte une cravate conceptuelle, qu’on prend tout d’abord pour une punition mais non, coupée au raz du nœud, et continuée par un store vénitien agrémenté de chevrotines posées délicatement sur les lames. Effet saisissant.

Ca piaille un peu en attendant que la cérémonie commence, car tout le monde ici se connaît. Collomb n’est même pas en retard, le voilà. Dominique Hervieu, c’est lui qui l’a choisie pour succéder à Guy Darmet à la tête de la Maison de la Danse, il la soutient jusqu’au bout du ruban. Il raconte au micro leur rencontre lors de la création du ballet Porgy and Bess, à Chaillot en 2008. « C’est elle », avait dit Guy Darmet. Collomb s’en souvient, il a retenu la formule : « il faut toujours choisir des successeurs différents de soi » (message immédiatement transmis à tous ceux qui lorgnent sur sa place, pour qu’ils s’inquiètent). « Chère Dominique, vous avez conquis le cœur de beaucoup de Lyonnais ».

Puis José Montalvo parle. Il n’a rien préparé. Hommage à trente ans de complicité chorégraphiques avec Dominique Hervieu : « elle m’a appris qu’il ne faut pas rêver une œuvre mais la faire ». Puis s’avance Olivier Poivre d’Arvor. Il vient spécialement de Paris pour remettre cette légion d’honneur. « Pourquoi à Lyon ? commence-t-il. Parce que c’est une rosette ». Après cette plaisanterie charcutière qui l’a mis en jambes, il se lance dans un portrait de Dominique Hervieu, porté à bout de bras dans un grand écart audacieux entre Nadia Comencini et Louise Brooks. Un pas de deux, il brandit la marque Montalvo-Hervieu, au destin aussi indissociable que Mercedes-Benz. Ouf, on a échappé à Jacob & Delafon et à Roux-Combaluzier ! Bref, il brode, il musarde, il badine, il fait des pointes. Dominique Hervieu a renoncé à son poste de directrice du théâtre de Chaillot pour venir prendre les commandes de la Maison de la Danse, « Gérard, merci de l’avoir voulu ». Gérard aime bien qu’on lui dise merci, et puis ça n’arrive pas souvent.

Enfin la formule rituelle « Au nom du Président de la République » etc. Je vous épingle. Oui, « j’ai souhaité que ce soit à Lyon », reprend Dominique Hervieu, toute menue derrière ses lunettes. Elle a retardé sa remise de décoration de deux ans pour qu’elle ait lieu ici « Lyon capitale des Gaules mais aussi de la Résistance ». Au centralisme, à la pensée unique.

Dominique Hervieu parle du projet de Nouvelle Maison de la Danse prévue en 2016 à la Confluence. Puis elle se met à remercier tout le monde. Le personnel, les collaboratrices. José Montalvo, dont elle garde l’éléphant pour toujours. Ses parents, qui ont bien voulu « laisser la danse (l’)envahir ». Son mari. Et puis pour finir « Merci à la danse ! ».

Les invités se répandent vers les buffets, ils se grappent par trois, ils sont détendus, ils parlent, ils rient entre eux, on ne comprend pas tout ce qu’ils disent, mais peu importe, ils ont l’air heureux. Dominique Hervieu est fêtée. Collomb courtisé. Et les buffets vidés proprement, comme il se doit.

A 20 h 30 tout est terminé. Sauf le spectacle qui vient de commencer dans la grande salle : Octopus, de Philippe Decouflé. Car pendant les mondanités, la danse continue.

Timéo Danaos

23sept.

Danse avec les peoples

Et ce fut la quatorzième et dernière biennale de Guy Darmet. Tout ce que Lyon compte de peoples auto-proclamés ne pouvait rater l’évènement, Les Potins non plus, attirés par le gratin autant que par les gratons. Jeudi soir, 19 h 30, le carré VIP se remplit doucement de carrés Hermès. Les happy fews patientent nonchalamment, une coupe de champagne au poing et le sourire aux dents. Belles dames et beaux messieurs, en grande tenue de soirée. Il manque un aboyeur à l’entrée pour saluer leur arrivée par un tonitruant : « Monsieur le vice-conseiller régional délégué à l’écologie des feuilles mortes, et Madame ! ».
Queyranne est là, Collomb aussi, avec leurs épouses respectives et réciproques. Michel Mercier s’est déplacé, au nom  du département du Rhône, de l’Aménagement du territoire, de l’Espace rural, du Grand Paris... et de son avenir incertain. Belle brochette de chefs d’entreprise, des mécènes ont investi dans le chausson : Monsieur Toupargel, Monsieur Partouche, Monsieur GL Events, Monsieur April Assurances. Le bronzage tient encore, ou alors c’est du fond de teint. Tous sont venus vérifier où était passé leur argent. Il danse, messieurs, il danse. D’ailleurs on voit passer deux houpettes en tulle qui ondulent entre les invités. Des fleurs de tutus fuchsia en collants blancs. Elles saluent avec grâce, c’est La Vie en Rose, le thème du défilé.
Dans la salle, Guy Darmet est ému, il s’est mis à parler en plusieurs langues. Il salue tous les partenaires de la biennale, c’est à dire presque toute l’assistance. Il lance un défi à Collomb : chiche de construire une nouvelle Maison de la Danse à la Confluence, comme promis ? Il présente sa successeure, Dominique Hervieu, qui dirait bien quelque chose mais qui n’a pas de micro.
Place aux ballets de Monte-Carlo. La reconstitution du Sacre du Printemps version 1913 par Nijinski, sur la musique de Stravinski. Puis un ballet moderne de Jean-Christophe Maillot sur le Magnificat de Monteverdi. Garçons en barboteuses ou en guêpières, filles en pantalons et justaucorps, et inversement. Les costumes de Karl Lagerfeld ne laissent pas indifférent et ringardisent du coup les timides audaces de l’assistance. Car le public s’est tout de même donné du mal. On s’en apercevra lors du cocktail qui suit et qui se déroule sur tous les étages, du balcon à l’orchestre.
Certes, on cherche en vain SAR la princesse de Monaco, promise pourtant sur les cartons d’invitation. Mais on croise tout de même un Prince de Galles en pure laine vierge, du moins le costume. Pas assez audacieux pour partir en quête d’un prince Albert, il aurait fallu fouiller les culottes, et ça, aucun journaliste digne de ce nom ne s’y risquerait, du moins : à jeun.
Magnifique, le smoking en satin rouge qui traverse la salle tel une fusée de détresse, s’il se perd dans un champ de luzerne, ça guidera les chiens. Etonnant, ce faux François-Marie Bannier, avec cette écharpe impossible emberlificotée autour de son cou. Le style bobo, ça se travaille.
Le buffet est assuré par Serge Magner, qui a des jours avec et des jours sans. La quiche est effondrée au fond du plat, baignant dans ses larmes. Quand la quiche est ratée, cela vient des œufs. Il ne fallait pas choisir des poules d’eau ! On se rabat sur de petits macarons salés gros comme des boutons de guêtres. Le champagne est frais, on pourra au moins faire danser les bulles. Pour les peoples qu’on a ratés lors du cocktail d’avant-scène, c’est un peu la session de rattrapage : Philippe Meirieu, Georges Verney-Carron, Erick Roux de Bézieux. Le secret d’un cocktail réussi, c’est de faire semblant de connaître tout le monde.
Timéo Danaos



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